sylvain thévoz

Air du temps

  • Urgence démocratique

    Imprimer

    11E39E96-A101-488C-A2D8-896D6933F74E.JPGFranchement, cette votation du 19 mai était déjà bien compliquée. Les électrices et électeurs s'étaient déjà faits assommer par une brochure explicative longue comme le bras. Ils devaient ensuite, estourbis, chercher dans une deuxième enveloppe leur parvenant en décalé, leur matériel de vote. Déjà la participation plafonnait à une poignée de pourcents (18% à J-10). On se demandait qui allait vraiment voter au final. C’est alors qu'éclatait une bombe : l'annonce de possibles manipulations de matériel de vote au service des élections et votations et ce durant des années, pouvant potentiellement avoir faussé, biaisé des résultats, et déjà entaché les votations du 19 mai. 

    Avant la bombe déjà, cela demandait beaucoup d'abnégation pour voter; un certain nombre de compétences pour comprendre les enjeux, se sentir certain de son choix ou à tout le moins suffisamment serein pour le lâcher, s'en remettre aux mots d'ordre des partis, aux recommandations d’un tel ou une telle. Après la bombe, instantanément, la certitude que sa voix allait porter ne semblait plus garantie. Sentiment de trahison. La bonhomme certitude de la fiabilité du processus volait en éclat. A tel point qu’il faille s’interroger froidement aujourd’hui sur qui ira au bout du processus en allant voter. A cette question, le peuple devrait donner une réponse forte: mobilisation! 

     

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Genève 0 commentaire
  • Pour ou contre les catégories?

    Imprimer

    6DEADEA0-323E-43AE-98E0-168615E2143F.jpeg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Politique

    Es-tu plutôt:

    pour le mur de Trump ou les plages du Venezuela

    couloirs à bestiaux ou trous de souris

    champ de mine ou champ de blé

    service civil ou secret bancaire

    gibier de potence ou gueule de bois

    sodomie catholique ou sex appeal de Tariq?

     

    Economie

    Es-tu plutôt :

    rat des villes ou riche expatrié

    passe-muraille ou passe droits

    prêt à en découdre ou prompt à lancer les dés

    forfaits fiscaux ou mouche à merde

    défense du pouvoir d’achat ou libre-choix de ne plus acheter

    buvant la tasse ou trinquant à l’amitié ?

     

    Ecologie

    Es-tu plutôt :  

    aux abonnés absents ou sur liste d'attente

    taxe sur le kérosène ou impôt sur le capital

    pour le recyclage du papier ou scan de données sur le cloud

    marche sur l’eau ou tour de la rade à pied

    femmes et enfant d’abord ou égalité oblige ?

     

    Alimentation

    Es-tu plutôt:

    Toblerone halal ou plafonnement des primes LAMAL

    Coca-Cola sans viande ou lasagnes de cheval

    Mac Donald’s au petit dej’ ou fish-sticks en cocktail

    pilule du lendemain ou abstinence sexuelle ?

     

    Social

    Es-tu plutôt :

    taxe sur les robots ou humanisation des bêtes

    Interdiction des minarets ou vente de cannabis légal

    égalité salariale ou interdiction du voile 

    bikini XXL ou épilation à la cire d’abeille  

    justice partout ou police nulle part

    pour des élections anticipées ou l’oubli de la démocratie grecque?

     

    Sport

    Es-tu plutôt

    moi d'abord ou après moi le déluge

    Diagonale du fou ou coupe au carré

    Saut à la perche ou jeu de l’oie

    Champion’s League ou Wikileaks 

    Ronaldo ou Ronnie Mac Donald’s ?

    Juan Antonio Samaranch ou Franco ?

     

    Littérature

    Es-tu plutôt

    Pasolini ou Pessoa

    Pinochet ou Pinocchio

    Jorge Semprun ou Spielberg 

    Pierre dans ton jardin ou pipi sur vos tombes

    Page blanche ou trou de mémoire

    Journée mondiale de la poésie ou minute de silence?

     

    Es-tu plutôt

    Pour ou contre les catégories ?

     

     

    www.sylvainthevoz.ch

    Lien permanent Catégories : Air du temps 0 commentaire
  • Nous n'avons rien vécu en 2018

    Imprimer

    190.JPGC'est le dernier jour de l'année, et après une enième rétrospective, un ultime récapitulatif, un arrêt sur image, même un bilan météo, un bêtisier et une rediffusion des meilleurs moments de 2018, + un résumé au ralenti sur les grands événements de l'année, le présentateur, toujours aussi falot, propre sur lui, que l'on a appris à accueillir comme un membre de la famille au moment du repas, avec les dents aussi blanches que la neige qui ne tombe pas, plus, avec les cheveux aussi lisses que la lac au mois d'août, lâche cette phrase sans appel : nous n'avons rien vécu en 2018.

     

    Cela ne lui ressemble pourtant pas de lancer une phrase aussi sèche lui qui met toujours les formes pour dire quelque chose de suffisamment insignifiant pour plaire au plus grand nombre ; reste toujours dans les clous de la normale et balise bien les bornes de sa banalité -audimat oblige- on en était pourtant à la séquence sur le manque de neige dans les Alpes, la multiplication des canons à neige, et l'impact sur les nappes phréatiques : quel choc. Quelle provocation.

    Nous n'avons rien vécu en 2018.

     

    Bon. Nous avons quand même mimé beaucoup, singé aussi, tweeté à tour de bras, commenté sans cesse, analysé les commentaires des commentaires, proposé d'érudites et sagaces interprétations, depuis notre salon, salivé, digéré, ruminé, coupé les cheveux en quatre, couru pour rattraper le tram. Alors que l'apocalypse sociale et climatique se rapproche, on a quand même continué d'avoir des suppléments automobiles dans les journaux, et malgré #metoo régressé depuis les années 70. Faut pas laisser le capitalisme sans freins.  

     

    Certes, nous avons cuit et recuit la même soupe. C'est dans les vieilles soupières que l'on fait les meilleures tambouilles. Nous avons aimé, quitté, changé, lu, combattu, mordu, voyagé, dormi, des amis sont morts, des enfants sont nés, les factures ont été payées en temps et en heure, nous avons ressenti la douleur, eu du plaisir, mangé des filets de perche et des pizzas margherite, ricotta, sué, chanté, dansé, mince alors, ce n'est pas rien quand même. Faut pas pousser. 

     

    Ce n'est pas rien quand même!

    N'est-ce pas? 

    Il reste sans bouger, brocher. Pas un cil en mouvement.  

    Nous n'avons rien vécu en 2018.

     

    Il dit cela comme si cela n'avait pas d'importance. Comme si on se satisfaisait de peu, comme si l'on grappillait du raisin, à peine mûr, alors que les vendanges ne sont pas commencées, que l'on est à peine à tracer les sillons, préparer des listes; comme si l'on glanait les petites patates restées dans les champs, alors que le gros de la récolte est déjà parti en purée, comme si l'on se satisfaisait de peu, comme si l'on brûlait de la viande à l'usine d'incinération; comme si l'on gaspillait, comme si l'on avait le choix, de vivre une vie agrandie plutôt que se contenter de mijoter avec A.Jolien et Roger.F et JJG : personnalité préférée des français. 

    Peut-être qu'il décompense, à force de servir les "nouvelles" les mêmes tièdes que la veille, à force de maintenir l'ordre du monde comme s'il était immuable alors qu'on le sent, on le sait, ça vient, ça se craquelle, ça se fendille, ce n'est pas tenable, comme cela ça ne va pas jouer: pas pouvoir continuer longtemps, pas pouvoir maintenir le mythe, il ne faut pas, c'est les mêmes qui ramassent le pactole, et le ressort se fatigue, le ressort va casser, pas possible, que ça se ravale, ça se comprime encore, que l'on ne s'organise pas encore davantage.  

    Peut-être encore 5 ans, mais pas une génération, pas même une demie, pas possible, à faire comme si ça pouvait durer toujours, au même rythme, avec la même croissance, à laisser les actionnaires actionner, et les crevards crever, plus au sud, plus au nord, plus au centre; laisser s'écraser frères et soeurs sur les frontières ou se noyer dans la mer, à distinguer selon le passeport ou la couleur de peau, le genre, ou l'origine, comme si cela comptait, comme si chacun.e n'était pas crée de l'éternité, de Dieu, du milieu, appelez cela comme vous voulez, mais priez nom de Dieu, priez. 

    On peut se contenter un moment de l'opération nez rouge et de gratter son ticket de Rento, Tribolo, vivre d'espoir et d'eau fraîche, et se féliciter d'être bien né, au bon endroit au bon moment, et lever haut le drapeau, comme si ce dernier signifiait quoi que ce soit, comme si nous en étions dépositaires, les propriétaires, les héritiers naturels, comme si cela devait amener fierté, ou quoi que ce soit, la main sur la casquette, la chemise bien repassée, et le petit patriote fiérot qui ne se sent plus pisser, alors que ça lui dégouline le long de la jambe. Risée. 

    C'est un peu niais de fêter Noël et de courir dans les supermarchés pour acheter des cadeaux dont on ne sait que faire. C'est un peu niais de se gargariser de sa position quand dans tous les coins du pays la pauvreté , le silence et l'endettement progressent et que ça va de l'office des poursuites à l'Office cantonal de l'emploi sans passer par la case départ.  

     

    Il enlève son micro cravate, son oreillette. Il se lève calmement 

    Il enlève son micro cravate, son oreillette, il se lève calmement. 

     

    Il répète : tout doucement d'abord puis de plus en plus fort : 

     

    Nous n'avons rien vécu en 2018

    Nous n'avons rien vécu en 2018

    Nous n'avons rien vécu en 2018

    Nous n'avons rien vécu en 2018

    Nous n'avons rien vécu en 2018.

     

    Il sort dans la rue, son maquillage encore sur le visage, il longe l'Arve. Il marche doucement, en regardant le ciel, il arrive à la Jonction, monte dans le bois de la Bâtie, il y a là une grotte, inoccupée, inhabitée. Parfois les sans-abris l'investissent, mais les flics les en chassent régulièrement, prennent leurs affaires et les matelas et les couvertures : tout ce qui traîne ils le mettent dans la benne - joyeux Noël- tu verras pas ça sur les reportages de la rts sur la soupe populaire, ou sur une manchette, ça se passe sans bruit, tranquille, il n'y a rien là de compassionnel, rien de positif, rien de bien vendeur, rien qui ne te caresse dans le sens du poil, ça se fait doucement, entre spécialistes : ceux de la sécurité et de l'hygiène sociale, et ceux de la misère et de la galère. Laissons les pros régler ça entre eux et le bâton remplacer le fléau de la balance de la justice. La justice n'est pas de ce monde. C'est bien connu. 

    Dans la grotte il s'assied, avec rien de plus que son costard déjà un peu froissé taché, son téléphone a moins 10% de batterie. Il répète doucement, comme s'il était encore à l'antenne, alors qu'il n'a plus que les chênes et les peupliers comme public fidèle et les nuages et le Rhône majestueux qui coule sur les flots duquel brillent le reflet d'un feu d'artifice poussif et coûteux avec quand même quelques exclamations de surprise ou de joie quand le bleu chasse le jaune et que le rouge recouvre tout.  

     

    2019 sera une autre histoire.

    Vous verrez. 

    Ce n'est plus possible autrement.

     

    Quelques oiseaux s'approchent en volant, pendant que des renards et deux blaireaux s'assoient. En cercle. 

     

    Lien permanent Catégories : Air du temps 0 commentaire
  • A visage découvert

    Imprimer

    410h5Z1xVWL.jpgMacron n’ose plus sortir sans maquillage.[1] D’autres n’ont qu’une langue de bois pour s’exprimer. Certains se créent des personnages de pacotille, entre déni et toute puissance, menant des existences dignes du portrait de Dorian Grey d’Oscar Wilde, avec des parts enfouies et des secrets honteux. Pendant que certains hurlent devant des visages couverts d’un voile, portant eux-mêmes plusieurs couches de mensonge ou d’identités troubles sur la face, le seul moment de vérité reste peut-être celui du carnaval, où les puissants sont tenus et considérés pour ce qu'ils sont : des porteurs de masque. Quoi, le moment de la farce serait devenu le moment le plus haut de la vérité ? Certes, il n'y a rien de fondamentalement nouveau là-dedans. C'est l'un des travers de l'exercice du pouvoir. La question qui nous importe aujourd'hui : comment y mettre fin et dénoncer les dérives? #démaquillantpourtous

      

    Trop proche pour être vrai?

