12/03/2017

Pourquoi je l'aime

poésie,écriture,silenceJe l'aime, parce qu'elle ne cherche pas à parler la première, ni ne s'oblige à terminer une conversation.

Elle n'a pas besoin de clôture ou de panneaux d'orientation.

Je l'aime, car elle ne se sert pas de la parole comme d'un burin ou d'un marteau, mais comme si elle en était travaillée. Elle est l'outil de la parole, sa propre finalité. Elle ne communique pas, elle délivre. Elle ne convainc pas, elle offre.

Je l'aime, parce qu'elle se laisse travailler par celui qui s'en approche, s'affine à son contact, agrandit celui qui la cherche. Pour sa confiance, sa quête d'authenticité. Parce qu'elle sait se laisser trouver, je l'aime.

Je l'aime, parce qu'elle me donne le sentiment d'être toujours au commencement du commencement, au tout début, et que la source est toujours de biais. 

Je l'aime, parce qu'elle ne cherche ni à dominer ou contrôler, à rameuter ou refuser. Parce qu'elle n'a rien de chiche, de comptable, de rétréci ou rabougri; rien de la meute ou du clan, du badge, du code-barre, ou code d'entrée.

Je l'aime, parce qu'elle n'a ni nation, ni drapeau, ni troupes à son service, mais sert les plus détraqués et démunis: les lunatiques, les sensibles, les rêveurs, les épuisés: nous tous. Parce qu'elle est toujours un don, une gratuité, une présence et une option.  

Je l'aime, parce que la parole ne lui appartient pas. Elle l'accueille seulement, la relaie. Quand elle en est parcourue, tout le monde le ressent, c'est un frisson. La parole la traverse simplement. Elle va son chemin. Elle n'accapare rien.

Elle ouvre sa maison comme si elle s'étonnait qu'on puisse s'arrêter chez elle, y trouver un intérêt quelconque. Elle illumine tout, le plus simple le plus quotidien. Elle a sûrement préparé la table, pris soin de son intérieur, décoré joliment les choses, déposé quelques fleurs sur le rebord de la fenêtre, mais la parole aurait aussi pu ne jamais venir. Parfois elle se moque des maisons trop bien rangées.

Je l'aime, parce qu'elle peut attendre sans impatience et donner sans recevoir. Elle est un souffle, un nid pour l'innomé. Parfois rien ne vient. Ce n'est pas cela qui importe. Elle permet de retrouver ce qui est perdu.  

Je l'aime, parce qu'elle reconnaît les larmes, les rires, les silences, les prières et les insomnies comme le pouls du monde. 

Je l'aime, parce qu'elle sait accueillir et dire au-revoir à la parole sans s'y attacher, comme si elle la connaissait depuis longtemps et ne s'étonnait plus qu'elle vienne ainsi, à petits pas, à bas bruit, comme un oiseau, un animal de la forêt, bouleverse tout parfois. Je l'aime parce qu'elle connaît la profondeur de la perte. Je l'aime parce qu'elle peut tout reprendre, chambouler.

Elle découvre ce qui la visite, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, avec l'innocence de l'enfant. Elle sait que les horloges des humains n'ont pas le dernier mot sur le temps. Je l'aime, parce qu'elle ne retient rien, ne contrôle pas, ne planifie jamais.

Je l'aime, parce qu'elle connaît la liberté, le vertige et le désir, et qu'elle refuse l'imposition. Elle sait de quoi est faite la peur. 

Je l'aime, parce qu'elle sait dire l'amour, le silence et la mort, qui sont toute la vie.

Je l'aime parce qu'elle sait se passer des mots aussi, se faire note, oscillation, arbre, couleur, ou simple son.

Je l'aime, enfin, parce que je crois qu'elle nous survit, nous dépasse et nous agrandit; parce qu'elle est l'absence la plus présente qui soit. 

La poésie.

 

http://printempspoesie.ch/wordpress

 

Photo : Eric Roset www.eric-roset.ch

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06/03/2017

Répondre présent

MANIF_PERSONNEL_VILLE_GENEVE__05.JPG.jpgCertains pensaient que le temps des idéologies était fini, que l'on pouvait se passer du politique, que la vérité ne comptait plus, qu'une histoire en valait une autre, que le relativisme allait tout emporter. A quoi bon nourrir du sens, puisque le marketing peut tout redorer? Pourquoi assurer la qualité, puisque la qualité coûte cher, passe même pour un luxe?

 

La société entière s'est vue soumise au rabot néo-libéral : économiser sur le sens, couper sur les marges, faire mieux avec moins, faire au mieux avec rien, traiter les gens comme des consommateurs, et les robots mieux que des gens. Taxer les robots? Oui, pourquoi pas, mais si on s'occupait avant tout de prendre soin des humains? Nulle fatalité ne préside aux rapports de domination.

 

Le retour de la quête de vérité

Le story-telling, la mise en scène de soi, les selfies à gogo, seraient une ressource pour créer du sens? C'est un échec. On voit monter un nihilisme écoeuré ou un repli dans les tanières et l'on croit de moins en moins aux histoires qu'on nous raconte. Des citoyens accrochés à des réseaux sociaux comme des hamster à leur roue, attendant miraculeusement que rentre un père ou une mère nourricière, ça ne formera pas société. 

Certains pensent pouvoir vendre des projets de société comme des boîtes de sardines? Ce sera un échec. Il y a quelque chose dans l'humain qui résiste et désire autre chose que d'être traité de la sorte.

 

La violence quotidienne

C'est à l'école, à l'hôpital, dans l'économie, les transports, que le dogme libéral s'applique, tout le temps, avec la violence d'une loi implacable. Et cela fait des décennies que nos cerveaux, nos corps, nos imaginaires sont soumis à ce régime. Et cela, jusqu'au jour où ça craquera. Alors, le train aura une heure de retard et plus personne pour informer. Il n'y aura plus de journaux à lire, à peine des magazines publicitaire à feuilleter. Votre enfant attendra 3 heures aux urgences, sans personne pour en prendre soin ; et vous hésiterez à y aller, de peur que le patron ne vous vire, à moins que la perte de votre téléphone ne vous donne des envies de suicide...

La lutte des egos est une impasse. L'individualisme poussé à l'extrême, son sentiment de toute-puissance attaché, est une sinistre vulnérabilité... avec des paillettes et des filtres à couleur, certes, mais bon, pour quelle finalité? 

Dans un système où l'angoisse du perdant-perdant domine, où chacun craint que l'autre ne soit un loup pour soi, avec la hantise de devenir dévoreur ou dévoré, la seule garantie de ne pas contribuer à faire advenir un siècle cannibale est le renforcement d'un cadre suffisamment bon.

Pas celui vanté par les pseudos sauveurs : les Trump, Le Pen, Blocher, dopés à la nécessité des sempiternelles boucs émissaires. La présent nous échappe, quand ceux-ci font miroiter un passé perdu, le retour d'un Eldorado disparu (make america great again), se nourrissant des crises qu'ils contribuent à créer, désignant toujours d'autre comme responsable. Or, s'il suffisait de balancer des mousses et des marins par-dessus bord pour prétendre savoir piloter un navire, ça se saurait. 

 

Ce qui se dessine à bas bruit

Le cadre collectif avec les mêmes règles pour toutes et tous, avec des limites claires et de lois justes doit être renforcé; avec des personnes responsables et garantes du collectif, mais qui n'en sont pas au-dessus. Il y a aujourd'hui des mouvements de plus en plus profonds qui cherchent à construire un autre rapport au sens et à la vérité. Au temps des crises, du basculement et de l'instable, la peur et le désespoir nous guettent, nous testent. C'est là aussi où l'espérance devient plus forte et nous trouve, pour répondre présent.

Il nous revient de nous positionner. De ne pas céder sur la quête de sens, de vérité. Ne pas être dans la résignation, mais dans l'émulation, l'irréductible relance. Ne pas croire que c'est d'un tel ou d'une telle que viendra la différence. Il n'y a pas de sauveur unique, mais des caps harnachant des pilotes à leurs équipages et des équipages à leurs bateaux.

Une sortie des egos

Continuer de travailler, de parler, d'écrire, de créer des liens les uns avec les autres, quartier par quartier, familles par familles. C'est préférable à rentrer dans sa coquille. C'est contrer la logique des tanières ou de marquer son monde avec des selfies.

Enfin, c'est surtout une découverte enthousiaste : seul nous ne pouvons rien, unis nous sommes tout. Si la guerre des egos est une impasse collective, l'entraide nous laisse percevoir d'autres possibles. Ces possibles sont innombrables. Ils nous réclament, sans faire grand bruit, mais tous les jours.

A nous de répondre présent.   

 

 

Illustration photo Eric Roset  www.eric-roset.ch

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20/02/2017

Toxicité des rapports de domination

634007338.jpgLe 2 février, le jeune Théo, 22 ans, passionné de foot, animateur pour les jeunes, était violé à Aulnay-sous-bois. Un policier introduisait sa matraque dans son anus lors d'une interpellation. 

Des vidéos de surveillance corroborent les propos de Théo. Le policier se défend en prétextant un geste "accidentel", voulant simplement faire fléchir le jeune homme pour le mettre à terre. Le rapport médical est explicite. Il parle d'une plaie longitudinale sur près de 10cm de profondeur du canal anal et du bas rectum qui justifie deux mois d'arrêt complet de travail. Le 16 février, un reportage d'envoyé spécial retrace l'ensemble des faits, et donne la parole à Théo.[1]  

Aujourd'hui, quatre policiers sont mis en examen. L'un pour viol, les trois autres pour violences.

Justice pour Théo

Le viol est encore marqué par la honte sociale et un silence oppressant. On n'a pas vu de hashtag #jesuistheo. Il y a des violences qui cherchent à humilier et rabaisser l'être jusqu'à l'isoler. Cela illustre aussi combien il est difficile de s'identifier, dans sa chaire, au viol... et c'est justement le rôle du tabou : figer les chaînes des reconnaissances et des empathies.  

Mais un cri de ralliement a été lancé : justice pour Théo, repris jusque dans des travées de stades de football allemand. L'indignation grandit, l'écoeurement devant le viol et les violences policières. Au moment où Théo est toujours hospitalisé, dans l'incapacité de se lever, se déplacer, avec une poche pour faire ses besoins, la première justice à rendre ne serait-elle pas déjà de nommer ce qui s'est passé avec des mots clairs? Or, ce qui frappe c'est la difficulté à entendre le mot explicite de viol (qu'il soit présumé ou non) de la bouche des politiques, des journalistes.

 

Les euphémismes hallucinants

On peut entendre, lire, du boulanger au ministre en passant par les journalistes, les mots suivants : acte de barbarie, brutale interpellation, l'accident, l'événement, l'humiliation, la bavure, l'acte dément, le dérapage... En fait, mille et un mots pour dire ce qu'il s'est passé, mais sans le dire vraiment, pour évoquer quelque chose de "dégueulasse", tout en euphémisant et donc trahissant ce qui s'est déroulé.

Un viol avec une matraque sur un jeune homme de 22 ans.

Est-ce parce que l'acte est si violent qu'il doit être passé sous silence ? Ou parce que le tabou d'une violence sexuelle sur un homme est tenace et ne peut être dépassé ? 

