sylvain thévoz

26/10/2018

Comment laisser l'art nous bouleverser en période d'allergies ?

art,culture,préventionAprès avoir franchi la grande porte du musée, je suis tombé sur un petit écriteau qui indiquait sobrement: "cette pièce contient des oeuvres que certains visiteurs pourraient trouver bouleversantes".

Le message invite à parler à un membre de l'équipe du musée pour plus d'informations. Cela m'a rappelé les achats de disque soumis à avis parental sur l'emballage, aux annonces sur les bateaux avant de partir en haute-mer, rappelant de bien prendre son gilet de sauvetage et se soumettre en tout temps aux ordre de l'équipage.

Ce qui semblait réservé aux libations verbales du rap et aux roulis de la haute mer semble désormais avoir atteint les salles feutrées des expressions picturales du XIXe et XXe au coeur même de la quiétude muséale. 

Je suis alors entré dans cette pièce un peu comme dans un champ de mine, regardant où je mettais les pieds. Mais j'eu beau en faire le tour, observant les oeuvres de loin, les scrutant de près, de loin encore, rien ne semblait mériter particulièrement cet avertissement.

Ou alors étais-ce ce nu là (j'y retournais) ou éventuellement cette scène de pendaison -croquis large et aux silhouettes estompées-, ou alors ce tableau de Modigliani, qui sait? - vraiment?- Un regard si trouble et transparent, certains en sentiraient-ils le sol vaciller sous leurs pieds? Mais bon, en regard de ce qui déroule sur les écrans au quotidien, cela semblait pourtant bon enfant.

Pourquoi cet avertissement ? Un mouvement de protection pour les âmes sensibles ? Certes les musées accueillent tous les publics. Il n'y a pas de limite d'âge pour aller voir un Picasso ou un Dali. Faudrait-il? 

Les tableaux n'ont pas changé depuis le début du siècle, mais la société qui les regarde, oui. Si les tableaux ne sont pas devenus plus bouleversants, ou qu'ils le sont toujours autant, les publics qui s'y frottent ont-ils de nouvelles allergies? On ne regarde définitivement plus la mise à mort d'un saint du IVe siècle en 2018 comme on le faisait en 1800, ni ne le commente pareillement.

 

Le bouleversement de l'art, deviendrait quelque chose dont il faudrait en quelque sorte se prémunir. Le moindre symbole, coup de pinceau, pouvant déclencher une crise suivie d'un emballement sur les réseaux sociaux. La prévenance institutionnelle s'impose.

Peut-être alors, à l'avenir, avant toute exposition, des affichettes rappelleront le danger de l'art, son potentiel choquant, offensant; comme sur les couvercles en plastique contenant du café chaud. Attention Art : contenant brûlant. Watch out  : Andy Warhol : Handle with care !   

A la manière de ces cartes de restaurant qui invitent avec diplomatie le client à annoncer ses possibles allergies (gluten, noix, fruits, etc) aux serveurs qui se feront un plaisir de répondre à toute question, il y aura peut-être bientôt, à l'entrée des musées une liste à cocher des possibles artistes suscitant allergie ou urticaires. Si vous ne supportez pas Egon Schiele ou Basquiat, mettez une croix, le staff vous indiquera le chemin le plus sûr pour les éviter. Supportez-vous Pollock ? Vous reprendrez bien une dose de Soulages, et si cela vous pèse sur le moral, il y a une cellule psy à disposition au premier étage.

Peut-être faudra-t-il signer un certificat médical prouvant que l'on est prêt à encaisser le choc avant d'aller se confronter à un tableau de Frida Kahlo ... la direction déclinant toute responsabilité en cas de trouble émotionnel. 

N'est-ce pourtant pas le rôle de l'art, que de nous soumettre à des hauts le coeur, nous renverser, faire vivre des expériences aussi fondamentales et profondes que celle de la fascination, l'effroi, la subjugation?

Voir une oeuvre d'art était auparavant un événement sacré, qui ébranlait d'office l'être. C'est devenu un acte suave de consommation. Le client ne doit pas en être affecté. 

Au panneau d'information succède donc désormais le panneau de prévention. Manière de se protéger, de se couvrir ou d'éviter la confrontation pour les institutions culturelles. Ou manière perverse d'aguicher la curiosité, aiguiser l'appétit du visiteur, paternelle aide de proposer un accompagnement. Mais ce sont des chocs bruts que nous voulons, que nous cherchons !

 

Que reste-t-il de la subversion de l'art en période d'allergies ?

- Malgré les panneaux d'avertissement ? Tout. L'art est une allergie dont on se prémunit difficilement et dont on ne guérit pas.

Quel type d'art doit être annoncé comme bouleversant, qui décide où mettre les avertissements?

- Je ne sais pas. Mais je reprendrais volontiers une petite contemplation de Louise Bourgeois, la baffe d'une lecture d'un conte de Grimm, mille fois préférable à toute soupe préventive ou bouillon d'un service de communication briefé par son département juridique.

Je suis retourné à ce panneau invitant à faire appel au staff en cas de bouleversement. J'y ai cherché une signature, parce que cela était génial, une incroyable création, écho parfait à l'esprit du temps. Mais il n'y en avait pas. Personne n'avait signé. Aucune griffe. Aucun artiste derrière.

 

J'avais pourtant reçu le coup.

Et de cela avait besoin de parler. 

 

..............................

www.sylvainthevoz.ch

 

 

10:11 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : art, culture, prévention | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/10/2018

Ce qui fait peur...


Ce qui fait peur: 

La camionnette blanche montant deux roues sur le trottoir.

Un pétard, un sac plastique claqué dans les doigts

Tout ce qui fait Bang ou Paf désormais

Et surtout ce qui ne fait plus de bruit et disparaît dans la nuit.

 

Ce qui fait peur: 

la craie la cendre les os et le sel

tout ce qui a le goût de la moelle ou du miel

Un fût de bière vide à changer. Un frein à main dur à tirer. 

Une poignée de main qui se refuse. 

Un regard croisé trop insistant ou fuyant 

Tout ce qui ne se résume pas à la norme

à l’artificialité du mimétisme ou du cadre.

 

Ce qui fait peur : 

Les lieux de culture sans personne

Les cultes de la personnalité sans limite 

Etre approché dans la rue. Que plus personne ne se retourne sur elle

La hausse des primes d’assurance maladie.

Foirer dans son tri. 

 

Ce qui fait peur :

La présentation des gestes qui sauvent avant le décollage de l’avion.

L'absence de présentation de gestes qui sauvent par les hôtesses.

Le lait caillé. L’évier bouché. Cette douleur sous le coude. 

Trop de sourires à la douane. 

 

Ce qui fait peur : 

Tous les gestes qui sauvent quand il n’y a plus personne à sauver.

Le naufrage de l’Aquarius.

La propriété privée défendues par des haies.

Jouer en se chamaillant comme si on avait trois planètes et cinq vies.

 

Ce qui fait peur:

Les policiers dans la rue. 

L'état de s,iège, les robots, les abris et les caves 

Un petit chien sans collier. Un gros chien sans petit maître.

L’oiseau bleu dans un sac papier.

 

Ce qui fait peur: 

Une paille avec un palmier translucide, ou pire une sirène au bout. 

Retrouver un numéro de téléphone

Ne plus se souvenir de qui c’etait. 

 

Ce qui fait peur:

La perte de son i-phone. L'oubli des codes. L'absence de marques au sol. 

Le wifi qui fléchit, le manque de mémoire vive.

L’article manquant au catalogue la rupture de stock

La fonte de la chaîne du froid 

Les soldes à 50% sans acheteur.

Le crédit sans débiteur.

 

Ce qui fait peur:

La viande découpées sous vide.

Les cerises de Bulgarie.

L'usine d’incinération à l’arrêt

L’hésitation entre la déglutition ou la sieste

chez ceux qui portent la cravate, la culotte ou la corde au cou.

 

Ce qui fait peur: 

Quitter Facebook pour toujours à jamais

y revenir 1h après.

La disparition de l'humour et du jeu 

La mort des abeilles et du feu 

Les photos instagram de son ex, un bouton d’acné sur les fesses.

 

Ce qui fait peur:

Fumer davantage d’herbe que de tabac 

Prendre des patchs de nicotine paraît que c’est tendance 

Mâcher son chewing-gum des molaires, ronger ses ongles aux canines.

Croire que le sorbitol est un corticoïde

Naviguer sur doctissimo pour se doper avant une course populaire. 

Perdre son boulot. Manger des pruneaux. 

Chercher un boulot : le perdre à nouveau

Economiser chaque mouvement et chaque mot. 

 

Ce qui fait peur 

Aller chez le médecin. Attendre un diagnostic.

Recevoir un diagnostic. Ne plus aller chez le médecin

En Afrique les enfants meurent encore de dysenterie. 

 

Dresser des listes de ce qui fait plaisir 

Arriver au bas de la liste

Recommencer encore 

Sans envies et sans peurs.

 

08:07 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/08/2018

Fais-moi la bise ou je te déchois de ta nationalité

La Ville de Lausanne a donc décidé de refuser la nationalité suisse à un couple pour "bigoterie".[1] Il y aurait eu refus de serrage de mains, et pire encore, refus de parler avec des personnes de sexes opposés. Je mets ici le conditionnel, car cette version est celle du magistrat PLR Hildbrand, homme blanc droit dans ses bottes ayant mené cette affaire avec deux autres élu.e.s.

Nous n'avons pas la version du couple soumis à l'enquête. Aucun.e journaliste n'est allé leur demander pourquoi ils ont agit de telle ou telle manière. Il serait pourtant intéressant de les entendre. En attendant, l'Europe entière regarde vers la Suisse se demandant si la proximité avec la France commence à contaminer nos esprits et nous faire perdre le sens des valeurs ancestrales de notre pays: accueil, paix confessionnelle, liberté individuelle, respect des différences.[2][3]

 

Une commission des naturalisation de sinistre mémoire

Je dis cela, parce que vu, de Genève, où la commissions des naturalisations en Ville a laissé de sinistres souvenirs : des élu.e.s allaient chez les gens contrôler leur suissitude, et en profitaient pour faire, pour certain.e.s, des remarques grivoises, racistes, sexistes, avec parfois même des avances sexuelles; où le racisme ordinaire et intrusif pouvait se donner à plein dans des relations dissymétriques. Cette commission a été supprimé avec soulagement. 

A n'importe quelle personne normalement constituée, voyant débarquer chez elle un.e de ces élu.e.s, j'aurai recommandé la prudence, le silence, la fuite, ou l'appel à la police, comme meilleures réponses à apporter au "questionnaire". Mais quel.le candidat.e à la nationalité, connaîtra suffisamment ses droits ou sera assez sûr qu'ils seront respectés sans qu'il se voit sanctionné, pour appeler la police quand un.e élu.e débarque chez lui ? J'ai entendu les récits de stress et de panique de celles et ceux soumis à la question des commissions de naturalisation, pour savoir que tout simplement certain.e.s ne savent plus comment se comporter, ni traiter avec le pouvoir qu'ils ont en face d'eux.

Comme rappelait il y a dix ans la commissions fédérale contre le racisme : "Les procédures de naturalisation actuelles comportent le risque que les décisions soient influencées par des stéréotypes ou des idées xénophobes, voire racistes. Plus les organes de décision découlent de la démocratie directe, plus les décisions sont politiques et plus le risque d’arbitraire et de discrimination est grand." Cela n'a pas changé. La cour des comptes a fait un audit de la commission des naturalisations en Ville de Genève et un rendu un rapport sans concessions : "Les faiblesses relevées notamment au niveau de l’impact de l’organisation communale, des délais et des durées de traitement, ou encore de l’inefficience des processus communaux mis en place en matière de traitement des dossiers de naturalisation entraînent des risques financiers, opérationnels et de contrôle."[4]

 

Je demeure donc naturellement suspicieux quand trois élus font un rapport pour bigoterie en 2018, car cela rappelle plutôt les procès en sorcellerie du 15e siècle qu'une société moderne du 21e. 

 

Ce que l'on a a vu en Ville de Genève a conduit à la suppression de la commission des naturalisations. On ne peut que recommander à toute commune soucieuse du droit et de l'égalité d'en faire de même et d'éviter que des élus se rendent au domicile pour contraindre ou soumettre à la question des individus. Ils n'en ont toute simplement pas les compétences.  On ne s'improvise pas psychologue ou médecin, pourquoi s'improviserait-on faiseur de suisse ?  

