sylvain thévoz

20/09/2017

Tempête dans une tasse de thé ?

21751736_10155539708341826_7806048941785785153_n.jpgPassant devant une mosquée à Lausanne, je me suis vu proposer une tasse de thé par deux personnes qui se trouvaient devant celle-ci. J'ai trouvé la proposition belle et touchante. J'étais attendu pour un repas, mais cette invitation m'a ému et m'en a rappelé d'autres, en ce lieu. J'ai  mis la photo jointe sur facebook avec une légende que j'imaginais laconique :  "Chaque fois que j'ai rencontré quelqu'un devant cette mosquée, on m'a proposé d'y entrer pour boire un thé. Ce fut encore le cas aujourd'hui. Merci. #hospitalité"

J'ai trouvé extrêmement troublant alors que des gens, et même des élus, profitant de ce témoignage d'hospitalité et d'accueil, sortent leur haine de l'Islam, tenant des propos qui faisaient de moi un provocateur pour avoir posté ce message ou un naïf se faisant embobiner par des fanatiques.

Usant d'amalgames réducteurs, ramenant la diversité de l'Islam[1] à une caricature crasse, l'invitation à boire un thé était presque devenue, sous leur regard, une crainte de la soumission à un prosélytisme. Allons donc, parler de thé et de mosquée aujourd'hui, ce serait être soumis à un risque de contagion? Il faudrait donc que tout ce qui a trait à cette religion et à ceux qui la pratiquent soit tais et tapis, que les musulman-e-s longent les murs silencieusement, et sinon gare : on fera de vous un apôtre de la charia ou du terrorisme.

Mais excusez-moi, vous ne trouvez pas dingue que dès que l'on prononce le mot musulman, la phobie fasse perdre toute raison? Et que certains citoyen-ne-s se voient heurter dans la pratique légitime de leur culte, leur envie d'inviter des gens à les rencontrer?   

Tempête dans une tasse de thé ?

Alors, cette petite histoire: une tempête dans une tasse de thé ? A quoi bon même la relever? A mon avis, il serait plutôt dangereux de la banaliser. Cette petite histoire est illustrative des crispations et des peurs, certaines réactions étant révélatrices d'une ignorance crasse. Pour certains, dès que l'on dit mosquée, minaret ou thé à la menthe, ils sortent leur revolver, donnant un bon indicateur de l'islamophobie ambiante. 

Cette mosquée est pourtant autofinancée et ne reçoit aucun subside. L'imam y est modéré et prêche la plus grande prudence par rapport à l'Arabie Saoudite  selon un de ses fidèles. Il y est prôné, semble-t-il, un islam suisse avant tout. Plus des deux tiers des membres en ayant la nationalité. Les élu-e-s sont souvent invités aux fêtes musulmanes, même si très peu s'y déplacent. Oscar Tosato, magistrat de la Ville de Lausanne s'y est rendu à de nombreuses reprises, ainsi que d'autres magistrats de tout bords politique. Celui-ci a reçu le prix de l'entreconnaissance 2017 de l'union vaudoise des associations musulmanes. A Genève, Pierre Maudet se rend aussi régulièrement dans des lieux de culte, afin d'ouvrir ou entretenir le dialogue avec des communautés religieuses. Distinction ne veut pas dire négation, et séparation ne veut pas dire relégation.... cela s'appelle tout simplement la laïcité.

Il s'agissait, avec ce petit témoignage, de rendre compte de cette belle invitation à boire un thé. Un geste d'hospitalité simple, qui n'oblige à rien. En effet, quand on franchit un seuil, rien ne contraint à penser comme la personne qui vous accueille. Certains font de l'Islam une caisse de résonance à leurs fantasmes tordus. Un seul moyen de sortir des miroirs déformants : aller sur place, rencontrer des gens, croiser les points de vue, et se faire une idée par soi-même. 

Pour conclure, un petit rappel. Je suis un fervent adepte de notre Constitution Suisse qui garantit la liberté de culte et la liberté de croire (Article 15).[2] Je suis laïc et défends donc la liberté de chacun-e, dans notre pays, de croire ce qu'il souhaite croire et d'exercer son culte comme il l’entend... boire ou ne pas boire du thé relevant de la convivialité simple. Je suis un défenseur de l’Etat, et je soutiens son pouvoir de faire respecter la loi et sanctionner celles et ceux qui l’enfreignent. A ce jour, il ne me semble pas qu’offrir du thé soit de quelque manière répréhensible (mais ça va peut-être changer… on a bien eu une initiative sur les minarets, peut-être qu'il y en aura bientôt une bannissant le thé à la menthe).

Allez, j’ose même une parole folle, j'imagine même que prier est bon pour la santé (ce sentiment étant fondé sur de nombreuses études d’ailleurs), comme l’est également la méditation, ou le jogging (cette question reste débattue). Bon, après, si d’autres préfèrent manger des fruits et des légumes 5 fois par jour, chacun-e- fait ses choix. Tiens, on peut même cumuler jogging, thé à la menthe et prière sans s’en porter plus mal ni nécessairement emmerder son monde, ni tout opposer. Dingue. La vie c’est beau, cela peut-être si simple aussi... soyons heureux, paraît que ça rend moins con.

Prochaine fois que l'on m'invite à boire un thé, je répondrai oui.

Et tant pis pour la fatwa des intégristes islamophobes et autres allergiques à une suisse multiculturelle, et tant pis pour les bien-pensant voulant restreindre la liberté de croire de chacun-e au nom de leurs délires paranoïaques.

Si le thé est trop fort pour eux, ma fois, qu'ils en restent à la tisane, tant qu'ils ne contraignent personne à la boire.  

 

[1]http://www.geocities.ws/ahmadaminiant/Textes/Diversite.pdf

[2]https://www.humanrights.ch/.../sources/liberte-religieuse

 

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07:19 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : thé, menthe, minaret, islam, dialogue, hospitalité | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/09/2017

Biji Kurdistan!

IMG_1876.JPGCe dimanche, un demi millier de kurdes étaient réunis sur la place des Nations, dans la perspective du référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien le 25 septembre prochain. Carlo Sommaruga, conseiller national, est intervenu pour rappeler que le résultat du référendum du 25 septembre ne faisait aucun doute, exprimant l'appui du PS à ce processus démocratique.

Ce qui est clair: ce qui se passe au Kurdistan Irakien nous concerne directement. Une partie de son avenir dépendra d’ailleurs aussi directement des discussions qui ont eu lieu et auront lieu ici, à Genève, au sein de l’ONU et des instances internationales. Genève, en tant que capitale des droits humains, ville hôte des conventions de Genève, centre mondial de décision, ne peut minimiser sa responsabilité et refuser de prendre en compte son impact sur  les sujets internationaux.

Genève a le devoir moral de s'exprimer lorsque des droits humains sont attaqués, où que ce soit dans le monde, contrairement à ce que pensent certains.[1] En tant que socialiste, nous devons aussi assumer un rôle d’aiguillon et de lanceurs d’alertes afin que les autorités, mais aussi les genevois-e-s prennent pleinement conscience de cette responsabilité particulière.

 

kurdistan,indépendance,peuple,votation,referendum,solidaritéNous avons la chance de vivre à Genève et avons la capacité de nous s’engager afin de faire changer la situation sur le terrain.

Faire pression, aux côtés des ong, des associations et des militant-e-s, pour que la demande légitime du peuple kurde à vivre en paix soit assurée est de la responsabilité de chacun-e.

En tant que socialistes, nous avons récemment demandé la libération de Taner Kiliç, président d'Amesty International Turquie placé arbitrairement en détention depuis le 9 juin. Nous avons aussi déposé une motion demandant à la Turquie de ne respecter les droits humains, la démocratie et les droits du peuple kurde. Si la distance semble parfois rendre cotonneuses des situations terribles, l’éloignement ne doit en aucun cas être une excuse pour renoncer à agir.

Dans un monde globalisé, il n’y a pas que la terreur qui doit être générale, mais surtout les actions de solidarité et la défense des droits humains.

La Ville de Genève, en tant que dépositaire des Conventions auxquelles elle a donné son nom, a une responsabilité particulière, et un devoir moral de se positionner lorsque les droits humains sont en danger. Personne ne peut demeurer silencieux lorsque ces droits sont violés. Il dépend de nous de dépasser le cynisme qui refuse de prendre position. A quelques centaines ou milliers de kilomètres de la Suisse, des personnes subissent des exactions, voient leur vie menacée, et sont injustement pourchassées. Cela, nous ne l’accepterons jamais.

 

IMG_1906.JPGLa défense des droits humains, le droit à l’autodétermination, et la protection des minorités sont des valeurs cardinales. Elles requièrent toute notre attention et défense. Nous sommes engagés pour leur pleine réalisation, au niveau local comme au niveau global.

En Suisse, une longue tradition d’exercice des droits populaires. Nous sommes coutumiers des referendums, initiatives et votes populaires.

 

Que le Kurdistan irakien vote le 25 septembre 2017 pour son indépendance, que le peuple kurde soit appelé à se prononcer sur son destin est un acte démocratique important qui aura des impacts sur la région et sur le monde.

Nous appelons à ce que le cadre institutionnel légal de cette votation soit garanti et la décision du peuple kurde pleinement respectée.

Biji Kurdistan !

 

[1] https://m.lecourrier.ch/152293/la_ville_depasse_t_elle_ses_bornes

 

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06/09/2017

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire ?

IMG_1668.JPGUne campagne de pub déboule au milieu de la campagne des votations du 24 septembre. Ses affiches miment le discours politique et prétendent se positionner pour ou contre un objet qui pourrait être de votation... mais qui n'en est pas un. L'effet de mimétisme est presque parfait. Il faut quelques secondes pour réaliser qu'il ne s'agit pas d'une affiche politique mais publicitaire, mimant habilement ses codes.

Si l'on n'est pas au fait des sujets de votations, un brin distrait, ou peu coutumier de ce type d'affiche, on pourrait se faire prendre, voire s'attendre même à retrouver certains de ces objets sur son bulletin de vote. Qui sait, peut-être que certains citoyens en viendront à appeler le service des votations et élections pour leur demander pourquoi, sur leur bulletin personnel, ils ne retrouvent pas l'objet soumis à choix sur les affiches des trams. Exemple de ces pseudos objets de vote : "Pour une politique d'alimentation durable", "Accepter les normes de l'UE sans débat." Plausible. 

Car certains se font prendre. J'ai vu un grand A anarchiste barrer une affiche appelant à soutenir les exportations d'arme, ou d'autres couvrant d'un slogan rageur une affiche soutenant "un avenir équilibré". Certes, le leurre fonctionne, mais peut-être aussi est-il aussi utilisé comme support, qu'elle soit vraie ou fausse important peu. Le réflexe pavlovien étant peut-être plutôt un positionnement politique affirmé détournant le détournement. Le blanc de l'affiche invite à y laisser sa marque et à s'inviter au débat. La politique reprend le dessus. Et paf.  

 

FullSizeRender.jpgDerrière cette fausse campagne politique se cache une vraie campagne publicitaire pour un grand magasin en ligne vendant babioles et colifichets.

Il est intéressant d'observer qu'au moment où certains annoncent la mort de la politique, les publicitaires s'en inspirent. Et qu'au moment où certains politiques créent pratiquement leur propre agence de communication et de pub, voire s'y réduisent, les frontières deviennent presque indistinctes entre support et contenu, ce qui est communiqué et qui communique. Ce drôle de chassé-croisé entre la pub politique et la politique de la publicité rendent les distinctions peu aisées. Assurément la confusion est plus grande. 

Définitivement plongés dans l'ère du détournement, de la subversion, du décalque et du double, à deux semaines des votations du 24 septembre, le grand gagnant de l'élection sera peut-être... Galaxus, qui aura surfé sur le temps démocratique des votations pour vendre ses casseroles. Mince alors... me retrouverai-je à leur faire plus de pub en ce moment ?

 

Vous préférez la publicité politicienne ou la politique publicitaire?