En Suisse, on ne peut pas violer un homme

En Suisse, pour rappel, le viol d'un homme n'existe pas dans le code pénal, puisque l'article 190 considère uniquement comme viol la contrainte sur une personne de sexe féminin à subir l'acte sexuel. Un homme ne peut lui être soumis qu'à des contraintes sexuelles et la peine en est subséquemment plus faible. En cas de viol la sanction est obligatoirement une peine privative de liberté d'un an au minimum, de dix ans au maximum. En cas de contrainte sexuelle, la sanction est une peine privative de liberté de dix ans au maximum... ou une peine pécuniaire.[2]

Théo n'est pas un cas isolé ou un accident. Il est le révélateur brutal de violences, de tabous, et de silences complices. Le décalage entre la manière dont il nomme ce qu'il a subi, et la manière dont le pouvoir policier, politique ou médiatique le décrit nous interpelle sur les rapports de domination à l'oeuvre et les tabous qui persistent.

Toxicité des rapports de domination

Il nous appartient de nous opposer à toutes les violences, tacitement ou implicitement institutionnelles, qui se portent encore majoritairement sur les femmes, mais également sur des hommes, en dénonçant les cocktails toxiques composés de sexisme, de racisme, d'homophobie, et traquer, au quotidien, tabous, silences et ambivalences, qui les perpétuent.

La toxicité des rapports de domination est d'autant plus forte qu'elle se prétend inodore et incolore.

Et personne ne peut prétendre en être immunisé, tant que les viols et violences ne sont pas nommés comme tel... et politiquement, socialement, condamnés.  

 

[1] http://television.telerama.fr/television/regardez-l-enquete-d-envoye-special-sur-les-abattoirs,154261.php

[2] https://francoischarlet.ch/2014/le-viol-dun-homme-nexiste-pas-en-droit-suisse/

11:55 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : violences, discriminations, viol, théo | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/02/2017

Le MEG : Disneyland de l’ethnographie ?

meg,musée,culture,genève,expositions,socialQue fait-on le premier dimanche du mois ? On va au musée bien entendu ! La gratuité qu’offre la Ville ce jour-là permet de découvrir les expositions temporaires, mais aussi permanentes, qui enrichissent le patrimoine culturel de la ville. Ce dimanche, on se rend au musée d’ethnographie.

Plus de communication, moins de contenu ?

Tenté par l’article du Temps qui annonçait une exposition pour dépassionner le fait religieux, on pensait que le MEG allait empoigner un sujet politique.[1] Or, d’expo, il n’y en a pas. Il s’agit simplement d’un parcours interactif au sein de la collection permanente proposé par la Plateforme interreligieuse de Genève[2].

Joli coup de pub donc, mais rien de nouveau sur le fond. Passée la déception, on slalome dans les collections en s’aidant du dossier : « objets du sacré, au cœur des pratiques religieuses », publié aux éditions Agora par la plateforme interreligieuse. On se demande alors pourquoi il faudrait dépassionner le religieux, quand le thème de la laïcité anime fortement la République. Qu’est-ce qui fait si peur dans la religion ? Le fait religieux est-il tabou, à prendre avec des pincettes ? Il serait intéressant d’y réfléchir. Mais l’appât du parcours interactif ne le fait pas. Dommage.

Le MEG : Disneyland de l’ethnographie ?

Les vitrines sont décidément bien froides pour rendre vivant quelque débat que ce soit. Certes, on a renouvelé l’étiquette sur les collections, et le MEG sait très bien communiquer, mais dans le fonds pas grand chose à se mettre sur la dent, hormis un esthétisme hipster évoquant une ethnologie postcoloniale.

La dimension apolitique de l’exposition permanente, bien loin de dépassionner les débats, les évacue. On feuillette Totem, le magazine du Musée ethnographique. Les prochaines activités portent sur le 14  février, la drague, des poncifs sur le tour du monde, ou l’initiation à la batucada, la chasse aux oeufs. Le MEG est-il devenu le Disneyland de l’ethnographie ? Certes non, le FIFDH (festival international des droits humains) apportera une projection-discussion le 18 mars autour du film « The opposition », sur la construction d’un complexe hôtelier en Papouasie-Nouvelle-Guinée- sur des terres autochtones. Il semble qu'il y ait ici et là des occupations de salles possible...

Une exposition temporaire ? Revenez dans 3 mois !

Pas d’exposition temporaire en ce dimanche pluvieux. L’exposition Amazonie, le chamane et la pensée de la forêt s’est achevée au MEG le 8 janvier. Elle mettait en avant une sélection d’objets provenant de l’aire caraïbo-guyano-amazonienne avec force artefacts et céramiques. L’exposition suivante, l’effet boomerang, les arts aborigènes d’Australie débutera… mi-mai. Des thématiques toujours rassembleuses, dont on finit par craindre de ne pas trouver d’ancrage avec le quotidien ou les dimensions sociales actuelles des personnes qui vivent dans ces territoires. L’ethnologie façon MEG, une euphémisation des enjeux sociaux ?

Le nombre de visiteurs augmentent ? Mais au-delà des nombres, quel sens ?

On se rend alors à l’exposition permanente : « les archives de la diversité humaine », titre grandiloquent en regard de ce qui est montré. Quelques travaux de maintenance rendent des espaces inaccessibles jusqu’à mi-février. Au final, l’espace d’exposition est réduit comme peau de chagrin. Dans ce nouveau bâtiment, on se retrouve devant les vitrines du MEG classant par aire culturelle les objets comme dans les souterrains du château de Moulinsart. Le joyeux tohu-bohu dans les couloirs du MEG fait certes oublier un instant les interrogations chagrines. Les familles sont nombreuses, les enfants joyeux. Mais est-ce vraiment l’un des succès du musée, que d’en faire l’équivalent d’une maison de quartier ?

Un panneau l’annonce à l’entrée : les habitant-e-s- (sic) du Centre d’Anière nous font le plaisir de venir partager leurs traditions. Danse et musique de Guinée, danse et musique d’Afghanistan, Danse et musique du Sri Lanka, Danse et musique d’Erythrée animent tout au long de la journée les espaces en continu. La salle est pleine et les enfants s’amusent à faire des rondes, avec un DJ qui fait danser son monde. Mais rien ne sera dit de plus sur la situation de ces personnes, ni de leurs quotidien dans les foyers de l’Hospice Général...on aurait pu souhaiter une dimension relationnelle plus marquée.

Pour un Musée d’ethnographie empoignant les enjeux du monde

Arrivé au bout de la visite, on a l'impression d’un rapport superficiel, apolitique, du rapport à l’autre. Et on ne peut s’empêcher, en méditant sur les artefacts kanaks, malgaches ou maoris, d’être surpris du manque d’informations sur leurs combats, la dimension sociale de leur quotidien. Placé devant ces artefacts ramenés d’autres siècles, on ignore tout de ces peuples actuels, de ce qu’est leur diversité. Pourquoi ?

Certainement il faut des danses et de jolis objets pour égayer un dimanche pluvieux, intéresser les enfants. Mais si ces animations devenaient la raison d’être du musée, il nous semblerait manquer cruellement d’ambition et de vision, et donc trahir sa raison d’être. A trop aseptiser et esthétiser le discours sur l’autre, que reste-t-il au final de la diversité, de l’altérité et de ses difficultés ?

Alors, à quand des expositions au MEG sur le monde ouvrier, le capitalisme, le pouvoir, la lutte féministe, le terrorisme ou les migrations, par exemple ? A quand des expositions qui nous chamboulent et nous rendent à nos responsabilités de citoyen-ne-s, d’êtres politiques, et nous interpellent sur les rapports de domination du quotidien ? On aimerait du sens, de l’engagement, on en a besoin, vite. Et tant mieux s'il y a des jeux pour petits et grands pour faire vivre tout cela !  

 

 

Une version de ce texte est parue dans la journal Gauche Hebdo du samedi 18 février

[1] https://www.letemps.ch/suisse/2017/01/12/une-expo-depassionner-religieux

[2] http://www.interreligieux.ch

 

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24/01/2017

Le Temps met la cagoule

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 Avant, les journalistes protégeaient leur sources, maintenant ils protègent leurs fesses.

C'est à prime abord ce que l'on peut penser en découvrant la dernière rubrique du Temps signée Emilie Sombes, pseudonyme pour une chroniqueuse masquée, le 24 janvier.

Voilà que Le Temps, hier quotidien Suisse de référence, est devenu gazette des rumeurs en inaugurant une "chronique masquée genevoise" qui lui permet de répandre ragots et rumeurs sur la vie politique,[1]  sans avoir de compte à rendre à personne, puisque le journaliste devient un fantôme. Mais est-ce seulement un journaliste? Peut-être cet anonyme est-il même un politique, un excité ayant des comptes à régler. Payé pour rédiger cela ? Mystère. Est-ce une manière différente de faire du journalisme? Bienvenue alors dans la nouvelle ère du journalisme spectral.

 

Une drôle d'éthique journalistique

Le procédé met mal à l'aise. Le climat est lourd de suspicions. On observe d'un air critique le Temps avancer masqué. Difficile de comprendre ce qui conduirait des journalistes à publier dissimulés des articles sur la politique locale. Des pressions, des menaces s'exerceraient sur les journalistes? On se souvient que par "magie" un article d'Olivier Francey sur Pierre Maudet avait rapidement disparu des écrans, sans jamais arriver dans l'édition papier.[2] Mais pourquoi alors ne pas informer sur ces dérives? Parler pouvoir, argent, défendre l'indépendance de la presse. Ou alors, le nouveau journalisme spectral est uniquement un outil publicitaire, une recherche du buzz par des articles osant tout car ne rendant plus compte à personne? Drôle de conception du débat démocratique et du travail d'information. Et jeu risqué surtout. Car ce qui donne sa qualité à la presse, c'est la transparence, les codes de déontologie qu'elle se donne. S'anonymiser, c'est pour elle se ramener au niveau des forums de trolls sur facebook.

 

Les cagoules dans les salles de rédaction

Il y a une dimension politique aussi. Car après tout, n'importe quelle personne ouvrant un blog dans un journal est tenu de rendre compte de son identité. Le courrier de lecteur de la moindre gazette exige des citoyen-ne-s qui y écrivent de s'identifier. Le site d'information alternative et anticapitaliste Renversé s'est vu priver d'hébergement internet en Suisse, car il refusait d'identifier les personnes qui animaient le site.  

Il est bien interdit de se cagouler lors de manifestations, pourquoi le valoriser dans les salles de rédaction ? En fin de journée le Temps frappait encore avec un autre article, sur le PLR cette fois.[4] On devrait attendre désormais un communiqué de presse du Temps pour être sûr qu'il revendique l'article?

 

Fragilisation du rôle des journalistes

Deux jours après l'annonce de la fermeture de l'Hebdo, la profession n'avait pas besoin de ce nouveau coup tordu. Elle pâtit de la décision du Temps de la faire écrire sous pseudo. Son travail en devient plus difficile. Comment être dans la confiance avec un journaliste, dialoguer avec lui sans savoir si ce que l'on partage en off sera balancé ensuite dans un article anonyme? Comment, pour un journaliste, se faire une opinion, aller chercher de l'info, si sa profession devient synonyme de ragots et délations. La qualité d'information en souffrira. Au final, on risque d'avoir un journalisme fait par des mouchards ou des lâches. 

Il y a des pays où des journalistes risquent leur vie en écrivant. Il en est un autre désormais, le nôtre, où certains journalistes risquent la perte de leur identité professionnelle en écrivant des textes anonymes qui ne les exposent à rien d'autre qu'à la suspicion et à l'oubli. 

Le rédacteur en chef du Temps, Stéphane Benoit-Godet devrait rapidement tomber la cagoule, et s'expliquer sur le choix de ses étranges procédés au risque de décrédibiliser toute une profession. 