L'attribution de nationalité est aujourd'hui une roulette russe soumise à l'arbitraire plutôt qu'à des critères objectifs. Ce sont les pauvres et les migrant.e.s, et les croyant.e.s et plutôt musulmans qu'évangéliques, qui casquent. Les examinateurs reproduisant simplement des stéréotypes sociaux, un racisme moyen, et les obsessions du moment.  

Les ploutocrates ayant fait fortune en bafouant les droits humains n'ont aucuns soucis à obtenir la nationalité suisse. A-t-on déjà vu un millionnaire se faire refuser le passeport rouge à croix blanche? Non. Car notre nationalité ne s'obtient pas, elle se paie. Et ceux qui ont le plus de moyens ont le plus de chance de l'avoir.  

 

Le pouvoir de la question 

Evidemment, lorsqu'un élu a le pouvoir de donner ou non une nationalité,  la pression est maximale, donc le stress, donc la peur. Ce stress explique certains comportements. Pourquoi le refus de serrer une main serait-il obligatoirement vu comme un refus de "valeurs suisses", et pas comme une marque de respect ou de pudeur par exemple ? On peut saluer de la tête. On peut mettre la main sur le coeur. On peut s'incliner. Il y a mille façons de saluer.

De la même manière que l'on s'offusque lorsque des demandes de naturalisations n'aboutissent pas parce que la personne soumise à la question ne sait pas nommer trois noms de fromage à pâte molle où le nom d'une obscure rivière des Grisons ou les couleurs d'un drapeau communal, n'est-ce pas tout aussi absurde de refuser la nationalité par manque d'appétence physique ? [5]

 

Désormais si le serrage de main est une composante obligatoire de notre société on comprends mieux pourquoi des mecs, quand une fille ne leur répond pas ou pire leur disent non, se sentent autorisé à leur péter la gueule. 

Car, finalement, c'est le même machisme qui s'exerce, celui de la contrainte et de l'obligation de répondre, au nom de la "culture", qui devient alors plutôt le cache sexe de la domination. La sanction punitive qui s'exerce quand il y a refus de s'y soumettre étant un signe d'abus de pouvoir. Je ne savais pas que l'obligation de toucher était une valeur suisse. Et le consentement, on en fait quoi ? C'est quoi l'étape suivante: si tu me fais pas la bise, je te déchois de ta nationalité ?  

Pour revenir à Lausanne, et à ce blocage pour des raisons encore à éclaircir d'une accession à la nationalité d'un couple, et pour conclure : J'aimerai  que l'on parle de la vie de ce couple, savoir si ces gens, par leur comportement, leurs actions quotidiennes, leur travail ou leur regard sur le monde, l'éducation qu'ils donnent à leurs enfants, s'ils en ont, sont des gens vivant en paix, contribuant à leur échelle à une société respectueuse des différences. Et un mot, s'ils n'emmerdent personne. Cela me semblerait être la meilleure preuve du respect de nos coutumes (certes, elles tendent à se perdre, vu la place grandissante que la connerie prend désormais chez nous).

Personnellement, que madame me fasse la bise ou non quand je la croiserai à la Migros, et que monsieur se pinte le vendredi soir comme un "suisse moyen" n'est ni nécessaire ni souhaitable.

Quand je les croiserai, c'est d'un clin d'oeil complice que je les saluerai avec plaisir, murmurant certes vive la Suisse, mais surtout vivent les gens qui n'emmerdent pas trop leurs voisins. 

 

 

[1]https://www.letemps.ch/suisse/lausanne-refuse-naturali...

[2]https://www.la-croix.com/Religion/Islam/En-Suisse-refus-s...

[3]https://www.theguardian.com/world/2018/aug/18/muslim-coup...

[4]http://www.ekr.admin.ch/pdf/Einbuergerung_F_version_web69...

[5] https://www.letemps.ch/suisse/faiseurs-suisses-sevissent-...

...............................

www.sylvainthevoz.ch

09:32 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : nationalité, suisse, discriminations, arbitraire | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/08/2018

Le sexisme n'est pas un produit d'importation

Suite à la terrifiante agression de 5 femmes à Genève, des partis politiques de droite et d'extrême droite veulent amalgamer violence sexiste et étrangers. Ils essaient de vendre que le sexisme pourrait être limité à la rue et circonscrit à de hordes sauvages en rut, qui viendraient de l'extérieur. Rien n'est plus faux. En Suisse deux femmes sont tuées chaque mois par leur conjoint ou ex conjoint. Au total, une femme sur cinq a été victime de violences (physiques, sexuelles) au cours de son existence.[1] Les faits le démontrent. Le sexisme et les violences de genre sont largement répandues et touchent toutes les catégories sociales, professions, qu'elles que soient l'origine et la nationalité de leurs auteurs.

Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique dans notre pays. Il est estampillé swiss made et se cultive dans ce pays depuis des générations, se transmettant avec le naturel de l'air que l'on partage. 

 

Ayant fait toutes mes classes à Lausanne, effectué mon service militaire à Savatan comme mitrailleur de montagne, joué au football jusqu'aux espoirs du Lausanne sports, je peux témoigner qu'au vestiaire, à la caserne, dans les réfectoires, les bonnes valeurs suisses qui m'ont été transmises, celles bien de chez nous, étaient celles du sexisme, de la domination masculine, de l'injure décomplexée, et du virilisme mal placé.

Pas besoin d'avoir fait une longue migration pour être persuadé qu'en tant qu'homme on est le centre de l'univers, car on y est éduqué. Il m'a suffit de suivre une scolarité normale, faire des études standard, et passer mes week-end dans le gros de Vaud et dans des camps de sport alpins pour devenir un bon petit mâle sexiste, bien dans la norme.  

Moi, Sylvain T, mâle helvète 

Les modèles que j'ai eu (à quelques notables exceptions près): du caporal à l'entraîneur de football au joueur professionnel de football doté d'une femme potiche sexy à ses bras, m'ont appris principalement à m'alcooliser en groupe, être initiée au royaume du porno, aux joutes de celui qui à la plus longue et se rit du plus faible... etc.,

Mon père, médecin, fils de paysan de la Broye n'a pas été ce que l'on peut appeler un gentleman avec les femmes et encore moins avec la sienne. Il était reconnu en société et a mené une carrière remarquable. L'homme à la maison montrait parfois un autre visage.

J'ai été éduqué dans un monde où le masculin était dominant, parlait fort, prenait une place maximale, devait être capable d'imposer sa puissance ou la faire subir. J'en ai été imprégné, naturellement. Je parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Mais quand je regarde autour de moi, je ne crois pas qu'il ait encore fondamentalement changé. Considérant le sexisme, on est encore à l'âge de pierre en Suisse. Et le plus grand risque vient de l'intérieur de notre caverne, pas de l'extérieur. 

Dévoilons ce sexisme que l'on ne saurait voir

Certains et certaines, notamment la présidente des femmes PDC Suisse, Babette Sigg, des leaders de l'UDC, aimeraient nous faire croire que la menace vient de l'extérieur, qu'elle est le fait de l'étranger et de migrant.[3]

Ce serait si "confortable" de protéger notre caverne patriarcale et penser que la menace vient d'ailleurs. Mais cette façon de penser revient à prolonger la durée de vie du patriarcat, maintenir un sexisme caché, et laisse entendre que le sexisme peut être circonscris à certains groupes exogènes.

Or, ce que les faits et l'affaire Weinstein, ou Dominique Strauss-Kahn parmi tant d'autres, ont mis en exergue, c'est plutôt que le sexisme touche tous les milieux. Bien souvent, les femmes étrangères sont victimes de violences de la part de bons petits mâles, suisses ou autres. Une violence institutionnelle s'exerce alors avec férocité sur ces femmes victimes de violences conjugales (crainte de porter plainte, obstacle au renouvellement du titre de séjour en cas de séparation, etc).[3]

 

Le couple : risque mortel

Le milieu le plus à risque est... le couple. La première question d'un.e docteur.e recevant une femme en en consultation devrait être : êtes vous en couple, comment cela se passe-t-il ? Avez-vous subi des violences durant les 6 derniers mois? Plutôt que de passer à côté des vrais enjeux en faisant comme s'ils se déroulaient ailleurs. La menace vient du conjoint, du voisin, de l'homme testostéroné et souvent alcoolisé, pas du passant dans la rue. Certain.e.s peuvent laisser la peur les envahir et les regarder du coin de l'oeil en serrant leurs poings ou leur son sac à main, mais croire que c'est là que se trouve le lieu du danger serait une erreur fatale. 

Etre en couple, pour une femme, est mille fois plus risqué que de sortir seule le soir dans la rue. Cela devrait nous alerter et inviter à adapter notre système en conséquence, même si nos mythes romantiques et autres odes à la vie privée en prendront un coup. Les violences de couple sont le fléau de notre société.

 

Que faire ?
Certain.e.s politicien.ne.s annoncent de nouvelles lois pour lutter contre le sexisme. Peut-être que cela peut-être utile, ou pas. Mais ce qu'il faut avant tout, et rapidement, c'est sortir de notre caverne et changer profondément les mentalités, les manière de se comporter et d'agir. C'est dans les têtes, dans les comportements, et dans les discours que le sexisme doit être dénoncé et éradiqué. C'est là que les violences se préparent, se tolèrent et se banalisent. 

Que faire ? Femmes comme hommes, augmenter la vigilance collective envers nos proches, nos voisin.ne.s, et nos sensibilités aux signaux d'alerte. Pas besoin d'attendre les bleus et les coups pour détecter, alerter, et se mobiliser collectivement, tout corps professionnels confondus : médecins, travailleurs sociaux, juges, infirmiers, politiciens, policiers, etc.,

Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique et se cultive en Suisse avec méticulosité depuis la nuit des temps, alimentant et préparant le chemin de la violence psychologique, verbale, physique.

La violence sexiste est largement répandue aujourd'hui, est très largement banalisée encore.

Il est temps de faire ensemble, hommes et femmes, un ménage de fond dans notre caverne.

 

[1] https://www.rts.ch/play/radio/vacarme/audio/les-echos-de-...

[2]https://www.rts.ch/info/suisse/9778144-bisbilles-politiqu...

[3]https://odae-romand.ch/projet/femmes-etrangeres-victimes-de-violences-conjugales/

 

.....................................

 www.sylvainthevoz.ch

 

01/08/2018

La Suisse existe, comment vit-elle?

La Suisse existe, comment vit-elle ? Ses frontières sont solides, son franc suisse fait front, son espace aérien est bien défini, et son histoire peuplée de mythes avantageux qu'on exhibe une fois par an. Elle a tout ce qu'il faut : drapeau, lampions, langues nationales, représentation à l'ONU, son millionnaire au tennis, une équipe de football qui ne fait (presque) plus honte.

La Suisse existe, comment vit-elle ? Comment, jour après jour, démontre-t-elle qu'elle est plus qu'une somme économique, un assemblage politique ingénieux, et existe sur davantage que ses axiomes éprouvés, capitaliste et néo-protestants: dis-moi ce que tu consommes, je te dirai qui tu es; dis-moi ce que tu thésaurises, tu montreras ce que tu vaux, et arrive à dépasser les inégalités sociales qui placent dans notre pays 600'000 citoyen.ne.s en situation de pauvreté?

 
Je suisse-je donc je suis
Vous pouvez être rassuré.e.s, arrêtez de cogner sur celles et ceux : l'artiste Ben, la socialiste Ada Marra, et d'autres qui, avec une pointe d'humour et de provocation, soulèvent malicieusement le voile crispé de l'angoisse existentielle: suisse-je, donc je suisse? Chaque éruption de haine ou réaction paniquée ne fait que renforcer la pertinence piquante de leur propos: mais oui, la Suisse existe, pas besoin de sauter sur son valium. Ses vaches sont bien gardées, et Johann Schneider-Ammann a toujours le mot pour "rire".
 
