sylvain thévoz

04/10/2011

Un mot contre le marché

La fureur de lire vient de débuter à Genève. Cette année, le polar, mauvais genre, tient la vedette pour cette édition qui met tous les deux ans le livre à l'honneur. Alors collons à l'actualité, écrivons un article Cluedo, car il y a une victime qui est au sol : la librairie Descombes, terrassée à un âge respectable, certes, puisqu'elle était née en 1797, mais flinguée dans le dos pour une histoire de vol à la tire. Mais par qui? Le franc fort, les achats de livre en France voisine, la désaffection des lecteurs? La rapacité des distributeurs? Le prix des arcades? Oui, mais pas seulement...


Les librairies sont les théâtres du livre. Un vivier de la culture. On soutient bien les scènes et les opéras, pourquoi pas les libraires? Aucune des petites librairies ne fait de bénéfices consolidés. Si deux ou trois personnes tirent un salaire d'une librairie, fantastique! Le salaire horaire est ridicule. Elles forment pourtant des apprentis, permettent à des maisons d'éditions locales d'êtres mises en vitrine et à des auteurs du cru d'être publiés. Elles organisent des débats, des rencontres, des lectures. Elles sont un héritage et un trait de la notre culture. Ce sont des lieux qui créent de l'identité, des biens culturels. Pourquoi alors ne pas les soutenir financièrement? Eh bien parce que le MARCHE l'interdit! Selon les partis bourgeois, cyniques, ce qui a de la valeur aujourd'hui, c'est uniquement ce qui rapporte. Faut-il alors assister à leur suppression sans broncher?

Les petites librairies, comme d'autres commerces, doivent être placés hors des circuits exclusivement commerciaux. Il faut des clauses de protection. On me rétorquera: les bibliothèques municipales font leurs achats dans les petites librairies locales. D'accord. Et les écoles, elles achètent où? Que fait le Département de l'Instruction publique pour soutenir les librairies locales?

Le Québec a bien une loi sur le développement des entreprises québecoises dans le domaine du livre. Pourquoi pas Genève?

Au printemps prochain le peuple votera sur la loi concernant le prix unique du livre. Cette loi a été adoptée au Conseil National comme au Conseil des Etats, mais combattu fortement par... le PLR et l'UDC! L'argument de ces partis: LE LIBRE MARCHE! Ce même "libre marché" qu'ils tordent en accordant réduction d'impôts et faveurs d'implantation aux entreprises mamouths. Le roi est nu, on y voit clair: le marché est à géométrie variable et sert uniquement les puissants. Armé par les partis de droite, il est criminogène. Madame Salerno a pointé avec courage et raison les largesses faites aux multinationales. Il est plus que temps que la collectivité publique renforce ses gilets pare-balle pour promouveoir la diversité, la durabilité, mais aussi l'héritage et la tradition de son patrimoine. Sinon, les meurtres des petits commerces et PME locales vont s'accélérer à l'ombre du marché. La Ville doit intervenir, l'Etat doit s'engager, encore plus, pour protéger les entreprises locales en arguant d'exceptions culturelles, afin de conserver intact son tissu social, historique, identitaire.

Le marché ne pense qu'aux chiffres, mais il n'aura pas le dernier mot.

 

23:45 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, livre, diversité, durabilité, proximité | |  Facebook |  Imprimer | | |

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