 

[1]https://www.letemps.ch/opinions/2017/01/24/primaire-ps-genevois-pari-risque-caroleanne-kast

[2]http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2016/03/12/pier...

[3]http://www.lecourrier.ch/141155/le_site_renverse_renait_e...

[4]https://www.letemps.ch/opinions/2017/01/23/logiciel-obsol...

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23/01/2017

La démocratie, c'est aussi le droit de dire non

 

La droite municipale, n'ayant probablement rien de mieux à faire, s'est fendue d'un communiqué de presse pour attaquer la diffusion d'un tout ménage de la conseillère administrative en charge des finances de la Ville de Genève Sandrine Salerno, appelant à voter NON à la 3e réforme des entreprises le 12 février, courrier co-signé avec Florence Germond, conseillère municipale en charge des finances de la Ville de Lausanne.

Selon la droite, le courrier incriminé (ci-dessous) viole le vote du conseil municipal du mercredi 18 janvier, au cours duquel la droite avait voté son auto-soutien à la réforme.

 

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Une droite qui veut faire taire les femmes

La droite municipale dénonce une propagande abusive de la part de Sandrine Salerno. Elle appelle la conseillère administrative à utiliser son temps et son énergie à ne pas se mêler de votation fédérale! Ben voyons, il semble bien que la droite regrette le "bon vieux temps" où les femmes donnaient leur bulletin de vote à leurs maris et s'occupaient avant tout de la cuisine et du foyer!

Plus grave encore, cette droite PLR et PDC laisse entendre, dans son communiqué de presse, que le courrier de la magistrate a été payé par le contribuable. Or, il n'en est rien! Pas un sou de la collectivité n'a été dépensé dans ce qui est tout simplement un positionnement politique d'une élue qui assume ses responsabilités et ses points de vue.

On cherchera en vain le logo de la Ville sur le courrier de Sandrine Salerno. Son courrier est porté par le comité unitaire du non à la réforme, dans le plus pur exercice de la démocratie directe. Dans le débat compliqué de la réforme des entreprises, c'est un signe de panique de la part de la droite que de se lancer ainsi dans des attaques factuellement fausse contre une magistrate en fonction.

Monsieur Dal Busco, grand argentier cantonal, a lui certainement dérapé lorsqu'il a utilisé les deniers publics pour faire de la pub à la réforme dans un courrier au contribuable.[1] Pourtant, aucune réaction n'était venue à droite concernant ce singulier usage de l'argent public....

 

Oui au débat d'idées oui à la liberté démocratique des élu-e-s!

Mais quoi qu'il en soit, et pour rappel, le conseiller administratif et conseiller national Guillaume Barazzone a pris position pour la RIE3, sans que personne ne crie au scandale. Il est sain, en démocratie, que chacun-e s'exprime. Et il est clair, au sein du Conseil administratif de la Ville de Genève que chaque élu-e ait un positionnement politique sur cette question fédérale, qu'il lui appartient de partager ou non.

Que le Conseil municipal de droite vote son soutien à la réforme est une chose. Mais cela n'implique aucunement qu'il oblige le Conseil Administratif, et encore moins que chaque élu-e de l'exécutif doive en faire de même en son nom propre. 

Au final, ce qu'il est important de retenir, c'est la très très petite idée qu'à la droite de ce qu'est la démocratie et la liberté d'expression. En attaquant la magistrate Sandrine Salerno sur son courrier co-signé avec Florence Germond, c'est clairement le signe du refus et de la peur du débat d'idées que montre la droite. 

 

Sandrine Salerno a le droit de s'exprimer

L'engagement de Sandrine Salerno a un contenu politique, c'est certain. Il rappelle le coût pour les collectivité publiques de cette réforme, et les risques pour les prestations publiques et les villes en cas de vote favorable le 12 février. Faisant cela, la magistrate est pleinement dans son rôle et son mandat, n'en déplaise aux aigris du municipal, qui devraient se rappeler que s'ils ont un pouvoir, c'est celui de s'exprimer et de servir la collectivité, pas de chercher à contraindre les autres à adopter leur point de vue.

 

La démocratie, en Suisse, c'est aussi le droit de ne pas être d'accord

La démocratie que l'on aime et sert en Suisse, c'est celle qui permet à chaque citoyen-ne de se faire son point de vue, sans se le faire imposer par quiconque.

La droite municipale veut-elle invoquer un devoir de réserve ou Dieu sait quoi pour faire taire celles et ceux qui ne pensent pas comme elle et au final empêcher les élu-e-s de s'engager et défendre leurs positions ?

Alors, cette droite totalitaire devrait réfléchir à sa volonté de museler les décideurs politique, et peut-être rédiger illico presto un autre communiqué de presse si elle pense que l'ancienne conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf devrait se la fermer quand, dans les colonnes du Blick ce lundi, elle estime que la troisième réforme de la fiscalité des entreprises qu'elle avait pourtant initié va trop loin et qu'il n'est désormais plus possible pour elle de la soutenir.[2]

Et si la droite y renonce, ce à quoi nous l'invitons, qu'elle amène alors plutôt des idées et des arguments au débat d'idée, plutôt que des chicanes et des tentatives d'intimidation. Car cela, face au peuple, ça ne passe jamais.

 

 

[1] http://commecacestdit.blog.tdg.ch/

[2]https://www.rts.ch/info/suisse/8330396-eveline-widmer-schlumpf-se-distancie-de-la-reforme-fiscale-des-entreprises.html

 

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17/01/2017

Serge Dal Busco, marathonien à l'arrêt

 

Cher Serge Dal Busco,

Tu étais pourtant un marathonien. Tu aurais dû savoir que dans une course il faut partir à son rythme, accélérer ensuite et finir à fond. Malheureusement, concernant la 3e réforme de l'imposition des entreprises (RIE3) c’est tout l’inverse que tu as fait. Tu es parti au pas pour ralentir ensuite et finir par y perdre ton souffle.

Des négociations avec les partis ? Tu as tout de suite perdu l’extrême gauche que tu n’as pas su prendre en compte. Le Parti Socialiste et les Verts ont essayé de te suivre un moment, mais à l’impossible nul n’est tenu. Tu as perdu toute possibilité d’obtenir l’accord de ces partis en essayant de leur faire avaler une convention mal ficelée dans un timing impossible à tenir, la chevauchant maladroitement à une votation fédérale brouillant toutes les cartes.

 

Mauvais timing, mauvaise négociation = pas de résultats

Imposant du début à la fin calendrier et contenu, tu auras finalement réussi à mettre tout le monde d’accord sur un seul point:  tu es un piètre négociateur. Là où il aurait fallu fédérer largement, tu as fait surgir des divisions de toutes parts. Tu pourras toujours invoquer le fait que c'est Genève et qu'à l'impossible nul n'est tenu. Il n'empêche, un ministre des finances devrait gouverner pour tous, pas seulement pour quelques uns. Et surtout, on attend de lui qu'il place l'intérêt collectif au-dessus de celui des grosses entreprises, pour créer vraiment de l'équité. 

Quant à la mollesse de la volonté s’ajoute la servilité aux milieux économiques, le résultat ne peut être que catastrophique. Et c’est bien ce qui s’est passé. Incapable de créer un front large sur un objet si important pour l'économie genevoise, tu as échoué là où nos voisins vaudois ont su allier doigté et négociation pour obtenir un plébiscite, d'abord des partis, puis de la population... il y a un an déjà.

 

Confusion générale

Sentant le vent tourner, tu t’es définitivement pris les pieds dans tes lacets. Le politique prenant le pas sur le ministre, dans un courrier accompagnant la déclaration d’impôts 2016 des contribuables, tu les as appelé directement  à soutenir la RIE3, principal enjeu de la législature et dont, dis-tu, « son succès bénéficiera à toute la population ».

Tu as fais alors peu de cas de la démocratie, prétendant benoîtement présenter uniquement des faits, te justifiant d’une manière ingénue de ne faire que ton travail de grand argentier, quand bien même tu influences directement réflexions et débats d'une manière partisane.[1]  

Bref, cher Serge, quand il faut être politique, tu agis comme un administrateur, et quand tu devrais agir comme un administrateur, tu te piques de faire de la politique (sans même l’assumer au final). Cela s’appelle courir à contre-temps, ou contre nature.

 

NON à une réforme mal ficelée

Pour toutes ces raisons, cher Serge, il serait grand temps de retrouver un rythme de course plus respectueux et plus doux afin de ne pas accentuer encore les cassures. Vu la manière dont tu as géré les "négociations" avec les partis et dont tu as mené cette réforme des entreprises au niveau cantonal, il semble pourtant bien tard pour espérer un revirement. Trop de temps et d'énergie ont été perdu à tourner en rond.

Les Genevois sont aujourd'hui dubitatifs concernant la RIE3. La différence entre le niveau fédéral et cantonal leur est difficilement perceptible. Comme ministre des finances, tu portes une lourde responsabilité dans cette confusion, que tu continues d'ailleurs d'entretenir. Certes, tu utiliseras le chantage au départ des entreprises, et menaceras tout le monde d'un effondrement de l'économie au lendemain du 12 février. Mais puisque tu nous as fait passer l'envie de soutenir quoi que ce soit, nous savons maintenant clairement à quoi nous voulons résolument échapper : une marche forcée en avant en mauvaise compagnie avec un pistolet sur la tempe.

La seule issue pour éviter la catastrophe annoncée, c'est désormais qu'un NON clair soit posé sur la RIE3 en votation populaire le 12 février, afin que nous n’ayons pas à subir à Genève les errances d’une course mal conduite, avec des accélérations et coups d’arrêt erratiques, dommageables pour la collectivité.  

 

Voter NON le 12 février à la RIE3 apparaît désormais comme un vrai bol d'air, le meilleur choix pour préserver les finances genevoises et notre liberté. 

 

 

[1]  http://www.lecourrier.ch/145921/rie_iii_le_message_qui_fache

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16/01/2017

Sauvons la librairie Le Parnasse !

14500607_1644524315838891_1622368717071911245_o.jpgLa Librairie Le Parnasse existe à Genève depuis 1978. Elle est installée à la rue de la Terrassière depuis 10 ans et n'a cessé depuis sa fondation de défendre avec foi et enthousiasme le monde du livre. Durant l'année 2014/2015, une rénovation de grande envergure a eu un sévère impact sur l'activité de la librairie, l'obligeant à exercer dans une surface réduite de plus de moitié.

 Contre vents et marées, la librairie a tenu bon, et depuis quelques mois recherche activement des fonds auprès de diverses sources de financement pour se remettre à flots et poursuivre son activité de librairie tout en innovant et lançant de nouveaux projets variés; conserver au centre-ville un espace de rencontre, de débat et d'échange, permettre à de nouveaux auteurs et d'autres confirmés de continuer à se faire entendre et nourrir une langue commune.

 

14463300_1641406209484035_7085427346997129408_n.jpgRôle et importance des librairies

Le Parnasse défend une offre en littérature et poésie suisse, italienne et autres, en psychologie. Une association de soutien a vu le jour en mars 2015, suivie suite à la première AG de mai 2016 de la constitution d'un petit groupe de soutien inspiré et militant: les Amis de la Librairie Le Parnasse [1].

Dynamique et joyeuse force d'action et de proposition, destinée à soutenir la librairie à laquelle ils sont attachés et qu'ils considèrent comme un lieu essentiel devant être défendu.