Le niveau d'inquiétude identitaire et la forme de panique nationale ayant pris devant trois joueurs de foot mimant le symbole d'un volatile au mondial, se jugeant assez libre pour rappeler leurs multiples origines, prête à sourire. Il laisse toutefois percevoir, lorsque l'on retire du formol patriotique et du bric-à-brac composite des figures tutélaires fantasmées en voie de décomposition, que nos nouveaux héros sont plus métissés, créatifs et incontrôlables. Cela déplaît à certain.e.s. Dommage. Cela demandera un petit temps pour se mettre à jour, mais on y arrivera.
 
Pour paraphraser La Fontaine, selon que vous soyez puissants ou misérables, jeune ou vieux, suisse ou pas, les lois du marché vous rendront corvéables à merci. Vos droits seront plus ou moins respectés. En Suisse, 2% des plus riches possèdent autant que les 98% restants. Dans un pays où l'on est habitué à dire pardon avant de toucher quiconque, de rester à sa place et accepter son sort avant d'imaginer le changer; où malgré quatre langues nationales, une seule permet l'échange: l'anglais; et où les rapports de classes sont puissants et le vieillissement de la population un vecteur d'accroissement des inégalités ; où le sexisme, le racisme et l'homophobie sont profondément enracinés, voire érigés en modèle ici et là, où les campagnes ont encore un poids dément par rapport aux villes et imposent certains archaïsmes comme des normes nationale, autant que de regarder vers 1291 on devrait viser 2040. Un jour Shaqiri remplacera Guillaume Tell, et Lara Gut prendra le pas sur le général Guisan. C'est en route.
 
La Suisse se vit comme une forteresse dans la forteresse Europe. Or il n'y a pas de forteresse dans l'histoire qui n'aie tenu sans s'effondrer. Jusqu'à quand pourrons-nous nier les besoins et situations d'urgence des populations que les changements climatiques et les situations politiques mettent en danger de mort et obligent à se mettre en mouvement pour franchir la Méditerranée, au péril de leur vie. Bilan : plusieurs milliers de morts chaque année, une traversée toujours plus périlleuse et incertaine. Surtout, une fermeture des frontières voulues par les pays européens coinçant les migrant.e.s dans des espaces inhospitaliers et violents, les exposant à la torture, l'exploitation et la mort. S'étant mis en route vers ce qu'ils imaginaient des pays libres et accueillant, ils en sont rejetés. S'ils parviennent à s'y accrocher, ils y demeurent, marginalisés et relégués, sans possibilité de retour. Il ne faut pas imaginer Guillaume Tell en vacances au bord de la mer mais sur un canot pneumatique, s'efforçant de sauver son fils au risque de la noyade.
 
En 1918 la grève nationale exigeait que les femmes puissent voter et être élues (pour cela, il faudra attendre 1971), revendiquait la réduction de la semaine de travail à 48 heures, soit 6 journées de 8h), l'instauration d'une protection pour les travailleurs et travailleuses âgé.e.s et invalides, et proposait un impôt sur la fortune des gros contribuables pour éponger la dette publique. Il y a 100 ans, ce mouvement décisif plaçait la Suisse sur les rails d'un développement social luttant contre les injustices. Ce mouvement s'est poursuivi. Nous sommes les hériter.e.s des luttes du passé. Rien n'est tombé du ciel ni sans efforts. Hommage ici à celles et ceux qui ont construit les pans sociaux de ce pays et ont lutté pour y établir nos droits. Autant que 1291, nous fêtons aujourd'hui 1918.
 
A nous d'écrire la suite...

 

 

13:24 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fête nationale, suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/07/2018

Le coupe du monde

444px-Foot_field_AG3.svg.pngLe capitaine, le public, le soigneur, le kiné, les hooligans, le préparateur physique, l’entraîneur, le masseur, le défenseur, le gardien de but, l’attaquant.

L'arbitre, le soigneur, le brancardier, l’ailier gauche, le remplaçant, le patron, le taulier, le libero, le commentateur sportif, le comédien, le président, le politique, le juge de ligne, l’ailier droit, le consultant, le vieux briscard.

Le kop, le parieur, les ultras, le comédien, le stimulateur, le vestiaire, le sponsor, le journaliste, l'équipe, le ramasseur de balle, le 13e homme, le récupérateur, le gratte ballon, le public, le buteur, le match winner, le looser, le millionnaire, le juge de touche, le coupeur de citron, le tacticien, le laveur de maillot, le barbier, le coiffeur, le tatoueur.

 

La testostérone.

Le coupe du monde.   

 

 

 

..........................

www.sylvainthevoz.ch

07:27 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/06/2018

Lettre à un ami athée

athéime,foi,croyance,dialogueMon cher ami, la dernière fois que je t’ai vu, tu m’as dit que tu ne comprenais pas que l’on puisse croire en quelque chose qui n’existe pas. Je t’ai trouvé péremptoire dans ta prise de position. Comme si tu devais absolument effacer du monde une présence que, par ailleurs, tu ne reconnais pas. Mais s'il n'y a rien, pourquoi t'échiner alors à lui donner consistance pour le nier? Il suffirait de laisser le rien n'être rien, non ?

Mais c'est comme si tu savais, de source sûre, ce que signifie croire. Pourtant c'est un mystère, surtout pour celui croit, au point que cela est souvent au coeur même de sa croyance. Demande au croyant ce qu'il croit, et souvent, dans ses réponses, tu entendras un mélange d'embarras, de maladresse ou d'hésitation.

Croire revient, presque par définition, à entrer dans un mystère et à sentir que tout n'est pas dicible et démontrable. Et conduit, en conséquence, à déraciner les certitudes et les affirmations toutes faites pour naviguer un peu à vue. Comme un pilote d’avion entrant dans le brouillard, et dont le pilote automatique tombe en panne, le laissant condamné à s’en remettre à un mélange d'expérience, d’aspiration et d’abandon, pour s'ouvrir un chemin.

Croire serait donc une entrée dans le monde du tâtonnement, de l’intuition, du désir, plus que de la connaissance. À cela tu opposes le bloc compact de ta négation, la persévérance satisfaite de celui qui a une mission définie : nier la prétention de l'autre à toute transcendance. Bon, pour aller dans ton sens, il y a des croyants au dogme et à l'intransigeance morbide et inacceptables. Mais qu'à le fait de croire là-dedans? Il y a bien des athées qui respectent le fait de croire ou de ne pas croire, n'en font pas une croisade, tout comme il y a des croyant.e.s qui savent douter et accueillir chacun.e. dans sa différence.  

Mon cher ami. Comme un lutteur chevronné, tu cherches à plaquer ton adversaire au sol, -l'hésitant croyant qui ne sait dire en quoi et pourquoi il croit, mais cherche et perçoit quelques chose qui le transcende-. Jusqu’à ce que ses deux épaules soient au sol et la soumission acceptée. Tu ne cherches pas le dialogue, mais la victoire par la force. Les croisades, les petits-déjeuners au pensionnat, l'église du XVIe, et les abus sexuels de prêtres déviants, c'est en quelque chose un stade indépassable et illustratif de ton nihilisme. Les points godwin du religieux. Imparables selon toi. 

Mon cher ami, je ne sais pas ce que croire est. Je ne juge pas ceux qui ne croient pas, que l’on nomme agnostique, ou les athées qui ne font pas église de leur non-croyance, ni des animateurs de croyances occultes. Je n’ai pas voulu te contredire, ni entamer une discussion sans fin, sur le sens de tout cela. Cela me semblait perdu d'avance. Tu n’en avais d’ailleurs nulle envie. L’affirmation toute puissante de la non-existence de la foi de l’autre te servait de rempart, pour éviter d'être ébranlé dans ta certitude sur ce qu’est croire et ce que ça recouvre.

Voyant en toi vibrer le feu féroce du zélote, la rage du convaincu, j’ai reconnu la peur fragile envers un Dieu gourmand dont les ouailles sont nombreux. Le Dieu des certitudes toutes faites, et des enclos protecteur excluant ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Pourtant, ils se ressemblent beaucoup. Alors j'ai choisi d'écrire, cela permet de prendre le temps de poser quelques arguments.

Cher ami, je refuse de figer l’autre dans une place qui n’est pas la sienne, l'enrôler sous une bannière ou étiquette, comme s’il n’y avait pas d’allers retours possibles, de déplacements entre une conscience intime et son expression, une identité sociale et une quête intérieure. Le chemin de croire est à mes yeux presque obligatoirement un parcours oscillant entre une présence et une absence, une certitude confuse et un doute radical.

Un peu, au final, comme échanger avec toi. 

 

...................

www.sylvainthevoz

 

 

 

13:48 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : athéime, foi, croyance, dialogue | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/06/2018

L'UDC tacle notre équipe nationale de football. Carton rouge pour ce parti.

football,mondial,shaqiri,xhakaLa Suisse a battu la Serbie 2-1 ce vendredi soir lors du mondial de football en Russie, grâce à un magnifique travail de coaching, une belle dynamique de groupe et deux splendides buts de Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri. 

 

L'UDC alimente une vaine polémique

Les deux buts marqués par la Suisse ont été célébré par les joueurs en joignant les deux mains pour former un aigle bicéphale, symbole de l'Albanie. Que deux joueurs suisses aient, dans un moment de joie extrême, symbolisé leur double identité est de leur plus pure liberté. Mais cela a conduit des nationalistes aigris à s'étrangler devant ce symbole, y voyant un manque de respect, ou pire une trahison des couleurs helvétiques, cherchant une polémique qui prend surtout sa source dans leur esprit étriqué. 

 

Liberté du jeu

Ils sont libres ces joueurs de célébrer leur but comme bon leur semble. Ils sont libres de convoquer les esprits et les identités qui les inspirent. Certains lèvent deux doigts au ciel, d'autres font un signe de croix, d'autres encore soulèvent leur T-shirt pour montrer le visage de leur nouveau né; ou saluent la mémoire d'un être cher décédé, quand certains crient Allah Akbhar quand ils marquent. Et alors ? 

Il faudrait vraiment être tordu pour invoquer la laïcité afin de critiquer un joueur de football qui ferait le signe de croix en entrant sur le terrain, ou voire dans ce qui est un signe individuel d'appartenance, une atteinte envers tel ou tel groupe ou religion. Des appartenances, tout le monde en a plusieurs, et chacun est libre de les convoquer comme il l'entend pour les exprimer. À moins que l’on veuille des joueurs type robotique et aseptisés. Dites, vous croyez que l’UdC va bientôt poser une motion au parlement demandant à la police fédérale de contrôler la teneur des tatouages de nos joueurs? 

Dans la même veine, il serait absurde de penser que ce serait trahir la Suisse si un joueur faisait un signe de coeur à sa femme plutôt que de mettre sa main sur son maillot, à l'emplacement de la croix suisse. C'est pourtant cette critique que porte l'UDC. Ce parti  aimerait que les joueurs de la Nati soient des bons petits soldats tous identiques et à la botte de leur idéologie totalitaire.

Natalie Rickli, conseillère nationale UDC, membre de l'action pour une suisse indépendante et neutre, ne s'est pas réjouie des buts et de la victoire de l'équipe suisse, car ces derniers étaient, selon son appréciation, marqués plutôt pour le Kosovo que pour la Suisse. Ce commentaire est aussi bête que de penser que quand Federer gagne la Coupe Davis est envoie des baisers à sa femme Mirka, ce n'est pas la Suisse qui gagne.

 

Les joueurs ne sont pas du bétail propriété d’un club ou d’un pays 

Xhaka est Suisse. Il est né à Bâle. Shaqiri est Suisse, il est né dans ce qui est aujourd’hui le Kosovo, est arrivé en Suisse alors qu'il avait un an. Tous deux ont choisi de jouer pour la Suisse. Ce sont des joueurs professionnels qui ont été formés dans notre pays et dont on peut être fiers. Ils exercent aujourd’hui leur métier en Angleterre, tout en étant tissé d'identités multiples, assumant de les revendiquer.

Les attaques de l'UDC contre l'équipe de Suisse montrent une chose avant tout :  le caractère nationaliste, intolérant et totalitaire de ce parti, qui n'est plus en phase avec la population. Il est lassant de voir que pour certains, il y a encore différentes classes de Suisse. Les segundos, les suisses d'origine étrangère, les suisses naturalisés, ceux qui font l'aigle et ceux qui ne le font pas, tous étant plus ou moins suspect de ne pas atteindre le même niveau de suissitude que les suisses prétendus "de souche", etc. Toutes ces distinctions sont absurdes et insignifiantes.