La politique serait-elle une marchandise commerciale comme une autre? L'offensive du tout marchand ferait-il croire que les idées sont des objets que l'on marchande et s'approprie à peu de frais?

Voyant dans le signe de cette campagne de publicité une sorte d'agrandissement de la société du spectacle, elle fait plutôt sourire. Car si elle laisse entendre par la caricature que le slogan peut tout, et que l'affiche est toute puissante, au final, elle n'y parvient pas, valorisant plutôt ce qu'elle prétend singer. Et que même si la publicité s'insinue partout, jusque sur les pissoirs et les distributeurs de billets TPG, une résistance citoyenne et politique s'organise pour réduire l'emprise de celle-ci. Un exemple? L'initiative zéro pub[1], lancée au début de l'été avec l'ambition affichée de privilégier la qualité du paysage urbain en libérant l'espace de la publicité commerciale par voie d'affichage, et supprimer les panneaux qui font obstacle aux déplacements des piétons.

Etes-vous pour Galaxus ou pour zéro pub?

Alors: Pour Galaxus ou zéro pub ? Il se peut que prochainement, le peuple soit appelé à trancher cette question. On se réjouit déjà de voir le festival d'affiches et de prises de position que cette votation susciterait, et les éventuelles sommes que les partis politiques investiraient en pub pour convaincre le peuple de la réduire, et que la publicité investirait en lobby politique pour se maintenir.  

Mais bon, ce n'est pas un enjeu pour l'immédiat. Cet objet n'étant bien entendu pas à l'ordre du jour des votations du 24 septembre...

 

[1]https://cocagne.ch/c58/application/files/3215/0208/6786/2...

 

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03/09/2017

Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s

Eid Mubarak ! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adha à nos ami-e-s musulman-e-s !

Lorsque les gens se retrouvent dans la paix et la joie pour fêter, il est naturel de partager cette joie. L'Eid était fêtée à Genève ce vendredi dès 7h30 à Palexpo. Des milliers de musulman-e-s s'y réunissaient pour prier, puis partager un repas en commun. C'est quelque chose de simple, de fédérateur et de positif. Des gens de toutes nationalités, de tout âge, se réunissant pour fêter. Ayant déjà eu l'occasion d'y être invité, j'ai pu voir combien il est bon, dans un monde hanté de mauvaises nouvelles et d'intolérances de rencontrer des gens, leur parler, tisser des liens de paix et de dialogue en cherchant à sortir des logiques de cloisonnement et des idées toutes faites.

Malheureusement, aujourd'hui, bon nombre de personnes qui parlent sur l'Islam ou "des musulman-e-s" parlent de concept ou à partir d'idéologie, mais ne connaissent pas leur voisin de palier se rendant à la mosquée en toute simplicité. Etre musulman, ce n'est pas être une bête étrange, c'est bien souvent être Suisse ou être en Suisse depuis longtemps, avoir les droits politiques dans ce pays, contribuer à la société et donc légitimement ne pas avoir à être traité différemment que d'autres citoyen-ne-s. Bon nombre de gens qui parlent sur les musulman-e-s ne prennent pas le temps de découvrir ce qu'est cette religion, comment elle se pratique en Suisse, quels personnes y trouvent cohésion, équilibre, apportant à la société des valeurs positives contribuant au bien commun. 

Vivre ensemble comme des frères ou mourir tous ensemble comme des idiots

Il y a trop de violence, de conflits et de tensions autour de nous. Comment alors, dans ce climat social parfois délétère et violent, demeurer des agents de paix, d'ouverture à l'autre et de dialogue? Il me semble vital d'aller à la rencontre de l'autre, faire preuve de curiosité et d'ouverture. La phrase de Martin Luther King : "Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots" est d'une criante actualité.   

Aujourd'hui, les musulman-e-s sont pris à parti. L'Islam est la nouvelle cible du racisme en Suisse.[1] De nombreuses agressions, insultes, ne sont même pas répertoriés, et son passées sous silence, banalisées. Cela est intolérable, dans notre société qui défend les droits humains, et prône l'égalité, que des catégories de la population, en raison de leur couleur de peau ou croyance demeurent discriminés. Il est intolérable que des catégories de personnes doivent "longer les murs" alors que notre constitution garantit leurs droits fondamentaux.

J'ai été récemment témoin d'une petite scène. Une femme d'une cinquantaine d'années refuse de parler à une autre personne, parce que cette dernière a un fichu sur la tête. Elle se lève même pour partir lorsque cette dernière lui propose de l'aider à faire ses courses et son ménage. Elle avait peur que les amis de cette femme voilée en viennent à connaître son adresse et viennent lui faire du mal... combien la peur et l'angoisse de l'autre s'est insinuée en elle! Or, cette dame voilée n'était même pas musulmane, elle avait juste mis un fichu sur la tête pour se protéger de la pluie!  

Nous sommes tous des agents de paix et de dialogue

Le racisme s'insinue partout. La peur, les phantasmes sur l'autre, avec lequel on ne parle plus et que l'on ne connaît même pas. Le peur pourrit tout. Elle aveugle et empêche le développement du plein potentiel de notre société. La peur rend malade, elle rend stupide aussi. Contre cela, une seule solution, aller d'une manière inlassable à la rencontre des autres et éviter d'enfermer les individus dans des représentations collectives qui les enferment. Qui es-tu toi ? Et de quoi vis-tu ?  

Alors oui, Eid Mubarak! Une très joyeuse célébration de l'Aïd-el Adah à nos ami-e-s musulman-e-s! Qu'ils se sentent toujours libres, en Suisse, chez eux, de pratiquer leur culte, car c'est un principe garanti dans notre constitution (article 15). Qu'ils continuent à inviter tous les citoyen-ne-s de ce pays à partager ces moments de fête qui sont autant d'occasion de se rencontrer, de se découvrir et au-delà des clichés et images déformées. Qu'ils sentent toujours libres de partager expériences, vécus, et peurs aussi, afin qu'ensemble nous puissions les dépasser.

Et surtout, que tous ensemble, citoyen-ne-s, résidant-e-s dans cet incroyable pays qu'est la Suisse, nous défendions de toutes nos forces la liberté de penser, de croire, d'aimer et de vivre, contre les radicalismes et intolérances de tous bords.  

 

 

[1] https://www.tdg.ch/suisse/L-islam-est-la-nouvelle-cible-d...

 

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17/08/2017

Trump, l'encouragement à la haine, la force du langage

Les événements de Charlottesville nous montrent une chose. Le président Trump cautionne, banalise, caresse dans le sens du poil et entretient volontairement des mouvements mortifères de suprémacistes blancs... parce que ce sont ses soutiens. Le slogan make america great again compris comme make america white again, fait rêver les mouvements les plus faisandés se réclamant de Trump.

On est plongé dans le cadre d'une gouvernance clientéliste, où le bien commun, la défense du droit, de minorités, passent bien après la préservation de certains groupes, aux idéologies niant la pluralité, apologétiques du nazisme et révisionnistes de tout crins, s'inspirant des figures européennes comme Alain Soral ou Renaud Camus.

Les assassins de Heather Heyer, les semeurs de haine, sont rendus fréquentables par le Président. Dans la même veine, Trump accusa Ted Cruz, concurrent lors de l'investiture républicaine aux présidentielles de ne pas être un natural born citizen, car né au Canada. Trump refusait d'admettre qu'Obama puisse être né aux USA, insinuant allégations mensongères, rumeurs, avant de reconnaître s'être fourvoyé dans ses théories sur la citoyenneté. [1]

Cette rhétorique puriste et ce refus de la diversité, nous l'entendons aussi chez nous dans le cadre de l'élection au Conseil Fédéral. Et nous l'avons aussi d'une manière récurrente lors des débats face à l'extrême-droite, qui prétend incarner le "vrai" peuple, le représenter entièrement et détenir à eux seuls l'entier de la représentativité dans les conseils municipaux ou au Grand-Conseil, à Genève. 

Trump n'est pas fou 

Quand Trump banalise les agissements des milices d'extrême droite, ce n'est ni une erreur de communication ni un biais de langage. C'est son programme, sur cette base et par cette base qu'il a été élu. Ses éléments de langage visent à euphémiser ou travestir médiatiquement la réalité, par souci politique de renforcer le lien entre son pouvoir et les red neck.

Trump n'est pas fou, il est partial et clientéliste. Il n'est pas fou, il nie le tout pour s'occuper d'une partie. Trump n'est pas fou, il est lâche et racoleur, comme le sont ceux qui servent les intérêts de petits groupes particuliers. Il est calculateur, pensant aux finalités avant les moyens. Trump n'est pas fou, il est dangereux. Comme Rodrigo Duterte aux Philippines, les messages qu'il transmet, les incitatifs qu'il passe et le blanc-seing qu'il donne à certains groupes sont des signaux destructeurs. Messages constants d'encouragements et d'impunité.

Regardons dans notre assiette 

Si les actions de Trump font froid dans le dos, nous avons bien plus proche de nous ce même genre de comportements. Il est bon de regarder dans notre assiette. Les mêmes mécanismes sont à l'oeuvre. L'UDC nous a habitué depuis longtemps à ces rhétoriques racistes stigmatisant certains groupes: les étrangers, les homosexuels, les femmes, banalisant des violences et renvoyant dos à dos agresseurs et agressés dans un pur souci racoleur de se construire un électorat. 

Les glissements du langage et la banalisation de la violence conduisent véritablement à des passages à l'acte, et à des violences physiques.  Ils ne doivent pas être minimisés. L'exemple de ce qui vient de se passer à Charlottesville nous invite à être toujours plus rigoureux sur ce qu'on accepte comme prises de position et sous couvert de "liberté d'expression" d'appels à la haine ou de négation de l'autre.

Quand Eric Hess, conseiller municipal bernois, emploie à dessin un vocabulaire comme celui de nègre [2] pour désigner des individus, il ne "dérape" pas. Il vise sciemment à décrédibiliser, stigmatiser, et faire d'autres être humains des personnes de rang inférieur pour fédérer un groupe de soutiens et asseoir sa domination par le langage.  

Le langage a pour fonction de découper le monde, et de le rendre accessible. Certains l'emploient aussi pour cibler et détruire.

Un mot est un acte, rien de moins. 

Laisserions-nous quelqu'un donner un coup de poing sans réagir? Non.

Que faisons-nous alors, ici et maintenant, face à l'insulte, l'injure, le dénigrement ?

 

[1]http://www.slate.fr/story/123571/tweets-trump-lieu-naissa...

[2]https://www.tdg.ch/suisse/racisme-plainte-parlementaire-udc/story/23923248

 

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06/08/2017

Un trou dans la langue

J'ai quelque chose à dire et je pense que personne ne veut entendre.  

Ou peut-être n’ai-je rien à dire mais je veux parler quand même.

J’ai peur de parler pour ne rien dire. Ou de parler pour personne. Ou que ce que je dise ne soit rien, ou bien trop long  à dire, et ne soit pas reçu. Alors, je me tais.  

J’ai quelque chose à exprimer. Mais j’ai peur que cela soit perçu comme une forme d’exhibitionnisme ou que je me découvre nu. Alors je garde ça pour moi. Le silence protège, en toutes circonstances. Tant pis si d’autres parlent pour moi. Je me tais.   

J’ai peur de ne pas être entendu. Et, si je suis bien entendu, de ne pas être compris. Et si je suis compris, mal compris pour sûr. Cela, entendu, je reste en périphérie.

D’autres parlent pour moi, ou plutôt contre moi 

Je me retrouve, comme enfant sur la grande plage, devant la grande vague. Sitôt passé le rouleau, avalé le sel, je dois traverser un mur d’eau, puis un autre et un autre, encore.  Je ne desserre pas les dents. Pas que je veux retenir les mots, non. Ils peuvent bien sortir tous seuls. Je serre les dents, parce que ce que je ne veux plus rien avaler du tout. Ni sel ni crème ni bois mouillé. Que cela soit bien clair. Que cela m’empêche d’articuler n’est pas grave. Ce qui va sortir, je voudrais, avant de le relâcher le mâcher encore, attendre encore, et que cela soit si fortement fort, et radicalement condensé, que cela ébranle jusqu’à la langue même.  