Pour rappel, le prix unique du livre en Suisse, malheureusement refusé au niveau national en 2012, a été plébiscité à Genève et dans toute la Suisse romande. Les librairies sont des lieux essentiels pour mettre en avant le travail des éditeurs et faire vivre une chaîne du livre qui passe par les imprimeurs, les auteurs, les diffuseurs de moyenne et petite taille.

A quoi bon défendre une littérature et fournir des soutiens à l'écriture en Suisse, si les points de vente disparaissent? Il n'y a pas de littérature sans livres, et pas de livres sans lieux pour les feuilleter, les acheter, c'est-à-dire, sans librairies.

 

 

14433055_1641405739484082_121424854665129537_n.jpgSoutien participatif!

Un weekend de soutien et de récolte de fonds pour la Librairie Le Parnasse a eu lieu les 24 et 25 septembre derniers[2]. Durant deux jours, de nombreux auteurs-autrices on lu, échangé, débattu et rappelé l'importance de la librairie.

Aujourd'hui, les amis du Parnasse lancent un projet de financement participatif, afin de donner un bol d'air à la librairie et lui permettre de continuer à jouer son rôle de poumon culturel.

Pour soutenir, et préserver cette librairie genevoise fondée en 1978, c'est très simple, il suffit de cliquer sur le lien suivant : https://wemakeit.com/projects/j-aime-ma-librairie et choisir des contreprestations ou faire un don pour la librairie.

 

On pourra ainsi acquérir un poster inédit de Tom Tirabosco, d'Aloïs Lolo ou de Pierre Wazem, recevoir des livres, ou disposer de la librairie le temps d'une soirée, pour marquer son soutien à un lieu, un esprit, de Genève! [3] 

 

[1]https://www.facebook.com/Les-Amis-de-la-Librairie-Le-Parnasse-1610123992612257/?fref=ts

[2]http://www.tdg.ch/culture/livres/La-librairie-Le-Parnasse-fait-la-fete-et-crie-a-l-aide/story/18767139

[3]https://wemakeit.com/projects/j-aime-ma-librairie

 

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03/01/2017

De Lascaux à la Servette...

15822678_10154717231176826_2177001069037110969_n.jpgC'est beau quand la créativité s'affiche !  En raison d’un changement d’exploitation, la plupart des 3000 panneaux publicitaires de la Ville de Genève ont été recouverts de blanc début janvier 2017.[1]

Les Genevois-e-s se sont alors spontanément  appropriés ces espaces vierges, démontrant que l’espace public peut être un lieu d’expression de créativité et de partage, et que si l’on retire un peu la publicité et ne sanctionne pas immédiatement la créativité, celle-ci donne lieu à de très belles manifestations.

 

Stop à la criminalisation des créateurs

Les restrictions sur l’affichage dit sauvage et les tags poursuivis d'une manière maniaque par Pierre Maudet d'abord puis Guillaume Barazzone ensuite ont tué une certaine créativité en Ville de Genève, faisant de l'espace dit public un espace privatisé au profit du vide, du lisse, du rien, du propret hygiéniste.

A force de vouloir sans cesse réprimer et criminaliser, jusqu'à la créativité, on en est arrivé à corseter toute expression, à refuser tout signe de manifestation. Désormais, même les amoureux semblent hésiter à deux fois avant de graver leur nom sur une écorce ou un bout de banc; les gamins hésitant à faire des traces de peinture sur le sol. Or, il y a pire que le fait de transgresser, il y a celui de ne même plus oser. 

L'espace public est devenu petit à petit l'espace de personne, de l'anonymat de l'interdiction et du vide, ou alors de la crainte de l'éruption massive et destructrice.

 

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De Lascaux à la Servette...

Pourtant, il y a une légitimité forte, humaine, basique, à vouloir créer, écrire, peindre, laisser une trace, et d'autant plus dans une société dématérialisée de manière accélérée. Il y a peu de société qui, au final, permettent aussi peu que la nôtre de toucher marquer, imprimer sur ses murs et ses pavés quelque chose de soi.

 

Il y a pourtant de nombreux bienfaits, pour une collectivité, d’avoir des lieux d’expression dans l’espace public. Après tout, si l'on veut sortir de la société de la consommation et de l'avachissement, ne faudrait-il pas ouvrir des espaces d'appropriation et de création, participatifs, accessibles à chacun et visibles par tous ?

 

Quand la créativité s'affiche...

Il serait tellement plus positif, et l'appropriation par les genevois-es de ces derniers jours l'illustre, de mettre à disposition des lieux et des espaces, les aménager, les valoriser, plutôt que de criminaliser d'une manière coûteuse les agités du stylo. Mais surtout, faire en sorte que cette créativité soit le fait d'une politique publique volontaire plutôt que d'un heureux hasard lié à une attribution de marché contestée.[2] 

 

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La plus-value d’une activité artistique et le sentiment d’appartenance à la collectivité qu'elle procure est mille fois plus positifs que les quelques désagréments que des graffitis peuvent occasionner à la cornée.

On peut y voir l'exploration de la liberté de faire ou de ne pas faire, celle de la découverte du cadre et de ses limites, enfin d'une possibilité de développer la capacité de s'approprier les choses dans une société qui souffre surtout de retrait massif, d'isolement et de désinvestissement collectif.

 

Ouvrir des possibles 

Il suffirait de presque rien, de toiles blanches, d'ouvertures de possibles, mais surtout de faire le pari de laisser place à l'inattendu, à l'inconnu, à la poésie, et aussi peut-être à la colère et à la rage, bref, à ce qui bout dans tout un chacun, plutôt qu'aux enseignes publicitaires et à la bonne gouvernance du vide ripoliné.

Et puis, quand un temps aura passé, après avoir soigneusement photographié et documenté les dessins, traces, théories, peintures, crachats (toujours mieux que de les ravaler) que les genevois-es auront librement déposés sur ces espaces, passer un joli coup de peinture blanche, afin de renouveler les possibles, ouvrir de nouveaux chapitres pour la fabrication commune d'une culture urbaine. 

C'est une utopie ?

Peut-être... peut-être pas. 

Si on faisait, pour l'éprouver, le pari de l'ouverture de quelques pages blanches dans l'espace public ?

 

 

[1]http://www.tdg.ch/geneve/genevois-s-approprient-espaces-p...

[2]http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Revolution-dans-l...

 

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31/12/2016

Il ne faut pas tourner la page

Ce samedi 31 décembre, fredonner la chanson de Nougaro serait bien approprié. Pourtant, non, on ne veut pas tourner la page, ni changer de paysage. On rechigne à faire comme si, par magie et dans les pétarades du soir, les fulgurances des cotillons, cette année écoulée magiquement se dissiperai... et hop les compteurs seraient remis à zéro pour repartir du bon pied? Non.

Il n'y a pas de grâce présidentielle pour l'année écoulée. Elle s'empile à la précédente qui s'empile à la précédente qui s'appuie sur un héritage qui se cumule. La magie du nouvel an est une crémeuse fumisterie. Rien n'est classé, liquidé, résilié. Non, de cette année 2016 nous ne serons pas quittes à minuit.

 

Dimanche 1e janvier : 366e jour de l'année 

On va s'y efforcer quand même? Faire sauter quelques bouchons, valser les bouteilles, trinquer, guincher, s'alka-seltzeriser? Et s'embrasser? S'embrasser, oui! Il nous faudra encore bien quelques jours pour ne pas dater de 2016 les premiers courriers de l'année. Mais enfin, si on y réfléchit, qui écrit encore des courriers aujourd'hui, et les date même ? Les courriels ont une mise à jour automatique, plus besoin de les dater, de remonter les pendules, de retourner les clepsydres, secouer les coucous. La machine se charge elle-même de se remettre à jour. Nous allons avec le mouvement, et n'avons pas avancé depuis les grecs : le champagne que nous buvons le soir du 31 est-il toujours le même ou chaque fois différent ? Héraclite a la gueule de bois.  

Le compte à rebours : ultime ringardise

Le domaine commun, aujourd'hui, c'est le changement, la fulgurance, le dépassement de soi. Le 31 décembre est devenu la fête la plus lente qui soit, la seule qui fait du temps son unique enjeu et ne célèbre que son passage dans une période où la fuite en avant est continue.

Or, quand le temps n'est plus qu'à la course, à quoi bon célébrer encore l'accélération? Le 31 se voudrait la fête du dépassement, elle devient paradoxalement celle du ralentissement, de la rétrospective, voire de la nostalgie; le seul moment de l'année où l'on fait encore un compte à rebours de 10 à zéro pour sourire béatement sur un zéro qu'on voudrait prolonger à l'infini. Alors qu'on ne fait même plus de compte à rebours pour envoyer des satellites dans l'espace, on continue à faire le compte à rebours pour les cotillons. Beau. 

 

Le temps n'est pas à la fête 

Pas de jour de repos, pas de trêve, pas de vieux cahier des charges à jeter, même plus d'agenda à changer, la mise à jour se met automatiquement à jour sur le smartphone.

Pas de silence à faire, tout continue comme avant, rien de neuf et de nouveau. Plus de résolutions, d'ailleurs, on y croit plus vraiment. A peine un nouvel abonnement de fitness à offrir, histoire d'y aller pour 3 semaines, on verra pour la suite... un promesse d'arrêter de fumer? ça devrait tenir les 3 premiers mois, après on se remettra à torailler.

Non, il ne faut pas tourner la page, rien ne change vraiment le 31 décembre, mais quel joli prétexte pour festoyer un peu quand même.

Il n'y a plus rien à fêter le 31. Mais avec un brin de distraction, on passe même à la nouvelle année sans s'en rendre compte. Hommage à ceux qui bossent ce soir, et ceux qui se couchent à 22h après un repas sommaire, réveillonnent avec une bande-dessinée.  Et à ceux qui s'embrassent, malgré tout, toujours!

 

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28/12/2016

Quelle collaboration suisse avec un état colonial ?

 

israël,palestine,onu,résolution,coloniesLe vote, le vendredi 23 décembre, par 14 pays et l'abstention notable des Etats-Unis, de la résolution 2334 du conseil de sécurité de l'ONU, énonce clairement que les colonies d'Israël, toute les colonies, dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Jérusalem sont illégales.[1]

 

Il devient dès lors impossible, pour le monde entier, de faire comme si, ou de légitimer l'occupation de quelque manière que ce soit. Ce vote marque un moment important pour la reconnaissance du droit du peuple palestinien; un tournant dans une histoire emplie de méandres. S'il n'y a pas de quoi tomber dans l'euphorie, cette résolution est clairement un jalon, suite aux nombreuses résolutions réaffirmant la primauté du droit international sur la logique d'annexion.[2]

   

Une résolution de plus, un pas vers le changement?

Le gouvernement Netanyahou a beau s'agiter dans tous les sens, vitupérer, menacer ses alliés ayant voté cette résolution (France, Angleterre, Nouvelle-Zélande) l'onde de choc est profonde et marque une prise de conscience du cul-de-sac dans lequel la politique du gouvernement Netanyahou entraîne son pays. Si les Etats-Unis s'abstiennent de faire usage de leur droit de veto pour protéger leur allié, le passe-droit permettant d'accaparer une terre au mépris du droit international se retourne en acte d'accusation.[3]

La fébrilité actuelle, en Israël, illustre le fait que les sanctions internationales ne sont pas indolores. Les atermoiements de Natanyahou, entre menaces et coups d'éclats : annonces de nouvelles colonies, puis leur mise en suspens, l'illustre. Le gouvernement israélien ne peut se permettre d'être politiquement mis aux bans des nations. La bataille des consciences et de l'image est un enjeu important. La colonisation tient encore, en 2016, par le seul fait d'être encore suffisamment légitimée aux yeux de la communauté internationale comme un "état de fait".[4]

 

Une victoire pour BDS !