Quand on est Suisse, on est Suisse, point. On peut manger de la fondue ou pas, faire le signe de croix ou pas, effectuer plutôt le ramadan que shabbat, dessiner des aigles, des petits fleurs ou des lotus avec ses doigts, selon ses croyances, ses libertés, sa créativité et ses appartenances, cela n’autorise personne à catégoriser et distinguer entre  ce qui serait l'essence de la suisse et ce qui ne le serait pas, et surtout cela n'autorise personne à dégrader celui-ci ou critiquer celui-là en se prétendant être la norme. 

L'UDC a toujours cherché à créer la division entre les Suisses et les étrangers. Il cherche maintenant à créer la division entre les Suisses au moment où tout un pays communie dans la joie.

Je souhaite, pour ma part, de tout cœur, à notre équipe nationale de football, toujours plus de victoires et de joies, de diversité et de liberté, car ce sont des énergies positives, fruit d'un travail et d'objectifs élevés et rassembleurs. Et pour l'UDC: un carton rouge, pour le sortir enfin du terrain où son jeu agressif et mesquin est source de troubles et de désunions uniquement.

C'est la meilleure chose que l'on peut souhaiter à notre beau pays, si riche dans sa diversité.

Suisse 1- UDC 0

 

..........................

www.sylvainthevoz.ch

 

 

 

 

 

 

 

 

 

01:25 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : football, mondial, shaqiri, xhaka | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/05/2018

Hommage à toi Loris Karius

9805542-3x2-700x467.jpgLors de la finale de la champion's league entre le Real Madrid et le club anglais de Liverpool, le gardien de cette équipe, Loris Karius, 25 ans, s'est trouée, offrant deux buts sur un plateau à l'équipe espagnole. Une relance hasardeuse et un ballon savonnette lui échappant des mains ont précipité la perte de son équipe. Les critiques ont fusé : faute professionnelle, inacceptable à un tel niveau, sabotage. Des insultes des fans ulcérés allant jusqu'à exprimer de menaces de mort suite à cette défaillance du gardien de but anglais. Cet événement fait remonter le souvenir d'Andres Escobar, défenseur colombien assassiné en juillet 1994 à Medellin, suite à un but contre son camp lors du mondial de football.  

Hommage à toi Loris Karius

Dans ce monde du football imbibé d'argent et gorgé d'attentes de perfection, tu as été l'humain faillible et maladroit, la figure de celui qui fait vivre un scénario dramatique et presque comique à cette finale. De la pompe grandiloquente de l'ultra compétition, tu as révélé la pression que subissent les sportifs et sportives d'élite, et illustré le fait qu'il n'y a pas de geste simple et qu'échec ou réussite tiennent à un fil. Dégonflant la baudruche rutilante du sport-business et marquant la différence entre l'humain et la machine, tu as illustré malgré toi la violence pure des "fanatiques", en fait monsieur et madame tout le monde, qui, sitôt assis sur leurs sofas, sont prêt.e.s à tuer pour un résultat, à pleurer toutes les larmes de leur corps quand leur équipe perd, cherchant des coupables, comme s'il s'agissait de vie ou de mort. Or, il ne s'agit pas de vie ou de mort. Et si le président Macron pense que les deux métiers les plus difficiles sont Président de la République et sélectionneur de l'équipe de France, il se trompe lourdement. Car l'un décide concrètement par ses décisions de la vie et de la mort de millions de gens, alors que l'autre orchestre un jeu de ballon. Ce qui est inquiétant, c'est que les frontières se troublent, que la politique devient spectacle, et le football affaire de vie ou de mort. Le sport déclenche des émotions, oui, et c'est un merveilleux et inégalable catalyseur, mais au final, quand un jeune gardien de but se loupe, nous devrions plutôt sourire, et rire avec lui de sa boulette comme d'un fantasque clin d'oeil de l'histoire, et un antidote espiègle aux fièvres des bookmakers. Hommage à toi Loris Karius.   

Le bourreau

Une autre figure émerge de cette finale, celle du bourreau. Sergio Ramos, joueur athlétique, toujours à la limite de la régularité (et souvent au-delà). S'il s'est malencontreusement enroulé le bras avec celui du joueur étoile Mohamed Salah, d'autres disent plutôt qu'il lui a fait une vicieuse clé de bras, effectuant une redoutable prise de judo, l'entraînant au sol et le propulsant surtout directement à l'infirmerie. Résultat: insultes sur les réseaux sociaux, contrat mis sur la tête du sieur Ramos, et re-menaces de mort. Les sentiments les plus négatifs se canalisent sur lui. Pas nouveau. Avant lui Harald Schumacher, gardien de but allemand, était traité de nazi, de SS, et recevra lui aussi des menaces de mort suite à une sortie aérienne qui envoya le joueur français Battiston à l'hôpital, en 1982. On se rappelle aussi de Gabet Chapuisat, qui avait démonté la rotule de Lucien Favre, l'affaire s'était terminée devant les tribunaux civils. Alors : engagement ou agression ? Lutte à la régulière ou acte vicieux pour éliminer un adversaire? Le football est un champ économique avec des figure dignes de Série B pour l'animer. Il interroge chez chacun.e. le sens de la justice et si la fin justifie les moyen. Et puis, à partir de combien de francs d'enjeux, le fair-play devient-il un luxe surnuméraire? 

 

Le héros

A ce tableau épique, ne pouvait manquer un héros. Il s'est incarné par un buteur gallois, attaquant véloce, auteur d'un retourné spectaculaire, faisant tourner la tête de toute l'Europe du football (et les millions du sport-business). Incarnant la figure d'Icare rayonnant, du succès, il suscite envie et admiration. Pour sûr, il aurait eu droit à ses menaces de mort s'il avait par exemple raté un penalty ou commis un autogoal. Etre monté aux nues ou vouée aux gémonies, jeté en pâture à la presse, le football spectacle ressemble à s'y méprendre aux jeux du cirque romains, à une usine de boucherie.

 

Victime, héros, bourreau

Amoureux de football, je ne regarderai les matchs de coupe du monde que d'un oeil critique, pour soutenir les plus petits et chanter les louanges des perdants. Le football est et sera toujours une magnifique école de vie, et le sport plus généralement une incroyable aventure humaine, mais les rôles intimés aux joueurs sont devenus paroxystiques, et les états pourris utilisent le sport comme une vitrine nationaliste. Alors très peu pour moi de ces scénarios hollywoodiens, occultant la dimension ludique et amicale du football, pour jeter en pâture des sportifs à la masse. Au match d'inauguration du mondial Russie-Arabie Saoudite, je préférerai toujours celui du Lancy Fraisier FC contre FC Compesières ou le CS interstar de Varembé.     

Plutôt que crier Vae victis comme les romains, je chanterai gloire aux vaincus. Ils ont une grandeur et profondeur que les gagnants n'ont plus. Et tant pis pour les contrats publicitaires et les sourires Pepsodent, ce sont les applaudissements pour les beaux gestes, l'humilité dans la  victoire comme dans la défaite que je préfère, car cela nous ramène au jeu et à sa dimension fondamentale : sa fragilité.

Hommage à Loris Karius.

 

.......................................

 www.sylvainthevoz.ch

 

11:23 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : football, karius, ballon, argent, mondial, people, mass, show-business | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/05/2018

Jean Ziegler, Genève reconnaissante!

33326901_10156194052966826_3245755305832742912_n.jpgCe n'est pas Genève qui doit me remercier, c'est moi, petit immigré bernois, qui doit remercier Genève. Ce furent les mots de Jean Ziegler au moment de recevoir la médaille Genève reconnaissante.

La Ville récompense l’engagement d'un homme durant des décennies pour la justice sociale et la lutte contre la faim dans le monde. Ancien conseiller municipal en Ville de Genève, puis conseiller national, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, Jean Ziegler a toute sa vie oeuvré comme intellectuel, citoyen engagé, élu du peuple. Il n'a jamais cessé de se révolter, de contester l’ordre du monde, rappelant inlassablement que toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim et que cela n’est nullement une fatalité mais un crime cynique signé par le pouvoir économique et spéculatif mondial qui a ses relais et ses agents identifiables. 

Parmi les premiers, il a dénoncé le banditisme du système bancaire helvétique (la Suisse lave plus blanc,1990, Le bonheur d'être Suisse, 1993), ses secrets, les lobbies actifs sous la coupole, essuyant les injures et les procès. C'est lui aussi qui, en pleine crise des fonds en déshérence, en 1997, dans La Suisse, l'or et les morts soulevait le voile d'un passé coupable rempli d'accointances entre les banques suisses et le pouvoir nazi durant la seconde guerre mondiale. Jean Ziegler fait partie de ces intellectuels comme Max Frisch, Fritz Zorn, Niklaus Meienberg, qui n'ont jamais confondu patriotisme et complaisance, mais au contraire appuyé fort là où ça fait mal pour nous réveiller de nos complaisances bien helvétique des "y'en pas comme nous" pour confronter nos tabous et suffisances, dénonçant inlassablement les sources troubles de la prospérité helvétique.

Cette médaille Genève reconnaissante honore Jean Ziegler et honore notre ville. Elle signifie aussi que Genève n’est pas une cité tout à fait comme les autres. Le Conseil administratif, en parallèle de la remise de la médaille Genève reconnaissante, a d'ailleurs ouvert un livre de condoléance pour les victimes des crimes commis à Gaza par l’armée israélienne. Ce livre de condoléance, ouvert en réponse au massacre de femmes, d’enfants et d’innocents, tout comme la présence de Leila Chahid et Michel Warschawski auprès de Jean Ziegler au moment d'être récompensé, est un signal politique fort que la dénonciation des crimes et des injustices, que la lutte pour la défense des droits humains est un travail incessant  et n'a pas de frontières.

Bien sûr, il y aura toujours des gens pour vouloir nous replonger la tête dans le sable. Mais dans un monde où le commerce est globalisé, la solidarité doit forcément l'être d'autant. Nous ne vivons et ne militons pas dans une ville comme les autres. Genève est le siège de grandes organisations internationales, le berceau de conventions fondamentales dans le domaine du droit international humanitaire. Nous y avons donc une responsabilité singulière.

Jean Ziegler l'a rappelé : parce que nos conditions d’existence sont enviables, que nous bénéficions de la liberté d’expression, de mouvement, et jouissons de conditions matérielles nous assurant une existence digne, nous avons une responsabilité particulière.

Bien entendu, Jean Ziegler a ses détracteurs, qui lui reprochent des proximités avec des chefs d'état peu fréquentables, des luttes trop radicales, un antiaméricanisme forcené. Le monde n'est pas binaire, ni ne se découpe en noir et blanc. Le pouvoir, l'engagement sont des lieux complexes. Jean Ziegler s'est sali les mains, au sens Sartrien du terme. Sa trajectoire nous invite aussi à nous interroger sur ce que le pouvoir fait aux hommes, et comment la volonté de puissance peut tenter chacun. 

Au moment où Jean Ziegler, infatigable (84 ans!), sort un nouveau livre Le capitalisme expliqué à ma petite fille (en espérant qu'elle en verra la fin), il était touchant de voir sa petite fille remuer sur son siège durant la cérémonie de reconnaissance de Genève à son enfant terrible.

Ce signal de transmission d'une génération à une autre, ce printemps de la relève est celui de l'herbe qui pousse, des fissures qui se forment dans les murs les plus solides. Un symbole pour poursuivre les luttes pour la justice et le partage des richesses; luttes qui sont aujourd'hui plus violentes et indécises que jamais, et pour lesquelles Jean Ziegler nous donne une grille d'analyse, une boussole, et une espérance s'inspirant du poème de Pablo Neruda : ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront jamais le printemps.

L'histoire a un sens, celui de la justice sociale.

 

..........................

www.sylvainthevoz.ch

11:45 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/05/2018

Gandhi à Gaza

1522432572_gaza-12-morts-ensanglantent-la-grande-marche-du-retour.jpgIl s’est mis sur le petit rocher. Il voit la foule avancer. La foule de celles et ceux qui vivent dans une prison à ciel ouvert. La foule de celles et ceux qui n’ont plus rien à perdre, de celles et ceux qui ont été chassé de leur terre il y a 70 ans, qui ont le droit et la justice pour eux, et des fusils sur la tempe. 