Je marche le long de la grande route, avec le sourire aux lèvres. C’était un sourire simple  qui annonce la couleur. Un sourire de circonstance, un sourire stratégique, de complaisance presque, comme les babines battantes d’un chien qui veut se montrer inoffensif, ou les lèvres d’une star de la mode sous les foudres des paparazzis. Je reste placide.       

Mais les gens ne comprennent que les mots. Le reste, ils l’interprètent, et mal.    

J’ai peur d’être jugé. Sur ma parole. Sur mon silence aussi. J’ai peur que les gens d’ici, sitôt que j’aurai parlé, ne me jugent. Et qu’une fois qu’ils m’aient jugé, ne me condamnent. Alors je n’essaie pas de formuler quoi que ce soit. Je veux bien être l’arabe du coin, le dealer de la forêt, le résidant des escaliers du viol, l’imbécile du bled. J’accepte.  

Je ne lutte pas contre les préjugés. Aucune parole, aucun mot ne peut les décaper. Il faudrait que quelqu’un d’en face s’engage. Il me faudrait des alliés. Qu’une armée entière sorte du silence. A tout le moins quelques tirailleurs. Je ne dis pas que tout le monde est pareil. Mais on entend souvent les mêmes.

Ceux d’en face sont hors de portée. Ils font tout pour se distinguer. Ils s’en foutent que leur monde soit étanche. Certains peuvent continuer à taper sur les vitres, ils regardent le paysage.

Si on s’organise, ils hurlent au communautarisme. Aimant leur certitude et leur sécurité par-dessus tout, ils ont la raison pour eux et leur communautarisme exclusif comme référence. Par définition, ma couleur de peau, ma gueule, mes fringues, me représentent. Je ne peux rien y redire. Alors je me tais.    

Ils regardent ma barbe et la couleur de ma peau. De mes yeux, de mon sourire, ils se foutent. S’ils pouvaient ajouter deux lignes à mon casier judiciaires ils le feraient. Ma résistance, ce sont mes yeux et mon sourire. 

Le dialogue était rompu avant même la prise de parole. Je ne comprends pas. Pourtant : même espèce, même bras, même cœur, même yeux, même appétit. Même croix dans le cœur, même promesse pour la poussière.  

On a beau être, si pas semblable, similaire: on ne se comprend pas. Cela, je ne le saisis pas. Je te jure frère, ça me rend dingue. Même avant les mots, on n’y arrive pas. La distinction, la différence, le snobisme c’est comme des murs invisibles. La langue a bon dos.

Le racisme est un mal cérébral, ou une atrophie cardiaque. Pourtant ils ont fait des apprentissages. Ce ne sont pas tous des cons non plus.    

Les gens d’ici parlent lentement et beaucoup, pour finalement ne pas dire grand-chose. Ils disent longtemps ce qu’ils font, combien ils travaillent beaucoup et s’écoutent parler longtemps. Entre eux. Combien  ils font de belles choses. Combien ils vont en faire d’autres encore et encore s’écoutent parler. Ils s’ennuient. Tu le vois à la manière dont ils jugent les autres. Profondément.

Quand ils parlent, c’est comme s’ils s’adressent à quelqu’un d’autre que la personne face à eux. Comme s’il y avait une caméra cachée. Là, quelqu’un va se lever pour applaudir, une maquilleuse va repoudrer un nez –mais non-. Il n’y a personne. Juste eux et eux. Et le silence. J’ai l’impression qu’ils parlent pour un auditoire, un stade. Leur but est de fixer une note. Et peu importe la pirouette. Subitement, les gens se lèvent. Ils ont inscrit des chiffres entre 1 et 10 sur un petit carton et ils les soulèvent, très fiers d’eux. 

Je marche le long de la forêt. Je vais à la laiterie. Dans ma tête, ça cause : du fleuve, de la traversée, des canots renversés et de la rame perdue en mer. Une main devant un visage. Et un visage de plus en plus grand. Et une main énorme. Et une grande citerne. Et ça cause en moi, et ça monte plus fort encore, et je me bouche les oreilles avant de m’asseoir sur la route, hébété, secoué comme frappé par la foudre. Et je reste comme ça. Sans mots dans la tempête, sans possibilité de crier ni de me taire avec l’envie de m’attacher à un mât, comme Ulysse.   

Dans le village, il y a le restaurant national, avec de  grands parasols jaunes Eichof. Les voitures se parquent devant et les gens de la région viennent manger des croûtes  et des beignets au fromage ou alors des filets de fera grillés avec un petit vin blanc fruité.

Je les regarde rire en buvant. Et boire en riant. Et quand ils se lèvent pour aller pisser, ils ne marchent plus tout à fait droit. Les géraniums sont bien posés sur le rebord des fenêtres. Les vitres sont propres. Il y a un chien attaché avec une chaîne devant la niche. Je regarde leur bouche surtout . Les corps ne m’intéressent pas. Juste la bouche. Et leur langue que je ne comprends pas. Quand quelqu’un rit très fort, je fais le même son. Je mime, j’imite, copie. Parfois, il y a quelqu’un qui se tourne vers moi et dit un mot rapide qui fait rire toute la terrasse. Alors je ris aussi avec eux, pour me faire accepter, devenir ami ami. Cela les fait rire encore plus fort. Alors subitement je ne ris plus, du tout.  

Je répète Addition, addition, un décit de rouge, un décit de rouge, patron patron patron dans mon coin sur ce banc, dans mon silence qui n’est pas du silence et dans mon étrangeté qui ne dérange personne. Ils ne font pas attention à moi. Je ne suis pas vraiment différent pour eux. Je suis, dans leur tête, ce qu’ils souhaitent que je sois, et dans leur langue, ce qu’ils ont défini pour moi. Ils m’assignent une place et désignent un second rôle.

Leur représentation, ils l’ont construite avec des mots, avec des petites briques et parfois deux gros blocs. Souvent, ce ne sont même pas leurs mots. Ce sont les mots d’autres et c’est avec cela qu’ils m’envisagent, qu’ils rient de moi ou qu’ils en ont peur. Ils cherchent une pureté ? Ils ne font qu'imiter. Je ne comprends pas. Je ne peux pas leur dire jusqu’à quel point je suis navré. Je n’ai pas les mots. Eux ils ont la langue avec eux, les manchettes de journaux, et parfois même une majorité de voix.

Mais je peux sourire.  Alors je souris. 

Dans ma solitude, produit de mon passé et de mes prières,  j’habite un espace plus chaleureux, plus habité que leurs regards qui ne me donnent rien, ne montrent rien de leur langue ou de leur désir curieux. Dans l’abri ils disent tu dois faire des efforts pour t’intégrer. Je me demande si chez eux on dit : tu dois faire des efforts pour intégrer. Mais je ne crois pas.

Je me réjouis de revenir un jour à Genève, chez moi.

Pour l’instant, je dois essayer de faire mon trou là-bas.  

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11/07/2017

Macron dans la lumière à Lausanne... les dictateurs dans l'ombre à Genève ?

IMG_9180.JPGC'était l'événement de ce mardi. Le président français Emmanuel Macron se déplaçait à Lausanne. Au final, pas pour dire grand chose, ni proposer quoi que ce soit, mais pour faire du lobby pour Paris en vue des Jeux olympiques de 2024 ou 2028 et faire en sorte que la ville lumière rafle la mise.

Pas grand chose donc qui concerne la Suisse non plus, ni nos liens avec notre voisin français. Rien pour retenir notre intérêt au final, si ce n'est l'opportunité du côté people de la visite permettant de prendre la température de notre attrait provincial, un brin idolâtre, pour la chose parisienne. Parce que si les Suisses adorent se comparer aux Français, ce qu'ils aimeraient par-dessus tout serait d'en être les égaux dans le faste et le décorum. Peut-être? Pas sûr? Pas si simple.

 

Rochebin aux genoux d'Hidalgo   

On a donc eu droit à un gros plan au 19:30 sur le président français, par où il passait et où il dormait, à qui il serrait la main (à Gorrite plutôt qu'à Leuthard, oh dis donc le scoop). Et allez que ça se bousculait sur les photos pour pouvoir dire j'y étais, j'ai serré la main du prince, du puissant, à se demander si ça allait encore se laver les joues et les chagnottes après ce moment de gloriole. 

Ceux qui ont pu l'approcher ne pouvaient que reconnaître qu'ils n'avaient pas vraiment discuté d'autre chose que ... de rien. Bref: on était dans une pièce de Beckett, dans l'absurde. Mais à l'inverse de Godot, on n'attendait rien. Macron était bien là, mais il n'y avait rien à en dire ni en penser, et nous... rien à en faire.

C'est peut-être ça le moment médiatique : l'absurde magnifié et l'événement auto-célébré portant sur... rien. Si au moins, pendant que l'entretien Rochebin-Hidalgo tournait à une platonique ronronnade convenue, Macron avait fait du pédalo à Ouchy, on aurait pu en rigoler. Mais non, même pas! Macron ne connaîtra jamais rien du pâté de féra de la jetée de la Compagnie et de ses petits sirops de fruits rouges, c'est grand dommage pour lui (et tant mieux pour nous).   

 

Et les avions des dictateurs en marge des visites officielle : on en parle ?   

En même temps, ce n'est pas comme s'il y avait des pourparlers à Genève sur la Syrie, des manifestations devant les ambassades de Turquie pour demander la libération des militants des droits humains emprisonnés, ni que le festival de Montreux ne drainait son lot d'artistes engagés portant un discours radical sur la société (Casey), ou que l'actualité ne nous plaçait pas au coeur d'enjeux et de luttes fondamentales.

Jetez un oeil au profil twitter GVA dictator alert qui permet de voir en temps réel le nombre d'avions des régimes autoritaires se poser sur le tarmac de Cointrin. On aimerait bien avoir un peu plus de caméras sur ces visites aussi... [1] 

 

Cette agitation médiatique donne au final un sentiment de provincialisme abouti

Mettre tant de moyens pour accompagner la visite d'un chef d'Etat voisin, cela illustre peut-être aussi le fait que les plus grands admirateurs de la monarchie ne sont peut-être pas ceux qui en ont encore une (les anglais), ni ceux qui ont réussi à s'en débarrasser (les français), mais éventuellement ceux qui, comme nous, n'ont jamais pu en faire l'expérience. [2] 

Une à deux fois par an alors, nous jouons à une sorte de Ballenberg live-show, Ode aux people pour accueillir un roi étranger (chinois ou français), et voir ce que ça fait de mettre les petits plats dans les grands, tourner des hélicos dans le ciel, des navettes de police sur le lac, monter en épingle des interviews, faire crépiter flashs et caméras, avec nos édiles locaux qui se bousculent tous pour en être. Comme si le musée olympique était Versailles, et l'avenue de la Gare les champs Elysées... quitte à ce que ce soit... pour rien. 

Quant à imaginer que cela puisse, au final, servir à faire diversion face aux vrais enjeux de notre temps, il faudrait vraiment être un gâcheur de fête pour croire cela n'est-ce pas? 

Car le véritable bonheur serait que Justin Trudeau vienne prochainement à la pêche aux perches au bord du lac Léman avec Melania Trump.

 

[1] http://www.tdg.ch/economie/entreprises/Un-site-repere-les-avions-de-dictateurs-a-Cointrin/story/28750390

[2] http://www.tdg.ch/monde/brigitte-macron-adore-lausanne/st...

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07/07/2017

Le creux de l'été

FullSizeRender.jpgElle est jolie cette expression du creux de l'été. On remarque, d'une semaine à l'autre, que les trains sont moins plein, les trottoirs semblent plus larges, la cadence de la circulation ralentie, les voitures naviguent presque au rythme d'une valse (image idéalisée, sur le pont du Mont-Blanc c'est techno plutôt, ou danse figée).