Cette résolution 2334 est une victoire importante pour les mouvements dénonçant l'occupation israélienne. Elle marque une légitimité renforcée pour le mouvement du BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), qui trouve dans cette résolution du conseil de sécurité une caution internationale à sa dénonciation d'un état hors-la-loi.

Surtout, elle démontre que les moyens d'actions du BDS sont articulés d'une manière cohérente. Ils permettent d'actualiser dans des faits des décisions politiques, et de tendre vers la justice sociale, en haussant le niveau de conscience des populations concernées.

Alors que le ballet du Grand théâtre de Genève et le ballet Béjart Lausanne achèvent une tournée polémique à Tel-Aviv, malgré les avertissements du BDS, la résolution de l'ONU tombe à pic pour rappeler les risques de danser avec l'apartheid. Le dégât d'image étant fait, on peut désormais espérer que l'agenda 2017 des tournées de ces vénérables institutions sera plus solidaire et politiquement mieux inspiré. 

 

israël,palestine,onu,résolution,coloniesContinuer comme avant ?

Cette résolution du Conseil de sécurité conduit désormais directement à s'interroger sur la politique que la Suisse va désormais mener vis-à-vis d'Israël.

Pour rappel, Israël était, en 2015 le troisième partenaire commercial de la Suisse au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, après les Emirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite. Les biens exportés en Israël sont les produits pharmaceutiques, comptant pour plus d’un tiers des exportations (35%), les pierres précieuses et la bijouterie (19% principalement des diamants), ainsi que des machines (14%), des produits horlogers (7%) et agricoles (6%). Les importations d’Israël sont principalement constituées de pierres précieuses et de bijoux (diamants), comptant pour 66.4% du total.[5]

Est-il vraiment envisageable de continuer ce commerce comme si rien ne s'était passé ce 23 décembre 2016?

 

Quel impact, en Suisse, pour cette résolution de l'ONU ?

Certes, il n'est pas certain que la résolution de l'ONU dénonçant la politique de colonisation d'Israël puisse faire rapidement évoluer la situation dans les territoires occupés.

Toutefois, elle doit être reçue comme un signal important pour revoir la politique menée en Suisse à l'égard d'Israël.

Les positions de la Suisse doivent se fonder sur le respect inconditionnel des droits humains, du droit international, et de sa propre neutralité, garante de la paix.

Alors que le gouvernement israélien est condamné par la communauté internationale, il semblerait anachronique et dangereux que notre pays poursuive sa politique d'étroite collaboration économique, militaire, culturelle, avec un état désormais hors-la-loi.

Aux parlementaires fédéraux, aux élus, aux citoyens, consommateurs que nous sommes, de marquer la différence, par le boycott, le désinvestissement, et les sanctions, à l'égard d'Israël, et de faire pression sur notre gouvernement pour que lui aussi passe à l'acte. 

Refuser la collaboration en Suisse avec les états coloniaux, c'est un choix en faveur de la paix.

 

 

[1] https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/israel-punishes-world-after-un-vote

[2] https://www.monde-diplomatique.fr/2009/02/A/16775

[3]http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.761114

[4]https://www.letemps.ch/monde/2016/12/26/colonies-rage-net...

[5]https://www.seco.admin.ch/seco/fr/home/Aussenwirtschaftsp...

 

Photo : Afrique du Sud, 1992 - Enfants de Soweto au trempoline - James Nachtwey-  http://www.jamesnachtwey.com

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27/12/2016

Madonna peut aller se faire foutre

 

C'est devenu un rituel remarquable. A chaque star du showbizz qui casse sa pipe, à un âge respectable pourtant ou comme conséquence inéluctable d'une vie flambée, la litanie de la plainte grandit et se déverse sur les réseaux sociaux sous forme d'hommage et de complainte charitable où chacun en profite pour confesser ses premiers slows ou refrains fredonnées sous les vibratos de la star; exhumer s'il le peut une photo, un truc griffonnée avec son icône et où, au final, la mort de l'autre devient encore le lieu d'un culte de soi et d'une mise en avant de son propre vécu sur le dos des osselets fumants d'un roi de la pop ou du rock.

 

Orgie d'egos

Les petits mausolées numériques (aussi vite érigés qu'abandonnés) deviennent, au fil des mois, les tas grossiers d'une orgie compassionnelle devenant d'autant plus ridicules ou vulgaires que, forcément, le temps passe et les morts balisent le calendrier au rythme des saisons.

On ne sait plus trop distinguer alors qui mérite son mausolée ou pas, qui est laissé de côté et qui devient un martyre auréolé de strass, de pixels et de paillettes, le tout dans un scintillement approchant la saturation au fur et à mesure que la fin d'année approche et que la baudruche mortifère grandit... la répétition d'une expression de compassion numérique devenant de plus en plus guignolesque... heureusement, la nouvelle année remettra les compteurs à zéro... ouf, on a failli imploser. Mais quoi, le même cirque recommencera dès janvier. C'est ainsi, c'est la vie. 

On arrive ainsi au pic de l'éblouissement lorsque Madonna[1], suite à un deuil de trop, ou comme un ultime nombrilisme, propose à 2016 d'aller se faire foutre... hé, bravache la petite, il suffirait de peu que 2016 ne décide qu'elle aussi a fait son temps, et malgré la toute puissance de l'image et de l'argent, il soit temps pour elle, comme pour tout un chacun, de rendre l'âme et le tablier ...  Eh quoi une poignée de pop-stars meurent et elle envoie toute une année au diable? 

 

Il n'y a pas que les stars qui meurent il y a tous les péquins aussi

Car enfin, ça n'arrête pas de claquer sur cette planète. A la pelle même, des morts anonymes dans les ruines d'Alep, au Yemen, au Nigéria, en Irak, en Afghanistan, dans les prisons, les  brousses, les steppes, les ems, les océans et les hôpitaux du monde entier, ça tombe et ça meurt, ça naît et ça disparaît, à un rythme autrement plus élevé que la poignée de stars qui ont disparu cette année et semblent pourtant engloutir avec eux une partie de l'univers. 

Bien sûr que je ne suis pas insensible à la mort de Fidel Castro, de George Michael ou au dernier souffle de Leonard Cohen, c'est dramatique, mais franchement, tant que des enfants continueront de mourir en silence et dans l'anonymat complet, sans que l'on soit capable de sortir l'Occident de ses deux postures favorites : impuissance ou charité...

Madonna peut aller se faire foutre.   

 

 

[1]http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/12/26/george-michael-est-mort_5053868_3246.html

 

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21/12/2016

Budget de la Ville de Genève : le PLR refusera-t-il encore l'obstacle?

saut-obstacles-problemes-abords-1.jpgLa Ville de Genève aura-t-elle un budget pour 2017 ce jeudi? Rien n'est moins sûr. La faute aux atermoiements du PLR, de l'extrême gauche et de l'extrême droite. Ces derniers, après avoir choisi, durant 3 mois, soit de septembre à décembre de ne pas amender le budget proposé par le Conseil Administratif, ni de travailler sur celui-ci, se sont réveillés... pour choisir de ne rien faire et d'attendre encore avant de décider quoi que ce soit, se mettant au passage dans une infantile posture victimaire.

 

Ce n'est pas à la population d'en faire les frais   

Le budget présenté par le Conseil Administratif est à l'équilibre. Il est même un brin bénéficiaire. Il garantit les prestations à la population, les conditions cadres de l'exercice des services publics, alors même que la population et ses besoins sont croissants. C'est devant un budget responsable et équilibré que les forces politiques de droite et de l'extrême gauche jouent aux enfants colériques (mais sans amener de véritables revendications).  

Lors de la plénière du 10 décembre dernier, une pluie d'amendements, aussi tardifs qu'une première neige est tombée sur le parlement municipal. Le groupe MCG n'a rien trouvé de plus malin d'agglomérer une majorité constituée de PLR, d'UDC, d'extrême gauche et de quelques verts, pour renvoyer l'examen de ces amendements en commission.

En équitation on appelle cela un refus devant l'obstacle. Sandrine Salerno a eu beau tirer sur les rênes pour faire avancer l'attelage, rien à faire. Depuis, il ne s'est pas passé grand chose. Les élus rétifs tournent en rond devant l'obstacle et refusent d'assumer la responsabilité de leur plantage.  

En commission des finances, le Président du Conseil d'Etat, François Longchamp est venu en personne remonter les bretelles des conseillers municipaux, leur rappelant leurs devoirs et les limites de leurs pouvoirs. Les conseillers administratifs sont revenus rappeler une enième fois qu'un budget est une autorisation de dépenses, et qu'au final, c'est aux comptes que tout se joue, que ce budget est bon et qu'avec un peu de volonté il est possible de sauter l'obstacle... mais certains traînent encore des sabots.

Au passage, ce sont de nouvelles auditions qui ont été votées, quelques dizaines de milliers de francs dépensée pour faire siéger des élus qui ne savent, au final, toujours pas ce qu'ils veulent ni comment l'obtenir, et font de l'obstruction parlementaire alors qu'ils sont majoritaires. 

 

PLR et Extrême gauche cul et chemise pour saboter le vote du budget

Le PLR peut hurler au complot tant qu'il peut, répéter que le Conseil Administratif n'a pas fait son travail, ils ne trompent personne. Les faits sont têtus. On ne peut à la fois être majoritaire dans une arène politique et faire une politique d'obstruction et de délégitimation aussi massive. Le PLR montre là un visage d'incurie. Lui, pourtant si prompt à donner des leçons de bonne gestion et d'efficacité... les PME et l'économie apprécieront le trouble et l'incertitude que ce parti crée de toute pièce.

Que l'extrême gauche s'acoquine avec le PLR et oublie qu'il a en la personne de Rémy Pagani un responsable de l'exécutif est par ailleurs dramatique. Si c'est la stratégie de la rupture que l'extrême gauche veut jouer, que Pagani démissionne, plutôt que de laisser saboter un budget nécessaire à la collectivité. Ce ne sont pas aux habitant-e-s de payer les tâtonnements idéologiques de l'extrême gauche.

La posture du PDC est bien plus claire. Le groupe a choisit d'assumer ses responsabilités et d'aller de l'avant. 

 

Incertitudes devant l'obstacle

Que va-t-il se passer ce jeudi ? Différents scénarios se dessinent : soit le PLR, l'extrême gauche et l'extrême droite se rappellent à leurs devoirs, arrêtent leur pantalonnade et votent le budget amendé par leurs soins, soit la Ville n'aura pas de budget et fonctionnera sur ce que l'on appelle les 12e provisionnels, soit des autorisations de dépenses votées chaque mois chargeant inutilement l'administration et l'appareil bureaucratique d'une manière coûteuse.

La droite élargie acceptera-t-elle enfin de sauter l'obstacle ou tournera-t-elle casaque, faisant perdre encore des centaines de milliers de francs à la collectivité? On doit espérer que, dans chaque écurie, des élu-e-s sauront prendre leur responsabilité pour avancer et éviter de sombrer dans l'indigence.

Car le niveau a déjà bien baissé. Refuser encore l'obstacle reviendra à ramper à quatre pattes. Certes, les aplatis dénonceront ensuite la vilaine gauche, le méchant conseil administratif.