 

Il secoue la tête pendant que la foule avance vers les barrières de sécurité et que les soldats chargent leurs armes pour viser celles et ceux qui sont devant. Il regarde mieux. Ce n'est plus une foule qu'il voit, mais des femmes et des enfants, des avocats et des médecins, monsieur et madame tout le monde, un vieillard qui marche courbé, un homme en chaise roulante que son frère pousse. Ils se dirigent vers les barrières de sécurité. [1] 

Il voit l’arrogance du pouvoir, cette toute puissance crasse du pouvoir colonial, de la force pure et de l'abus. Il sait qu’à quelques kilomètres de là, de l'autre côté de la  barrière, des officiels, triomphants, fêtent, protégés par des centaines de soldats et de policiers. Ils trinquent, gorgés de pouvoir à l’établissement d’une humiliation supplémentaire. Ce sont des petits blancs qui sont là, de jolis blonds américains, des occidentaux venus faire la loi et poursuivre l'état des colonies. Du sang sur les mains. Du sang sur les mains. 

Au moment où certains commémorent la Nakba, l'exode palestinien de 1948 en agitant les clés et criant leur droit au retour, d'autres rajoutent une humiliation de plus à une très très longue série. Ils trinquent, en appuyant de leur bottes sur les visages de celles et ceux qui sont placés sous eux. Qui pour protester devant cette injustice?

De l’autre côté de la barrière, enfermés à double tour, les boulangers et les ferrailleurs, les pécheurs et les balayeuses continuent de marcher vers les barbelés. 

Gandhi reconnaît la profonde résolution de celles et ceux qui ont un droit et qui sont prêt à mourir pour. Il voit les fusils s'abaisser et les soldats tirer sur les boulangers, les enseignantes, les enfants, à les tuer les uns après les autres, comme des lapins, comme des pipes en plâtre à la foire, comme à Sabra et Chatila les sinistres exécutants, comme s'ils en avaient le droit, comme si ces vies là n'avaient pas d'importance, leur appartenaient, et qu'ils pouvaient en couper les fils comme ils le voulaient. 

Les soldats sont bien protégés derrière leurs casques, intouchables derrière leurs remparts, riant de l'éclat intouchable des lâches que la domination a placé du bon côté de la barrière.

Impossible de plaider la légitime défense, aucun inconscient ne le ferait. Gandhi est avocat de formation, il sait distinguer un assassinat d'une bavure, la légitime défense d'une exécution.     

Gandhi est venu à Gaza, il y vu la marche non violente du peuple de Gaza pour obtenir ses droits et briser ses chaînes. Il a vu le sang de ceux qui subissent les vexations racistes, les préjugés, l'enfermement, les rationnements, et l'assassinat.

Et il a entendu les gouvernements qui plaident la paix et la démocratie s'accommoder d'un massacre immonde et se taire honteusement. Et il a entendu les états amis ronchonner un peu mais continuer de s'accommoder de l'innommable comme s'ils n'avaient aucune responsabilité là-dedans et comme s'ils ne jouaient aucun rôle. 

Gandhi se rappelle d'Amirtsar, en 1919 lorsque les troupes britanniques avaient tiré sur son peuple, femmes et hommes réunis dans les jardins de Jallianwallah Bagh. Plus de 379 morts et 1200 blessés, un général anglais acclamé à son retour en Angleterre devenant un héros. Ce fut le début d'une grande lutte d'indépendance.

Aujourd'hui, les soldats israéliens tirent dans la foule démunie comme hier les anglais tiraient sur les indiens et les français sur les algériens.

Seront-ils arrêtés avant d'avoir supprimés 1,9 millions de gazaouis ?

Gandhi se lève et va saisir un drapeau noir rouge vert et blanc. Il avance vers les barrières.

Il y a plein d'enfants qui courent autour de lui. Ils rient de ses petites lunettes et de son drôle de costume qui flotte au vent.

Ils s'en amusent, comme des cerf-volants qu'ils voient danser au dessus de leurs têtes.   

 

 

 

[1]http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/15/des-palestiniens-abandonnes-et-deshumanises_5299183_3232.html

..............................

www.sylvainthevoz.ch

 

 

14:54 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nakba, palestine, droit au retour, gandhi, paix, marche | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/04/2018

Conseil d'Etat: renversons la majorité et sa méthode !

conseil d'etatL’échec de la législature cantonale qui se termine aura été celui de la volonté centralisatrice et technocratique du Conseil d’Etat à majorité de droite. Incarnée par un François Longchamp en bout de course dans son Département présidentiel fantôme. Il aura servi, au final, à couper des rubans, essuyer par derrière les maladresses de ses collègues, et tenter de faire bonne figure au moment de rendre les clés du pouvoir. Guère plus.

 

Un bilan ? Les projets de lois se sont entassés. Pour quels résultats ? Loi sur la police, loi sur la restauration, les débit de boissons, l'hébergement et le divertissement, loi sur la laïcité. Les Genevois-e-s auront savouré durant 5 ans le velouté technocratique et caporaliste du conseil d’Etat. Résultat : plus de cacophonie et d’incompréhension. En rigidifiant le système, en légiférant à bloc plutôt que de chercher des solutions pragmatiques, donner davantage des moyens aux travailleurs, et mettre de l’huile plutôt que du cadre, le Conseil d’Etat a fini par rendre le système plus lourd et moins efficace. Pour une droite qui parle toujours de réformes et d'austérité, quel paradoxe!

 

La fameuse loi sur la répartition des tâches entre les communes et le canton est un exemple parfait de ce qu’il ne fallait pas faire

Le Conseil d’Etat s’y est engouffré avec un enthousiasme napoléonien. Au final : Berezina. Au nom de la lutte contre les « doublons », d’une idéologie de la « bonne gouvernance », le Conseil d’Etat a cassé des savoir-faire qui fonctionnaient en complémentarité. Et au nom de la clarification d’échelons différents, brisé des relais et des compétences qui se renforçaient.

Le Conseil d’Etat a mis sur un même niveau canton et communes pour les opposer. Cela est contreproductif et a conduit à passer à côté de ce qui a fait la richesse de Genève depuis toujours : la complémentarité des niveaux de décision. Que l’un réalise d’une certaine manière, ce que l’autre parachève, c’est souhaitable, et intelligent. Au diable les étiquettes et la volonté régalienne que tout soit « propre en ordre ». Cette manière hygiénique et maniaque de vouloir délimiter des petites cases pour les remplir, prétendant y caser la réalité est révélateur d’une idéologie carrée qui aurait davantage dû inspirer le Conseil d’Etat à gérer une entreprise de lego, plutôt que de conduire l’Etat pour 5 ans de plus.

 

Un gros problème d'humanité

Ce gouvernement a traité les humains comme des pièces, en faisant sauter des travailleurs comme des fusibles, et payer les lampistes (Affaire Adeline, renvoi de Christian Cudré-Mauroux, la trentaine de bagagistes virés de l’aéroport par P.Maudet. etc.,), mettant toujours celles et ceux qui sont en bas de l’échelle sous pression pour que d'autres conservent leur poste ou bonne figure.

Ce Conseil d’Etat a failli, parce qu’il a tellement cru dans l’idéologie des petites boîtes qu’il en est devenu une lui-même, pas très subtile et reproduisant les mêmes erreurs, en fonctionnant sur un même logiciel, manquant d’âme et d’engagement, proposant de gérer Genève à coup de normes plutôt que de négociations et pragmatisme.

 

Assez de technocratisme !

1) Assez des lois inutiles qui, plutôt qu'encadrer une réalité sociale complexe, la rendent plus nouée.  Assez de technocratisme et de rigidités idéologiques qui se font sur le dos de la république mais en son nom, et qui, au nom d’appliquer les mêmes lois pour toutes et tous, inventent des textes inapplicables en regard de la réalité du terrain, constituant de nouvelles inégalités.

Au final, les plus fragiles ou trop honnêtes sont punis. Soit parce que l’Etat les a sous la main, soit parce qu’ils ne sont pas assez organisés pour se défendre, ou parce que l’usure et la fatigue fait son travail. L’Etat alors cognera encore sur eux,  prétendant que la lassitude de se défendre et l’abandon de la bagarre est un signe de manque d’adaptabilité et de sveltesse. A l’iniquité de mauvaises lois sera rajouté alors la punition de les avoir subies de plein fouet.  

2) Assez du désengagement de l’Etat au profit des bénévoles et des associations sans moyens supplémentaires. Par exemple dans le domaine des assurances sociales, les gens sont découragés d’exercer leurs droits, et parfois volontairement maintenus dans l’ignorance. Les pauvres sont fliquées, et la chasse aux précaires est organisée (loi contre la mendicité). Monsieur Poggia n'a fait pas son travail jusqu’au bout. Il a laissé des « dossiers » être ventilés ici et là parce que les travailleurs sociaux n’ont plus les moyens de les gérer. La « subsidiarité » voulue au profit des associations devient un mot vertueux pour une sale pratique, celle de dire « bon débarras » de la part de l’Etat en direction du monde associatif fonctionnant d’une manière bénévole usante en regard des charges imposées.

2) Assez de traiter les gens comme des ressources inertes, des fusibles que l’on fait sauter, pour un oui ou un non. Ce conseil d’Etat est en échec, parce qu’il a oublié de travailler avec les gens et pour les gens, se souciant avant tout de sauver son arrière train, sans panache ni courage. On ne fait pas de politique avec le trouillomètre à zéro, juste pour éviter de se faire des ennemis ou pour finir conseiller fédéral en slalomant médiatiquement et méthodiquement en direction de Berne. Cette manière-là de fonctionner, c’est toujours sur le dos des citoyen.ne.s qu’elle se fait.

3) Assez d’un Etat déconnecté du terrain. Sans les communes, l’Etat n’est rien. Sans la proximité du local, sans le travail et la connaissance des réseaux locaux, les décrets et les grands plans quinquennaux, les belles déclarations de principe et le projet de traversée du lac à 5 milliards pour 2060 si tout va bien, c’est juste du vent ou de la com’ opportuniste. Il s’agit de renforcer le pouvoir des communes, le pouvoir des travailleuses et travailleurs de proximité, d’accentuer les collaborations et transversalité avec l’Etat. Le temps des silos a vécu, le temps des mammouths est fini depuis longtemps. Il est temps de changer de manière de faire. Et pour cela, renverser la double majorité de droite (Conseil d'Etat et Grand Conseil). 

A gauche !

Ce conseil d’Etat à dominance de droite a vécu. Il a eu sa chance. Il a échoué. Renversons-le à gauche, pour changer de majorité et de méthode, afin que le nouveau Conseil d'Etat travaille enfin de manière véritablement concertée, collégiale, pour les genevois.e.s, et pour le bien public! 

 

[1]https://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/inter...

 

...................

www.sylvainthevoz.ch

12:03 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : conseil d'etat, élections, genève, majorité, gauche | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/03/2018

Laïcité : Maudet dégoupille la grenade

laïcité, églises, débat, politique, lois, Conseil d'Etat

Le projet de loi sur la laïcité voulu par le magistrat Maudet est parti pour rendre tout le monde mécontent. Trituré en commission durant deux ans par les députés, avec quantité d'auditions et une dépense en temps et d'argent conséquente, il a perdu au passage ce qui en faisait sa fragile qualité: une volonté louable mais maladroite de clarifier la place du fait religieux dans la Cité, alors que celle-ci est mise à mal par les extrémistes de tout bord.  

 

Les Eglises se sont positionnées ce mardi pour critiquer la nouvelle mouture sortant de commission.[1] Elles rappellent qu'elles mettent à disposition des aumôneries plus de 40 postes de travail, entièrement financés par leurs soins, que plus de 5'000 visites sont effectuées chaque année par les aumônier.e.s en prison, et que plus de 10'000 visites le sont sur les 6 sites des hôpitaux de Genève. Le Temple des Pâquis accueille plus de 60'000 précaires chaque année, offrant sans véritable dimension confessante un lieu pour se poser et reposer, en bénéficiant de cours donnés par des bénévoles. C'est un lieu qui sert la cohésion sociale. Les aîné.e.s, les précaires, trouvent dans les lieux spirituels, gratuits, un refuge bienvenu. L'Etat est tout content de se délester sur les lieux spirituel d'un travail qui lui incombe. L'Hospice Général envoie sans vergogne vers eux et au mépris de la loi, pour fournir une aide administrative qu'il lui incomberait de fournir.

