sylvain thévoz

02/10/2011

Salerno c'est du propre (avec ou sans adoucissants)

Mais qu'a donc dit Sandrine Salerno pour déchaîner contre elle la Fédération des entreprises romandes (FER), la chambre du commerce, le groupement des banquiers privés genevois? Pourquoi une telle hargne dans les réactions de ces derniers? Se sont-ils inquiétés de l'augmentation des demandes à l'hospice général (+20% en 2 ans), fait un sang d'encre pour le manque de logements disponibles en Ville de Genève, anticipé l'annonce des baisses des recettes fiscales et le risque énorme de fragilisation pour le tissus associatif et social? Se sont-ils dit que cela aura inéluctablement des conséquences sur la violence dans les rues ? Mais non, voyons. Ils s'étranglent parce que la magistrate dit courageusement: c'est assez que les richesses soient aussi mal réparties dans ce canton et que les plus fortunés se voient offrir des conditions spéciales et occasionnent des coûts et des risques pour les citoyens sans en payer le prix! Elle affirme que ça suffit de tailler des costumes économiques sur mesure pour les expats les exploit's et les bobos de la finance ; au final, les gogos qui ne trouvent pas où se loger, c'est toujours les locaux. Cette prise de position politique et courageuse, pour les gardiens du temple économique c'est "une véritable déclaration de guerre".  Cela illustre combien Salerno, avec ou sans adoucissants, met le doigt sur les taches et combien le tambour du milieu économique ne tourne que sur et pour lui même.

 


Car le véritable problème à Genève, aujourd'hui, n'est pas d'attirer toujours plus d'entreprises, il est de répartir les richesses pour une meilleure justice sociale. Pour cela, un seul moyen: un impôt juste, et non pas devisé au rabais pour les brigands de la finance mondiale. Mais évidemment, quand on touche aux intérêts des puissants, ces derniers jouent sur les peurs et menacent. Genève risquerait, à les entendre, de devenir Athènes sur Léman. Brrr tremblez brebis, et rassemblez-vous vite sous le parasol doré des hedge-fund, vous en recevrez les miettes! -A nous les baisses d'impôts, à vous les baisses de prestations-, clament-ils sans honte, la coalition des nantis, les avides.

Déjà, au salon du véhicule du siècle passé, en mars 2011, Salerno les fit démarrer au quart de tour, les tenants du business à tout prix, en remettant en question le tout bagnole. Il fallait les entendre alors dans le Matin, pleurer l'attaque frontale contre les commerçants de voitures, les garages et autres PME du moteur. Aujourd'hui, rebelote, le Matin prend la défense des forces du passé et parle de "la coalition des indignés" pour décrire le lobby de la finance à Genève. Cette manoeuvre perverse qui vise à faire des banquiers les homologues de ceux qui ont lutté pour une justice sociale en Espagne est écoeurante, et montre jusqu'où certains sont prêts à aller dans le travestissement des faits. Non seulement les milieux économiques servent leurs propres intérêts et se moquent du bien public (ou en tiennent compte tant que ce dernier sert leurs propres intérêts), mais en plus ils moralisent leurs brigandages.

Au final, maintenir une fiscalité forte, c'est ne pas céder devant ceux qui veulent faire faire la lessive à d'autres ainsi que le reprisage de leurs habits troués tout en continuant à se la pêter grave en costards. Genève ne doit pas être bradée aux moins offrants et ses habitant-e-s devenir les cireurs de pompes des financiers. Il y va non seulement de la justice sociale mais aussi de la dignité même de cette ville qui n'a pas le droit, étant cotée AA par Standard's and Poor, de se donner au premier marchand d'hedge fund venu.

22:38 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, économie, impôts, justice, sociale | |  Facebook |  Imprimer | | |

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