    La proximité de notre démocratie semblait nous tenir à l'écart des identités usurpées et des mensonges d'état. Ainsi nous accrochions-nous à ce mythe, et étions presque amusés de voir Pierre Maudet déposer des paniers garnis devant la porte d'autres politiciens lors de sa campagne pour le Conseil fédéral. Cela avait un esprit si sympathique et bonhomme, cette recherche de contact direct. Las, c'était de la comm' encore. De la même manière, sa présence sur les marchés et réactivité sur les réseaux sociaux, ces lettres de lecteur écrites à l'avance par d'autres pour marquer la popularité et les connivences joyeuses, les sondages financés en sous-main: de la comm', encore, du vent.

    Grégoire Chamayou nous rappelle, dans son dernier livre, La société ingouvernable ce qu’est le libéralisme autoritaire en faisant une distinction éclairante entre l'hypocrite et l'hypercrite. 'L’hypocrite est celui qui porte un masque et qui en a conscience. L’hypercrite est celui qui se prend lui-même pour son masque, celui chez qui la conscience de la duplicité s’est évanouie. En s’oubliant elle même, l’hypocrisie bascule dans l’hypercrisie, sorte de profession de foi amnésique par laquelle un homme se trompe lui même en trompant les autres, sans avoir dessin de les tromper.'[2]  

    A force de se croire détenteur de ce pouvoir que d'autres leur ont délégué pour un temps, à force de confondre leur personnalité et leur rôle, brouiller représentation et plan de carrière, les règnes des avatars trouble le rapport à la réalité et en vient même à le saper faisant le jeu de l'indistinction.

    A force de se faire solliciter au nom de leur fonction, et de croire qu'ils la subliment alors qu'ils devraient en être  les garants responsables dont on espère prudence et humilité, cette hubris déconnectée du réel aboutit à l'apothéose risible de Mélenchon sous perquisition judiciaire hurlant ma personne est sacrée alors qu'il n'est rien.

    Ayant ceint en vitesse son écharpe bleue blanc rouge comme un talisman de protection, le tribun se voile encore la face et invente une nouvelle pièce bouffonne. Pendant ce temps le président de la république passe à toute vitesse devant des ronds-point où son effigie est brûlée et pendue au bout d'une corde par des gilets jaunes, sans que l'on sache vraiment s'il s'agit là d'une carnavalesque provocation ou si Monsieur le Président y passerait vraiment s'il osait mettre un pied à terre. Quand donc les rois et roitelets accepteront-ils de se montrer nus et que le pouvoir qui leur est délégué n'est en définitive et de tout temps pas le leur et qu'ils ne peuvent le confisquer à leur avantage ?     

     

    10592378.jpgQui porte quels masques? 

    Au vu des niveaux de mensonge et de dissimulation atteints, de la dilution de la parole donnée par des je ne savais pas à je n'ai pas vraiment dit ça, et des rhétoriques d'enfumage, de contorsionnistes, de rétropédalages accélérés, à l'industriel découpage de cheveux en quatre, on assiste à une constante entreprise de maquillage et de dissimulation par quelques malfrats politiques.

    Portant perruques et postiches, en changeant selon le contexte et le code vestimentaire exigé, les gentilhomme bien rasés, cravate portée haut et en mode de communication constante, passent de la pénitence au pénal sans sourciller, et s'accrochent comme des moules à des pieux vacillants qu'ils s'ingénient par leur emprise à pourrir toujours plus. Ces "gendres parfaits", dignes descendants des yuppies des eighties, s'accrochent à leur image déchue comme à un viatique, à un discours de proximité et de transparence, alors que plus personne n'écoute ni ne les croit et qu'ils ne pourraient traverser un marché sans se faire houspiller ou  subir un rituel ravalement de façade populaire: bombardement de tomates pourries ou entartage à la crème.

    Le rôle qu'ils veulent tenir, plus personne ne les y voit. Prisonnier d'un masque devenu seconde peau, ils s'en débarrasseront peut-être hâtivement dans une arrière salle de bistrot après des mois de lutte, se déclarant enfin libéré, soulagé (et nous aussi), dans un acte dramatique, provoquant certes soulagement, mais malaise à la fois. Ayant tout misé sur la scène, il ne peuvent croire qu'ils arriveront à survivre à une révérence. Un conseil : relisez Shakespeare pendant les fêtes... 
     

     

    miroir-cosmetique-a-eclairage-led-et-grossissement-5x-a-ventouse-ref_NX5553_6.jpgMiroir, miroir, dis-moi qui se déforme le plus sous ton regard....

    Les derniers twits de Joachim Son-Forget[3] nous enfoncent aussi dans le règne des faux-semblants. S'en prenant à Madame Esther Benbassa et l'harponnant sur son maquillage, suscitant un tollé dont il semble se complaire, l'élu des français de l'étranger, circonscription Suisse-Liechtenstein, répond d'une manière alambiquées que sa démarche relevait d'une expérience psycho-cognitive visant à tendre un miroir agrandi. Il provoquait, l'expérimentateur, pour démontrer par une sorte d'abîme d'absurde, les mécanismes des réseaux sociaux. Sauf que personne n'a cru à ses pataudes explications. Plutôt que de jouer son rôle, il est définitivement devenu le jouet de ce qu'il prétendait, à posteriori toujours, animer. Miroir, miroir, dis-moi qui se déforme le plus sous ton regard....       

    Certains messieurs propres, prétendants d'un nouvel ordre souhaitant incarner les vertus de la république se sont avérés être des faussaires ou de bien mauvais acteurs... ne tenant pas leur rang, pour avoir perdu de vue les limites de leur rôle et ayant cru faire du langage un matériel souple que l'on pouvait retourner dans tous les sens (à un moment pourtant ça craque. Le discours a des trames, ça résiste, ça tranche.)

    Que souhaiter pour 2019?

    Un nouveau langage et un nouveau casting, à visage découvert. Histoire que l'on puisse croire à nouveau, lorsque l'on s'adresse à un.e élu.e au maximum de sa redevabilité, honnêteté, respect de sa parole donnée et serment prononcé; à sa capacité à remettre son mandat lorsque la confiance n'est plus de mise et qu'il a prouvé avoir bafoué l'une comme l'autre.

    Que souhaiter pour 2019? Des visages découverts, enfin, sans maquillage, sans trucages, sans effet de communication ou spin doctor travaillant en sous-main, sans communication ciblée, sans journalistes copains-choisis, car oui tout le monde peut se tromper, se planter, mais de grâce, merci de le reconnaître, et tirer les conséquences quand il est devenu impossible de reconnaître une erreur sans révéler la fraude qui la provoque. 

     

    d859rg.jpgEn cadeau: miroir et démaquillant! 

    Pour 2019, offrons à nos élus un pot de démaquillant pour le maquillage waterproof et un joli miroir, pour qu'ils clarifient les traits de leur visage et en retrouvent les contours, afin que, à visage découvert, il ne leur soit plus possible de maquiller leur langage, la vérité, la réalité, prétendant jouer un rôle tout en exerçant d'autres partitions, de bonne ou de mauvaise foi. 

     

     

    [1]https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/22/emmanuel-macron-a-huis-clos-en-son-palais_5401266_823448.html

    [2]https://www.lesinrocks.com/2018/11/03/idees/gregoire-chamayou-nous-sommes-entres-dans-lere-du-liberalisme-autoritaire-111139694/

    [3]https://www.letemps.ch/monde/lidiosyncrasie-joachim-sonforget

      

    ............

    www.sylvainthevoz.ch

    Lien permanent Catégories : Air du temps 0 commentaire
  • Comment laisser l'art nous bouleverser en période d'allergies ?

    Imprimer

    art,culture,préventionAprès avoir franchi la grande porte du musée, je suis tombé sur un petit écriteau qui indiquait sobrement: "cette pièce contient des oeuvres que certains visiteurs pourraient trouver bouleversantes".

    Le message invite à parler à un membre de l'équipe du musée pour plus d'informations. Cela m'a rappelé les achats de disque soumis à avis parental sur l'emballage, aux annonces sur les bateaux avant de partir en haute-mer, rappelant de bien prendre son gilet de sauvetage et se soumettre en tout temps aux ordre de l'équipage.

    Ce qui semblait réservé aux libations verbales du rap et aux roulis de la haute mer semble désormais avoir atteint les salles feutrées des expressions picturales du XIXe et XXe au coeur même de la quiétude muséale. 

    Je suis alors entré dans cette pièce un peu comme dans un champ de mine, regardant où je mettais les pieds. Mais j'eu beau en faire le tour, observant les oeuvres de loin, les scrutant de près, de loin encore, rien ne semblait mériter particulièrement cet avertissement.

    Ou alors étais-ce ce nu là (j'y retournais) ou éventuellement cette scène de pendaison -croquis large et aux silhouettes estompées-, ou alors ce tableau de Modigliani, qui sait? - vraiment?- Un regard si trouble et transparent, certains en sentiraient-ils le sol vaciller sous leurs pieds? Mais bon, en regard de ce qui déroule sur les écrans au quotidien, cela semblait pourtant bon enfant.

    Pourquoi cet avertissement ? Un mouvement de protection pour les âmes sensibles ? Certes les musées accueillent tous les publics. Il n'y a pas de limite d'âge pour aller voir un Picasso ou un Dali. Faudrait-il? 

    Les tableaux n'ont pas changé depuis le début du siècle, mais la société qui les regarde, oui. Si les tableaux ne sont pas devenus plus bouleversants, ou qu'ils le sont toujours autant, les publics qui s'y frottent ont-ils de nouvelles allergies? On ne regarde définitivement plus la mise à mort d'un saint du IVe siècle en 2018 comme on le faisait en 1800, ni ne le commente pareillement.

     

    Le bouleversement de l'art, deviendrait quelque chose dont il faudrait en quelque sorte se prémunir. Le moindre symbole, coup de pinceau, pouvant déclencher une crise suivie d'un emballement sur les réseaux sociaux. La prévenance institutionnelle s'impose.

    Peut-être alors, à l'avenir, avant toute exposition, des affichettes rappelleront le danger de l'art, son potentiel choquant, offensant; comme sur les couvercles en plastique contenant du café chaud. Attention Art : contenant brûlant. Watch out  : Andy Warhol : Handle with care !   

    A la manière de ces cartes de restaurant qui invitent avec diplomatie le client à annoncer ses possibles allergies (gluten, noix, fruits, etc) aux serveurs qui se feront un plaisir de répondre à toute question, il y aura peut-être bientôt, à l'entrée des musées une liste à cocher des possibles artistes suscitant allergie ou urticaires. Si vous ne supportez pas Egon Schiele ou Basquiat, mettez une croix, le staff vous indiquera le chemin le plus sûr pour les éviter. Supportez-vous Pollock ? Vous reprendrez bien une dose de Soulages, et si cela vous pèse sur le moral, il y a une cellule psy à disposition au premier étage.

    Peut-être faudra-t-il signer un certificat médical prouvant que l'on est prêt à encaisser le choc avant d'aller se confronter à un tableau de Frida Kahlo ... la direction déclinant toute responsabilité en cas de trouble émotionnel. 

    N'est-ce pourtant pas le rôle de l'art, que de nous soumettre à des hauts le coeur, nous renverser, faire vivre des expériences aussi fondamentales et profondes que celle de la fascination, l'effroi, la subjugation?

    Voir une oeuvre d'art était auparavant un événement sacré, qui ébranlait d'office l'être. C'est devenu un acte suave de consommation. Le client ne doit pas en être affecté. 

    Au panneau d'information succède donc désormais le panneau de prévention. Manière de se protéger, de se couvrir ou d'éviter la confrontation pour les institutions culturelles. Ou manière perverse d'aguicher la curiosité, aiguiser l'appétit du visiteur, paternelle aide de proposer un accompagnement. Mais ce sont des chocs bruts que nous voulons, que nous cherchons !

     

    Que reste-t-il de la subversion de l'art en période d'allergies ?

    - Malgré les panneaux d'avertissement ? Tout. L'art est une allergie dont on se prémunit difficilement et dont on ne guérit pas.

    Quel type d'art doit être annoncé comme bouleversant, qui décide où mettre les avertissements?

    - Je ne sais pas. Mais je reprendrais volontiers une petite contemplation de Louise Bourgeois, la baffe d'une lecture d'un conte de Grimm, mille fois préférable à toute soupe préventive ou bouillon d'un service de communication briefé par son département juridique.

    Je suis retourné à ce panneau invitant à faire appel au staff en cas de bouleversement. J'y ai cherché une signature, parce que cela était génial, une incroyable création, écho parfait à l'esprit du temps. Mais il n'y en avait pas. Personne n'avait signé. Aucune griffe. Aucun artiste derrière.