Les Eglises entretiennent sur leur propre budget l'ensemble des temples et églises. Ce sont des bâtiments patrimoniaux et historiques qui font la fierté de Genève, sont un atout touristique pour notre Canton. Ils risquent aujourd'hui d'être mis en péril.

Le nouveau projet de loi nie les services que rendent les Eglises, avec un accent liberticide et une tonalité anxiogène donnant pouvoir à l'Etat de restreindre la liberté religieuse en cas de besoin, sans expliciter ni décrire quels en seraient les critères. 

Agiter toujours, et d'une manière anxiogène, les montées du fanatisme de l'intégrisme et du communautarisme, revient à faire des croyant.e.s des parias ou des boucs émissaires alors que l'on serait plutôt en droit d'espérer un débat serein, équilibré, et que les églises, ashrams, pagodes et autres mosquées soient valorisés et traités comme toute autre association servant le bien commun. 

 

Vers une discrimination des croyances

Le nouveau projet de loi dit que "les communautés religieuses s'organisent selon les formes du droit privé". Or, l'Etat en vérité discrimine les églises puisqu'il définit de manière très stricte l'utilisation que les églises peuvent faire des biens patrimoniaux. Le projet de loi qui va sortir des débats du parlement risque de rendre encore plus inéquitable la gestion du patrimoine. L'Etat propose aujourd'hui, contre rémunération, de percevoir la contribution ecclésiastique volontaire au nom des églises, en reconnaissance des services rendus à la population. Or, dans la dernière version du projet de loi, elle veut supprimer cette possibilité, ce qui revient de fait à laisser aux lieux de culte supporter seuls des frais importants en leur retirant une source de revenus essentielle. Est-ce équitable d'imposer d'une main des charges, et de refuser de l'autre des revenus?

 

On passe insidieusement d'une volonté rigide de légiférer sur la laïcité à une position de discrimination envers les églises et les autres communautés religieuses. 

Ce jeudi, si le traitement en urgence demandé par le Conseil d'Etat est approuvé par les député.e.s, ces dernier.e.s entameront un débat sensible ayant déjà dérapé en commission, et qui a toute les chances de virer à la foire d'empoigne. Au final, il faut craindre d'aboutir à une loi mal ficelée discriminant les églises et autres mouvements religieux, qui sera probablement attaquable en justice,  ou un enième renvoi en commission. Genferei quand tu nous tiens.... 

Nous ne sommes plus au XVIe siècle... refaire un procès de la religion est un faux débat. Le souci des genevois.es n'est pas de savoir si la transubstantiation a droit de cité... mais plutôt d'avoir un Conseil d'Etat actif sur les enjeux de l'emploi, du logement et de la santé.

 

L'irresponsabilité de Maudet

Le magistrat Maudet tente encore péniblement de justifier son projet de loi. Mais quoi qu'il arrive, au final, il aura échoué à convaincre. Et cerise sur le gâteau, il annonce qu'il ne sera pas à Genève cette semaine pour mener son débat. Il file benoîtement en voyage en Afrique, laissant le pauvre François Longchamp gérer la situation derrière lui, en ne faisant pas là preuve du plus haut sens des responsabilités.

 

Un projet de loi boute-feu plutôt que pare-feu 

Décidément, François Longchamp aura été l'homme à tout faire de cette législature, essuyant les bourdes de Barthassat, encaissant les approximations de ses collègues et héritant d'un débat explosif qui dérapera immanquablement selon les pulsions islamophobes ou laïcardes des députés.

Pierre Maudet, après avoir demandé l'urgence pour l'ouverture de ce débat sur la laïcité, s'en retire. Prétendant que "la future loi sur la laïcité servira de pare-feu"- Il semble plutôt évident que cette grenade dégoupillée ne forme une boule de feu explosive, ce qui est regrettable sur un sujet sensible, à une période tendue. Le rôle de l'Etat devrait être de rassembler et de rassurer, plutôt que d'offrir sans cesse des perches aux plus extrémistes.

 

[1] https://www.tdg.ch/28021747

..........

www.sylvainthevoz.ch

 

 

11:47 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laïcité, églises, débat, politique, lois, conseil d'etat | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/03/2018

tu n’emporteras pas ton i-phone au paradis

Il a mis ses pieds nus dans ses chaussures vernies. Il n'aime pas la reconnaissance faciale, préfère les poignées de main. Il aime l'étranger, les enfants joyeux et le vol des oiseaux devant les barres d'immeuble.

Il ne comprend pas pourquoi quand il dit migrant, certains sortent leur revolver. Surtout que tous ont été accueillis ici comme les autres : à poil sur cette terre, avec un cordon noué au ventre d'une autre. Tout ce qu’ils ont, ils l’ont reçu. Ils sont encore mieux lotis que tant d'autres. Alors dire ici c’est chez nous et bye bye les amis... même il y a mille ans on ne se serait pas permis.  

Il se demande s’ils comprennent où ils seront tous dans cinquante ans, quinze ou deux ans, voire même demain... la cendre n’a ni cocarde ni passeport. Ton I-phone tu ne l’emporteras pas au paradis, ni ton application facebook dans la tombe, pour te tenir compagnie. 

Il est arrivé en Grèce par la mer, a marché sur l’Acropole, à Exarcheia, mais son lieu d’origine, c’est une petite colline. Il est ici incognito. Sa porte est toujours grande ouverte. Il vient de lancer une pétition pour que la ville soit piétonne. Il dit : dans 20 ans on se moquera de nous pour avoir supporté toutes ces bagnoles. À la place des routes on mettra du logement. Pourquoi perdre encore du temps, on en a déjà cédé tant.

Il dit: le problème de l’homme c’est se croire immortel et puissant, de ne croire en rien. Et quand il réalise qu'il est du vent, d'oublier son engagement, même son nom. C’est le même principe que l’eau : au delà d’une certaine température elle bout, puis c’est l’évaporation. Mais vas-y pour faire comprendre ça à un bloc de glace. C’est une toute autre histoire qui commence quand la température monte... 

Ce qui compte, ce qui est important, c'est ce qui est petit, tout petit, ce qui ne tient qu'a un fil, il dit. Et c’est de continuer à marcher avec une âme simple, malgré tout ce qui rampe.

Il dit que l'on ne voit pas l’entier du tableau, que l’on ne saisit pas bien les choses. Et que si personne ne voit le fouet, tous sont fouettés. Dans la douleur, on s’en prend au premier venu. Mais le premier venu c'est toi aussi. Frappé pareil. Alors, qui tient le fouet ?

On voit les conséquences mais pas la source. Lui, c'est la source qui l'intéresse. Et ce qui la nourrit : la source de la source.

Il a lu tout Lao Tseu, tout Machiavel et Angot. Il n'aime pas qu'on l'appelle sur son portable, ni qu’on le vouvoie par défaut. Il n'a pas de compte Facebook, pas de carte Migros. Il connait encore des numéros de téléphones par coeur. Pas que le 112 ou 144 je veux dire, mais des lignes directes, avec de vrais amis au bout. 

Il veut occuper la ville le 17 mars. Il y a une semaine d'actions contre le racisme et le festival du film et forum international sur les Droits Humains, en parallèle. Il n'a pas le don d'ubiquité. La révolution est une question de chaleur et de temps. Il sait que le grand retournement est proche. Il a clairement l’image d’une crêpe en tête. Une belle crêpe, ronde, cuite à point, qu’un léger coup de poignet suffira à détacher de sa base. Alors tout se renversera. 

Il a un tout petit peu d'eau dans son verre. Il a une manche retroussée. Il est le bouton et l’attache. Il raconte ses histoires debout. Sacrée hérédité. Debout. Il lève un doigt ou deux. Il est le majeur d'une minorité. Debout les damnés du système.

Il aime les ânes et les boeufs, n'a pas suffisamment d'ego pour se penser différent, ou de fièvre pour se croire unique. Il ne trouve pas enviable le sort de Rihanna ou Cristiano Ronaldo. Pourquoi s’attacher à l’image, à une marque de fabrique, et se passer la corde au cou après n’avoir rien mangé durant trois jours ? Etre dans les bouchons pour aller au salon de l'auto : cherchez l'erreur.

Il prend soin de sa forêt. Il aime désherber et semer. Faire son foin et sarcler. Pour le trouver, il faut aller dans les coins, varier les angles.

Il fait ses prières le matin au marché, le soir devant les abattoirs. La nuit, il est là où se trouve le gibier. Il dit : on brûle des tonnes d’animaux, des gens dorment sous les ponts, ceux qui n'ont rien sont chassés. Réveillez-vous les gens. Les barbares du 6e siècle étaient plus élégants. On n’a jamais fait pire, en terme d'humanité, depuis les microprocesseurs. Il voit les bagarres, sous la table, pour les chips, les miettes, des existences sous-traitées, et des gens assis sur de hautes chaises qui parlent comme Siri. 

Sa mère pense qu’il va mal finir. Il a de sacrés antécédents. 

Mais sa mère, est-elle vraiment dans le coup encore?

 

 www.sylvainthevoz.ch

08:08 Publié dans Air du temps, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/02/2018

Lettre à un défenseur de villas

Cher défenseur de villas, j’ai écouté attentivement ton point de vue concernant la votation de ce dimanche en Ville de Genève sur la modification de zone au Petit-Saconnex. Tu te plains que des groupes progressistes aient défendu ce déclassement de zone afin de pouvoir à terme construire du logement et faire évoluer ce quartier. Ce choix permet pourtant à celles et ceux qui veulent faire évoluer cet espace de pouvoir le faire ; autoriser par exemple l’église, qui souhaite pouvoir créer du logement à aller de l'avant, plutôt que d’avoir des locaux coûteux, partiellement vides et chauffés (pas très écolo).

Cette votation est une chance pour que ce quartier ait la chance d’évoluer, de manière respectueuse, pour l’environnement, pour le bien de toutes et tous. Trop souvent on entend qu'il est oublié de la collectivité, voilà qu'il va pouvoir se développer. Il règne aujourd'hui un enchevêtrement de petites maisons autour de la place du Petit-Saconnex, avec une pente très marquée couverte d’une végétation variée. 18 villas occupent le terrain. Ce n'est pas défendre un quartier entier que de béatifier quelques villas, ni un modèle très écolo d'usage du sol.

Je préfère les forêts aux parcs et les parcs aux jardins privatifs, c’est ainsi. Et j’aime mieux que l'on dispose d'espaces pour la collectivité plutôt que de plages de gazon pour quelques-uns, même si ces derniers défilent en criant « halte au béton ». En quoi les habitant-e-s du Petit-Saconnex profitent aujourd'hui des jardins privés des villas ? Réponse : en rien.

La modification de plan de zone au Petit-Saconnex soumis à votation le 4 mars préservera l’esprit du quartier actuel et permettra à terme d’utiliser les sols d’une manière optimale pour implanter 200 logements.

La modification de plan de zone valorisera cet espace en créant des venelles piétonnes, des chemins pour la circulation douce, préservant la quiétude du quartier. De nouvelles zones plantées seront ajoutées aux endroits qui visent à être assainis. La verdure sera préservée. Le grand Conseil, comme le Conseil municipal ont voté OUI au déclassement, à une très large majorité.

Cher défenseur de villas, tu joues sur la peur. Et la peur, comme la défense des intérêts particuliers, ne permet pas de relever les défis collectifs actuels. Contrairement à ce que tu prétends, rien ne sera saccagé. Tout ce qui pouvait avoir une valeur de patrimoine a été exclu du périmètre. Les villas Heimatstill, la place du Petit-Saconnex, le Café du Soleil, tout sera préservé. L’implantation future des nouveaux bâtiments reprendra en majorité l’emprise au sol du tissu urbain existant.