Mais il n'empêche, quand on ne veut pas passer des obstacles, on devrait en rester à l'accompagnement de poneys, pas au vote du budget de plus d'un milliard de la deuxième ville de Suisse.   

 

 

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20/12/2016

Alleluia Noël : apnée ou respiration?

noël,fêteNous ne nous laisserons pas emporter par la dépression, par les déflagrations. Cela a beau péter de tous côté, donner l'impression que c'est la fin du monde, la fin de l'histoire, qu'il n'y aura plus rien après notre prochain souffle - hé surprise tu es encore là toi?- nous ne nous laisserons pas tomber.

L'après vient, il est en gestation, maintenant, dépend de nos engagements, nos grandes petites mains, plongées dans le mystère du miracle d'être, du devenir gigotant avec, dans notre tube gastrique, en gestation dans la soupe primordiale colorée de milliers de calories tourbillonnantes, pour gérer l'angoisse post-brexit, post-trumpiste, pré-lepensite ou que sais-je : la farouche volonté d'être.

La farouche volonté d'aimer, de se tromper, d'oser, de recommencer, de lutter, d'écrire, de perdre, de recommencer encore, de témoigner, d'être jugé... et de s'en foutre. 

Patrick Chauvel[1] quand il rentrait de reportage de guerre, tentait de se poser et de ne pas repartir immédiatement. Mais il était tellement out, en décalage entre deux mondes, à distance d'un vol de l'horreur et ramené parmi les vivants, qu'il échouait, envoyait bouler les chauffeurs de taxi qui ne savaient pas ce que c'était que Viêt-Nam ou Liban et se relançait à nouveau, sur d'autres terrains.   

Ce n'est pas la catastrophe qui l'emportera, ni le double gras de la dinde aux marrons, ou la charité. Il y a une voie large entre se gaver de gras ou grogner sous les gravats, avec quelque chose de la distance à l'événement et l'engagement, pour ne pas se réfugier dans le quant-à- soi, la dépression, ou l'impuissance. Il y a mille manière de résister, de dire non. On se laissera pas bouffer la tête, ronger l'os par le cancer du renoncement.

Mille façons aussi de s'organiser, d'accroître la beauté, comme cet homme qui passe doucement de la musique à la radio le soir, choisissant des airs décalés, de jazz ou de rumba, et ouvre les fenêtres de l'esprit comme un petit calendrier de l'Avent.

Comme cette femme qui griffonne des textes sur les tables des cafés et répète d'un air inspiré à tous ceux qui lui offrent un verre : tu dois lire Le dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Frey, tu verras un Christ déglingué revenant tel un clodo dans le New-York d'aujourd'hui... tu dois lire Antonin Artaud ou Michaux, écrire tout ce qui te passe par la tête, limer toutes tes pensées, pour faire briller une autre densité, une autre lumière.  

Ces journées ou s'emboutissent sur ton écran un assassinat, une fusillade, des bombardements et des naufrages - comme si c'était quelque chose d'aussi banal qu'une liste de commissions; où tu te retrouves scotché comme un batracien devant la dureté du monde, et en même temps, où tout atteste de sa dématérialisation, car rien n'empêchera le sprint radical, décisif, forcené et bouillant vers... les cadeaux de Noël.

S'y ajoute, nécessairement le temps des rétrospectives, des hommages, des bilans, des retours en arrière, et des fleurs déposées sur les tombes. Et puisque c'est la fête des familles, c'est donc nécessairement celle de ceux qui n'en font plus partie, l'ont quitté ou glissé au-dehors. Et tu brasses tout cela, faisant mémoire par un mantra silencieux des noms disparus ou présents à jamais.  

Alleluia Noël : apnée ou respiration ?

Sur le fil ou sous la flamme, vivre est encore une fête. 

 

 

 [1] Patrick Chauvel, rapporteur de guerre, Editions J'ai lu, 2004. 

 

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15/12/2016

On, solidaires, ou personne pour le faire

 

 

on,personne,vie,viveOn s'assied on se voit, on  se parle.

On budgétise, on comptabilise. On planifie. On sectorise.

On avance, on reprend, on écrit. On témoigne, on rabiboche, on se goure, on poursuit, travaille la sente, jongle avec le temps, saute sur les bois roulants. 

On compose, on résiste, on s'engage, on dit non.

On dit bon, on se lance.

 

 

Quand ils n'ont que le mot coupes à la bouche. On a liens sur les lèvres.

On dit viens.

On s'enflamme.

Moins de langue de bois, plus de feu dans les mains.

On tartine son pain, cherche une simplicité, à se laisser rejoindre.

 

 

on,personne,vie,viveOn fait demeure de coquelicots et de tuiles, on se tait, on se bouge, on s'étend.

On se parle, on s’allume.

On mâchonne les cailloux, allume des bougies.

On regarde de loin, du plus près que l'on peut, ce qui là-bas déchire.

On peut peu, on peut plus, et ce que l'on peut faire, on le doit.

On sent que ça ne peut pas passer comme ça.

On écoute.

On s'alepise, épilepsise, et parfois on ne voit plus rien.

Anesthésie ou débattue. 

 

 

On avance, on essaime, prend sa chance, lance la danse.

On s’attire, on s’aimante, on se dore, se ronronne.

On s’éprend, on s’appelle, se reprend, se sourit.

On se baigne, on se tanne, on se saque, on s’étire, on respire.

Pas céder.

Du moment qu'on avance et qu'on sait: le plus beau à venir.

Pas céder.

 

 

on,personne,vie,viveOn se vit.

On fait deux, on fait meute, on fait groupe, on fait bande.

Le parti, le duo, amoureux, sur le ventre, sur le dos, la balade, sous la pluie.

Le chemin nous enseigne.  

On appuie sur les chaînes, on enfonce les pédales, on étire par le fond, les paumes posées à table.

On reprend les virages à la corde, on se calme on s’attend, on se pose, on respire, on s'entraide.

On se casque, on s'enfonce, on sourit.

 

 

Moins de cadeaux, davantage de dons. 

On s'accorde. 

On, solidaires, ou personne pour le faire. 

 

 

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07/12/2016

Les chauds froids (il n'y a plus de saison vous dites?)

 

Après la fête de l'escalade, avant la coupe de Noël, avant les polémiques sur les crèches qui vont nous tomber dessus.

Avant la chaleur des fêtes de fin d'année, après l'ouverture des abris PC pour ceux qui sont à la rue toute l'année. 

Dans l'hiver qui vient, à tous les chauds-froids qui nous saisissent.

Dans la ronde des primaires françaises, où pareilles à celles des stands de foire, de petites figurines politiques sont dressées puis dézinguées.

Alors, comme lors d'un tir à la carabine de plomb, des pipes en plâtre sont volatilisées.

A ceux qui n'osent pas lever la tête, à ceux qui ont peur de se prendre une volée. A ceux qui se taisent.

Au sentiment d'assister au freak show, à la ballade des monstres qui jouent du simulacre, du retournement de veste ou du mime, devant une foule de badauds grignotant du pop-corn, ou se pinçant pour y croire, voire regardant ailleurs... Il y a-t-il spectacle plus saisissant?

Ce serait donc vraiment lui, l'homme qui va faire éclater les chaînes, et celle-là réellement va se faire couper en deux, sans même montrer qu'elle souffre ni hurler ? Spectaculaire.

 

Diversions

A la foire. Aux miroirs déformants, au minces qui se sentent obèses, aux poids lourds qui ne passent plus les portes, mais qui demeurent pourtant tout finauds, pour disparaître d'un coup, quand tourne le vent ou change l'éclairage. 

A l'étrange sentiment d'assister à une course de chevaux, avec des paris furieux, des papiers qui volent, des poubelles pleines de quittances désuètes ou de prises éparses de note, des papiers gras glissés de main en main, avec la peur qui tourne bleue dans les yeux. Il y a même des femmes à barbe maintenant!

Vite, lancer une balle encore, peut-être que l'on atteindra le trou des 100, remplira le panier.

Parier encore sur une autre bestiole. Celle avec une belle crinière, l'autre, avec les sabots à l'équerre.

Hypothéquer sa confiance s'il le faut! Car ce canasson là, c'est le bon (ou plutôt, puisqu'il en faut un, pourquoi ne pas parier sur celui qui serait à cent contre un: perdu pour perdu autant, en rire encore un peu).

A la grande réjouissance de revenir de l'arrière et de coiffer au poteau les plus aguerris, les blanchis sous le harnais, à la grande tentation du pire céder? Mais peut-on se satisfaire du côté revanchard et d'en jouir?

C'est-à-dire: d'en faire perdre certains plutôt que véritablement gagner d'autres, et cesser de construire? 

Ce serait là notre maximum?

 

La course à l'échalote

A l'échauffement des voix, concomitant à l'essoufflement des naseaux; au démaquillage d'Hillary Clinton au lendemain de sa défaite, au vernis de David qui dégouline de sueur quand il s'approche d'une dame. A sa transpiration abondante dans sa tour de verre aux lumières clignotantes. Aux milliardaires convoqué d'une manière cinématographique - on se croirait dans un talk show -ploutocratie-. Et la foule qui suit, les badauds qui regardent le spectacle, comme si ce qui se décidait là en concernait d'autres qu'eux-mêmes.

Oui.

Comme si cela n'était qu'un spectacle. 

A l'angoisse de la fin du monde. A Alain qui s'effondre, à François qui se débine, à tout ce qui pousse tranquillement.  

Bientôt, peut-être, le peuple votera aussi pour retenir ou non son ministre et décidera par sondage des mesures à prendre. Et le président, ou l'algorithme, leur confirmera par tweet leur choix final.

Mais il n'y aura pas un gramme de pouvoir en plus dans la balance pour le peuple. Ce sera un divertissement supplémentaire, enfin, je veux dire plutôt : une distraction en plus.

 

Le cirque

Par les votes des budgets, dans la glaciation de ceux qui dézinguent des lignes à l'aveugle, ne sachant pas à ce qu'ils touchent, mais y allant de leur coup de taser sur ce qui leur déplaît, pour bien montrer qui seraient les patrons, qui peut imposer sa force, ce qui plaît bien et ce qui ne plaît pas - et au diable le bien commun- régime pour tous et ceinture, et ration supplémentaire, pour quelques uns seulement.

Ce qui compte pour eux, c'est de rappeler qui est le boss de l'esthétique budgétaire. Il ne faut pas que ça dépasse ici, que ça aille une jolie forme là et que ça puisse entrer au millimètre dans la pointure inférieure, quitte à tordre, à casser le bout des orteils.

Et finalement : cahin-caha, ça avancerait toujours pareil?

   

Contrôle

La droite obéit à la logique de l'expérience de Milgram. C'est à savoir qui sera le plus désinhibé et augmentera les décharges que porte l'emphase.

Car oui, il faut bien envoyer des décharges électriques, afin que tous aient suffisamment peur, et prennent conscience que les entreprises peuvent partir, vont partir, que la pénurie guette, que la lutte des places sera sans pitié, si on ne déroule pas le tapis rouge pour quelques uns.

C'est du sentiment bien clair du manque et de l'isolement que viendra la paix sociale. Ah, vous le croyez vraiment?  (ça s'échauffe dans les coins).

Dans l'annonce du refus de sortir du nucléaire, dans l'incandescence de la fission des finances publiques ; par Rie3 : dans l'ère de glaciation.

Dans l'hiver qui vient, dans la chaleur brûlante de décembre.

 

Il n'y a plus de saison vous dites?

Dans les frissons des frimas, sur les plaques de glace, avec la neige pixelisée dans les yeux, au risque de glisser.

Aux artistes qui chantent, à ceux qui continuent de patiner sur une surface lisse dont l'épaisseur diminue pourtant. A ceux qui vont vite, à ceux qui font des trous dans la glace pour trouver de la nourriture, et la partagent encore sur le feu.

A la beauté de l'exercice.

A la menthe fraîche. Au givre sur les roseaux. A l'amour.

Au silence des oiseaux.

Au printemps qui vient, à sa chaleur puissante.

 

 

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01/12/2016

Tram rose ou delirium tremens ?

tram-rose.jpgQuand il  me prend dans sa rame, il me porte très loin, je vois la Ville en rose...

Dès ce jeudi 1e décembre, pour sûr, les Genevois-e-s fredonneront Edith Piaf et se frotteront les yeux en le voyant passer. Qui ? Le tram tout rose de la ligne 14 customisée par l'artiste Pipilotti Rist dans le cadre du projet art et tram.[1]

Initié en 2009 par cinq communes accueillant la ligne du tram 14, Lancy, Onex, Confignon, Bernex et la Ville de Genève, le projet art et tram a piqueté cette ligne de projets artistiques.

Pour rappel, on peut déjà admirer  : l'oeuvre de Silvie Defraoui sur les trois arrêts successifs de la commune de Lancy, Quidort, Petit-Lancy et Les Esserts, la sculpture monumentale de 10 m de haut, représentant une figure humaine en position debout d'Ugo Rondinone à Onex, les mâts et lampadaires tordus d'Eric Hattan à la croisée de Confignon. Le projet de John M Armleder dans le passage "Gotham City" sous les voies de Montbrillant et le projet de beautiful bridge de Lang/Baumann sont à réaliser encore.

Le Canton de Genève a assuré la réalisation de ces projets, avec la participation financière des communes concernées. A ce jour donc, cinq interventions artistiques permanentes sont réalisées ou à réaliser encore le long de la ligne 14, auquel s’ajoutera, dès ce jeudi 1e décembre, le Monochrome Rose de Pipilotti Rist.[2]

 

rose,rose explose,monochrome rose,pipilotti rist,kuverum,culture,genève,tpgVoir la ville en rose

C'en est donc fini de la grisaille de novembre, des habits noirs, du bitume sombre. Une flèche rose va débouler dans la ville, ouvrir la première fenêtre du calendrier de l'avent à toute volée. Le plus intéressant ne sera pas seulement de voir passer le tram rose ou même d'y monter, mais dans et autour du tram ! Grâce à un réseau orienté vers la pratique, Kuverum, groupe de médiateurs culturels de toutes les régions linguistiques de la Suisse, liant médiation culturelle et formation, sont venus éprouver la ligne 14 et réfléchir à des propositions culturelle et de médiation pour le tram rose.

Les dix premières offres de médiation culturelle qui émanent de cette démarche sont séduisantes. Elles proposent d'utiliser l'attraction du tram pour inviter les écoles, les institutions, les groupes à se l'approprier, faire avec des actions simples, réfléchies et accessibles, de la culture, un facilitateur social inspirant.

Impliquant le Muséum d'Histoire Naturelle, invitant à se faire des compliments, mettant en forme des idées autour de la couleur rose, investissant les écrans du tram, il ne sera bientôt plus possible de lire son 20mn ou tapoter sur son téléphone mobile de la même manière dans ce tram là... Bienvenue à cette autre manière d'explorer la ville en quelque sorte. Après, si c'est trop, on pourra toujours prendre le tram suivant, aller à pieds sous la pluie.

Les Genevois-es s'approprieront-ils ce tram rose? Oseront-ils rêver la ville en rose dans celui-ci, ou sera-t-il réduit à un exotisme coloré et singulier ? Réponse dès ce jeudi... et tous les jours de l'année ensuite, selon les désirs de chacun-e. Durée d'exploitations prévue: 30 ans.

 

rose,rose explose,monochrome rose,pipilotti rist,kuverum,culture,genève,tpgInvitation à chacun-e à participer

Chacun-e- est désormais invité à participer à l'aventure du tram, pensé en quelque sorte comme un outil de médiation culturelle et sociale pour vivre la ville autrement. Plusieurs options sont déjà offertes: suivre l'une des médiations déjà réalisée, et envoyer des photos et des textes de son expérience avec celle-ci ; proposer un projet personnel grâce à l’appel à projets (l'appel à projets‬) ; initier une action liée au tram Monochrome Rose, et l'envoyer à l'adresse suivante :info@roseexplose.ch

 

Alors : tram rose ou delirium tremens? Un peu des deux peut-être en fait.

Certainement, une initiative osée de médiation culturelle permettant d'aller à la rencontre des gens.

Cela commence ce jeudi 1e décembre à 14h au Rond-Point de Plainpalais, par la manière la plus traditionnelle qui soit, une inauguration, et un petit apéro... au rosé évidemment.

 

 

[1] http://www.art-et-tram.ch/

[2]http://www.roseexplose.ch/fr/index.html

[3]http://www.kuverum.ch/fr_index.php

 

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28/11/2016

Témoigner pour la vie

images.jpg

A la fondation Michalski, à Montricher, il y a cette incroyable bibliothèque, ces alvéoles pour écrivains en résidence. Là, tout est neuf, de bois et de pierre, bien ancré au pied du Jura, dans le calme et la sérénité, avec un magnifique auditoire creusé dans la bonne terre vaudoise. Un hommage vivant à la culture, aux lettres, et à la civilisation. Trois hommes sont réunis là pour faire mémoire, 20 ans après, du plus long siège de l’histoire de la guerre moderne : celui de Sarajevo (avril 1992-février 1996). Le correspondant de guerre, photographe, Patrick Chauvel, le journaliste de guerre, documentariste, Rémy Ourdan, et l’écrivain Vélibor Čolić.

 

 

 

Le siège /Opsada

chauvel,ourdan colic,sarajevo,guerre,journalistes,culture,mémoire,témoignerCes trois ont traversé et survécu à la guerre. Velibor s’est engagé dans l’armée bosniaque avant de la quitter en jetant sa kalachnikov dans la rivière - il avait peur que s’il la cassait seulement, il soit possible de la réparer pour l'utiliser à nouveau-  Patrick Chauvel, et Rémy Ourdan ont vécu de l'intérieur le siège de Sarajevo et présentent leur film: Le Siège ( The Siege/ Opsada, 2016),[1] imbrication d’images d’époque, de photographies de Chauvel,[2] et des témoignages de celles et ceux qui ont survécu au siège.

Ce film bouleversant montre les Sarajéviens comme résistants, pas comme victimes, pousse à réfléchir sur ce qui leur a permis de tenir dans les pires moments. Les voix racontent l’épreuve, l’horreur de la guerre, les snipers ; ces moments où il faut choisir entre manger sa pomme tout seul dans son coin ou la partager à plusieurs, ce que les gens révèlent d’eux-mêmes dans les moments de péril ultime. Il en ressort une incroyable énergie de vie et de résistance au milieu de l’horreur et du dégoût total. 

 

index3.jpgCulture comme résistance

Montrer les spectacles montés dans les caves, le concert de musique classique dans les cendres de la bibliothèque de Sarajevo, le concours de miss ville assiégée, ces mille et une ironies, blagues, graphismes subversifs, résistances psychiques à la mort qui planait, les doigts d’honneur fait aux snipers. Entendre le choix de cette infirmière qui, au début du siège, allait quitter sa ville, puis demande à descendre du bus, pour y retourner, car on avait besoin d’elle dedans.

Voir cette petite fille courir avec son petit chat dans les bras sous les tirs des snipers. Faire mémoire de tous ceux qui allaient au péril de leur vie chercher un blessé au milieu d’une rue, ou juste du pain au marché. La guerre dans ce qu’elle a de banal, quotidien, de dévoreuse de vie à laquelle il fallait opposer un surplus de vie.  

   

index1.jpgUn film pour rendre hommage

Ce film est une descente abyssale dans une ville en guerre. Une guerre qui arrive du jour au lendemain dans un espace de paix, multiculturel et pluri confessionnel.

Tous le disent : on n’aurait jamais pensé qu’il y aurait la guerre. Et puis, du jour au lendemain, il y a les chars devant toi et les tirs de mortiers. Ce moment surréaliste où ce qui n’arrive qu’aux autres, t’arrive à toi, et que tu es coincé. Et il faut choisir : résister ou mourir, se terrer dans un coin ou affronter.  

Il  y a quelque chose de psychotique dans le récit de ce siège qui commence du jour au lendemain et s’arrêtera de même lorsque la communauté internationale se décidera à frapper les positions hautes des serbes. En une nuit, et un ciel zébré d’éclairs, le calvaire de la cité s’arrêtera. Il aura duré 4 ans, laissé 11'541 victimes sur le carreau, des milliers de blessés. Certains disent que l’arrêt du siège fut un événement tellement surréaliste et qu’il laissa les gens désemparés. Pourquoi ne pas avoir frappé plus tôt, pourquoi si tardivement seulement ? Avec le sentiment d’avoir été soumis à une sorte d’expérience d’enfermement perverse et ultime.

 

La travail de dire

Čolić,[3] Ourdan, Chauvel, parlent de leur travail. De la nécessité de témoigner, d’être comme des petits bruits dans l’oreille des indifférents pour les empêcher de dormir tranquille. Ils sont tenus par l’impératif de raconter. Pourquoi ? D’abord pour ceux rencontrés sur place, pour que leur parole soit portée plus loin, pour qu’au drame ne s’ajoute pas l’indifférence, et à l’indifférence l’oubli.

Parce qu’il y a l’histoire, parce qu’il faut garder trace. Parce qu’ainsi la mémoire, les générations futures, auront accès à ce qui s’est passé. Chauvel rappelle l’exécution d’un jeune homme. Ce dernier était ratatiné contre un mur. Au moment où il a vu l’objectif du photographe, il s’est redressé, a rassemblé ses forces pour prendre une pose fière et digne.. avant de mourir.

Ceux qui crient crient. Les messagers portent les messages. Comment écoutent ceux qui entendent ? 

Aujourd’hui, à Alep assiégée, les troupes du régime syrien reprennent les quartiers est de la ville. Plusieurs milliers d’habitants fuient sous les tirs, dans la nuit de l'hiver. 

 

Jusqu'à quel niveau d’indifférence peut-on aller sans se perdre ?

Fin du film, fin du débat. Čolić raconte une dernière anecdote.  Un suisse avait demandé à l’écrivain argentin Ernesto Sabato, pourquoi l’Amérique latine avait une histoire si chahutée, et la Suisse si peu. L’écrivain argentin répondit : le jour ou Guillaume Tell a raté son fils, la Suisse a perdu sa grande occasion d’avoir une mythologie dramatique.

Que faisons-nous de ce drame d’être dans un pays en paix, stable, heureux et prospère, alors qu’à quelques milliers de kilomètres des humains sont assiégés et humiliés ? Jusqu'à quel point le sentiment d’impuissance empêche-t-il de s'organiser et agir?

Jusqu’à quel point peut-on encore se dissocier de ce qui a été vécu à Sarajevo, ce qui se déroule désormais à Alep, faire comme si notre univers, clos, s’arrêtait aux collines verdoyantes de Montricher, aux premières neiges sur les Alpes.  