     

    J'avais pourtant reçu le coup.

    Et de cela avait besoin de parler. 

     

    ..............................

    www.sylvainthevoz.ch

     

     

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Humeur 0 commentaire
  • Ce qui fait peur...

    Imprimer


    Ce qui fait peur: 

    La camionnette blanche montant deux roues sur le trottoir.

    Un pétard, un sac plastique claqué dans les doigts

    Tout ce qui fait Bang ou Paf désormais

    Et surtout ce qui ne fait plus de bruit et disparaît dans la nuit.

     

    Ce qui fait peur: 

    la craie la cendre les os et le sel

    tout ce qui a le goût de la moelle ou du miel

    Un fût de bière vide à changer. Un frein à main dur à tirer. 

    Une poignée de main qui se refuse. 

    Un regard croisé trop insistant ou fuyant 

    Tout ce qui ne se résume pas à la norme

    à l’artificialité du mimétisme ou du cadre.

     

    Ce qui fait peur : 

    Les lieux de culture sans personne

    Les cultes de la personnalité sans limite 

    Etre approché dans la rue. Que plus personne ne se retourne sur elle

    La hausse des primes d’assurance maladie.

    Foirer dans son tri. 

     

    Ce qui fait peur :

    La présentation des gestes qui sauvent avant le décollage de l’avion.

    L'absence de présentation de gestes qui sauvent par les hôtesses.

    Le lait caillé. L’évier bouché. Cette douleur sous le coude. 

    Trop de sourires à la douane. 

     

    Ce qui fait peur : 

    Tous les gestes qui sauvent quand il n’y a plus personne à sauver.

    Le naufrage de l’Aquarius.

    La propriété privée défendues par des haies.

    Jouer en se chamaillant comme si on avait trois planètes et cinq vies.

     

    Ce qui fait peur:

    Les policiers dans la rue. 

    L'état de s,iège, les robots, les abris et les caves 

    Un petit chien sans collier. Un gros chien sans petit maître.

    L’oiseau bleu dans un sac papier.

     

    Ce qui fait peur: 

    Une paille avec un palmier translucide, ou pire une sirène au bout. 

    Retrouver un numéro de téléphone

    Ne plus se souvenir de qui c’etait. 

     

    Ce qui fait peur:

    La perte de son i-phone. L'oubli des codes. L'absence de marques au sol. 

    Le wifi qui fléchit, le manque de mémoire vive.

    L’article manquant au catalogue la rupture de stock

    La fonte de la chaîne du froid 

    Les soldes à 50% sans acheteur.

    Le crédit sans débiteur.

     

    Ce qui fait peur:

    La viande découpées sous vide.

    Les cerises de Bulgarie.

    L'usine d’incinération à l’arrêt

    L’hésitation entre la déglutition ou la sieste

    chez ceux qui portent la cravate, la culotte ou la corde au cou.

     

    Ce qui fait peur: 

    Quitter Facebook pour toujours à jamais

    y revenir 1h après.

    La disparition de l'humour et du jeu 

    La mort des abeilles et du feu 

    Les photos instagram de son ex, un bouton d’acné sur les fesses.

     

    Ce qui fait peur:

    Fumer davantage d’herbe que de tabac 

    Prendre des patchs de nicotine paraît que c’est tendance 

    Mâcher son chewing-gum des molaires, ronger ses ongles aux canines.

    Croire que le sorbitol est un corticoïde

    Naviguer sur doctissimo pour se doper avant une course populaire. 

    Perdre son boulot. Manger des pruneaux. 

    Chercher un boulot : le perdre à nouveau

    Economiser chaque mouvement et chaque mot. 

     

    Ce qui fait peur 

    Aller chez le médecin. Attendre un diagnostic.

    Recevoir un diagnostic. Ne plus aller chez le médecin

    En Afrique les enfants meurent encore de dysenterie. 

     

    Dresser des listes de ce qui fait plaisir 

    Arriver au bas de la liste

    Recommencer encore 

    Sans envies et sans peurs.

     

    Lien permanent Catégories : Air du temps 0 commentaire
  • Fais-moi la bise ou je te déchois de ta nationalité

    Imprimer

    La Ville de Lausanne a donc décidé de refuser la nationalité suisse à un couple pour "bigoterie".[1] Il y aurait eu refus de serrage de mains, et pire encore, refus de parler avec des personnes de sexes opposés. Je mets ici le conditionnel, car cette version est celle du magistrat PLR Hildbrand, homme blanc droit dans ses bottes ayant mené cette affaire avec deux autres élu.e.s.

    Nous n'avons pas la version du couple soumis à l'enquête. Aucun.e journaliste n'est allé leur demander pourquoi ils ont agit de telle ou telle manière. Il serait pourtant intéressant de les entendre. En attendant, l'Europe entière regarde vers la Suisse se demandant si la proximité avec la France commence à contaminer nos esprits et nous faire perdre le sens des valeurs ancestrales de notre pays: accueil, paix confessionnelle, liberté individuelle, respect des différences.[2][3]

     

    Une commission des naturalisation de sinistre mémoire

    Je dis cela, parce que vu, de Genève, où la commissions des naturalisations en Ville a laissé de sinistres souvenirs : des élu.e.s allaient chez les gens contrôler leur suissitude, et en profitaient pour faire, pour certain.e.s, des remarques grivoises, racistes, sexistes, avec parfois même des avances sexuelles; où le racisme ordinaire et intrusif pouvait se donner à plein dans des relations dissymétriques. Cette commission a été supprimé avec soulagement. 

    A n'importe quelle personne normalement constituée, voyant débarquer chez elle un.e de ces élu.e.s, j'aurai recommandé la prudence, le silence, la fuite, ou l'appel à la police, comme meilleures réponses à apporter au "questionnaire". Mais quel.le candidat.e à la nationalité, connaîtra suffisamment ses droits ou sera assez sûr qu'ils seront respectés sans qu'il se voit sanctionné, pour appeler la police quand un.e élu.e débarque chez lui ? J'ai entendu les récits de stress et de panique de celles et ceux soumis à la question des commissions de naturalisation, pour savoir que tout simplement certain.e.s ne savent plus comment se comporter, ni traiter avec le pouvoir qu'ils ont en face d'eux.

    Comme rappelait il y a dix ans la commissions fédérale contre le racisme : "Les procédures de naturalisation actuelles comportent le risque que les décisions soient influencées par des stéréotypes ou des idées xénophobes, voire racistes. Plus les organes de décision découlent de la démocratie directe, plus les décisions sont politiques et plus le risque d’arbitraire et de discrimination est grand." Cela n'a pas changé. La cour des comptes a fait un audit de la commission des naturalisations en Ville de Genève et un rendu un rapport sans concessions : "Les faiblesses relevées notamment au niveau de l’impact de l’organisation communale, des délais et des durées de traitement, ou encore de l’inefficience des processus communaux mis en place en matière de traitement des dossiers de naturalisation entraînent des risques financiers, opérationnels et de contrôle."[4]

     

    Je demeure donc naturellement suspicieux quand trois élus font un rapport pour bigoterie en 2018, car cela rappelle plutôt les procès en sorcellerie du 15e siècle qu'une société moderne du 21e. 

     

    Ce que l'on a a vu en Ville de Genève a conduit à la suppression de la commission des naturalisations. On ne peut que recommander à toute commune soucieuse du droit et de l'égalité d'en faire de même et d'éviter que des élus se rendent au domicile pour contraindre ou soumettre à la question des individus. Ils n'en ont toute simplement pas les compétences.  On ne s'improvise pas psychologue ou médecin, pourquoi s'improviserait-on faiseur de suisse ?  

    L'attribution de nationalité est aujourd'hui une roulette russe soumise à l'arbitraire plutôt qu'à des critères objectifs. Ce sont les pauvres et les migrant.e.s, et les croyant.e.s et plutôt musulmans qu'évangéliques, qui casquent. Les examinateurs reproduisant simplement des stéréotypes sociaux, un racisme moyen, et les obsessions du moment.  

    Les ploutocrates ayant fait fortune en bafouant les droits humains n'ont aucuns soucis à obtenir la nationalité suisse. A-t-on déjà vu un millionnaire se faire refuser le passeport rouge à croix blanche? Non. Car notre nationalité ne s'obtient pas, elle se paie. Et ceux qui ont le plus de moyens ont le plus de chance de l'avoir.  

     

    Le pouvoir de la question 

    Evidemment, lorsqu'un élu a le pouvoir de donner ou non une nationalité,  la pression est maximale, donc le stress, donc la peur. Ce stress explique certains comportements. Pourquoi le refus de serrer une main serait-il obligatoirement vu comme un refus de "valeurs suisses", et pas comme une marque de respect ou de pudeur par exemple ? On peut saluer de la tête. On peut mettre la main sur le coeur. On peut s'incliner. Il y a mille façons de saluer.

    De la même manière que l'on s'offusque lorsque des demandes de naturalisations n'aboutissent pas parce que la personne soumise à la question ne sait pas nommer trois noms de fromage à pâte molle où le nom d'une obscure rivière des Grisons ou les couleurs d'un drapeau communal, n'est-ce pas tout aussi absurde de refuser la nationalité par manque d'appétence physique ? [5]

     

    Désormais si le serrage de main est une composante obligatoire de notre société on comprends mieux pourquoi des mecs, quand une fille ne leur répond pas ou pire leur disent non, se sentent autorisé à leur péter la gueule. 

    Car, finalement, c'est le même machisme qui s'exerce, celui de la contrainte et de l'obligation de répondre, au nom de la "culture", qui devient alors plutôt le cache sexe de la domination. La sanction punitive qui s'exerce quand il y a refus de s'y soumettre étant un signe d'abus de pouvoir. Je ne savais pas que l'obligation de toucher était une valeur suisse. Et le consentement, on en fait quoi ? C'est quoi l'étape suivante: si tu me fais pas la bise, je te déchois de ta nationalité ?  

    Pour revenir à Lausanne, et à ce blocage pour des raisons encore à éclaircir d'une accession à la nationalité d'un couple, et pour conclure : J'aimerai  que l'on parle de la vie de ce couple, savoir si ces gens, par leur comportement, leurs actions quotidiennes, leur travail ou leur regard sur le monde, l'éducation qu'ils donnent à leurs enfants, s'ils en ont, sont des gens vivant en paix, contribuant à leur échelle à une société respectueuse des différences. Et un mot, s'ils n'emmerdent personne. Cela me semblerait être la meilleure preuve du respect de nos coutumes (certes, elles tendent à se perdre, vu la place grandissante que la connerie prend désormais chez nous).

    Personnellement, que madame me fasse la bise ou non quand je la croiserai à la Migros, et que monsieur se pinte le vendredi soir comme un "suisse moyen" n'est ni nécessaire ni souhaitable.

    Quand je les croiserai, c'est d'un clin d'oeil complice que je les saluerai avec plaisir, murmurant certes vive la Suisse, mais surtout vivent les gens qui n'emmerdent pas trop leurs voisins. 

     

     

    [1]https://www.letemps.ch/suisse/lausanne-refuse-naturaliser-un-couple-bigoterie

    [2]https://www.la-croix.com/Religion/Islam/En-Suisse-refus-serrer-main-refus-naturalisation-2018-08-18-1200962575

    [3]https://www.theguardian.com/world/2018/aug/18/muslim-couple-denied-swiss-citizenship-over-handshake-refusal

    [4]http://www.ekr.admin.ch/pdf/Einbuergerung_F_version_web692e.pdf

    [5] https://www.letemps.ch/suisse/faiseurs-suisses-sevissent-nyon

    ...............................

    www.sylvainthevoz.ch

  • Le sexisme n'est pas un produit d'importation

    Imprimer

    Suite à la terrifiante agression de 5 femmes à Genève, des partis politiques de droite et d'extrême droite veulent amalgamer violence sexiste et étrangers. Ils essaient de vendre que le sexisme pourrait être limité à la rue et circonscrit à de hordes sauvages en rut, qui viendraient de l'extérieur. Rien n'est plus faux. En Suisse deux femmes sont tuées chaque mois par leur conjoint ou ex conjoint. Au total, une femme sur cinq a été victime de violences (physiques, sexuelles) au cours de son existence.[1] Les faits le démontrent. Le sexisme et les violences de genre sont largement répandues et touchent toutes les catégories sociales, professions, qu'elles que soient l'origine et la nationalité de leurs auteurs.

    Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique dans notre pays. Il est estampillé swiss made et se cultive dans ce pays depuis des générations, se transmettant avec le naturel de l'air que l'on partage. 