Il faut penser à celles et ceux qui doivent aller se loger loin de Genève, celles et ceux qui paient le prix sanitaire de la pollution lié au trafic. L’évolution de ce quartier se fera avec une légère densification, et un réaménagement maitrisé. Il n’y aura pas de saccage urbain, pas de perte d’espaces verts, pas de densification massive. Ton indignation est sélective. Elle vise à défendre 18 villas, pas à proposer une réflexion sur la croissance, ou un autre mode de développement. Le pseudo débat sur la densification ne dissimule pas les arguments racistes et xénophobes qui en suintent. On construirait là, selon toi, pour l'étranger. Et malgré les 74% de refus à l’initiative ‘Halte à la surpopulation - oui à la préservation durable des ressources naturelles’ par la population suisse (80% à Genève!), certains voudraient faire d'un vote de modification de zone un ECOPOP bis utilisant l'environnement pour faire triompher le quant-à-soi.

Si Trump veut construire un mur, d'autres ne veulent plus qu'un seul clou ne se plante.   

Certes, quel que soit le résultat de cette votation dimanche, les enjeux du développement et de densification sont sur la table et devront être traités. Mais pour que ce débat aie véritablement lieu, et pour que des projets de qualité ne soient pas pris en otage par des gens qui affirment: pas dans mon arrière-cour, pas chez moi, ou par des xénophobes qui hurlent la barque est pleine, ne confondons pas ce débat de fond sur le développement et la ville de demain avec la défense acrimonieuse d'un fond de commerce, qu'il soit électoral ou viager.   

 

www.sylvainthevoz.ch 

13:11 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

09/02/2018

Bonnant, Ramadan, parole de maîtres...

7783339215_l-islamologue-suisse-tariq-ramadan.jpgEn parlant avec des femmes qui ont suivi les cours de Tariq Ramadan à Genève au début des années 90 au collège de Saussure, on apprend une chose : un très grand nombre de personnes soupçonnait que le charismatique professeur couchait avec ses élèves.[1] Si quelques unes osaient parler, leur parole tombait dans le vide, sans être suivie d'effets. Ces élèves d'alors comparent aujourd'hui la liberté de cet homme dans une classe avec celle du renard dans un poulailler.

Tariq Ramadan ne faisait pas de prosélytisme, il se faisait des jeunes filles

Pourquoi une telle marge de manoeuvre pour celui qu'elles comparent à un prédateur sexuel ? Parce que le bonhomme était connu, invitait des sommités au collège, et cela plaisait beaucoup d'avoir un homme courtisé visitant autant les plateaux télés que les bibliothèques, dont la presse parlait abondamment.

Mais surtout, la crainte portait sur le fait que Tariq ne fasse du prosélytisme religieux. C'est à ce sujet que la vigilance portait, pas ailleurs. Le paternalisme protecteur préférant, consciemment ou non, préserver de l'Islam les cerveaux des jeunes filles plutôt que leur corps du mâle prédateur légitimé dans son rôle d'autorité. 

Pourtant les faits étaient largement connus et discutés entre élèves. La drague, l'abordage, la sélection ciblée par Tariq des élèves qu'il allait se faire, et les accès de fureur du professeur  contre celles qui lui résistaient. Cela était public, noté dans les cahiers des écolières, partagée entre elles, sujet de blagues et d'avertissements entre paires.

Les collègues et responsables du professeur craignaient avant tout qu'il fasse du prosélytisme et endoctrine religieusement ses élèves. A ce sujet c'est sûr on posait beaucoup de questions aux élèves, est-ce que Monsieur Ramadan ceci, est-ce que Monsieur Ramadan cela, et s'en inquiétait. Savoir si Tariq allait opérer des conversions était semble-t-il plus inquiétant que de savoir s'il mettait ses mains aux fesses d'élèves mineures.

Et pendant que les témoins se laissaient obnubiler par l'identité du musulman charismatique, l'homme libidineux pouvait tranquillement assouvir ses désirs. Parce que la société d'alors -qui est toujours celle d' aujourd'hui- donne au mâle un large pouvoir de domination, de contrainte, et d'emprise structurelle sur les femmes.

C'est ce sexisme ordinaire, cette domination banalisée jusqu'à être rendue invisible, qui n'a pas été combattu, limité, et éradiqué alors, et qui ne l'est toujours pas suffisamment aujourd'hui. Il est d'ailleurs ahurissant que suite aux affaires Weinstein, Buttet et autres, certains semblent tomber des nues, voir même s'y accrocher encore, comme s'il n'était pas possible de se réveiller du profond cauchemar du sexisme ordinaire.    

Au final, si l'ascendant sexuel de maître Tariq était envisageable, il n'a pas été jugé suffisamment choquant au point d'être stoppé. Pourquoi ? Par manque d'attention et de crédit donné à celles qui parlaient. Enfin, on les entend aujourd'hui! [2] Bravo à elles de parler. L'heure de la justice a enfin sonné. Tariq doit méditer là-dessus depuis la cellule sa prison parisienne.

 

topelement.jpg

Le sexisme recule-t-il ou change-t-il seulement de visage?

Maître Bonnant, avocat de Tariq Ramadan cherche à nier la parole des victimes, menaçant de débusquer celles qui parlent. Il menace la parole des jeunes filles d'alors qui témoignent ouvertement aujourd'hui des manipulations émotionnelles et de l'emprise dont le professeur usait sur ses élèves.

Cela appelle un commentaire : Maître Bonnant vient du même monde que Tariq Ramadan. Celui du pouvoir masculin dominant, narcissique et auto-satisfait, faisant passer l'abus pour du libertinage, le viol pour du romantisme. Dissimulant à peine la domination masculine derrière de belles paroles, qu'elles soient celles du code civil ou du Coran. 

Ce n'est pas un hasard que Ramadan et Bonnant se soient trouvés. Tous deux manient la langue à merveille. Tous deux ont fait de leur prestige une arme de domination et de leur rhétorique une joute ludique permettant d'exercer une violence sans en avoir l'air. Tous deux, tout maîtres qu'ils sont, prétendant servir de hauts idéaux, les ont utilisé pour exercer menaces et intimidations aux fins d'atteindre leurs propres intérêts.

Ramadan est en prison, Bonnant le défend.

Mais bien qu'un mur les sépare aujourd'hui, ils appartiennent au même monde, celui du sexisme ordinaire.

Et de ce sexisme, nous n'en voulons plus.

 

 

 

[1] https://www.tdg.ch/geneve/direction-college-alertee/story...

[2] https://www.letemps.ch/suisse/tariq-ramadan-envoutait-eleves

 

......................

www.sylvainthevoz.ch

08:56 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ramdan, tariq, bonnant, sexisme, machisme, domination ordainire, violences, pouvoir | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/01/2018

Ada Marra au Parnasse, et chacun chez soi ?

1294647_f.jpgNous avons la chance d'accueillir à Genève ce jeudi à 19h, Ada Marra, conseillère nationale socialiste, qui sera à la librairie du Parnasse pour présenter son dernier livre : "Tu parles bien français pour une italienne" (Georg éditeur) et en débattre.

Née à Lausanne en 1973, de parents immigrés, ouvrier et ouvrière italiens, arrivés en Suisse au tout début des années 1960, plein de bon sens, d'engagement, ne cédant rien sur l'idéalisme, combattive, Ada Marra signe avec cet ouvrage un livre témoignage et un recueil permettant de réfléchir à ce qu'est l'identité suisse, ce qu'elle recouvre, comment on l'acquière et comment qui la transmet. 

 

"Je m'appelle Ada ou plutôt Addolorata. Ce qui signifie : Marie au pied de la Croix qui voit mourir son fil crucifié... ou endolorie plus simplement". Ainsi s'ouvre l'avant-propos de ce livre, comme pour rappeler que l'identité on la reçoit déjà, toutes et tous, à travers le nom, et que l'identité est nécessairement toujours plurielle, et doit être envisagée comme quelque chose qui se modifie.

Addolorata, c'est Ada, jeune fille assistant au départ de son grand-papa au sud de l'italie, et c'est aussi une conseillère nationale montant à la tribune pour déposer en 2008 l'initiative pour une naturalisation facilitée de la troisième génération, initiative plébiscitée par le peuple suisse en 2017 à plus de 60% et par 19 cantons, obtenant ainsi la double majorité nécessaire au changement de la Constitution. Les petits-enfants d'immigrés pourront désormais devenir suisses plus facilement à partir du 15 février 2018![1] Ada c'est une socialiste vaudoise, et aussi une italienne catholique, et tant d'autres choses encore. Eh quoi on peut donc avoir plusieurs identités, plusieurs influences, tout en étant profondément ancré-e et engagé-e en un lieu? Eh oui. Cela semble pourtant si évident. 

 

Dans ce livre, qui mêle fort joliment politique, histoire et pédagogie, sans oublier les émotions, et ses tripes, Ada Marra parle de son parcours, singulier, mais nécessairement si semblable à d'autres. Il nous fait d'ailleurs penser à celui de femmes faisant la fierté de la Suisse, comme les écrivaines Anne Cuneo[2], Agota Kristof[3], Sandrine Salerno[4], Nuria Gorrite[5], et tant d'autres, femmes naturalisées qui se sont affirmées dans un parcours de déplacement et de service, d'engagement pour une certaine Suisse, maniant le français comme peu d'autres, partageant l'amour des mots et des idées, et celui du débat bien sûr.

 

Plusieurs identités suisses

Comme l'exprime Ada Marra dans ce recueil illustré avec finesse par Denis Kormann: "Je pense qu'il n'y a pas une seule identité suisse (que l'on soit né ou non avec le passeport rouge à croix blanche) et que la définition institutionnelle n'est qu'une photo à un moment donné de rapports de force dans la société". C'est là que porte le combat d'Ada Marra : contre les fondamentalismes et la mise en boîte du "nous" contre "eux" ; des uns contre les autres, des hommes contre les femmes, des suisses contre les étrangers, chacun figé dans des blocs hermétiques qui ne se parlent pas. Ne pas réagir avant que cet atrophisme ne nous tue serait un aveuglement coûteux.  

Ce livre : une ode à la diversité donc, une défense des appartenances multiples, se libérant de devoir se limiter à choisir l'une contre l'autre, plutôt que l'un ET l'autre, mais surtout un combat, celui contre le durcissement de la loi sur la nationalité (LN) entrée en vigueur en 2018 et qui renforce les critères pour accéder à la naturalisation en exigeant de : résider en Suisse depuis 10 ans ; posséder un permis C au moment de la demande ; ne pas être à l'aide sociale ou l'avoir été dans les trois années précédant la demande; passer des tests oraux et écrits par tous les cantons.

 

La peur du pauvre plus que de l'étranger

Ada Marra décortique les inégalités que soulèvent le processus de naturalisation et au final conclut que "le Parlement n'est pas xénophobe. Ce ne sont pas les étranger-e-s qu'il n'aime pas... mais les pauvres ! Par la mise en place d'un véritable favoritisme envers les riches, le Parlement a lié l'obtention de la nationalité à un emploi, à une situation. Les riches peuvent s'acheter un permis B même sans travailler, à coup de 50'000.- Les pauvres (d'emploi, de culture ou de langue) se voient, eux dégager des processus de naturalisations. Est-ce ainsi que nous voulons notre démocratie Suisse? 

 

Se naturaliser : une roulette russe

Le parcours d'acquisition de la nationalité est miné d'inégalités. Ada Marra relève avec justesse le côté aléatoire des décisions en fonction des lieux, des administrations. Les exemples ont été légion ces dernières temps pour montrer combien elle a raison. Les processus kafakaïens, les décisions ubueques[6], ridicules s'ils n'étaient si importants pour les personnes, allant jusqu'à alerter le Président de la confédération Alain Berset, qui s'est fendu récemment d'une lettre à un citoyen recalée après 45 ans de vie en Suisse pour des motifs proprement ahurissants.[7]

 

A Genève : fin de la commission des natu'

A Genève, alors que le conseil municipal vient, ce mardi 17 janvier, de supprimer sa commission des naturalisations qui fonctionnait comme une école à abus ou d'apprentis faiseur de suisse, c'est l'entier du système de naturalisation qui doit être repensé, et la conception que l'on a de l'identité suisse travaillé.

Le livre d'Ada Marra, dans ce débat profond, nous y aide indéniablement, permettant de revoir les idées reçues et combattre les préjugés, en maintenant ouverte la question de savoir ce que devraient être les critères (sont-ils politiques, administratifs?) pour définir qui est Suisse ou non, selon quelles conditions, et avec quelle souplesse cela doit être mis en oeuvre.