Surtout,  on n'entend plus chanter dans les préaux: les classes sont fermées. Un peu de silence, plus d'espace. Cela suffirait-il au bonheur? On ne sait pas trop quand il commence à se creuser le creux du creux de l'été. Pourtant on le sent venir à des petits signes, et l'on sait qu'il est pour bientôt quand déjà on est dedans.

Le creux de l'été, on le décèle aussi quand les journalistes commencent à courir après les sujets, se demandent avec un brin d'anxiété ce qu'ils vont bien pouvoir écrire durant les prochaines semaines, et comment meubler, remplir donc. Peur du vide? 

C'est aussi le début du règne des envies et donc des envieux : - quand est-ce que tu pars toi ? En juillet? C'est l'heure déjà pour les chanceux de prendre leur envol : premiers départs en vacances.  Alors quand certains sont déjà à la mer, d'autres bossent pour dix. Injustice!

Arrivent les premiers messages sur  fonds de carte postale (nécessairement ré-haussés de filtres de couleurs pour faire saliver davantage) avec odeurs de vahiné, de ristretti serrés sur des piazza de carton pâte. Et en avant pour les longs clichés des couchers de soleil saisis au creux des vagues, dans le reflet des piscines de Spritz et de rosés.

Pendant ce temps, les laborieux se consolent avec le souffle des ventilos, ou de l'air conditionné pour les mieux équipés, exposés aux rayons ultraviolet et l'infrarouge de leur ordinateur en guise de bronzette.

Nous n'ouvrirons pas ici le chapitre de l'ancestrale lutte entre juillettistes et aoûtiens, entre ceux qui regardent le tour de France au camping, vont tâter de la boue de Paléo, ou marquent d'une pierre blanche le début de Wimbledon pour le contempler le plus loin possible de chez eux.   

On ne sait pas trop quand le creux de l'été commence (certains disent à la fermeture des classes), on ne sait par conséquent pas non plus quand il finit (avec le festival de la Bâtie affirment certains)...il se pourrait bien que pour d'autres le creux de l'été signifie prolonger la farniente jusqu'au début de l'été indien... mais au final on se demande même s'il existe finalement. Tout le monde ne vit pas au rythme des vacances scolaires.

Quand le creux fait naître de l'appréhension chez certains, pour d'autres c'est la délectation : joie du ralenti, et jouir du silence. Qui fera l'étude des hyperactifs nerveux de devoir ralentir, forcés de lever le pied, de ceux qui renoncent aux vacances ou ne peuvent s'en payer, se décident à des travaux ménagers longtemps repoussés ou à des marottes occupationnelles afin de ne pas voir le temps passer ?

Le creux de l'été, c'est découvrir une autre manière de vivre les saisons et les rythmes : rencontrer la joie du ralentissement en s'adonnant à une sorte de spéléologie estivale. Et pour ceux qui en ont le temps : s'y perdre un peu... pour autant que l'on s'en autorise la liberté, bien entendu.

 

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25/06/2017

Cyclistes, bas les pattes ?

C'est quand même épatant que la police municipale de la Ville de Genève, ressortant ses vélos qu'elle avait rangés au garage durant l'hiver dans l'attente de la belle saison, se mette en piste pour chasser prioritairement les cyclistes. Pas plus tard qu'avant hier, alors que je circulais au ralenti dans un joli parc de la ville, sans âme qui vive ni piéton proche de moi, arrivent trois pandores à vélo qui m'intiment de ranger mon téléphone que j'avais posé sur mon oreille pour écouter mes messages.

Ils étaient fiers, ils étaient sûrs de leur bon droit les pandores municipaux. Ils me sont tombés dessus, comme je ne les ai jamais vu faire avec un automobiliste téléphonant au volant, avec une volonté claire de me faire ranger mon téléphone dans ma poche. 

Or, nous avions bien posé une fois la question au conseil municipal pour savoir pourquoi il y avait si peu de dénonciation d'automobilistes utilisant leur téléphone au volant. La réponse d'un gradé de la police municipale faisait peur : c'est parce qu'il est difficile de les saisir sur le fait. Sous-entendu : les municipaux à vélo ciblent les cyclistes plutôt que les automobilistes parce que c'est plus simple. La loi n'est donc pas la même pour toutes et tous. Elle est uniquement appliquée en fonction de l'opportunité de cibler les contrevenants. Cela s'appelle l'arbitraire. Les automobilistes qui téléphonent au volant risquent de tuer des gens. Les cyclistes qui conduisent d'une main en écoutant leurs message, se casser leur figure uniquement. Les rails de trams sont mille fois plus dangereux pour les cyclistes que leur téléphone. Et si les policiers municipaux chassaient plutôt ceux qui enfreignent la loi que ceux qui roulent à vélo ?

Là où cela se corse encore, c'est que le policier qui me demandait de ranger mon téléphone connaissait mal la loi. Comme le rappel un article de la Tribune de Genève du 22 octobre 2012[1], ainsi que le service Interroge de la Ville de Genève :" il n'y a pas d'articles qui interdise spécifiquement de téléphoner à vélo", informe Guido Bielmann, porte-parole de l'office fédérale des routes (OFROU). Or, à défaut, c'est l'alinéa 3 de l'article sur la conduite du véhicule qui est utilisée pour sanctionner les cyclistes : "Les conducteurs de véhicule automobiles, de cyclomoteurs et de cycles, ne lâcheront pas l'appareil de direction". Bref, il faudrait, selon cette interprétation de la loi, que le cycliste aie toujours un contact avec son guidon (mais une main, deux mains?). Cela semble être une interprétation très extensive de la loi. Beaucoup de cyclistes conduisent momentanément d'une main durant leur journée. Mais surtout : comment alors indiquer des changements de direction  ?

Conformément à l'ordonnance sur la circulation routière (OCR), article 3 alinéa 3, "les cyclistes ne doivent lâcher ni le guidon ni les pédales, sauf pour indiquer un changement de direction. Ils doivent en outre vouer leur attention à la route et à la circulation, sans se laisser distraire."

Bref, un cycliste peut bien lâcher son guidon (et donc se mettre en danger) quand il est dans le trafic, car il n'a pas d'autre choix, vu que les infrastructures routières sont construites pour les véhicules motorisés avant tout.

Alors, si un cycliste n'est pas amendé quand il indique changer de direction, ne devrait-il pas l'être aussi quand il se passe la main dans les cheveux, quand il mange une glace, se passe du labello sur les lèvres, quand il lève la main pour saluer un ami, quand il lève le poing pour exprimer sa colère envers un véhicule qui l'a tassé contre le trottoir, ou ne respectant pas le mètre cinquante recommandé pour le dépasser, quand il réajuste sa veste, quand elle réajuste sa robe pendant qu'on y est ? Selon cette interprétation de la loi, oui. Haro sur les cyclistes donc, qu'ils mettent bas les pattes sur leurs guidons. 

Pour conclure, avis aux policiers municipaux qui s'acharnent sur ce qui semble à leur portée plutôt que de combattre les véritables risques mortels de la circulation -c'est-à-dire, les comportements des automobilistes envers les usagers les plus vulnérables- ; que l'on ne vous voie pas parler en radio à vos collègues, réajuster votre casque, ou indiquer de la main une direction quelconque, sinon, en effet miroir, on dégainera nos téléphones pour vous prendre en photo, pour rire (jaune) de votre partialité et sélectivité dans les délits qui conduisent à pointer du doigt des contrevenants mineurs et des usagers vulnérables plutôt que de lutter contre les vraies causes d'insécurité.        

 

[1]www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Il-telephone-a-velo-et-e...

[2] http://www.ville-geneve.ch/index.php?id=16358&id_deta...

 

15:15 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/06/2017

Moi, François Hollande, ex-président de la République

Qu'est-ce que je fais faire maintenant? C'est la question que tout le monde me pose. Bon, c'était déjà celle que l'on me demandait pendant que j'étais président. Tout le monde alors semblait se foutre de ma réponse. Mais maintenant, il y a une importance folle à ce que je dise si je vais planter des pivoines à Trouville, me chercher un appartement à Tulle, ou finalement habiter avec Julie Gayet. Peut-être donner des conférences, créer ma fondation, ça ce serait dans mes cordes (même si les journalistes semblent en douter); ce que tout chef d'état bien constitué fait. J'ai démontré que le pouvoir on peut s'en détacher. Il n'y en a pas beaucoup qui y arrivent. Angela, tout le monde veut la garder, elle n'arrive pas à décrocher. Vladimir on aimerait bien s'en débarrasser mais on n'y arrive pas. Franchement, ils n'ont jamais été mes modèles.

Je vais peut-être vous étonner, mais pas de retraite anticipée pour moi. Je vais écrire un livre pour dire ma vérité. Certes, j'aurai dû le faire il y a longtemps. Ce mauvais livre écrit par des journalistes durant mon quinquennat m'a plombé. Rien que le titre "un président ne devrait pas dire ça"... ridicule, alors que, au final, je n'ai pratiquement jamais rien dit.

Maintenant que je suis certain que personne ne lira mes mémoires, c'est le bon moment pour les écrire. Je n'ai jamais aimé aller avec le courant. Ce qui a fait mon style, c'est toujours d'avoir un temps de retard. Certains disent: "en marche", moi ça a toujours été, résolument : "à reculons". J'aurai essayé d'imposer ma marque à la France, mais c'est allé trop vite. Je n'ai pas été compris. Pas sûr qu'un livre va me relancer, mais un bouquin me permettra de laisser ma trace dans l'histoire. Et tant pis si c'est celle d'un animal blessé. Chasseur ou gibier, il fallait choisir son camp. Je n'ai jamais aimé les fusils. Mitterrand a laissé une bibliothèque, je laisserai 200 pages. C'est ainsi. 

Je demanderai à Manuel d'écrire la préface, lui aussi tire le diable par la queue. Mais pas de regrets, ni remords. Si vous étiez à ma place vous sauriez ce que c'est que de diriger la France. Maintenant je vais devoir affronter plus compliqué : gérer ma vie. Je ne sais pas quel défi est le plus grand, mais si j'ai loupé le premier, je me sens capable de réussir le second. Faudrait juste que j'arrête la politique. Bien que personne ne me le demande, et que personne n'aimerai m'avoir dans les pattes, je suis quand même obligé de dire que je reste dans la course. J'aimerai continuer, parce que sans la politique, qu'est-ce qui va me rester? Je pourrai bien, sur un malentendu, réussir quelque chose.

Pourquoi insister ? Par peur de m'ennuyer c'est clair, mais surtout parce que je crois que j'ai de réelles compétences pour aider mon pays à se redresser. Mes meilleurs amis me disent que si je veux assister au redressement de la France, la meilleure chose à faire ce serait de m'en tenir éloigné. C'est vache. C'est beaucoup de cruauté la politique. Mais je dois bien reconnaître qu'ils ont un peu raison, les rosses.

Comme j'ai toujours fait l'inverse de ce que je pensais juste et ne me suis jamais écouté, je vais quand même l'écrire ce bouquin. Peut-être que, en 2023 qui sait, ma chance reviendra. Après tout, j'avais la place pour passer face à Emmanuel, et si je ne m'étais pas retiré, je serai encore à l'Elysée (ils m'ont tous dit ça, ceux qui m'ont poussé à jeter l'éponge).

Revenir à l'Elysée ? Pour y faire quoi? Je ne sais pas. Mais pour sûr, mes mémoires seront plus épaisses et se vendront mieux, ce qui compte quand même. Je pourrai aussi mieux me faire comprendre, même si je n'ai jamais eu grand chose à dire.

Et si les français-es ne me comprennent toujours pas, malgré ma pédagogie, mon sens politique, je n'ai qu'une explication : c'est le temps de bien me faire comprendre qui m'a manqué.

Peut-être que je suis lent, peut-être que j'avance au ralenti. Mais franchement, sans me chercher d'excuses, tout ça est allé très vite. Une petite pause me fera le plus grand bien.