     

    Ayant fait toutes mes classes à Lausanne, effectué mon service militaire à Savatan comme mitrailleur de montagne, joué au football jusqu'aux espoirs du Lausanne sports, je peux témoigner qu'au vestiaire, à la caserne, dans les réfectoires, les bonnes valeurs suisses qui m'ont été transmises, celles bien de chez nous, étaient celles du sexisme, de la domination masculine, de l'injure décomplexée, et du virilisme mal placé.

    Pas besoin d'avoir fait une longue migration pour être persuadé qu'en tant qu'homme on est le centre de l'univers, car on y est éduqué. Il m'a suffit de suivre une scolarité normale, faire des études standard, et passer mes week-end dans le gros de Vaud et dans des camps de sport alpins pour devenir un bon petit mâle sexiste, bien dans la norme.  

    Moi, Sylvain T, mâle helvète 

    Les modèles que j'ai eu (à quelques notables exceptions près): du caporal à l'entraîneur de football au joueur professionnel de football doté d'une femme potiche sexy à ses bras, m'ont appris principalement à m'alcooliser en groupe, être initiée au royaume du porno, aux joutes de celui qui à la plus longue et se rit du plus faible... etc.,

    Mon père, médecin, fils de paysan de la Broye n'a pas été ce que l'on peut appeler un gentleman avec les femmes et encore moins avec la sienne. Il était reconnu en société et a mené une carrière remarquable. L'homme à la maison montrait parfois un autre visage.

    J'ai été éduqué dans un monde où le masculin était dominant, parlait fort, prenait une place maximale, devait être capable d'imposer sa puissance ou la faire subir. J'en ai été imprégné, naturellement. Je parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Mais quand je regarde autour de moi, je ne crois pas qu'il ait encore fondamentalement changé. Considérant le sexisme, on est encore à l'âge de pierre en Suisse. Et le plus grand risque vient de l'intérieur de notre caverne, pas de l'extérieur. 

    Dévoilons ce sexisme que l'on ne saurait voir

    Certains et certaines, notamment la présidente des femmes PDC Suisse, Babette Sigg, des leaders de l'UDC, aimeraient nous faire croire que la menace vient de l'extérieur, qu'elle est le fait de l'étranger et de migrant.[3]

    Ce serait si "confortable" de protéger notre caverne patriarcale et penser que la menace vient d'ailleurs. Mais cette façon de penser revient à prolonger la durée de vie du patriarcat, maintenir un sexisme caché, et laisse entendre que le sexisme peut être circonscris à certains groupes exogènes.

    Or, ce que les faits et l'affaire Weinstein, ou Dominique Strauss-Kahn parmi tant d'autres, ont mis en exergue, c'est plutôt que le sexisme touche tous les milieux. Bien souvent, les femmes étrangères sont victimes de violences de la part de bons petits mâles, suisses ou autres. Une violence institutionnelle s'exerce alors avec férocité sur ces femmes victimes de violences conjugales (crainte de porter plainte, obstacle au renouvellement du titre de séjour en cas de séparation, etc).[3]

     

    Le couple : risque mortel

    Le milieu le plus à risque est... le couple. La première question d'un.e docteur.e recevant une femme en en consultation devrait être : êtes vous en couple, comment cela se passe-t-il ? Avez-vous subi des violences durant les 6 derniers mois? Plutôt que de passer à côté des vrais enjeux en faisant comme s'ils se déroulaient ailleurs. La menace vient du conjoint, du voisin, de l'homme testostéroné et souvent alcoolisé, pas du passant dans la rue. Certain.e.s peuvent laisser la peur les envahir et les regarder du coin de l'oeil en serrant leurs poings ou leur son sac à main, mais croire que c'est là que se trouve le lieu du danger serait une erreur fatale. 

    Etre en couple, pour une femme, est mille fois plus risqué que de sortir seule le soir dans la rue. Cela devrait nous alerter et inviter à adapter notre système en conséquence, même si nos mythes romantiques et autres odes à la vie privée en prendront un coup. Les violences de couple sont le fléau de notre société.

     

    Que faire ?
    Certain.e.s politicien.ne.s annoncent de nouvelles lois pour lutter contre le sexisme. Peut-être que cela peut-être utile, ou pas. Mais ce qu'il faut avant tout, et rapidement, c'est sortir de notre caverne et changer profondément les mentalités, les manière de se comporter et d'agir. C'est dans les têtes, dans les comportements, et dans les discours que le sexisme doit être dénoncé et éradiqué. C'est là que les violences se préparent, se tolèrent et se banalisent. 

    Que faire ? Femmes comme hommes, augmenter la vigilance collective envers nos proches, nos voisin.ne.s, et nos sensibilités aux signaux d'alerte. Pas besoin d'attendre les bleus et les coups pour détecter, alerter, et se mobiliser collectivement, tout corps professionnels confondus : médecins, travailleurs sociaux, juges, infirmiers, politiciens, policiers, etc.,

    Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique et se cultive en Suisse avec méticulosité depuis la nuit des temps, alimentant et préparant le chemin de la violence psychologique, verbale, physique.

    La violence sexiste est largement répandue aujourd'hui, est très largement banalisée encore.

    Il est temps de faire ensemble, hommes et femmes, un ménage de fond dans notre caverne.

     

    [1] https://www.rts.ch/play/radio/vacarme/audio/les-echos-de-vacarme-violentees-dans-leur-couple-elles-trouvent-refuge-a-malleyprairie?id=8345742&station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da

    [2]https://www.rts.ch/info/suisse/9778144-bisbilles-politiques-autour-des-agressions-de-femmes-en-suisse.html

    [3]https://odae-romand.ch/projet/femmes-etrangeres-victimes-de-violences-conjugales/

     

    .....................................

     www.sylvainthevoz.ch

     

  • La Suisse existe, comment vit-elle?

    Imprimer

    La Suisse existe, comment vit-elle ? Ses frontières sont solides, son franc suisse fait front, son espace aérien est bien défini, et son histoire peuplée de mythes avantageux qu'on exhibe une fois par an. Elle a tout ce qu'il faut : drapeau, lampions, langues nationales, représentation à l'ONU, son millionnaire au tennis, une équipe de football qui ne fait (presque) plus honte.

    La Suisse existe, comment vit-elle ? Comment, jour après jour, démontre-t-elle qu'elle est plus qu'une somme économique, un assemblage politique ingénieux, et existe sur davantage que ses axiomes éprouvés, capitaliste et néo-protestants: dis-moi ce que tu consommes, je te dirai qui tu es; dis-moi ce que tu thésaurises, tu montreras ce que tu vaux, et arrive à dépasser les inégalités sociales qui placent dans notre pays 600'000 citoyen.ne.s en situation de pauvreté?

     
    Je suisse-je donc je suis
    Vous pouvez être rassuré.e.s, arrêtez de cogner sur celles et ceux : l'artiste Ben, la socialiste Ada Marra, et d'autres qui, avec une pointe d'humour et de provocation, soulèvent malicieusement le voile crispé de l'angoisse existentielle: suisse-je, donc je suisse? Chaque éruption de haine ou réaction paniquée ne fait que renforcer la pertinence piquante de leur propos: mais oui, la Suisse existe, pas besoin de sauter sur son valium. Ses vaches sont bien gardées, et Johann Schneider-Ammann a toujours le mot pour "rire".
     
    Le niveau d'inquiétude identitaire et la forme de panique nationale ayant pris devant trois joueurs de foot mimant le symbole d'un volatile au mondial, se jugeant assez libre pour rappeler leurs multiples origines, prête à sourire. Il laisse toutefois percevoir, lorsque l'on retire du formol patriotique et du bric-à-brac composite des figures tutélaires fantasmées en voie de décomposition, que nos nouveaux héros sont plus métissés, créatifs et incontrôlables. Cela déplaît à certain.e.s. Dommage. Cela demandera un petit temps pour se mettre à jour, mais on y arrivera.
     
    Pour paraphraser La Fontaine, selon que vous soyez puissants ou misérables, jeune ou vieux, suisse ou pas, les lois du marché vous rendront corvéables à merci. Vos droits seront plus ou moins respectés. En Suisse, 2% des plus riches possèdent autant que les 98% restants. Dans un pays où l'on est habitué à dire pardon avant de toucher quiconque, de rester à sa place et accepter son sort avant d'imaginer le changer; où malgré quatre langues nationales, une seule permet l'échange: l'anglais; et où les rapports de classes sont puissants et le vieillissement de la population un vecteur d'accroissement des inégalités ; où le sexisme, le racisme et l'homophobie sont profondément enracinés, voire érigés en modèle ici et là, où les campagnes ont encore un poids dément par rapport aux villes et imposent certains archaïsmes comme des normes nationale, autant que de regarder vers 1291 on devrait viser 2040. Un jour Shaqiri remplacera Guillaume Tell, et Lara Gut prendra le pas sur le général Guisan. C'est en route.
     
    La Suisse se vit comme une forteresse dans la forteresse Europe. Or il n'y a pas de forteresse dans l'histoire qui n'aie tenu sans s'effondrer. Jusqu'à quand pourrons-nous nier les besoins et situations d'urgence des populations que les changements climatiques et les situations politiques mettent en danger de mort et obligent à se mettre en mouvement pour franchir la Méditerranée, au péril de leur vie. Bilan : plusieurs milliers de morts chaque année, une traversée toujours plus périlleuse et incertaine. Surtout, une fermeture des frontières voulues par les pays européens coinçant les migrant.e.s dans des espaces inhospitaliers et violents, les exposant à la torture, l'exploitation et la mort. S'étant mis en route vers ce qu'ils imaginaient des pays libres et accueillant, ils en sont rejetés. S'ils parviennent à s'y accrocher, ils y demeurent, marginalisés et relégués, sans possibilité de retour. Il ne faut pas imaginer Guillaume Tell en vacances au bord de la mer mais sur un canot pneumatique, s'efforçant de sauver son fils au risque de la noyade.
     
    En 1918 la grève nationale exigeait que les femmes puissent voter et être élues (pour cela, il faudra attendre 1971), revendiquait la réduction de la semaine de travail à 48 heures, soit 6 journées de 8h), l'instauration d'une protection pour les travailleurs et travailleuses âgé.e.s et invalides, et proposait un impôt sur la fortune des gros contribuables pour éponger la dette publique. Il y a 100 ans, ce mouvement décisif plaçait la Suisse sur les rails d'un développement social luttant contre les injustices. Ce mouvement s'est poursuivi. Nous sommes les hériter.e.s des luttes du passé. Rien n'est tombé du ciel ni sans efforts. Hommage ici à celles et ceux qui ont construit les pans sociaux de ce pays et ont lutté pour y établir nos droits. Autant que 1291, nous fêtons aujourd'hui 1918.
     
    A nous d'écrire la suite...

     

     

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Genève 0 commentaire
  • Le coupe du monde

    Imprimer

    444px-Foot_field_AG3.svg.pngLe capitaine, le public, le soigneur, le kiné, les hooligans, le préparateur physique, l’entraîneur, le masseur, le défenseur, le gardien de but, l’attaquant.

    L'arbitre, le soigneur, le brancardier, l’ailier gauche, le remplaçant, le patron, le taulier, le libero, le commentateur sportif, le comédien, le président, le politique, le juge de ligne, l’ailier droit, le consultant, le vieux briscard.

    Le kop, le parieur, les ultras, le comédien, le stimulateur, le vestiaire, le sponsor, le journaliste, l'équipe, le ramasseur de balle, le 13e homme, le récupérateur, le gratte ballon, le public, le buteur, le match winner, le looser, le millionnaire, le juge de touche, le coupeur de citron, le tacticien, le laveur de maillot, le barbier, le coiffeur, le tatoueur.

     

    La testostérone.

    Le coupe du monde.   

     

     

     

    ..........................

    www.sylvainthevoz.ch

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Humeur 0 commentaire
  • Lettre à un ami athée

    Imprimer

    athéime,foi,croyance,dialogueMon cher ami, la dernière fois que je t’ai vu, tu m’as dit que tu ne comprenais pas que l’on puisse croire en quelque chose qui n’existe pas. Je t’ai trouvé péremptoire dans ta prise de position. Comme si tu devais absolument effacer du monde une présence que, par ailleurs, tu ne reconnais pas. Mais s'il n'y a rien, pourquoi t'échiner alors à lui donner consistance pour le nier? Il suffirait de laisser le rien n'être rien, non ?

    Mais c'est comme si tu savais, de source sûre, ce que signifie croire. Pourtant c'est un mystère, surtout pour celui croit, au point que cela est souvent au coeur même de sa croyance. Demande au croyant ce qu'il croit, et souvent, dans ses réponses, tu entendras un mélange d'embarras, de maladresse ou d'hésitation.