A partir de quelle couche est-on de souche? Qu'est-ce que l'intégration? Qu'est-ce qu'être Suisse?  Autant de questions que nous serons heureux de débattre avec Ada Marra, à la librairie du Parnasse, 6 rue de la Terrassière, 1207 Genève, Suisse, ce jeudi 18 janvier à 19h. 

Bienvenue aux gens de tous horizons et de toutes croyances, pour réfléchir ensemble à  ce que sera la Suisse de demain, qui l'habitera et ce que nous aurons choisis de mettre en place pour que tout le monde, quoi qu'il en soit, s'y sente chez soi. 

 

 

[1] https://www.tdg.ch/suisse/naturalisations-facilitees-15-f...

[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Cuneo

[3]https://fr.wikipedia.org/wiki/Agota_Kristof

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Sandrine_Salerno

[5]http://www.illustre.ch/magazine/nuria-gorrite-mes-amis-ev...

[6]http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/-Ce-test-de-natu...

[7] https://www.letemps.ch/suisse/2017/12/15/solidarite-dalai...

 

....

www.sylvainthevoz.ch

 

16:57 Publié dans Air du temps, Genève, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ada marra, suisse, identité, origine, nationalité, littérature | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/12/2017

Réponse à P.Rothenbühler

Monsieur Rothenbühler,

Dans votre dernier billet paru dans le matin Dimanche, vous vous en prenez aux femmes mendiantes roms, les accusant d’être les vraies harceleuse de notre temps. Empilant les considérations sexistes, racistes, sur une minorité discriminée, vous le faites à dessein pour détourner le regard du harcèlement sexuel de rue, problème social avéré. Votre manœuvre est grossière et ne trompe personne.

Banalisant le harcèlement sexuel de rue, niant son caractère massif, vous devenez l’allié objectif des abuseurs et harceleurs sexuels, dont le pouvoir découle du silence et de la complicité. Niant les rapports les plus récents démontrant l’ampleur du phénomène, vous prétendez qu’il n’y a pas plus de 10 cas par an qui aboutissent à des plaintes. Ce phénomène est donc, selon vous, insignifiant. Vous faites ainsi mine d’ignorer que le chemin menant du harcèlement à la dénonciation est complexe, les preuves difficiles à apporter.

Selon vous donc, une femme qui marche dans les rues, qui se fait harceler, siffler, toucher, est dans le même rapport que vous l’êtes vis-à-vis des femmes mendiantes roms qui vous demandent la pièce. Or, entre une femme harcelée dans la rue et votre choix de donner ou non votre écot, le rapport n’est pas symétrique. Le rapport de force et de domination est et sera toujours totalement à votre avantage face à une mendiante, monsieur Rothenbühler, et vous le savez, jusque dans votre billet qui l’illustre.

Vous n’êtes pas une victime, mais bien un mâle occupant une profession en vue doté d’une parole influente. Prétendre le contraire, face à des femmes battant le pavé pour mendier, c’est travestir la réalité sociale. Il semble hallucinant, qu’il faille ici rappeler de telles évidences.  

 

La grande menace, les femmes mendiantes rom. Vraiment?

En ces temps des fêtes la grande menace pour vous, le grand harcèlement, vient des femmes  mendiantes rom qui, je vous cite : « se mettent en travers du chemin, nous interpellent à tous les coins de rue ». Non content de vous en prendre à une minorité particulièrement vulnérable, vous ciblez, au sein de celle-ci, les plus exposées, en les peignant comme « les plus agressives  et insistantes ». Vous les ciblez pour en faire des furies à la tête de « petites pme roumaines qui squattent l’espace public », mentant allégrement sur les prétendues fortunes qu’elles retirent de l’aumône. Mais, et vous le savez, si elles en obtiennent 3 ou 4 francs de l’heure pour survivre, c’est un miracle. Et finalement peu payé pour se farcir des insultes et parfois des coups de la part de gens qui, je regrette de vous le dire, vous ressemblent furieusement.  

 

Par ailleurs, vous ne désignez pas à votre vindicte ciblée, les toxicodépendants, qui eux aussi s’adonnent à la mendicité, ni les personnes âgées dans la précarité. Peut-être parce qu’il se trouve parmi eux le cousin de votre garagiste, ou le fils d’un ami. Vous faites croire à vos lecteurs que la mendicité ne serait que l’apanage d’un groupe ethnique éloigné. Ce faisant, vous renforcez les préjugés, la stigmatisation et le racisme. Faut-il encore le rappeler : les roms sont discriminés et menacés dans l’ensemble des pays européens. N’ayant suivi aucune scolarité pour la plupart et vivant dans des conditions telles que l’exil est la seule issue; la mendicité, la prostitution, les solidarités familiales, les rares possibilités de revenus pour survivre. Vous avez choisi de faire de ces femmes mendiantes rom vos boucs émissaires. Honte à vous.    

Travestissant les faits, vous vous cachez derrière un « nous » de circonstance, comme si ce que vous énonciez était une vérité largement partagée. Quand vous insultez, Monsieur, à tout le moins dites « Je », ce sera plus courageux, plutôt que de vous faire le porte-parole de vos fantasmes comme si vous étiez un chef de meute. 

Vous me répondrez qu’en démocratie, chacun-e- à le droit de penser ce qu’il veut et de l’exprimer comme il l’entend. C’est vrai. Il m’est donc parfaitement légitime de répondre que ce faisant, par votre billet, vous vous êtes mis au service du sexisme le plus décomplexé. Que vous ayez encore une tribune pour exprimer un tel niveau de violences sexistes, est parfaitement hallucinant.

Monsieur  Rothenbühler, plutôt que de vous lâcher sur les femmes les plus précaires, vous auriez pu écrire directement  à vos confrères Weinstein, Buttet et Ramadan, pour leur dire toute l’admiration que vous leur portez. Certes, ils agissent à une autre échelle, mais ce sont les mêmes serviteurs zélés du sexisme ordinaire que vous pronez dans votre billet.

Pour conclure, le vrai scandale, monsieur Rothenbühler, ce n’est pas, alors que 2017 touche à sa fin, que des femmes mendiantes roms vous demandent une pièce à Noël. Le véritable scandale, c’est que des femmes soient harcelées sexuellement dans la rue, en allant aux courses ou à leur boulot, et encore une fois quand elles y arrivent ; que des gens n’aient pas d’abri où dormir, ni accès à des soins de qualité, que d’autres se fassent virer de leur boulot ou de leur logement comme des malpropres à 50 ans, et qu’il se trouve des gens comme vous pour non seulement nier ces faits, mais même tomber sur celles et ceux qui les subissent, pour les en rendre responsables !   

En 2017, Buttet et Weinstein ont dégagé. Peut-être, devriez-vous aussi songer à vous en inspirer. Si vous ne voulez pas lutter contre le harcèlement sexuel, la précarité sociale, et les violences institutionnelles, au moins pourriez-vous, en vous ressaisissant, par votre silence, cesser de les aggraver.

 

www.sylvainthevoz.ch


www.hesge.ch/hets/editions-ies/roms-en-cite

www.lacite.info/nouveauxmondes/2015/09/28/roms-le-combat-...

www.rts.ch/play/radio/linvite-du-12h30/audio/jean-pierre-...

 

...........................................

mendicité,sexisme,domination,racisme,matin,dimanche,opinions,violences

 

 

10:24 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, sexisme, domination, racisme, matin, dimanche, opinions, violences | |  Facebook |  Imprimer | | |

21/12/2017

Qu'est-ce que l'égoïsme chez les fourmis ?

littérature,poésie

On a mis tous les enfants ensemble dans un camp. Les années Schwarzenbach ont été un traumatisme pour ma famille.

Demain, je ne serai pas là, sauf s’il neige très fort. Le monde va mal, je croyais pouvoir le sauver. Maintenant j’ai peur pour mes enfants. Je n’ai pas d’enfants. Je m’occupe de moi.

Qu’est-ce que l’égoïsme chez les fourmis ?

A Genève, des enfants ont été placés dans des familles d’accueil. Aujourd’hui, des enfants attendent  à l’hôpital leur place en foyer. J’ai travaillé 30 ans avec des machines. Elles sont atroces, mais les gens sont encore pires parfois.

Ici, chacun donne sa vision de l’hospitalité, mais personne ne sait ce que c’est. Nous resterons jusqu’à ce que l’on comprenne. Qu’est-ce que l’égoïsme chez les fourmis ?

Quand je cours, je pense librement, mais je n’ai rien pour écrire. Le thème de l’hospitalité, je l’ai beaucoup étudié. J’aimerais pouvoir être aussi accueillant pour moi que je le suis pour les autres. Je déteste les gens collants, ceux qui ont trop d’attente. Je les trouve envahissants.

Certains peuples se vantent d’être hospitaliers. Je crois que ça ne veut rien dire.  Chez les Savoyards quand tu arrives on te dit Adieu donc. Au Québec, quand tu pars, on te dit bienvenue. Et en anglais on te dit you are welcome mais cela ne signifie pas que tu peux t’asseoir.

Chez les marins, quand il y a un appel de détresse, il faut y répondre, même au péril de sa vie, même pour son pire ennemi. Je me suis beaucoup dérouté dans ma vie. Personne ne m’a dit merci. Ou alors je n’ai pas entendu. C'est le monsieur là-bas qui ne parle jamais qui a dit ça, tout doucement. Peut-être pour lui même. 

Chez nous, on peut être égoïste. On a la liberté de l’être. Mais chez les fourmis, c’est différent. Qu’est-ce que l’égoïsme pour les fourmis ?

Dès que tu es à Marseille, tu deviens marseillais. C’est un parisien qui me l’a dit. Il y a le droit du sang, il y a le droit du sol. Pourquoi pas le droit de l’air. Le droit à l’air, qui n’appartient à personne, est à quiconque le respire? Comment accueille-t-on la détestation ? Qu’est-ce que je fais de moi quand je ne me supporte plus ?  A Genève, on a accueilli les réfugiés depuis la nuit des temps. Mais depuis la nuit des temps, ça commence à faire trop longtemps pour certains. Ils aimeraient que ça cesse.

Parler est une forme d’accueil, ce peut être un envahissement aussi. C’est la même chose pour le silence. Quand on reçoit des gens, on les laisse tranquille, c’est ça l’hospitalité. Chez d'autres, nos voisins, quand on accueille, on discute, sinon c’est mal poli. Laisser au calme ce n’est pas être hospitalier. L’hospitalité est une construction sociale.

La technologie a progressé, mais dans les têtes, on en est où?

Et dans les coeurs, dis, qui s'occupe des mises à jour?

Qu'est-ce que l'égoïsme chez les fourmis?

 

...................................................

www.sylvainthevoz.ch

14:27 Publié dans Air du temps, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poésie | |  Facebook |  Imprimer | | |

08/12/2017

Un vrai conte de Noël

 

Tu vois ce gamin

Syrien ou Afghan ? Personne ne sait bien

il reste toujours dans son coin, ne fait jamais le malin

caresse son chien, mordille son pouce

apprend lentement le français.

 

Tu vois ce gamin

son père et sa mère bossent pour trois fois rien

le déposent au préau en vitesse avant de sauter dans le bus

direction le turbin

pendant qu’il reste à l’écart à l’école, écrit son nom doucement.

 

Tu vois ce gamin

avec ses grands yeux verts

de qui comprend tout, ne saisit rien

ses oreilles sont taillées bizarres alors on se moque de lui

on l’appelle Spock ou le lapin.

 

Tu vois ce gamin

personne ne lui porte attention

il est pareil à tous ses autres copains

avec l’air de toujours demander de l’air ou de l’affection

l'envie qu’on lui passe la balle pour marquer un goal.

 

Tu vois ce gamin

à l’école la maîtresse lui explique ce qu’est Noël et le petit Jésus

enfant né dans une étable qu’un roi voulait tuer

sa famille menacée de mort déplacée d’un coin à l’autre

dans la rue ça sent les marrons rôtis

la foule dans les magasins se rue, tout brille

des serpents colorés coulent sur sa tête.

 

Tu vois ce gamin

les flics sont venus le chercher dans son lit ce matin

direction l’aéroport et bye-bye

atterrissage forcé à midi à l’autre bout du monde

ni vu ni connu, c’est loin.

 

 

 

 


10:55 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |