sylvain thévoz

30/09/2011

Pour un deal respectueux du voisinage

Discussion avec un ami gendarme qui me fait part de son désarroi, du blues profond de son corps de métier. Dans son discours, l’impuissance se mêle à la colère. Entre les entraves administratives qui freinent leur présence sur le terrain et les frustrations liées au manque de moyens, être flic, aujourd’hui, n’est pas une sinécure. Il faut l’écouter raconter les courses derrière les dealers qui se foutent de sa gueule, lui glairent dessus à l’occasion, planquent leur dope sous les bagnoles. Et c’est ainsi durant des heures le jeu du chat et de la souris. Tout ça pour quel résultat ? « Au final, quand on en chope un, c’est souvent 5 heures de travail administratif derrière, et le jour même ou le lendemain, le gars est dehors. Bien souvent il n’a pratiquement rien sur lui ». « Non entrée en matière, la plupart ont jeté leurs papiers avant d’arriver en Suisse, ils se disent nés un 1e janvier, on les appelle comme cela d'ailleurs. Ils ne peuvent être expulsés vers d’autres pays, tout simplement parce que l’on ne sait pas vers où les envoyer et là où l’on voudrait, ben on les refuse… alors, on fait quoi ?»


La police a beau patrouiller 4 par 4, non pour faire bloc mais pour être plus visible de la population, l’opération ressemble de plus en plus à une stratégie de communication qu’à une lutte efficace contre les délinquants. Figaro résonne comme un chant du cygne et le petit chaperon rouge n’ose plus traverser seul la ville. Au Conseil d’Etat, on peut jouer du muscle, faire des effets d’annonce, sur le terrain, rien ne change, et même que ça empire, avec un double risque. 1) la création de milices par des citoyens frustrés et résolus à faire respecter leur sécurité, quitte à augmenter la violence. 2) La prise du territoire public par des dealers que la police irrite et accule à défaut d’emprisonner, ce qui augmente les violences contre les citoyens. Au final, double effet deal-uncool : augmentation de la violence et des tensions. Le tout répressif est un échec. Alors, avant de sombrer dans la résignation ou l’action directe, on réfléchit? Ou on augmente les effectifs, dissémine encore plus en cognant et harcelant à l’aveugle les petits dealers ?

Et pourquoi pas, à côté de la répression, aller au contact de ces dealers qui ont aussi des noms, un passé, une histoire, et plutôt que de piquer les petits capitalistes de la dope, créer un lien, même merdique même foireux, un petit lien pour que les habitant-e-s soient, si pas respecté-e-s, tout du moins considéré-e-s. Cela s’appelle la réduction des risques et doit être mené en parallèle de la répression. Ne faut-il pas aussi d’une manière urgente traiter le problème en amont et se pencher sérieusement sur le problème des non entrées en matière (NEM) avant qu’ils ne se retrouvent à la rue, sans argent, sans issues autres que la fuite en avant de la survie ? L'échec patent des lois Blocher a augmenté l'insécurité dans nos rues!

Pour que les citoyens ne jouent pas aux flics et que les flics ne jettent pas leur uniforme, il faut se forger de nouvelles armes sociales. Afin que les urinages forcés ne strient plus le territoire, que les hurlements forcenés, les menaces de morts ne s’adressent plus aux habitant-e-s, que diminuent les déprédations gratuites, il est temps de mettre des codes au deal, et un point final à un double mythe, celui de l’angélisme mais aussi celui des solutions faciles du tout répressif. Il y va du vivre ensemble dans un espace commun, même avec des gens que l’on préférait voir disparaître du jour au lendemain. En attendant, non pas des coups de matraques magiques, mais des révisions de lois sur l'asile, soyons pragmatique, réclamons un deal respectueux du voisinage et donnons-nous en les moyens.

 

 

22:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : insécurité, deal, police, figaro, criminalité, social, communauté, immigration | |  Facebook |  Imprimer | | |

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