    Croire revient, presque par définition, à entrer dans un mystère et à sentir que tout n'est pas dicible et démontrable. Et conduit, en conséquence, à déraciner les certitudes et les affirmations toutes faites pour naviguer un peu à vue. Comme un pilote d’avion entrant dans le brouillard, et dont le pilote automatique tombe en panne, le laissant condamné à s’en remettre à un mélange d'expérience, d’aspiration et d’abandon, pour s'ouvrir un chemin.

    Croire serait donc une entrée dans le monde du tâtonnement, de l’intuition, du désir, plus que de la connaissance. À cela tu opposes le bloc compact de ta négation, la persévérance satisfaite de celui qui a une mission définie : nier la prétention de l'autre à toute transcendance. Bon, pour aller dans ton sens, il y a des croyants au dogme et à l'intransigeance morbide et inacceptables. Mais qu'à le fait de croire là-dedans? Il y a bien des athées qui respectent le fait de croire ou de ne pas croire, n'en font pas une croisade, tout comme il y a des croyant.e.s qui savent douter et accueillir chacun.e. dans sa différence.  

    Mon cher ami. Comme un lutteur chevronné, tu cherches à plaquer ton adversaire au sol, -l'hésitant croyant qui ne sait dire en quoi et pourquoi il croit, mais cherche et perçoit quelques chose qui le transcende-. Jusqu’à ce que ses deux épaules soient au sol et la soumission acceptée. Tu ne cherches pas le dialogue, mais la victoire par la force. Les croisades, les petits-déjeuners au pensionnat, l'église du XVIe, et les abus sexuels de prêtres déviants, c'est en quelque chose un stade indépassable et illustratif de ton nihilisme. Les points godwin du religieux. Imparables selon toi. 

    Mon cher ami, je ne sais pas ce que croire est. Je ne juge pas ceux qui ne croient pas, que l’on nomme agnostique, ou les athées qui ne font pas église de leur non-croyance, ni des animateurs de croyances occultes. Je n’ai pas voulu te contredire, ni entamer une discussion sans fin, sur le sens de tout cela. Cela me semblait perdu d'avance. Tu n’en avais d’ailleurs nulle envie. L’affirmation toute puissante de la non-existence de la foi de l’autre te servait de rempart, pour éviter d'être ébranlé dans ta certitude sur ce qu’est croire et ce que ça recouvre.

    Voyant en toi vibrer le feu féroce du zélote, la rage du convaincu, j’ai reconnu la peur fragile envers un Dieu gourmand dont les ouailles sont nombreux. Le Dieu des certitudes toutes faites, et des enclos protecteur excluant ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Pourtant, ils se ressemblent beaucoup. Alors j'ai choisi d'écrire, cela permet de prendre le temps de poser quelques arguments.

    Cher ami, je refuse de figer l’autre dans une place qui n’est pas la sienne, l'enrôler sous une bannière ou étiquette, comme s’il n’y avait pas d’allers retours possibles, de déplacements entre une conscience intime et son expression, une identité sociale et une quête intérieure. Le chemin de croire est à mes yeux presque obligatoirement un parcours oscillant entre une présence et une absence, une certitude confuse et un doute radical.

    Un peu, au final, comme échanger avec toi. 

     

    ...................

    www.sylvainthevoz

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Genève 0 commentaire
  • L'UDC tacle notre équipe nationale de football. Carton rouge pour ce parti.

    Imprimer

    football,mondial,shaqiri,xhakaLa Suisse a battu la Serbie 2-1 ce vendredi soir lors du mondial de football en Russie, grâce à un magnifique travail de coaching, une belle dynamique de groupe et deux splendides buts de Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri. 

     

    L'UDC alimente une vaine polémique

    Les deux buts marqués par la Suisse ont été célébré par les joueurs en joignant les deux mains pour former un aigle bicéphale, symbole de l'Albanie. Que deux joueurs suisses aient, dans un moment de joie extrême, symbolisé leur double identité est de leur plus pure liberté. Mais cela a conduit des nationalistes aigris à s'étrangler devant ce symbole, y voyant un manque de respect, ou pire une trahison des couleurs helvétiques, cherchant une polémique qui prend surtout sa source dans leur esprit étriqué. 

     

    Liberté du jeu

    Ils sont libres ces joueurs de célébrer leur but comme bon leur semble. Ils sont libres de convoquer les esprits et les identités qui les inspirent. Certains lèvent deux doigts au ciel, d'autres font un signe de croix, d'autres encore soulèvent leur T-shirt pour montrer le visage de leur nouveau né; ou saluent la mémoire d'un être cher décédé, quand certains crient Allah Akbhar quand ils marquent. Et alors ? 

    Il faudrait vraiment être tordu pour invoquer la laïcité afin de critiquer un joueur de football qui ferait le signe de croix en entrant sur le terrain, ou voire dans ce qui est un signe individuel d'appartenance, une atteinte envers tel ou tel groupe ou religion. Des appartenances, tout le monde en a plusieurs, et chacun est libre de les convoquer comme il l'entend pour les exprimer. À moins que l’on veuille des joueurs type robotique et aseptisés. Dites, vous croyez que l’UdC va bientôt poser une motion au parlement demandant à la police fédérale de contrôler la teneur des tatouages de nos joueurs? 

    Dans la même veine, il serait absurde de penser que ce serait trahir la Suisse si un joueur faisait un signe de coeur à sa femme plutôt que de mettre sa main sur son maillot, à l'emplacement de la croix suisse. C'est pourtant cette critique que porte l'UDC. Ce parti  aimerait que les joueurs de la Nati soient des bons petits soldats tous identiques et à la botte de leur idéologie totalitaire.

    Natalie Rickli, conseillère nationale UDC, membre de l'action pour une suisse indépendante et neutre, ne s'est pas réjouie des buts et de la victoire de l'équipe suisse, car ces derniers étaient, selon son appréciation, marqués plutôt pour le Kosovo que pour la Suisse. Ce commentaire est aussi bête que de penser que quand Federer gagne la Coupe Davis est envoie des baisers à sa femme Mirka, ce n'est pas la Suisse qui gagne.

     

    Les joueurs ne sont pas du bétail propriété d’un club ou d’un pays 

    Xhaka est Suisse. Il est né à Bâle. Shaqiri est Suisse, il est né dans ce qui est aujourd’hui le Kosovo, est arrivé en Suisse alors qu'il avait un an. Tous deux ont choisi de jouer pour la Suisse. Ce sont des joueurs professionnels qui ont été formés dans notre pays et dont on peut être fiers. Ils exercent aujourd’hui leur métier en Angleterre, tout en étant tissé d'identités multiples, assumant de les revendiquer.

    Les attaques de l'UDC contre l'équipe de Suisse montrent une chose avant tout :  le caractère nationaliste, intolérant et totalitaire de ce parti, qui n'est plus en phase avec la population. Il est lassant de voir que pour certains, il y a encore différentes classes de Suisse. Les segundos, les suisses d'origine étrangère, les suisses naturalisés, ceux qui font l'aigle et ceux qui ne le font pas, tous étant plus ou moins suspect de ne pas atteindre le même niveau de suissitude que les suisses prétendus "de souche", etc. Toutes ces distinctions sont absurdes et insignifiantes.

    Quand on est Suisse, on est Suisse, point. On peut manger de la fondue ou pas, faire le signe de croix ou pas, effectuer plutôt le ramadan que shabbat, dessiner des aigles, des petits fleurs ou des lotus avec ses doigts, selon ses croyances, ses libertés, sa créativité et ses appartenances, cela n’autorise personne à catégoriser et distinguer entre  ce qui serait l'essence de la suisse et ce qui ne le serait pas, et surtout cela n'autorise personne à dégrader celui-ci ou critiquer celui-là en se prétendant être la norme. 

    L'UDC a toujours cherché à créer la division entre les Suisses et les étrangers. Il cherche maintenant à créer la division entre les Suisses au moment où tout un pays communie dans la joie.

    Je souhaite, pour ma part, de tout cœur, à notre équipe nationale de football, toujours plus de victoires et de joies, de diversité et de liberté, car ce sont des énergies positives, fruit d'un travail et d'objectifs élevés et rassembleurs. Et pour l'UDC: un carton rouge, pour le sortir enfin du terrain où son jeu agressif et mesquin est source de troubles et de désunions uniquement.

    C'est la meilleure chose que l'on peut souhaiter à notre beau pays, si riche dans sa diversité.

    Suisse 1- UDC 0

     

    ..........................

    www.sylvainthevoz.ch

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Lien permanent Catégories : Air du temps 0 commentaire
  • Hommage à toi Loris Karius

    Imprimer

    9805542-3x2-700x467.jpgLors de la finale de la champion's league entre le Real Madrid et le club anglais de Liverpool, le gardien de cette équipe, Loris Karius, 25 ans, s'est trouée, offrant deux buts sur un plateau à l'équipe espagnole. Une relance hasardeuse et un ballon savonnette lui échappant des mains ont précipité la perte de son équipe. Les critiques ont fusé : faute professionnelle, inacceptable à un tel niveau, sabotage. Des insultes des fans ulcérés allant jusqu'à exprimer de menaces de mort suite à cette défaillance du gardien de but anglais. Cet événement fait remonter le souvenir d'Andres Escobar, défenseur colombien assassiné en juillet 1994 à Medellin, suite à un but contre son camp lors du mondial de football.  

    Hommage à toi Loris Karius

    Dans ce monde du football imbibé d'argent et gorgé d'attentes de perfection, tu as été l'humain faillible et maladroit, la figure de celui qui fait vivre un scénario dramatique et presque comique à cette finale. De la pompe grandiloquente de l'ultra compétition, tu as révélé la pression que subissent les sportifs et sportives d'élite, et illustré le fait qu'il n'y a pas de geste simple et qu'échec ou réussite tiennent à un fil. Dégonflant la baudruche rutilante du sport-business et marquant la différence entre l'humain et la machine, tu as illustré malgré toi la violence pure des "fanatiques", en fait monsieur et madame tout le monde, qui, sitôt assis sur leurs sofas, sont prêt.e.s à tuer pour un résultat, à pleurer toutes les larmes de leur corps quand leur équipe perd, cherchant des coupables, comme s'il s'agissait de vie ou de mort. Or, il ne s'agit pas de vie ou de mort. Et si le président Macron pense que les deux métiers les plus difficiles sont Président de la République et sélectionneur de l'équipe de France, il se trompe lourdement. Car l'un décide concrètement par ses décisions de la vie et de la mort de millions de gens, alors que l'autre orchestre un jeu de ballon. Ce qui est inquiétant, c'est que les frontières se troublent, que la politique devient spectacle, et le football affaire de vie ou de mort. Le sport déclenche des émotions, oui, et c'est un merveilleux et inégalable catalyseur, mais au final, quand un jeune gardien de but se loupe, nous devrions plutôt sourire, et rire avec lui de sa boulette comme d'un fantasque clin d'oeil de l'histoire, et un antidote espiègle aux fièvres des bookmakers. Hommage à toi Loris Karius.   

    Le bourreau

    Une autre figure émerge de cette finale, celle du bourreau. Sergio Ramos, joueur athlétique, toujours à la limite de la régularité (et souvent au-delà). S'il s'est malencontreusement enroulé le bras avec celui du joueur étoile Mohamed Salah, d'autres disent plutôt qu'il lui a fait une vicieuse clé de bras, effectuant une redoutable prise de judo, l'entraînant au sol et le propulsant surtout directement à l'infirmerie. Résultat: insultes sur les réseaux sociaux, contrat mis sur la tête du sieur Ramos, et re-menaces de mort. Les sentiments les plus négatifs se canalisent sur lui. Pas nouveau. Avant lui Harald Schumacher, gardien de but allemand, était traité de nazi, de SS, et recevra lui aussi des menaces de mort suite à une sortie aérienne qui envoya le joueur français Battiston à l'hôpital, en 1982. On se rappelle aussi de Gabet Chapuisat, qui avait démonté la rotule de Lucien Favre, l'affaire s'était terminée devant les tribunaux civils. Alors : engagement ou agression ? Lutte à la régulière ou acte vicieux pour éliminer un adversaire? Le football est un champ économique avec des figure dignes de Série B pour l'animer. Il interroge chez chacun.e. le sens de la justice et si la fin justifie les moyen. Et puis, à partir de combien de francs d'enjeux, le fair-play devient-il un luxe surnuméraire? 