Je promets de revenir. Je ne suis pas comme Lionel, qui a choisi de disparaître, la France a besoin de moi, tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir. Enfin, c'est mon flair politique qui me le dit. Moi, François Hollande, ex-président de la République.    

 

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25/05/2017

Pourquoi Donald Trump a posé un lapin à la basilique de la Nativité

palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlL'événement est passé inaperçu dans la presse. En visite officielle en Israël, Donald Trump avait annoncé qu'il visiterait la basilique de la Nativité à Bethléem ce mardi. Au dernier moment, il y a renoncé. Pourquoi ? Parce que des familles de prisonniers palestiniens actuellement en grève de la faim (plus de 1000 parmi les 7000 détenus dans les prisons israéliennes) se tiennent sous une tente depuis le début de ce mouvement initié par Marwan Barghouti (17 avril 2017, 39e jour aujourd'hui) à deux pas du parvis de la basilique.[1]  

Les revendications des grévistes sont basiques. Les détenus réclament la fin de la torture, la fin des traitements dégradants et de la négligence médiale. Ils demandent de meilleures conditions de détention, l'abandon de la détention administrative, l'augmentation du nombre de visites (réduites à une par mois depuis un an), l'accès aux soins, à des livres, à des téléphones publics afin de pouvoir communiquer avec leurs proches. Ils demandent la liberté et la dignité à laquelle ils ont droit.[2]

Les proches de prisonniers dorment sous tente, proche de la basilique de la Nativité. Ils offrent le café à ceux qui viennent les voir, expliquent leur combat et sensibilisent les touristes à la lutte du peuple Palestinien pour le respect de leurs droits.

Donald craignait de les croiser, même de loin, et leur donner une visibilité.

 

Donald Trump, miroir du monde?

Donald Trump visite les pires criminels du temps dans une tournée de l'immonde, mais croiser des familles de prisonniers, des gens comme vous et moi, c'était trop. Il a préféré, lâchement, éviter de le faire, pour maintenir autant que possible la cause palestinienne hors champ, hors caméra, qu'elle demeure silencieuse et cachée.

Trump refuse de soulever le rideau de fer, se faisant collaborateur officiel d'un régime de colonisation. Si nous nous taisions, ou allions en vacances à Tel-Aviv sans rendre compte de l'arrière-boutique, nous lui serions pareils, préférant regarder ailleurs plutôt que là où des hommes ont besoin de notre voix pour relayer la leur.   

 

 

IMG_7223.JPGPour ne pas laisser le monopole de la parole aux lâches et aux violents

Nous sommes allés à la basilique de la Nativité rencontrer et écouter celles et ceux qui se tiennent sous cette tente. Mohamad est devant la photo de son père, qu'il n'a pas vu depuis 11 ans, et dont il est interdit de visite. Son père a été condamné a 24 ans d'emprisonnement, pour un crime qu'il n'a pas commis. Son fils ne l'a plus vu depuis ses 14 ans. Il en a 25 aujourd'hui, et lutte pour la justice, soutenant le mouvement des grévistes de la faim qui entre désormais, au 38e jour, dans une phase critique pour la santé des prisonniers.[3]

Le frère de Marwan a été enfermé depuis 16 ans. Marwan ne l'a jamais revu depuis son kidnapping. Son père et sa mère ont pu lui rendre visite en prison, lui non. C'est parce qu'ils sont vieux, qu'ils peuvent y aller dit-il. Lui est jeune. Alors l'état israélien lui interdit le déplacement. Qui pourrait supporter d'être privé de la visite de ses proches ?

 

Leur domination, leur lâcheté, seraient notre domination, notre lâcheté ?

Sous cette tente, la mère du frère de Mohamad nous offre le thé et le café. Donald Trump a-t-il eu peur de boire ce thé ou ce café ? Pensait-il qu'il était sale, ce café pur de la saleté de l'oppression? 

Le Président voulait donc se rendre au lieu de naissance de l'homme accouché dans une étable, mort crucifié, des mains d'une puissance occupante, sans avoir commis de délits. Quelle ironie. Trump voulait aller dans une église voir les reliques de ce qu'il avait bien vivace sous les yeux. Il a préféré les fermer et poser un lapin à la basilique de la nativité.

 

palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlCe n'est pas là où Trump va qui nous intéresse, mais là où il refuse d'aller

Et nous, sommes-nous fidèles au rendez-vous, où posons nous également un lapin à ceux qui nous informent sur leur condition ?

Face à ceux qui bafouent les droits humains, le silence et la neutralité ne sont pas une option. De nombreux détenus ont annoncé qu’ils avaient arrêté de boire de l’eau en raison du refus d’Israël de négocier avec les prisonniers. La grève est entré dans une étape critique.[4]

Quelle doit être notre réponse?

Trump a pris son avion pour être reçu au Vatican.

Solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens et leurs familles.  

 

 

[1]https://www.nytimes.com/2017/04/16/opinion/palestinian-hu...

[2]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/greve-generale-en-palestine-pour-soutenir-les-prisonniers-en-greve-de-la-faim_1910612.html

[3]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orien...

[4]http://chroniquepalestine.com/prisonniers-palestiniens...

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05:30 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, grève de la faim, occupation, apartheid, israël | |  Facebook |  Imprimer | | |

19/05/2017

Trump en goguette : gare aux dégâts

Donald Trump se rend pour un voyage de 8 jours au Moyen-Orient et en Europe. Qu'en attendre? Pas grand chose. Si ce n'est, malheureusement, des dégâts.

 

Un éléphant déboule dans des magasins de porcelaine. Ryad, Jérusalem, Bethléem, Rome, Bruxelles, la Sicile. Le président américain va rencontrer au pas de charge le roi Salmane, le pape François, Netanyahu, Mahmoud Abbas. Il promet un appel à l'Islam depuis la capitale saoudienne devant une cinquantaine de dirigeants de pays musulmans, une visite au mur des lamentations à Jérusalem au passage et une rencontre à Bethléem avec le responsable du Fatah. Enfin, une viste au Vatican pour l'ascension.

Un redneck en roue libre

Le président va enchaîner les lieux symboliques et chargés d'histoire, lui dont l'ignorance crève l'écran et dont la sensibilité et la finesse semblent faire cruellement défaut. Il évite au passage soigneusement l'Iran, alors qu'un nouveau président y sera élu ce vendredi et que le pays oscille dans sa révolution.[1] De toute façon, les américains n'ont jamais rien compris à l'Iran. Il n'y a aucuns espoirs que cela ne change avec Trump.

Le président américain va, à la vitesse de l'éclair, faire le tour des problèmes du moyen-orient, y mélanger allègrement business, politique et religion. Il faut se préparer au pire. Au mieux il suscitera de l'incompréhension, si tout va pour le mieux, de l'indignation. Le pire ? Personne ne peut l'envisager.

La tentation du pire

En difficulté aux Etats-Unis, Trump va-t-il chercher, par une provocation supplémentaire, de la surenchère, ou alors, par maladresse, à faire oublier ses déboires intérieurs avant de revenir à Washington? Le bonhomme nous a habitué à ne plus pouvoir distinguer entre choix ou hasard : stupidité et maladresse étant intimement liés chez lui.

Alors que l'été arrive, que les trajets des bateaux de réfugiés cherchant refuge en Europe vont augmenter, que les inégalités migratoires et éco-sociales demeurent l'enjeu majeur de notre siècle, nous n'y trouvons pas de solution viable. Qu'un président adepte de murs et de frontières bouclées s'élance pour traverser en avion en 8 jours dans un sens puis dans l'autre la Méditerranée, en jouant à saute mouton d'un pays à l'autre, fera transpirer tout son staff, pour notre part ça nous glace.   

8 jours pour faire le tour des principaux problèmes du monde. Insuffisant pour prétendre régler quoi que ce soit, mais bien suffisant pour en créer de nouveaux. Trump en goguette : gare aux dégâts.

Il ne nous reste plus qu'à espérer que le vilain farceur loupe son vol au départ de Washington ou qu'il demeure coincé à quelque frontière. Qu'il trouve son chemin de Damas, que quelque chose lui tombe dessus : bref, un miracle quoi.

C'est bien maigre, face à l'état du monde, qu'espérer un miracle pour la tournée de Trump.  Il nous reste à écrire, à agir, pour une limitation des dégâts...

 

[1]http://www.liberation.fr/planete/2017/05/18/rohani-contre-raisi-le-pragmatisme-face-a-l-ordre-ancien_1570572

 

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24/04/2017

Macron – Le Pen : choisir malgré tout

18118607_10155064809066826_7906081813619339761_n.jpgUn choix ? Quel choix ont les français alors que débute la campagne présidentielle du deuxième tour ? Le choix entre la patriote et le mondialisé, entre la préférence nationale ou celle de l’argent, comme le prétend la frontiste ? Entre le rejet des étrangers ou celui des précaires,  entre la violence ou la vacuité ?

 

Il n'y pas de non-choix possible

Et pourtant, le 7 mai, il faudra choisir, et voter.

En se bouchant le nez, comme en 2002. Voter, pour faire barrage au front national, pour que jamais la rafle du Vél' d’Hiv ne revienne ni de devienne un détail de l’histoire. Risquer le Front au pouvoir, parti fascisant de ses racines jusqu'à ses bourgeons, ce serait le signal que le repli, le refus, le rejet seraient non seulement plébiscités mais montrés en exemple. Ce serait surtout un signal terrible de désinhibition pour les discours de la violence et des boucs émissaires faciles. La levée des derniers freins.  

Ne pas choisir n'est pas un choix. On peut refaire la première mi-temps autour d’une bière, se dire mon Dieu comment en est-on arrivé là et se rejeter les responsabilités ou regarder ailleurs, mais désormais, la question d’actualité, c’est faire barrage et choisir le moindre mal. Ce n’est pas le glorieux combat espéré, mais ce sera toujours le meilleur choix.  

La gauche désunie n’y arrive pas   

Ce qui est sûr, c’est que la gauche s’est plantée. Cumulés, les scores de Mélenchon, de Hamon, de Poutou et d'Arthaud auraient pourtant amenés la gauche autour de 27%, en tête de ce premier tour. Alors non, les idées, les programmes de gauche ne sont pas morts, loin de là.

Mais elle doit entendre, encore et encore, et jusqu’à ce que ça rentre bien, que désunie, elle ne gagnera pas, et laissera le terrain aux tendances fascistes ou ultra-libérales.

Qui a refusé l’union ? Mélenchon, dès janvier 2016 en refusant de se soumettre à quelque primaire de gauche que ce soit, ou Hamon, qui selon les insoumis, aurait dû se retirer in extremis quand la courbe des sondages pour Mélenchon prenait l’ascenseur dans la dernière ligne droite de 2017 ? Se battre uniquement pour avoir le leadership de gauche alors que le fascisme monte, c’est assumer une responsabilité historique grave, c'est comme se chamailler le gouvernail du Titanic. 

 

Le drame s’est joué en amont

Le drame s’est joué en amont pour la gauche. Par le retrait tardif de Hollande et l'incapacité, pour les frondeurs, de fédérer plus loin que leur groupe de suiveurs (qui a finalement glissé de Hamon à Mélenchon). Plutôt que de fédérer pour se distinguer, on aurait aimé qu'ils parviennent à se distinguer pour fédérer. Cela n'a pas été possible pour de multiples raisons.  

On va retenir quelques enseignements ce lundi avant de retourner au boulot, pour ne pas répéter encore et encore les mêmes conneries. 

Le premier, c’est que nous continuerons de toutes nos forces à lutter contre les inégalités, les précarités, pour la redistribution des richesses et que nous refuserons toujours le discours de la haine. Que nous continuerons à lutter pour une société ouverte, créative, celle des possibles, de la diversité, qui n'oppose pas les fragilités.

Le deuxième c'est qu'une gauche désunie qui se tire dans les pattes ne gagnera pas. Oui la rue c'est très bien, mais les urnes sont incontournables. Il nous faudra travailler ensemble, ou crever divisés.