Une question lancinante: si nous renonçons à agir là-bas, comment redoublerons-nous d'efforts pour accueillir ici ceux qui sortent de l'enfer,  nous sont tellement semblables, qu’il est parfois difficile de les regarder en face sans honte ? 

  

 

[1] http://www.remyourdan.com/

[2] http://www.fonds-patrickchauvel.com/

[3] http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/06/16/velibor-colic-l-illettre-qui-visait-le-goncourt_4951458_3260.html

 

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22/11/2016

La morgue du Grand Théâtre de Genève

160927_dontdance.jpgLundi soir, des militant-e-s du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) dénonçaient à Genève la tournée prochaine du Ballet du Grand Théâtre à Tel-Aviv, en distribuant des tracts devant l'opéra des Nations.

Ce tractage visait à informer les spectateurs du fait que Genève, en tant  que capitale des droits humains, veillant sur les conventions humanitaires, ne pouvait laisser filer son ballet dans un état qui viole les droits de l'Homme sans réactions.

En effet, il est profondément troublant que le ballet du Grand Théâtre envoie ses chaussons promener la réputation de Genève dans un champ de mines[1]. En décembre 2015, le jongleur Mohammad Abou Sakha (parrainé par Amnesty international)[2] a été arrêté par l'armée israélienne sur le chemin de son école de cirque en Cisjordanie, transféré sans accusation dans une prison israélienne. La poétesse palestinienne Dareen Tatour (parrainée par PEN international) a été mise en prison en 2015 pour avoir publié un poème sur Facebook, elle est aux arrêts domiciliaires aujourd'hui.[3]

Nonobstant cela, notre ballet irait, la bouche en coeur, servir la soupe à l'opéra national de Tel Aviv?  

 

Sensibiliser le public, solidariser les artistes

Pour rappel, fin septembre, le mouvement BDS adressait une lettre au ballet du Grand Théâtre Genève l'invitant à renoncer à maintenir ses 4 dates (19-22 décembre) à l'opéra national de Tel Aviv.[4] 

Dans son courrier, BDS rappelait l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d’un régime d’occupation et d’apartheid et démontrait qu'il est fallacieux de dire que la culture peut être un pont entre des peuples ou un outil de dialogue quand, derrière un mur de séparation de 700 km et des dizaines de checkpoints, vivent enfermé-e-s des centaines de milliers de Palestinien-ne-s qui n'ont aucune chance d'avoir accès à ces spectacles. Impossible pour eux de se rendre aux représentations du ballet du Grand Théâtre de Genève. La culture sert donc ici à renforcer une inégalité et légitimer une division des peuples.

Si la culture est le soubassement d'un dialogue clair et un facilitateur de rencontre, il y faut une volonté, un message franc, et par exemple, a minima, s'engager à aller des deux côtés du mur, à la rencontre de tous les publics. Le GTG ne peut être crédible avec son discours vertueux que s'il explique ce qu'il compte faire à Tel Aviv.

 

La culture à toutes les sauces?

Si cela n'est pas fait, merci d'arrêter de nous baratiner sur le fait que la culture serait nécessairement un outil de dialogue vertueux, un créateur automatique de liens positifs. Il est malheureusement aussi très bien utilisé comme un vecteur politique, élitiste, réservé à une certaine classe sociale, pour un certain groupe, dans une perspective de normalisation de l'intolérable et de dissimulation des conflits.   

 

La morgue du Grand Théâtre

Il faut constater que le Grand Théâtre de Genève, à ce jour, prend de haut les appels de BDS. Il n'a toujours pas formellement répondu à sa lettre de septembre l'invitant à renoncer à cette tournée, se limitant à répondre à une sollicitation du journal le Courrier en bottant en touche (on n'irait pas en Corée du Nord, mais Israël est un état fréquentable), et en maniant l'euphémisme (Le choix a été laissé aux danseurs, mais aucun n’a souhaité boycotter Tel Aviv... comme si des employés pouvaient dire à leur employeur qu'ils ne veulent pas travailler)... le plus troublant étant lorsque Tobias Richter, directeur d'un Grand Théâtre pesant quand même 43 millions de subventions de la Ville de Genève,  répond par mail au journaliste pour affirmer qu'il s’agit d’une collaboration artistique. Le Ballet du Grand Théâtre de Genève ayant simplement répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel des relations très amicales sont entretenues.[5] Bref, circulez il n'y a rien à voir, sans prendre la peine, le moins du monde, de se positionner sur les questions de fond que soulève BDS. On est en droit d'attendre plus de la part d'une entité souhaitant jouer un rôle culturel majeur dans une Ville comme Genève.

 

L'art ne peut être neutre au sujet de l'Apartheid

Les militants de BDS se sont donc réunis ce lundi soir pour aller sensibiliser le public. L'accueil fut bon et curieux. Toutefois, après une petite heure, un responsable du Grand Théâtre leur a demandé de sortir du parvis de l'opéra. Des membres du club des amis du Grand Théâtre se plaignant apparemment de cette distribution de papillons.

Ainsi, à la place des Nations, une vénérable institution, subventionnée à hauteur de 43 millions par la Ville de Genève, prétendant porter haut son nom, demande à ses citoyen-ne-s de dégager de devant ses escaliers, et ne prend pas la peine de répondre à un courrier, engagé certes, mais courtois, appelant à un positionnement culturel et politique de l'institution face au fait d'aller danser dans un état ne respectant ni les artistes ni la liberté d'expression.

 

Le nom de Genève n'est pas une marque de lessive

On peut être d'accord ou pas avec l'appel de BDS, on peut trouver le moyen du boycott trop radical, mais on ne peut accepter la morgue et le mépris avec lequel le Grand Théâtre reçoit cet appel et fait cas des citoyen-ne-s qui questionnent la volonté du GTG de faire la promotion du dialogue comme vecteur de paix. Le nom de Genève n'est pas une rente de situation ou une marque de lessive. L'utiliser ainsi n'est pas acceptable.

La culture, bien plus qu'un outil de dialogue semble malheureusement être, dans ce cas précis, pour la direction du GTG, être réduit à un appareil de production culturel, esquivant le débat d'idées, à finalité économique, une tournée étant de l'argent qui rentre, peu importe l'origine de celui qui paie et sur le dos de qui.

Le Grand Théâtre fera-t-il vraiment porter un message de paix et de dialogue en Israël ? Si oui, qu'il nous explique comment, avec quels moyens, et pour qui et qu'il s'explique vraiment sur le maintien de ses choix. 

Sinon : qu'il s'abstienne d'y aller, comme certaines voix lui enjoignent de le faire avec une insistance désormais grandissante.

 

 

La culture oui ! Mais pour qui, et pour quoi ? 

Danser avec l'apartheid au risque de ruiner l'image de marque de Genève? Dites-leur ce que vous en pensez : facebook : @geneveOpera // twitter : @geneveOpera // courriel : info@geneveopera.ch

Pour en savoir plus : site de BDS Suisse bds-info.ch

 

 

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[1]  http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2016/10/17/gran...

[2]http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/cirque/la-detent...

[3]http://www.europalestine.com/spip.php?article12238&la...

[4] http://www.bds-info.ch/index.php?id=460&items=2260

[5] http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

 

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21/11/2016

Le salon des petits éditeurs a tout d'un grand

Samedi 12 novembre à la ferme Sarasin, au Grand-Saconnex, la troisième édition du salon des petits éditeurs[1] porté par les éditions Encre Fraîche a tenu ses promesses. Côté chiffre : 500 personnes ont visité les stands de 30 éditeurs, découvert l’exposition de l’atelier le poisson bouge, fait 2 dictées, participé à une balade littéraire, assisté à 4 animations pour enfants. 5 débats ont eu lieu, 12 lectures, 4 vernissages de livres. Une classe a vendu des pâtisseries pour leur voyage d’école. Mais on n’ira pas jusqu’à compter les kilos de pain écoulés ou les litres de cafés bus durant cette journée. Le langage des chiffres et de la quantification n’est pas celui qui convient pour rendre compte de cette richesse. C’est ce qui s’est passé entre les gens, dans ce salon chaleureux, intime, agréable qui doit être relevé. Pour la troisième fois, la ferme faisait comme un pied-de-nez au salon du livre ayant lieu à quelques encablures, à Palexpo, au mois de mai, et s’établissait à une toute autre échelle.

 

La proximité avant tout

Dans la ferme, il n’y a pas de grand groupe de presse ou d’édition. C’est ici le royaume de la petite édition. Dans cette sorte de ruche du langage, des contacts, multiples, se nouent, entre auteurs, jeune public, éditeurs. L’entraide joue à plusieurs niveaux. Les éditeurs se font aider par leurs auteurs à porter les livres, installer le stand, le tenir. Les auteurs préparent l’apéro, lisent leur texte, d’autres débattent. C’est un peu comme en famille (en mieux). On est là dans la militance et la proximité. Cela se ressent à tous les niveaux. L’entrée est gratuite. C’est important pour une parole qui se veut libre et accessibles à toutes et tous. Personne ne compte ses heures. Les signatures, lectures, débats, permettent de découvrir de nouveaux visages, nouvelles voix.

Les professionnels du livre sont là aussi. Dominique Berlie, responsable livre en Ville de Genève, Cléa Rédalié, son homologue au Canton, accessibles et souriants. Aurélia Cochet, de la MRL (Maison de Rousseau et de la littérature) est interpellée par les auteurs qu’elle croise. Elle en profite pour rappeler l’événement Écrire POUR CONTRE AVEC à la MRL, dont le thème est cette année : « provoquer l’avenir » (avec Maylis de Kerangal, Pascale Kramer, Joseph Incardona, notamment). Tout se tient. La culture et la défense d’une société éveillée demande des courroies de transmission et des incubateurs pour la pensée. En ce salon se préparent les livres futurs. Fruits d’une rencontre, d’un hasard, d’un coup de cœur parfois.

Réfléchir ensemble

Quatre grand débats rythment la journée. On retient ici les thèmes : Quand l’écriture se confronte à l’Histoire, Aux sources de l’inspiration poétique, Ecrire après un livre à succès, Ecrire l’ailleurs (avec Blaise Hofmann, Pascal Nordmann, Zabu Wahlen, Céline Zufferey), Fiction courte (Guy Chevalley, Annick Mahaim, Anne C. Martin, Jérôme Rosset), histoire de réfléchir aux multiples facettes que prend la petite édition aujourd’hui, le travail d’écrire.

On croise Jean Ziegler et on échange un instant. Son fils Dominique lance son livre : Les aventures de Pounif Lopez chez Pierre Philippe. Pauline Desnuelles se prépare pour sa lecture de D’ailleurs, les gens (aux éditions des Sables), récits de vie de migrante-e-s à Genève. Rolf Doppenberg, de retour d’une résidence d’écriture à Amay, engage une discussion sur la situation en Palestine. Quelqu’un a d’ailleurs affiché le programme du festival Filmer c’est exister, qui se déroulera du 24 au 27 novembre au Spoutnik. Denise Mützenberg des éditions Samizdat lance un cri du coeur : « La poésie sauvera le monde ». Pas sûr que cela suffira, non, mais sans cela on est certainement foutu c’est sûr.        

 

Le salon des éditeurs, 4e édition, est déjà annoncé pour 2017, en novembre à nouveau. Pas de doute, on y sera. Afin que la littérature essaime, et parce que l’essentiel n’est ni dans les chiffres, ni dans les murs, mais dans cette circulation des idées et des êtres, à la bonne  échelle : celle des rencontres.

 

 

[1] https://www.petitsediteurs.ch

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