     

    Le héros

    A ce tableau épique, ne pouvait manquer un héros. Il s'est incarné par un buteur gallois, attaquant véloce, auteur d'un retourné spectaculaire, faisant tourner la tête de toute l'Europe du football (et les millions du sport-business). Incarnant la figure d'Icare rayonnant, du succès, il suscite envie et admiration. Pour sûr, il aurait eu droit à ses menaces de mort s'il avait par exemple raté un penalty ou commis un autogoal. Etre monté aux nues ou vouée aux gémonies, jeté en pâture à la presse, le football spectacle ressemble à s'y méprendre aux jeux du cirque romains, à une usine de boucherie.

     

    Victime, héros, bourreau

    Amoureux de football, je ne regarderai les matchs de coupe du monde que d'un oeil critique, pour soutenir les plus petits et chanter les louanges des perdants. Le football est et sera toujours une magnifique école de vie, et le sport plus généralement une incroyable aventure humaine, mais les rôles intimés aux joueurs sont devenus paroxystiques, et les états pourris utilisent le sport comme une vitrine nationaliste. Alors très peu pour moi de ces scénarios hollywoodiens, occultant la dimension ludique et amicale du football, pour jeter en pâture des sportifs à la masse. Au match d'inauguration du mondial Russie-Arabie Saoudite, je préférerai toujours celui du Lancy Fraisier FC contre FC Compesières ou le CS interstar de Varembé.     

    Plutôt que crier Vae victis comme les romains, je chanterai gloire aux vaincus. Ils ont une grandeur et profondeur que les gagnants n'ont plus. Et tant pis pour les contrats publicitaires et les sourires Pepsodent, ce sont les applaudissements pour les beaux gestes, l'humilité dans la  victoire comme dans la défaite que je préfère, car cela nous ramène au jeu et à sa dimension fondamentale : sa fragilité.

    Hommage à Loris Karius.

     

    .......................................

     www.sylvainthevoz.ch

     

  • Jean Ziegler, Genève reconnaissante!

    Imprimer

    33326901_10156194052966826_3245755305832742912_n.jpgCe n'est pas Genève qui doit me remercier, c'est moi, petit immigré bernois, qui doit remercier Genève. Ce furent les mots de Jean Ziegler au moment de recevoir la médaille Genève reconnaissante.

    La Ville récompense l’engagement d'un homme durant des décennies pour la justice sociale et la lutte contre la faim dans le monde. Ancien conseiller municipal en Ville de Genève, puis conseiller national, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, Jean Ziegler a toute sa vie oeuvré comme intellectuel, citoyen engagé, élu du peuple. Il n'a jamais cessé de se révolter, de contester l’ordre du monde, rappelant inlassablement que toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim et que cela n’est nullement une fatalité mais un crime cynique signé par le pouvoir économique et spéculatif mondial qui a ses relais et ses agents identifiables. 

    Parmi les premiers, il a dénoncé le banditisme du système bancaire helvétique (la Suisse lave plus blanc,1990, Le bonheur d'être Suisse, 1993), ses secrets, les lobbies actifs sous la coupole, essuyant les injures et les procès. C'est lui aussi qui, en pleine crise des fonds en déshérence, en 1997, dans La Suisse, l'or et les morts soulevait le voile d'un passé coupable rempli d'accointances entre les banques suisses et le pouvoir nazi durant la seconde guerre mondiale. Jean Ziegler fait partie de ces intellectuels comme Max Frisch, Fritz Zorn, Niklaus Meienberg, qui n'ont jamais confondu patriotisme et complaisance, mais au contraire appuyé fort là où ça fait mal pour nous réveiller de nos complaisances bien helvétique des "y'en pas comme nous" pour confronter nos tabous et suffisances, dénonçant inlassablement les sources troubles de la prospérité helvétique.

    Cette médaille Genève reconnaissante honore Jean Ziegler et honore notre ville. Elle signifie aussi que Genève n’est pas une cité tout à fait comme les autres. Le Conseil administratif, en parallèle de la remise de la médaille Genève reconnaissante, a d'ailleurs ouvert un livre de condoléance pour les victimes des crimes commis à Gaza par l’armée israélienne. Ce livre de condoléance, ouvert en réponse au massacre de femmes, d’enfants et d’innocents, tout comme la présence de Leila Chahid et Michel Warschawski auprès de Jean Ziegler au moment d'être récompensé, est un signal politique fort que la dénonciation des crimes et des injustices, que la lutte pour la défense des droits humains est un travail incessant  et n'a pas de frontières.

    Bien sûr, il y aura toujours des gens pour vouloir nous replonger la tête dans le sable. Mais dans un monde où le commerce est globalisé, la solidarité doit forcément l'être d'autant. Nous ne vivons et ne militons pas dans une ville comme les autres. Genève est le siège de grandes organisations internationales, le berceau de conventions fondamentales dans le domaine du droit international humanitaire. Nous y avons donc une responsabilité singulière.

    Jean Ziegler l'a rappelé : parce que nos conditions d’existence sont enviables, que nous bénéficions de la liberté d’expression, de mouvement, et jouissons de conditions matérielles nous assurant une existence digne, nous avons une responsabilité particulière.

    Bien entendu, Jean Ziegler a ses détracteurs, qui lui reprochent des proximités avec des chefs d'état peu fréquentables, des luttes trop radicales, un antiaméricanisme forcené. Le monde n'est pas binaire, ni ne se découpe en noir et blanc. Le pouvoir, l'engagement sont des lieux complexes. Jean Ziegler s'est sali les mains, au sens Sartrien du terme. Sa trajectoire nous invite aussi à nous interroger sur ce que le pouvoir fait aux hommes, et comment la volonté de puissance peut tenter chacun. 

    Au moment où Jean Ziegler, infatigable (84 ans!), sort un nouveau livre Le capitalisme expliqué à ma petite fille (en espérant qu'elle en verra la fin), il était touchant de voir sa petite fille remuer sur son siège durant la cérémonie de reconnaissance de Genève à son enfant terrible.

    Ce signal de transmission d'une génération à une autre, ce printemps de la relève est celui de l'herbe qui pousse, des fissures qui se forment dans les murs les plus solides. Un symbole pour poursuivre les luttes pour la justice et le partage des richesses; luttes qui sont aujourd'hui plus violentes et indécises que jamais, et pour lesquelles Jean Ziegler nous donne une grille d'analyse, une boussole, et une espérance s'inspirant du poème de Pablo Neruda : ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront jamais le printemps.

    L'histoire a un sens, celui de la justice sociale.

     

    ..........................

    www.sylvainthevoz.ch

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Genève 0 commentaire
  • Gandhi à Gaza

    Imprimer

    1522432572_gaza-12-morts-ensanglantent-la-grande-marche-du-retour.jpgIl s’est mis sur le petit rocher. Il voit la foule avancer. La foule de celles et ceux qui vivent dans une prison à ciel ouvert. La foule de celles et ceux qui n’ont plus rien à perdre, de celles et ceux qui ont été chassé de leur terre il y a 70 ans, qui ont le droit et la justice pour eux, et des fusils sur la tempe. 

     

    Il secoue la tête pendant que la foule avance vers les barrières de sécurité et que les soldats chargent leurs armes pour viser celles et ceux qui sont devant. Il regarde mieux. Ce n'est plus une foule qu'il voit, mais des femmes et des enfants, des avocats et des médecins, monsieur et madame tout le monde, un vieillard qui marche courbé, un homme en chaise roulante que son frère pousse. Ils se dirigent vers les barrières de sécurité. [1] 

    Il voit l’arrogance du pouvoir, cette toute puissance crasse du pouvoir colonial, de la force pure et de l'abus. Il sait qu’à quelques kilomètres de là, de l'autre côté de la  barrière, des officiels, triomphants, fêtent, protégés par des centaines de soldats et de policiers. Ils trinquent, gorgés de pouvoir à l’établissement d’une humiliation supplémentaire. Ce sont des petits blancs qui sont là, de jolis blonds américains, des occidentaux venus faire la loi et poursuivre l'état des colonies. Du sang sur les mains. Du sang sur les mains. 

    Au moment où certains commémorent la Nakba, l'exode palestinien de 1948 en agitant les clés et criant leur droit au retour, d'autres rajoutent une humiliation de plus à une très très longue série. Ils trinquent, en appuyant de leur bottes sur les visages de celles et ceux qui sont placés sous eux. Qui pour protester devant cette injustice?

    De l’autre côté de la barrière, enfermés à double tour, les boulangers et les ferrailleurs, les pécheurs et les balayeuses continuent de marcher vers les barbelés. 

    Gandhi reconnaît la profonde résolution de celles et ceux qui ont un droit et qui sont prêt à mourir pour. Il voit les fusils s'abaisser et les soldats tirer sur les boulangers, les enseignantes, les enfants, à les tuer les uns après les autres, comme des lapins, comme des pipes en plâtre à la foire, comme à Sabra et Chatila les sinistres exécutants, comme s'ils en avaient le droit, comme si ces vies là n'avaient pas d'importance, leur appartenaient, et qu'ils pouvaient en couper les fils comme ils le voulaient. 

    Les soldats sont bien protégés derrière leurs casques, intouchables derrière leurs remparts, riant de l'éclat intouchable des lâches que la domination a placé du bon côté de la barrière.

    Impossible de plaider la légitime défense, aucun inconscient ne le ferait. Gandhi est avocat de formation, il sait distinguer un assassinat d'une bavure, la légitime défense d'une exécution.     

    Gandhi est venu à Gaza, il y vu la marche non violente du peuple de Gaza pour obtenir ses droits et briser ses chaînes. Il a vu le sang de ceux qui subissent les vexations racistes, les préjugés, l'enfermement, les rationnements, et l'assassinat.

    Et il a entendu les gouvernements qui plaident la paix et la démocratie s'accommoder d'un massacre immonde et se taire honteusement. Et il a entendu les états amis ronchonner un peu mais continuer de s'accommoder de l'innommable comme s'ils n'avaient aucune responsabilité là-dedans et comme s'ils ne jouaient aucun rôle. 

    Gandhi se rappelle d'Amirtsar, en 1919 lorsque les troupes britanniques avaient tiré sur son peuple, femmes et hommes réunis dans les jardins de Jallianwallah Bagh. Plus de 379 morts et 1200 blessés, un général anglais acclamé à son retour en Angleterre devenant un héros. Ce fut le début d'une grande lutte d'indépendance.

    Aujourd'hui, les soldats israéliens tirent dans la foule démunie comme hier les anglais tiraient sur les indiens et les français sur les algériens.

    Seront-ils arrêtés avant d'avoir supprimés 1,9 millions de gazaouis ?

    Gandhi se lève et va saisir un drapeau noir rouge vert et blanc. Il avance vers les barrières.

    Il y a plein d'enfants qui courent autour de lui. Ils rient de ses petites lunettes et de son drôle de costume qui flotte au vent.

    Ils s'en amusent, comme des cerf-volants qu'ils voient danser au dessus de leurs têtes.   

     

     

     

    [1]http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/15/des-palestiniens-abandonnes-et-deshumanises_5299183_3232.html

    ..............................

    www.sylvainthevoz.ch

     

     

  • Conseil d'Etat: renversons la majorité et sa méthode !

    Imprimer

    conseil d'etatL’échec de la législature cantonale qui se termine aura été celui de la volonté centralisatrice et technocratique du Conseil d’Etat à majorité de droite. Incarnée par un François Longchamp en bout de course dans son Département présidentiel fantôme. Il aura servi, au final, à couper des rubans, essuyer par derrière les maladresses de ses collègues, et tenter de faire bonne figure au moment de rendre les clés du pouvoir. Guère plus.

     

    Un bilan ? Les projets de lois se sont entassés. Pour quels résultats ? Loi sur la police, loi sur la restauration, les débit de boissons, l'hébergement et le divertissement, loi sur la laïcité. Les Genevois-e-s auront savouré durant 5 ans le velouté technocratique et caporaliste du conseil d’Etat. Résultat : plus de cacophonie et d’incompréhension. En rigidifiant le système, en légiférant à bloc plutôt que de chercher des solutions pragmatiques, donner davantage des moyens aux travailleurs, et mettre de l’huile plutôt que du cadre, le Conseil d’Etat a fini par rendre le système plus lourd et moins efficace. Pour une droite qui parle toujours de réformes et d'austérité, quel paradoxe!

     

    La fameuse loi sur la répartition des tâches entre les communes et le canton est un exemple parfait de ce qu’il ne fallait pas faire

    Le Conseil d’Etat s’y est engouffré avec un enthousiasme napoléonien. Au final : Berezina. Au nom de la lutte contre les « doublons », d’une idéologie de la « bonne gouvernance », le Conseil d’Etat a cassé des savoir-faire qui fonctionnaient en complémentarité. Et au nom de la clarification d’échelons différents, brisé des relais et des compétences qui se renforçaient.