 

Faire battre le coeur encore

Nous n'irons pas voter en courant le 7 mai, ni même en marchant, mais à contre-coeur. Afin que le coeur de la France continue de battre, même sous réa', même faiblement, même au bord de la rupture.

Nous irons voter, ça c'est sûr.

Bien plus que pour Macron, nous voterons résolument contre le FN et contre la haine.

 

 

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19/04/2017

Et si la surprise venait de Benoît Hamon ?

présidentielles,france,hamon,surpriseSelon les sondages (mais que valent-ils?) un quatuor se détacherait en tête parmi les 11 candidat-e-s de l'élection présidentielle française : Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. L'issue du premier tour de l'élection présidentielle, ce dimanche 23 avril, se réduirait à ces 4 là, dans l'ordre ou le désordre.

 

Depuis des semaines maintenant, jusqu'à l'ennui, la nausée même, ça ressasse et ça joue au yo-yo. Un coup c'est l'un, un coup c'est l'autre, qui monte ou qui descend, c'est selon, et voilà l'espace médiatique saturé d'experts se muant en faiseurs de rois, suivant la courbe des sondages... comme si ceux-ci voulaient dire quoi que ce soit de plus que l'émotion d'un instant ou la réponse faussée de votes pas toujours assumés, sans aucune certitude même que la personne sondée se rende finalement à l'urne.   

Je ne crois pas une seconde dans les sondages. Sinon, Jospin n'aurait pas chuté au 1e tour en 1992, ni Giscard élu président, etc, etc.[1]  Il y a quelque chose d'étrange dans ces "tendances" qui finissent par créer une réalité parallèle sur laquelle se basent ensuite des articles pour bâtir l'opinion publique. Le tout ressemblant plus a un château de cartes en équilibre précaire qu'à des références étayées par des méthodes scientifiques. Et l'on se baserait là dessus pour asseoir un vote?

 

Un vote utile, pour qui pour quoi ?  

Je suis plutôt porté à croire que les français-es en ont marre des casserole ou des trompettes. Ils ont envie d'avancer avec une autre musique, plus sereine. Les extrêmes, si elles peuvent faire envie, ne font pas rêver, à moins de revenir à une politique surplombante, celle des grands récits et des trémolos réducteurs. L'histoire de France fait douter du grand soir ou de la fin de l'histoire. Il y aurait un vote utile et un vote inutile qui se cacherait quelque part dans tout cela? Mais où donc, et sur quoi le fonder ?       

Dans les échappées cyclistes, ce n'est pas toujours celui qui se prend le vent de face qui va au bout. Et s'il y en a un qui a su avancer sans renier qui il était ni d'où il venait et quelle était son équipe, c'est bien le petit Benoît, qui s'est mis dans l'échappée et a continué de pédaler, à l'abri du vent, alors que le temps de l'emballement final pointe. Pourrait-il bénéficier de l'effet saturation et lassitude d'entendre toujours parler des mêmes candidats?

Car si Mélenchon, selon les sondages, incarne désormais un "vote utile" (paradoxal pour un insoumis) ; et si donc l'insoumis s'est métamorphosé en service utilitaire (mais de quoi et pour qui?), qui peut affirmer que par un mouvement de balancier, le vote contestataire ne change lui aussi de camp, et qu'il n'emporte dans la bascule, une jeune génération dont on n'est pas sûr qu'elle s'identifie aux rhétoriques lyriques.

   

Et si la surprise venait de Hamon?

Avec sa proposition d'un futur désirable, il reste l'un des candidats qui ne regarde pas vers le repli ou le monde d'hier, qui ne désigne pas de cibles toutes faites non plus, ne s'engage pas dans une dénonciation outrancière, mais avance des idées, des propositions faisant débat (revenu universel d'existence, transition écologique, lutte contre l'évasion fiscale, fin de la loi travail, légalisation du cannabis), avec une volonté de construire une nouvelle possibilité viable de faire société. L'ancien se meurt - pourquoi mettre toute son énergie à l'abattre- mettons notre intelligence pour construire ce qui vient après, maintenant.[2] 

Hamon a fait le choix de la simplicité et de la sincérité. Il incarne une nouvelle génération. Cela peut-il accrocher l'électorat, ou arrive-t-il trop tôt ? Peut-être qu'il faut toujours une plus grande gueule, un maximum de populisme pour faire adhérer... ou que l'étiquetage PS post-hollande sera trop lourd à porter, et que ça ne passera pas. Peut-être, peut-être, mais l'engagement de Hamon ne s'arrête pas à la présidentielle.

Un engagement qui va au-delà de la personnification du pouvoir

La simplicité, l'innovation et l'intelligence collective peuvent l'emporter sur l'individualisme. Il y a de la fidélité aussi à demeurer au sein de ce PS français décrié, pour le réformer, le vivifier, quand tant d'autres s'en barrent (Valls) ou s'en sont barrés (Macron, Mélenchon).

Est-ce que les français-es sortiront du syndrome des grands hommes et des sauveurs patentés pour prendre un autre chemin? Sauront-ils répondre à l'urgence sociale et démocratique, écologique, en refusant les solutions démagogiques ou prémâchées  ?

Au final quelle passionnante campagne, quel exercice de démocratie. Et, quoi que l'on en pense, quelle débauche d'énergies, de propositions, de distinctions, de programmes[3], et un choix à faire désormais.  

Rendez-vous dimanche donc pour le premier verdict, puis le 7 mai, pour voir si tout va se jouer selon la partition des institutions de sondage, ou si une surprise sera de mise...  

 

 

[1]http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/03/...

[2]https://www.benoithamon2017.fr/le-projet/

[3]http://www.europe1.fr/politique/presidentielle-voici-le-programme-des-onze-candidats-3144713

 

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02/04/2017

Au-delà du voile

En voyage en Iran, quand je demande aux femmes ce qu’elles pensent du voile dont le port est obligatoire, la réponse oscille entre : on en est très fières, ou : ce n’est pas très important, ce qui compte pour nous c’est l’égalité des droits, de pouvoir nous marier avec qui l’on veut, avoir un bon travail.

Globalement, elles comprennent que ce thème questionne en Europe, et demandent pourquoi. Elles trouvent que c’est un point mineur. Pourquoi certains les perçoivent comme asservies ou soumises parce qu’elles portent un bout de tissu à géométrie variable, plutôt utile pour séduire, suivant sa longueur et sa position sur la tête, dévoilant mèches ou cheveux décolorés, voire une jolie tresse à l’arrière de la tête? L’essentiel serait d’avoir des droits politiques et un gouvernement qui les respecte. L'essentiel n'est pas le voile. 

D’autres ne parlent pas. Elles n’ont pas d’opinion sur ce sujet. Mais ce silence et cette retenue laissent penser aussi qu’elles ne se sentent pas tout à fait libre ou en confiance pour exprimer leur point de vue.

Les plus enhardies pourraient répondre du tac au tac : mais qui êtes-vous pour nous donner des leçons ? Les femmes, en occident, sont-elles si libérées, alors qu'elles dépensent des centaines de dollars pour s’habiller, mettre des vernis sur les ongles, les enlever à l’acétone, ajoutant de la graisse de chat sur les lèvres, s’ébouillantant à la vapeur pour s’ouvrir les pores, s’arracher des poils à la cire pour coller à la mode et être toujours moins payée pour des boulots moins considérés ?

En occident, les femmes seraient émancipées ? Et parce qu’en Iran, les femmes mettent un carré de tissus sur la tête comme elles le veulent, se riant ici et là des gardiennes de la foi et des mégères de l’ordre, elles seraient cataloguées comme soumises ? Dans les rues de Téhéran ou d'Isphahan, le voile se porte sur un large spectre par la championne de Taekwondo tatouée aux cheveux blonds décolorés, passant par l’étudiante en design urbain aux cheveux ondulés, à la surveillante des mœurs dont l'œil unique dépasse de son tchador noué comme un garrot à son cou.    

Le maquillage est ici porté avec allégresse. La chirurgie esthétique bat des records ; nez refaits et chirurgies intimes dans les chambres des docteurs. Il n’y a pas lieu d’idéaliser. Les mécanismes de domination seraient plutôt cumulatifs. Mais il serait intéressant de voir les statistiques si l’on veut vraiment comparer et savoir de quoi l'on parle si l'on cherche à évaluer l'égalité entre hommes et femmes.

En Europe, certaines s’épuisent à courir seules dans des fitness sur des tapis, se serrent à bloc la ceinture à l’approche de l’été. Est-ce par plaisir du sport et pour s’affirmer dans un corps émancipé, ou pour correspondre pile-poil à des critères de beauté, souvent cadenassés par un ordre masculin et mercantile dominant ? Redoubler d’ardeur et de sueur pour être soi-même quand on s’approche en tous points du zénith des canons des magazines de mode, que ce climax esthétique durera tout au plus quelques années avant la décrépitude de l’âge et l’angoisse qui l’accompagne... quelle sinistre forme d’émancipation.

 

Bien sûr, en Iran, comme ailleurs, ce que signifie être une femme, son devenir, est une balance délicate de pouvoirs entre ce que la société exige et ce que chaque femme désire, ce que la société autorise ou condamne. Comme homme, il est toujours délicat de se positionner sur ce sujet. Mais quoi : demeurer silencieux serait préférable ?

Le voile, pour revenir à notre sujet, relève aussi de tout autre chose. Il demeure l’expression d’une foi, d’une singularité, et d’une appartenance. Plutôt que de juger et condamner, il serait positif de croiser les points de vue, d’ouvrir la discussion, et de s’intéresser vraiment à ce que les femmes qui le portent ou le refusent en disent. Ce n’est bien sûr pas du tout la même chose de porter un voile en Europe ou en Iran, ni d’être une femme ou un homme se positionnant sur ce sujet.

Quoi qu’il en soit, il serait bon de sortir des discours dogmatiques binaires opposant domination à affirmation de soi. Le dernier mot, sur ce sujet, revient à celles qui le portent ou ont fait le choix de s’en passer, et de respecter leur choix, dans le degré de liberté qu’elles affirment. Pour le reste, une certaine retenue dans le jugement serait bienvenu.  

Il y a plusieurs manières d’être voilée. Il y a des voiles d’ignorance, de honte, de soumission et d’arrogance. Certains sont visibles, d’autres non. Il y a aussi des voiles qui protègent, émancipent et libèrent, des voiles imposés et des voiles qu’on s’impose.

Pour comprendre, le dialogue et l’échange sont incontournables, afin de saisir, si l’on veut parler de domination, les ressorts qui la sous-tendent, la manière dont elle s’exerce, et les stratégies développées pour y résister, et qui eux sont universels. 

Pour conclure, avant de prétendre libérer l’autre, il est utile d’avoir déjà mis un pied hors de ses propres schèmes de domination. Le féminisme réalise cet effort de compréhension et d’effort sur soi. Les courants qui court-circuitent cette démarche me semblent porteurs d’un fanatisme et d’une présomption égale à ce qu’ils projettent sur un morceau de tissu qui, au final, dévoile bien plus l’identité des intolérant-e-s et ignorant-e-s, qu’il ne dissimule celle de quiconque.

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29/03/2017

Live music

La foule déambule, achète des glaces, se prend en photo, baguenaude, minaude presque. Dans le parc de cette grande ville, il fait beau. Vacances. On a envie de s’approcher des autres en curieux, en êtres hospitaliers qui se connaissent peu mais partagent une même curiosité. Malgré les difficultés de la langue, on arrive toujours à se faire comprendre. Il y a des écoliers, des étudiants, des docteurs. Avec l'aide des mains on arrive à communiquer.    

La foule est composée de gens qui viennent de partout. C’est un grand brassage. Certains viennent rendre visite à leurs proches - ils se réunissent une fois l’an à cette période- d’autres : touristes que l’on reconnaît à leur air un peu hagard et habillement singulier, ont effectué quelques heures d’avion pour venir ici. Tous vont au grand marché pour négocier quelques boîtes ouvragées, des bijoux ciselés, des herbes aromatiques ou des douceurs au miel pour ramener à leurs proches.