    Le Conseil d’Etat a mis sur un même niveau canton et communes pour les opposer. Cela est contreproductif et a conduit à passer à côté de ce qui a fait la richesse de Genève depuis toujours : la complémentarité des niveaux de décision. Que l’un réalise d’une certaine manière, ce que l’autre parachève, c’est souhaitable, et intelligent. Au diable les étiquettes et la volonté régalienne que tout soit « propre en ordre ». Cette manière hygiénique et maniaque de vouloir délimiter des petites cases pour les remplir, prétendant y caser la réalité est révélateur d’une idéologie carrée qui aurait davantage dû inspirer le Conseil d’Etat à gérer une entreprise de lego, plutôt que de conduire l’Etat pour 5 ans de plus.

     

    Un gros problème d'humanité

    Ce gouvernement a traité les humains comme des pièces, en faisant sauter des travailleurs comme des fusibles, et payer les lampistes (Affaire Adeline, renvoi de Christian Cudré-Mauroux, la trentaine de bagagistes virés de l’aéroport par P.Maudet. etc.,), mettant toujours celles et ceux qui sont en bas de l’échelle sous pression pour que d'autres conservent leur poste ou bonne figure.

    Ce Conseil d’Etat a failli, parce qu’il a tellement cru dans l’idéologie des petites boîtes qu’il en est devenu une lui-même, pas très subtile et reproduisant les mêmes erreurs, en fonctionnant sur un même logiciel, manquant d’âme et d’engagement, proposant de gérer Genève à coup de normes plutôt que de négociations et pragmatisme.

     

    Assez de technocratisme !

    1) Assez des lois inutiles qui, plutôt qu'encadrer une réalité sociale complexe, la rendent plus nouée.  Assez de technocratisme et de rigidités idéologiques qui se font sur le dos de la république mais en son nom, et qui, au nom d’appliquer les mêmes lois pour toutes et tous, inventent des textes inapplicables en regard de la réalité du terrain, constituant de nouvelles inégalités.

    Au final, les plus fragiles ou trop honnêtes sont punis. Soit parce que l’Etat les a sous la main, soit parce qu’ils ne sont pas assez organisés pour se défendre, ou parce que l’usure et la fatigue fait son travail. L’Etat alors cognera encore sur eux,  prétendant que la lassitude de se défendre et l’abandon de la bagarre est un signe de manque d’adaptabilité et de sveltesse. A l’iniquité de mauvaises lois sera rajouté alors la punition de les avoir subies de plein fouet.  

    2) Assez du désengagement de l’Etat au profit des bénévoles et des associations sans moyens supplémentaires. Par exemple dans le domaine des assurances sociales, les gens sont découragés d’exercer leurs droits, et parfois volontairement maintenus dans l’ignorance. Les pauvres sont fliquées, et la chasse aux précaires est organisée (loi contre la mendicité). Monsieur Poggia n'a fait pas son travail jusqu’au bout. Il a laissé des « dossiers » être ventilés ici et là parce que les travailleurs sociaux n’ont plus les moyens de les gérer. La « subsidiarité » voulue au profit des associations devient un mot vertueux pour une sale pratique, celle de dire « bon débarras » de la part de l’Etat en direction du monde associatif fonctionnant d’une manière bénévole usante en regard des charges imposées.

    2) Assez de traiter les gens comme des ressources inertes, des fusibles que l’on fait sauter, pour un oui ou un non. Ce conseil d’Etat est en échec, parce qu’il a oublié de travailler avec les gens et pour les gens, se souciant avant tout de sauver son arrière train, sans panache ni courage. On ne fait pas de politique avec le trouillomètre à zéro, juste pour éviter de se faire des ennemis ou pour finir conseiller fédéral en slalomant médiatiquement et méthodiquement en direction de Berne. Cette manière-là de fonctionner, c’est toujours sur le dos des citoyen.ne.s qu’elle se fait.

    3) Assez d’un Etat déconnecté du terrain. Sans les communes, l’Etat n’est rien. Sans la proximité du local, sans le travail et la connaissance des réseaux locaux, les décrets et les grands plans quinquennaux, les belles déclarations de principe et le projet de traversée du lac à 5 milliards pour 2060 si tout va bien, c’est juste du vent ou de la com’ opportuniste. Il s’agit de renforcer le pouvoir des communes, le pouvoir des travailleuses et travailleurs de proximité, d’accentuer les collaborations et transversalité avec l’Etat. Le temps des silos a vécu, le temps des mammouths est fini depuis longtemps. Il est temps de changer de manière de faire. Et pour cela, renverser la double majorité de droite (Conseil d'Etat et Grand Conseil). 

    A gauche !

    Ce conseil d’Etat à dominance de droite a vécu. Il a eu sa chance. Il a échoué. Renversons-le à gauche, pour changer de majorité et de méthode, afin que le nouveau Conseil d'Etat travaille enfin de manière véritablement concertée, collégiale, pour les genevois.e.s, et pour le bien public! 

     

    [1]https://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/interieure/protection/securite/affaire-bagagistes-geneve

     

    ...................

    www.sylvainthevoz.ch

  • Laïcité : Maudet dégoupille la grenade

    Imprimer

    laïcité, églises, débat, politique, lois, Conseil d'Etat

    Le projet de loi sur la laïcité voulu par le magistrat Maudet est parti pour rendre tout le monde mécontent. Trituré en commission durant deux ans par les députés, avec quantité d'auditions et une dépense en temps et d'argent conséquente, il a perdu au passage ce qui en faisait sa fragile qualité: une volonté louable mais maladroite de clarifier la place du fait religieux dans la Cité, alors que celle-ci est mise à mal par les extrémistes de tout bord.  

     

    Les Eglises se sont positionnées ce mardi pour critiquer la nouvelle mouture sortant de commission.[1] Elles rappellent qu'elles mettent à disposition des aumôneries plus de 40 postes de travail, entièrement financés par leurs soins, que plus de 5'000 visites sont effectuées chaque année par les aumônier.e.s en prison, et que plus de 10'000 visites le sont sur les 6 sites des hôpitaux de Genève. Le Temple des Pâquis accueille plus de 60'000 précaires chaque année, offrant sans véritable dimension confessante un lieu pour se poser et reposer, en bénéficiant de cours donnés par des bénévoles. C'est un lieu qui sert la cohésion sociale. Les aîné.e.s, les précaires, trouvent dans les lieux spirituels, gratuits, un refuge bienvenu. L'Etat est tout content de se délester sur les lieux spirituel d'un travail qui lui incombe. L'Hospice Général envoie sans vergogne vers eux et au mépris de la loi, pour fournir une aide administrative qu'il lui incomberait de fournir.

    Les Eglises entretiennent sur leur propre budget l'ensemble des temples et églises. Ce sont des bâtiments patrimoniaux et historiques qui font la fierté de Genève, sont un atout touristique pour notre Canton. Ils risquent aujourd'hui d'être mis en péril.

    Le nouveau projet de loi nie les services que rendent les Eglises, avec un accent liberticide et une tonalité anxiogène donnant pouvoir à l'Etat de restreindre la liberté religieuse en cas de besoin, sans expliciter ni décrire quels en seraient les critères. 

    Agiter toujours, et d'une manière anxiogène, les montées du fanatisme de l'intégrisme et du communautarisme, revient à faire des croyant.e.s des parias ou des boucs émissaires alors que l'on serait plutôt en droit d'espérer un débat serein, équilibré, et que les églises, ashrams, pagodes et autres mosquées soient valorisés et traités comme toute autre association servant le bien commun. 

     

    Vers une discrimination des croyances

    Le nouveau projet de loi dit que "les communautés religieuses s'organisent selon les formes du droit privé". Or, l'Etat en vérité discrimine les églises puisqu'il définit de manière très stricte l'utilisation que les églises peuvent faire des biens patrimoniaux. Le projet de loi qui va sortir des débats du parlement risque de rendre encore plus inéquitable la gestion du patrimoine. L'Etat propose aujourd'hui, contre rémunération, de percevoir la contribution ecclésiastique volontaire au nom des églises, en reconnaissance des services rendus à la population. Or, dans la dernière version du projet de loi, elle veut supprimer cette possibilité, ce qui revient de fait à laisser aux lieux de culte supporter seuls des frais importants en leur retirant une source de revenus essentielle. Est-ce équitable d'imposer d'une main des charges, et de refuser de l'autre des revenus?

     

    On passe insidieusement d'une volonté rigide de légiférer sur la laïcité à une position de discrimination envers les églises et les autres communautés religieuses. 

    Ce jeudi, si le traitement en urgence demandé par le Conseil d'Etat est approuvé par les député.e.s, ces dernier.e.s entameront un débat sensible ayant déjà dérapé en commission, et qui a toute les chances de virer à la foire d'empoigne. Au final, il faut craindre d'aboutir à une loi mal ficelée discriminant les églises et autres mouvements religieux, qui sera probablement attaquable en justice,  ou un enième renvoi en commission. Genferei quand tu nous tiens.... 

    Nous ne sommes plus au XVIe siècle... refaire un procès de la religion est un faux débat. Le souci des genevois.es n'est pas de savoir si la transubstantiation a droit de cité... mais plutôt d'avoir un Conseil d'Etat actif sur les enjeux de l'emploi, du logement et de la santé.

     

    L'irresponsabilité de Maudet

    Le magistrat Maudet tente encore péniblement de justifier son projet de loi. Mais quoi qu'il arrive, au final, il aura échoué à convaincre. Et cerise sur le gâteau, il annonce qu'il ne sera pas à Genève cette semaine pour mener son débat. Il file benoîtement en voyage en Afrique, laissant le pauvre François Longchamp gérer la situation derrière lui, en ne faisant pas là preuve du plus haut sens des responsabilités.

     

    Un projet de loi boute-feu plutôt que pare-feu 

    Décidément, François Longchamp aura été l'homme à tout faire de cette législature, essuyant les bourdes de Barthassat, encaissant les approximations de ses collègues et héritant d'un débat explosif qui dérapera immanquablement selon les pulsions islamophobes ou laïcardes des députés.

    Pierre Maudet, après avoir demandé l'urgence pour l'ouverture de ce débat sur la laïcité, s'en retire. Prétendant que "la future loi sur la laïcité servira de pare-feu"- Il semble plutôt évident que cette grenade dégoupillée ne forme une boule de feu explosive, ce qui est regrettable sur un sujet sensible, à une période tendue. Le rôle de l'Etat devrait être de rassembler et de rassurer, plutôt que d'offrir sans cesse des perches aux plus extrémistes.

     

    [1] https://www.tdg.ch/28021747

    ..........

    www.sylvainthevoz.ch

     

     

  • tu n’emporteras pas ton i-phone au paradis

    Imprimer

    Il a mis ses pieds nus dans ses chaussures vernies. Il n'aime pas la reconnaissance faciale, préfère les poignées de main. Il aime l'étranger, les enfants joyeux et le vol des oiseaux devant les barres d'immeuble.

    Il ne comprend pas pourquoi quand il dit migrant, certains sortent leur revolver. Surtout que tous ont été accueillis ici comme les autres : à poil sur cette terre, avec un cordon noué au ventre d'une autre. Tout ce qu’ils ont, ils l’ont reçu. Ils sont encore mieux lotis que tant d'autres. Alors dire ici c’est chez nous et bye bye les amis... même il y a mille ans on ne se serait pas permis.  

    Il se demande s’ils comprennent où ils seront tous dans cinquante ans, quinze ou deux ans, voire même demain... la cendre n’a ni cocarde ni passeport. Ton I-phone tu ne l’emporteras pas au paradis, ni ton application facebook dans la tombe, pour te tenir compagnie. 

    Il est arrivé en Grèce par la mer, a marché sur l’Acropole, à Exarcheia, mais son lieu d’origine, c’est une petite colline. Il est ici incognito. Sa porte est toujours grande ouverte. Il vient de lancer une pétition pour que la ville soit piétonne. Il dit : dans 20 ans on se moquera de nous pour avoir supporté toutes ces bagnoles. À la place des routes on mettra du logement. Pourquoi perdre encore du temps, on en a déjà cédé tant.

    Il dit: le problème de l’homme c’est se croire immortel et puissant, de ne croire en rien. Et quand il réalise qu'il est du vent, d'oublier son engagement, même son nom. C’est le même principe que l’eau : au delà d’une certaine température elle bout, puis c’est l’évaporation. Mais vas-y pour faire comprendre ça à un bloc de glace. C’est une toute autre histoire qui commence quand la température monte... 

    Ce qui compte, ce qui est important, c'est ce qui est petit, tout petit, ce qui ne tient qu'a un fil, il dit. Et c’est de continuer à marcher avec une âme simple, malgré tout ce qui rampe.

    Il dit que l'on ne voit pas l’entier du tableau, que l’on ne saisit pas bien les choses. Et que si personne ne voit le fouet, tous sont fouettés. Dans la douleur, on s’en prend au premier venu. Mais le premier venu c'est toi aussi. Frappé pareil. Alors, qui tient le fouet ?

    On voit les conséquences mais pas la source. Lui, c'est la source qui l'intéresse. Et ce qui la nourrit : la source de la source.

    Il a lu tout Lao Tseu, tout Machiavel et Angot. Il n'aime pas qu'on l'appelle sur son portable, ni qu’on le vouvoie par défaut. Il n'a pas de compte Facebook, pas de carte Migros. Il connait encore des numéros de téléphones par coeur. Pas que le 112 ou 144 je veux dire, mais des lignes directes, avec de vrais amis au bout. 

    Il veut occuper la ville le 17 mars. Il y a une semaine d'actions contre le racisme et le festival du film et forum international sur les Droits Humains, en parallèle. Il n'a pas le don d'ubiquité. La révolution est une question de chaleur et de temps. Il sait que le grand retournement est proche. Il a clairement l’image d’une crêpe en tête. Une belle crêpe, ronde, cuite à point, qu’un léger coup de poignet suffira à détacher de sa base. Alors tout se renversera. 

    Il a un tout petit peu d'eau dans son verre. Il a une manche retroussée. Il est le bouton et l’attache. Il raconte ses histoires debout. Sacrée hérédité. Debout. Il lève un doigt ou deux. Il est le majeur d'une minorité. Debout les damnés du système.

    Il aime les ânes et les boeufs, n'a pas suffisamment d'ego pour se penser différent, ou de fièvre pour se croire unique. Il ne trouve pas enviable le sort de Rihanna ou Cristiano Ronaldo. Pourquoi s’attacher à l’image, à une marque de fabrique, et se passer la corde au cou après n’avoir rien mangé durant trois jours ? Etre dans les bouchons pour aller au salon de l'auto : cherchez l'erreur.

    Il prend soin de sa forêt. Il aime désherber et semer. Faire son foin et sarcler. Pour le trouver, il faut aller dans les coins, varier les angles.

    Il fait ses prières le matin au marché, le soir devant les abattoirs. La nuit, il est là où se trouve le gibier. Il dit : on brûle des tonnes d’animaux, des gens dorment sous les ponts, ceux qui n'ont rien sont chassés. Réveillez-vous les gens. Les barbares du 6e siècle étaient plus élégants. On n’a jamais fait pire, en terme d'humanité, depuis les microprocesseurs. Il voit les bagarres, sous la table, pour les chips, les miettes, des existences sous-traitées, et des gens assis sur de hautes chaises qui parlent comme Siri. 

    Sa mère pense qu’il va mal finir. Il a de sacrés antécédents. 

    Mais sa mère, est-elle vraiment dans le coup encore?

     

     www.sylvainthevoz.ch

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Littérature 0 commentaire
  • Lettre à un défenseur de villas

    Imprimer

    Cher défenseur de villas, j’ai écouté attentivement ton point de vue concernant la votation de ce dimanche en Ville de Genève sur la modification de zone au Petit-Saconnex. Tu te plains que des groupes progressistes aient défendu ce déclassement de zone afin de pouvoir à terme construire du logement et faire évoluer ce quartier. Ce choix permet pourtant à celles et ceux qui veulent faire évoluer cet espace de pouvoir le faire ; autoriser par exemple l’église, qui souhaite pouvoir créer du logement à aller de l'avant, plutôt que d’avoir des locaux coûteux, partiellement vides et chauffés (pas très écolo).

    Cette votation est une chance pour que ce quartier ait la chance d’évoluer, de manière respectueuse, pour l’environnement, pour le bien de toutes et tous. Trop souvent on entend qu'il est oublié de la collectivité, voilà qu'il va pouvoir se développer. Il règne aujourd'hui un enchevêtrement de petites maisons autour de la place du Petit-Saconnex, avec une pente très marquée couverte d’une végétation variée. 18 villas occupent le terrain. Ce n'est pas défendre un quartier entier que de béatifier quelques villas, ni un modèle très écolo d'usage du sol.

    Je préfère les forêts aux parcs et les parcs aux jardins privatifs, c’est ainsi. Et j’aime mieux que l'on dispose d'espaces pour la collectivité plutôt que de plages de gazon pour quelques-uns, même si ces derniers défilent en criant « halte au béton ». En quoi les habitant-e-s du Petit-Saconnex profitent aujourd'hui des jardins privés des villas ? Réponse : en rien.

    La modification de plan de zone au Petit-Saconnex soumis à votation le 4 mars préservera l’esprit du quartier actuel et permettra à terme d’utiliser les sols d’une manière optimale pour implanter 200 logements.

    La modification de plan de zone valorisera cet espace en créant des venelles piétonnes, des chemins pour la circulation douce, préservant la quiétude du quartier. De nouvelles zones plantées seront ajoutées aux endroits qui visent à être assainis. La verdure sera préservée. Le grand Conseil, comme le Conseil municipal ont voté OUI au déclassement, à une très large majorité.

    Cher défenseur de villas, tu joues sur la peur. Et la peur, comme la défense des intérêts particuliers, ne permet pas de relever les défis collectifs actuels. Contrairement à ce que tu prétends, rien ne sera saccagé. Tout ce qui pouvait avoir une valeur de patrimoine a été exclu du périmètre. Les villas Heimatstill, la place du Petit-Saconnex, le Café du Soleil, tout sera préservé. L’implantation future des nouveaux bâtiments reprendra en majorité l’emprise au sol du tissu urbain existant.

    Il faut penser à celles et ceux qui doivent aller se loger loin de Genève, celles et ceux qui paient le prix sanitaire de la pollution lié au trafic. L’évolution de ce quartier se fera avec une légère densification, et un réaménagement maitrisé. Il n’y aura pas de saccage urbain, pas de perte d’espaces verts, pas de densification massive. Ton indignation est sélective. Elle vise à défendre 18 villas, pas à proposer une réflexion sur la croissance, ou un autre mode de développement. Le pseudo débat sur la densification ne dissimule pas les arguments racistes et xénophobes qui en suintent. On construirait là, selon toi, pour l'étranger. Et malgré les 74% de refus à l’initiative ‘Halte à la surpopulation - oui à la préservation durable des ressources naturelles’ par la population suisse (80% à Genève!), certains voudraient faire d'un vote de modification de zone un ECOPOP bis utilisant l'environnement pour faire triompher le quant-à-soi.

    Si Trump veut construire un mur, d'autres ne veulent plus qu'un seul clou ne se plante.   

    Certes, quel que soit le résultat de cette votation dimanche, les enjeux du développement et de densification sont sur la table et devront être traités. Mais pour que ce débat aie véritablement lieu, et pour que des projets de qualité ne soient pas pris en otage par des gens qui affirment: pas dans mon arrière-cour, pas chez moi, ou par des xénophobes qui hurlent la barque est pleine, ne confondons pas ce débat de fond sur le développement et la ville de demain avec la défense acrimonieuse d'un fond de commerce, qu'il soit électoral ou viager.   

     

    www.sylvainthevoz.ch 

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Genève 0 commentaire
  • Bonnant, Ramadan, parole de maîtres...

    Imprimer

    7783339215_l-islamologue-suisse-tariq-ramadan.jpgEn parlant avec des femmes qui ont suivi les cours de Tariq Ramadan à Genève au début des années 90 au collège de Saussure, on apprend une chose : un très grand nombre de personnes soupçonnait que le charismatique professeur couchait avec ses élèves.[1] Si quelques unes osaient parler, leur parole tombait dans le vide, sans être suivie d'effets. Ces élèves d'alors comparent aujourd'hui la liberté de cet homme dans une classe avec celle du renard dans un poulailler.

    Tariq Ramadan ne faisait pas de prosélytisme, il se faisait des jeunes filles

    Pourquoi une telle marge de manoeuvre pour celui qu'elles comparent à un prédateur sexuel ? Parce que le bonhomme était connu, invitait des sommités au collège, et cela plaisait beaucoup d'avoir un homme courtisé visitant autant les plateaux télés que les bibliothèques, dont la presse parlait abondamment.

    Mais surtout, la crainte portait sur le fait que Tariq ne fasse du prosélytisme religieux. C'est à ce sujet que la vigilance portait, pas ailleurs. Le paternalisme protecteur préférant, consciemment ou non, préserver de l'Islam les cerveaux des jeunes filles plutôt que leur corps du mâle prédateur légitimé dans son rôle d'autorité. 

    Pourtant les faits étaient largement connus et discutés entre élèves. La drague, l'abordage, la sélection ciblée par Tariq des élèves qu'il allait se faire, et les accès de fureur du professeur  contre celles qui lui résistaient. Cela était public, noté dans les cahiers des écolières, partagée entre elles, sujet de blagues et d'avertissements entre paires.

    Les collègues et responsables du professeur craignaient avant tout qu'il fasse du prosélytisme et endoctrine religieusement ses élèves. A ce sujet c'est sûr on posait beaucoup de questions aux élèves, est-ce que Monsieur Ramadan ceci, est-ce que Monsieur Ramadan cela, et s'en inquiétait. Savoir si Tariq allait opérer des conversions était semble-t-il plus inquiétant que de savoir s'il mettait ses mains aux fesses d'élèves mineures.

    Et pendant que les témoins se laissaient obnubiler par l'identité du musulman charismatique, l'homme libidineux pouvait tranquillement assouvir ses désirs. Parce que la société d'alors -qui est toujours celle d' aujourd'hui- donne au mâle un large pouvoir de domination, de contrainte, et d'emprise structurelle sur les femmes.

    C'est ce sexisme ordinaire, cette domination banalisée jusqu'à être rendue invisible, qui n'a pas été combattu, limité, et éradiqué alors, et qui ne l'est toujours pas suffisamment aujourd'hui. Il est d'ailleurs ahurissant que suite aux affaires Weinstein, Buttet et autres, certains semblent tomber des nues, voir même s'y accrocher encore, comme s'il n'était pas possible de se réveiller du profond cauchemar du sexisme ordinaire.    

    Au final, si l'ascendant sexuel de maître Tariq était envisageable, il n'a pas été jugé suffisamment choquant au point d'être stoppé. Pourquoi ? Par manque d'attention et de crédit donné à celles qui parlaient. Enfin, on les entend aujourd'hui! [2] Bravo à elles de parler. L'heure de la justice a enfin sonné. Tariq doit méditer là-dessus depuis la cellule sa prison parisienne.

     

    topelement.jpg

    Le sexisme recule-t-il ou change-t-il seulement de visage?

    Maître Bonnant, avocat de Tariq Ramadan cherche à nier la parole des victimes, menaçant de débusquer celles qui parlent. Il menace la parole des jeunes filles d'alors qui témoignent ouvertement aujourd'hui des manipulations émotionnelles et de l'emprise dont le professeur usait sur ses élèves.

    Cela appelle un commentaire : Maître Bonnant vient du même monde que Tariq Ramadan. Celui du pouvoir masculin dominant, narcissique et auto-satisfait, faisant passer l'abus pour du libertinage, le viol pour du romantisme. Dissimulant à peine la domination masculine derrière de belles paroles, qu'elles soient celles du code civil ou du Coran. 

    Ce n'est pas un hasard que Ramadan et Bonnant se soient trouvés. Tous deux manient la langue à merveille. Tous deux ont fait de leur prestige une arme de domination et de leur rhétorique une joute ludique permettant d'exercer une violence sans en avoir l'air. Tous deux, tout maîtres qu'ils sont, prétendant servir de hauts idéaux, les ont utilisé pour exercer menaces et intimidations aux fins d'atteindre leurs propres intérêts.

    Ramadan est en prison, Bonnant le défend.

    Mais bien qu'un mur les sépare aujourd'hui, ils appartiennent au même monde, celui du sexisme ordinaire.

    Et de ce sexisme, nous n'en voulons plus.

     

     

     

    [1] https://www.tdg.ch/geneve/direction-college-alertee/story/15390676

    [2] https://www.letemps.ch/suisse/tariq-ramadan-envoutait-eleves

     

    ......................

    www.sylvainthevoz.ch