Un groupe s’est réuni derrière la fontaine. On s’en approche par curiosité. De son cœur, une musique s’élève. On se sent obligé de s’approcher, comme à la fête de la musique quand ça joue juste dans un coin. Le cercle est resserré. Des enfants sont assis au premier rang. Trois hommes sont posés dans l'herbe en tailleur, jouent: l’un du tambour qu’il serre sous le bras, les deux autres agitant des sortes d’hosties géantes où pendent des grelots. La main, agitée en variant rythme, tempo, porte la percussion. De ces trois-là, je veux dire qu’ils sont habités.

Trois autres hommes sont debout. Dès que quelqu’un veut filmer ou prendre une photo, ils placent leur corps devant l’appareil pour interrompre le film, s’en excusant presque, mais imposant cette mesure avec fermeté à tous ceux qui essaient de prendre une image. On se croirait dans une secte, une tribu aux rites étranges.

Le cercle grandit autour des musiciens. Dire que c’est beau, ce ne serait pas assez. Cette musique prend aux tripes, raccroche à quelque chose d’archaïque et profond. On revit la scène de la nuit des temps: des hommes frappent sur des peaux de bête, chantent des paroles mystérieuses pour des dieux, l’amour, les récoltes à venir ou la mort.

Ces musiciens, personne ne sait d’où ils sortent, ni à quoi ils jouent, pourtant personne ne s’en étonne. Avec leurs gueules d’hashshashins, de poètes, de musiciens errants ; de loubards ou de saints, ils sont au cœur de quelques chose qui rayonne. Ils font de ce moment unique un moment qui ne sera gravé nulle part, ni conservé sur aucun autre support que la mémoire de ceux qui y étaient et n’auraient bougé pour rien au monde. Le cercle grandit encore.  

Un homme aux cheveux gominés portant lunettes noires prend la parole. On ne comprend pas ce qu’il dit. On ne parle pas sa langue, pourtant on s’y sent lié. Après une longue tirade tressée d’alcool, il ouvre l’étui noir d’un instrument, tend au public cette sacoche pour y recevoir une obole : quelques billets bleus et verts chiffonnés, certains déchirés, re-scotchés, rapidement jetés.

La musique reprend. Le rythme est saccadé, hypnotique, et puissamment calme aussi. Les veilleurs, les vigiles, chantent en coeur. Un enfant danse, le public lui lance de l'argent. Il prend un billet dans sa bouche, en souriant, se déhanche. Rires. Les femmes sont présentes. Elles frappent des mains pendant que d’autres hommes chantent. Certains font les fiers, se prennent par l’épaule. Le centre du cercle fonctionne comme un aimant. Les enfants zigzaguent entre les adultes pour en être.

Un homme, à 50 mètres, ne pourrait deviner ce qui se passe là. Il penserait peut-être qu’un marchand a étalé au sol des lunettes de soleil ou des pendentifs, qu’une foule de chineurs se presse pour négocier des breloques.   

Un des vigiles n'a de cesse de tourner la tête de droite à gauche. Oui, c’est pour empêcher quiconque de filmer, mais son regard porte aussi plus loin, comme s’il cherchait de quelle direction allait venir le danger. Il surveille ses petits, tout proche, mais aussi ce qui peut venir de menaçant en lisère. Il a  le teint pâle, les yeux cernés. Un air de chouette chevêche, et demande tout à coup au public de s’asseoir, d'arrêter de taper dans les mains. Les deux premiers rangs s’exécutent. Les autres suivent mollement. Les musiciens continuent à jouer, comme si de rien n’était. Ni plus fort ni plus vite. Ils laissent simplement passer ce qu’ils ne peuvent retenir.

Pourquoi joueraient-ils dans une cave quand ce parc est si beau et le public attentif ?   

Un mouvement, un mot : police. Les musiciens serrent leurs instruments, filent en zigzaguant entre deux rangées. Un vigile va au-devant des hommes à moustache qui le regardent fixement, marchant droit sur lui, talkie-walkie à la main. Comme si parmi toute la foule, c’est à lui seul qu’ils en voulaient. Le public se disperse dans toutes les directions pour faire à nouveau partie de la foule. Quelques-uns restent autour du vigile pour l’appuyer, ou le dénoncer, qui sait….  

A quelques mètres, les marchands continuent de proposer leurs boîtes ouvragées, des bijoux ciselées, des herbes aromatiques et des douceurs au miel pour ceux qui en ramèneront à leurs proches.

Des touristes sourient presque bêtement, léchant des glaces à la vanille ou au safran en commentant le prix qu’ils ont payé, inquiets de savoir s’ils se sont fait arnaquer d'un ou deux francs...

 

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20/02/2017

Toxicité des rapports de domination

634007338.jpgLe 2 février, le jeune Théo, 22 ans, passionné de foot, animateur pour les jeunes, était violé à Aulnay-sous-bois. Un policier introduisait sa matraque dans son anus lors d'une interpellation. 

Des vidéos de surveillance corroborent les propos de Théo. Le policier se défend en prétextant un geste "accidentel", voulant simplement faire fléchir le jeune homme pour le mettre à terre. Le rapport médical est explicite. Il parle d'une plaie longitudinale sur près de 10cm de profondeur du canal anal et du bas rectum qui justifie deux mois d'arrêt complet de travail. Le 16 février, un reportage d'envoyé spécial retrace l'ensemble des faits, et donne la parole à Théo.[1]  

Aujourd'hui, quatre policiers sont mis en examen. L'un pour viol, les trois autres pour violences.

Justice pour Théo

Le viol est encore marqué par la honte sociale et un silence oppressant. On n'a pas vu de hashtag #jesuistheo. Il y a des violences qui cherchent à humilier et rabaisser l'être jusqu'à l'isoler. Cela illustre aussi combien il est difficile de s'identifier, dans sa chaire, au viol... et c'est justement le rôle du tabou : figer les chaînes des reconnaissances et des empathies.  

Mais un cri de ralliement a été lancé : justice pour Théo, repris jusque dans des travées de stades de football allemand. L'indignation grandit, l'écoeurement devant le viol et les violences policières. Au moment où Théo est toujours hospitalisé, dans l'incapacité de se lever, se déplacer, avec une poche pour faire ses besoins, la première justice à rendre ne serait-elle pas déjà de nommer ce qui s'est passé avec des mots clairs? Or, ce qui frappe c'est la difficulté à entendre le mot explicite de viol (qu'il soit présumé ou non) de la bouche des politiques, des journalistes.

 

Les euphémismes hallucinants

On peut entendre, lire, du boulanger au ministre en passant par les journalistes, les mots suivants : acte de barbarie, brutale interpellation, l'accident, l'événement, l'humiliation, la bavure, l'acte dément, le dérapage... En fait, mille et un mots pour dire ce qu'il s'est passé, mais sans le dire vraiment, pour évoquer quelque chose de "dégueulasse", tout en euphémisant et donc trahissant ce qui s'est déroulé.

Un viol avec une matraque sur un jeune homme de 22 ans.

Est-ce parce que l'acte est si violent qu'il doit être passé sous silence ? Ou parce que le tabou d'une violence sexuelle sur un homme est tenace et ne peut être dépassé ? 

En Suisse, on ne peut pas violer un homme

En Suisse, pour rappel, le viol d'un homme n'existe pas dans le code pénal, puisque l'article 190 considère uniquement comme viol la contrainte sur une personne de sexe féminin à subir l'acte sexuel. Un homme ne peut lui être soumis qu'à des contraintes sexuelles et la peine en est subséquemment plus faible. En cas de viol la sanction est obligatoirement une peine privative de liberté d'un an au minimum, de dix ans au maximum. En cas de contrainte sexuelle, la sanction est une peine privative de liberté de dix ans au maximum... ou une peine pécuniaire.[2]

Théo n'est pas un cas isolé ou un accident. Il est le révélateur brutal de violences, de tabous, et de silences complices. Le décalage entre la manière dont il nomme ce qu'il a subi, et la manière dont le pouvoir policier, politique ou médiatique le décrit nous interpelle sur les rapports de domination à l'oeuvre et les tabous qui persistent.

Toxicité des rapports de domination

Il nous appartient de nous opposer à toutes les violences, tacitement ou implicitement institutionnelles, qui se portent encore majoritairement sur les femmes, mais également sur des hommes, en dénonçant les cocktails toxiques composés de sexisme, de racisme, d'homophobie, et traquer, au quotidien, tabous, silences et ambivalences, qui les perpétuent.

La toxicité des rapports de domination est d'autant plus forte qu'elle se prétend inodore et incolore.

Et personne ne peut prétendre en être immunisé, tant que les viols et violences ne sont pas nommés comme tel... et politiquement, socialement, condamnés.  

 

[1] http://television.telerama.fr/television/regardez-l-enquete-d-envoye-special-sur-les-abattoirs,154261.php

[2] https://francoischarlet.ch/2014/le-viol-dun-homme-nexiste-pas-en-droit-suisse/

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23/01/2017

La démocratie, c'est aussi le droit de dire non

 

La droite municipale, n'ayant probablement rien de mieux à faire, s'est fendue d'un communiqué de presse pour attaquer la diffusion d'un tout ménage de la conseillère administrative en charge des finances de la Ville de Genève Sandrine Salerno, appelant à voter NON à la 3e réforme des entreprises le 12 février, courrier co-signé avec Florence Germond, conseillère municipale en charge des finances de la Ville de Lausanne.

Selon la droite, le courrier incriminé (ci-dessous) viole le vote du conseil municipal du mercredi 18 janvier, au cours duquel la droite avait voté son auto-soutien à la réforme.

 

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Une droite qui veut faire taire les femmes

La droite municipale dénonce une propagande abusive de la part de Sandrine Salerno. Elle appelle la conseillère administrative à utiliser son temps et son énergie à ne pas se mêler de votation fédérale! Ben voyons, il semble bien que la droite regrette le "bon vieux temps" où les femmes donnaient leur bulletin de vote à leurs maris et s'occupaient avant tout de la cuisine et du foyer!

Plus grave encore, cette droite PLR et PDC laisse entendre, dans son communiqué de presse, que le courrier de la magistrate a été payé par le contribuable. Or, il n'en est rien! Pas un sou de la collectivité n'a été dépensé dans ce qui est tout simplement un positionnement politique d'une élue qui assume ses responsabilités et ses points de vue.

On cherchera en vain le logo de la Ville sur le courrier de Sandrine Salerno. Son courrier est porté par le comité unitaire du non à la réforme, dans le plus pur exercice de la démocratie directe. Dans le débat compliqué de la réforme des entreprises, c'est un signe de panique de la part de la droite que de se lancer ainsi dans des attaques factuellement fausse contre une magistrate en fonction.

Monsieur Dal Busco, grand argentier cantonal, a lui certainement dérapé lorsqu'il a utilisé les deniers publics pour faire de la pub à la réforme dans un courrier au contribuable.[1] Pourtant, aucune réaction n'était venue à droite concernant ce singulier usage de l'argent public....

 

Oui au débat d'idées oui à la liberté démocratique des élu-e-s!

Mais quoi qu'il en soit, et pour rappel, le conseiller administratif et conseiller national Guillaume Barazzone a pris position pour la RIE3, sans que personne ne crie au scandale. Il est sain, en démocratie, que chacun-e s'exprime. Et il est clair, au sein du Conseil administratif de la Ville de Genève que chaque élu-e ait un positionnement politique sur cette question fédérale, qu'il lui appartient de partager ou non.

Que le Conseil municipal de droite vote son soutien à la réforme est une chose. Mais cela n'implique aucunement qu'il oblige le Conseil Administratif, et encore moins que chaque élu-e de l'exécutif doive en faire de même en son nom propre. 

Au final, ce qu'il est important de retenir, c'est la très très petite idée qu'à la droite de ce qu'est la démocratie et la liberté d'expression. En attaquant la magistrate Sandrine Salerno sur son courrier co-signé avec Florence Germond, c'est clairement le signe du refus et de la peur du débat d'idées que montre la droite. 

 

Sandrine Salerno a le droit de s'exprimer

L'engagement de Sandrine Salerno a un contenu politique, c'est certain. Il rappelle le coût pour les collectivité publiques de cette réforme, et les risques pour les prestations publiques et les villes en cas de vote favorable le 12 février. Faisant cela, la magistrate est pleinement dans son rôle et son mandat, n'en déplaise aux aigris du municipal, qui devraient se rappeler que s'ils ont un pouvoir, c'est celui de s'exprimer et de servir la collectivité, pas de chercher à contraindre les autres à adopter leur point de vue.

 

La démocratie, en Suisse, c'est aussi le droit de ne pas être d'accord

La démocratie que l'on aime et sert en Suisse, c'est celle qui permet à chaque citoyen-ne de se faire son point de vue, sans se le faire imposer par quiconque.

La droite municipale veut-elle invoquer un devoir de réserve ou Dieu sait quoi pour faire taire celles et ceux qui ne pensent pas comme elle et au final empêcher les élu-e-s de s'engager et défendre leurs positions ?

Alors, cette droite totalitaire devrait réfléchir à sa volonté de museler les décideurs politique, et peut-être rédiger illico presto un autre communiqué de presse si elle pense que l'ancienne conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf devrait se la fermer quand, dans les colonnes du Blick ce lundi, elle estime que la troisième réforme de la fiscalité des entreprises qu'elle avait pourtant initié va trop loin et qu'il n'est désormais plus possible pour elle de la soutenir.[2]

Et si la droite y renonce, ce à quoi nous l'invitons, qu'elle amène alors plutôt des idées et des arguments au débat d'idée, plutôt que des chicanes et des tentatives d'intimidation. Car cela, face au peuple, ça ne passe jamais.

 

 

[1] http://commecacestdit.blog.tdg.ch/

[2]https://www.rts.ch/info/suisse/8330396-eveline-widmer-schlumpf-se-distancie-de-la-reforme-fiscale-des-entreprises.html

 

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28/12/2016

Quelle collaboration suisse avec un état colonial ?

 

israël,palestine,onu,résolution,coloniesLe vote, le vendredi 23 décembre, par 14 pays et l'abstention notable des Etats-Unis, de la résolution 2334 du conseil de sécurité de l'ONU, énonce clairement que les colonies d'Israël, toute les colonies, dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Jérusalem sont illégales.[1]

 

Il devient dès lors impossible, pour le monde entier, de faire comme si, ou de légitimer l'occupation de quelque manière que ce soit. Ce vote marque un moment important pour la reconnaissance du droit du peuple palestinien; un tournant dans une histoire emplie de méandres. S'il n'y a pas de quoi tomber dans l'euphorie, cette résolution est clairement un jalon, suite aux nombreuses résolutions réaffirmant la primauté du droit international sur la logique d'annexion.[2]

   

Une résolution de plus, un pas vers le changement?

Le gouvernement Netanyahou a beau s'agiter dans tous les sens, vitupérer, menacer ses alliés ayant voté cette résolution (France, Angleterre, Nouvelle-Zélande) l'onde de choc est profonde et marque une prise de conscience du cul-de-sac dans lequel la politique du gouvernement Netanyahou entraîne son pays. Si les Etats-Unis s'abstiennent de faire usage de leur droit de veto pour protéger leur allié, le passe-droit permettant d'accaparer une terre au mépris du droit international se retourne en acte d'accusation.[3]

La fébrilité actuelle, en Israël, illustre le fait que les sanctions internationales ne sont pas indolores. Les atermoiements de Natanyahou, entre menaces et coups d'éclats : annonces de nouvelles colonies, puis leur mise en suspens, l'illustre. Le gouvernement israélien ne peut se permettre d'être politiquement mis aux bans des nations. La bataille des consciences et de l'image est un enjeu important. La colonisation tient encore, en 2016, par le seul fait d'être encore suffisamment légitimée aux yeux de la communauté internationale comme un "état de fait".[4]

 

Une victoire pour BDS !

Cette résolution 2334 est une victoire importante pour les mouvements dénonçant l'occupation israélienne. Elle marque une légitimité renforcée pour le mouvement du BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), qui trouve dans cette résolution du conseil de sécurité une caution internationale à sa dénonciation d'un état hors-la-loi.

Surtout, elle démontre que les moyens d'actions du BDS sont articulés d'une manière cohérente. Ils permettent d'actualiser dans des faits des décisions politiques, et de tendre vers la justice sociale, en haussant le niveau de conscience des populations concernées.

Alors que le ballet du Grand théâtre de Genève et le ballet Béjart Lausanne achèvent une tournée polémique à Tel-Aviv, malgré les avertissements du BDS, la résolution de l'ONU tombe à pic pour rappeler les risques de danser avec l'apartheid. Le dégât d'image étant fait, on peut désormais espérer que l'agenda 2017 des tournées de ces vénérables institutions sera plus solidaire et politiquement mieux inspiré. 

 

israël,palestine,onu,résolution,coloniesContinuer comme avant ?

Cette résolution du Conseil de sécurité conduit désormais directement à s'interroger sur la politique que la Suisse va désormais mener vis-à-vis d'Israël.

Pour rappel, Israël était, en 2015 le troisième partenaire commercial de la Suisse au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, après les Emirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite. Les biens exportés en Israël sont les produits pharmaceutiques, comptant pour plus d’un tiers des exportations (35%), les pierres précieuses et la bijouterie (19% principalement des diamants), ainsi que des machines (14%), des produits horlogers (7%) et agricoles (6%). Les importations d’Israël sont principalement constituées de pierres précieuses et de bijoux (diamants), comptant pour 66.4% du total.[5]

Est-il vraiment envisageable de continuer ce commerce comme si rien ne s'était passé ce 23 décembre 2016?

 

Quel impact, en Suisse, pour cette résolution de l'ONU ?

Certes, il n'est pas certain que la résolution de l'ONU dénonçant la politique de colonisation d'Israël puisse faire rapidement évoluer la situation dans les territoires occupés.

Toutefois, elle doit être reçue comme un signal important pour revoir la politique menée en Suisse à l'égard d'Israël.

Les positions de la Suisse doivent se fonder sur le respect inconditionnel des droits humains, du droit international, et de sa propre neutralité, garante de la paix.

Alors que le gouvernement israélien est condamné par la communauté internationale, il semblerait anachronique et dangereux que notre pays poursuive sa politique d'étroite collaboration économique, militaire, culturelle, avec un état désormais hors-la-loi.

Aux parlementaires fédéraux, aux élus, aux citoyens, consommateurs que nous sommes, de marquer la différence, par le boycott, le désinvestissement, et les sanctions, à l'égard d'Israël, et de faire pression sur notre gouvernement pour que lui aussi passe à l'acte. 

Refuser la collaboration en Suisse avec les états coloniaux, c'est un choix en faveur de la paix.

 

 

[1] https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/israel-punishes-world-after-un-vote

[2] https://www.monde-diplomatique.fr/2009/02/A/16775

[3]http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.761114

[4]https://www.letemps.ch/monde/2016/12/26/colonies-rage-net...

[5]https://www.seco.admin.ch/seco/fr/home/Aussenwirtschaftsp...

 

Photo : Afrique du Sud, 1992 - Enfants de Soweto au trempoline - James Nachtwey-  http://www.jamesnachtwey.com

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01/12/2016

Tram rose ou delirium tremens ?

tram-rose.jpgQuand il  me prend dans sa rame, il me porte très loin, je vois la Ville en rose...

Dès ce jeudi 1e décembre, pour sûr, les Genevois-e-s fredonneront Edith Piaf et se frotteront les yeux en le voyant passer. Qui ? Le tram tout rose de la ligne 14 customisée par l'artiste Pipilotti Rist dans le cadre du projet art et tram.[1]

Initié en 2009 par cinq communes accueillant la ligne du tram 14, Lancy, Onex, Confignon, Bernex et la Ville de Genève, le projet art et tram a piqueté cette ligne de projets artistiques.

Pour rappel, on peut déjà admirer  : l'oeuvre de Silvie Defraoui sur les trois arrêts successifs de la commune de Lancy, Quidort, Petit-Lancy et Les Esserts, la sculpture monumentale de 10 m de haut, représentant une figure humaine en position debout d'Ugo Rondinone à Onex, les mâts et lampadaires tordus d'Eric Hattan à la croisée de Confignon. Le projet de John M Armleder dans le passage "Gotham City" sous les voies de Montbrillant et le projet de beautiful bridge de Lang/Baumann sont à réaliser encore.

Le Canton de Genève a assuré la réalisation de ces projets, avec la participation financière des communes concernées. A ce jour donc, cinq interventions artistiques permanentes sont réalisées ou à réaliser encore le long de la ligne 14, auquel s’ajoutera, dès ce jeudi 1e décembre, le Monochrome Rose de Pipilotti Rist.[2]

 

rose,rose explose,monochrome rose,pipilotti rist,kuverum,culture,genève,tpgVoir la ville en rose

C'en est donc fini de la grisaille de novembre, des habits noirs, du bitume sombre. Une flèche rose va débouler dans la ville, ouvrir la première fenêtre du calendrier de l'avent à toute volée. Le plus intéressant ne sera pas seulement de voir passer le tram rose ou même d'y monter, mais dans et autour du tram ! Grâce à un réseau orienté vers la pratique, Kuverum, groupe de médiateurs culturels de toutes les régions linguistiques de la Suisse, liant médiation culturelle et formation, sont venus éprouver la ligne 14 et réfléchir à des propositions culturelle et de médiation pour le tram rose.

Les dix premières offres de médiation culturelle qui émanent de cette démarche sont séduisantes. Elles proposent d'utiliser l'attraction du tram pour inviter les écoles, les institutions, les groupes à se l'approprier, faire avec des actions simples, réfléchies et accessibles, de la culture, un facilitateur social inspirant.

Impliquant le Muséum d'Histoire Naturelle, invitant à se faire des compliments, mettant en forme des idées autour de la couleur rose, investissant les écrans du tram, il ne sera bientôt plus possible de lire son 20mn ou tapoter sur son téléphone mobile de la même manière dans ce tram là... Bienvenue à cette autre manière d'explorer la ville en quelque sorte. Après, si c'est trop, on pourra toujours prendre le tram suivant, aller à pieds sous la pluie.

Les Genevois-es s'approprieront-ils ce tram rose? Oseront-ils rêver la ville en rose dans celui-ci, ou sera-t-il réduit à un exotisme coloré et singulier ? Réponse dès ce jeudi... et tous les jours de l'année ensuite, selon les désirs de chacun-e. Durée d'exploitations prévue: 30 ans.

 

rose,rose explose,monochrome rose,pipilotti rist,kuverum,culture,genève,tpgInvitation à chacun-e à participer

Chacun-e- est désormais invité à participer à l'aventure du tram, pensé en quelque sorte comme un outil de médiation culturelle et sociale pour vivre la ville autrement. Plusieurs options sont déjà offertes: suivre l'une des médiations déjà réalisée, et envoyer des photos et des textes de son expérience avec celle-ci ; proposer un projet personnel grâce à l’appel à projets (l'appel à projets‬) ; initier une action liée au tram Monochrome Rose, et l'envoyer à l'adresse suivante :info@roseexplose.ch

 

Alors : tram rose ou delirium tremens? Un peu des deux peut-être en fait.

Certainement, une initiative osée de médiation culturelle permettant d'aller à la rencontre des gens.

Cela commence ce jeudi 1e décembre à 14h au Rond-Point de Plainpalais, par la manière la plus traditionnelle qui soit, une inauguration, et un petit apéro... au rosé évidemment.

 

 

[1] http://www.art-et-tram.ch/

[2]http://www.roseexplose.ch/fr/index.html

[3]http://www.kuverum.ch/fr_index.php

 

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