07/12/2016

Les chauds froids (il n'y a plus de saison vous dites?)

 

Après la fête de l'escalade, avant la coupe de Noël, avant les polémiques sur les crèches qui vont nous tomber dessus.

Avant la chaleur des fêtes de fin d'année, après l'ouverture des abris PC pour ceux qui sont à la rue toute l'année. 

Dans l'hiver qui vient, à tous les chauds-froids qui nous saisissent.

Dans la ronde des primaires françaises, où pareilles à celles des stands de foire, de petites figurines politiques sont dressées puis dézinguées.

Alors, comme lors d'un tir à la carabine de plomb, des pipes en plâtre sont volatilisées.

A ceux qui n'osent pas lever la tête, à ceux qui ont peur de se prendre une volée. A ceux qui se taisent.

Au sentiment d'assister au freak show, à la ballade des monstres qui jouent du simulacre, du retournement de veste ou du mime, devant une foule de badauds grignotant du pop-corn, ou se pinçant pour y croire, voire regardant ailleurs... Il y a-t-il spectacle plus saisissant?

Ce serait donc vraiment lui, l'homme qui va faire éclater les chaînes, et celle-là réellement va se faire couper en deux, sans même montrer qu'elle souffre ni hurler ? Spectaculaire.

 

Diversions

A la foire. Aux miroirs déformants, au minces qui se sentent obèses, aux poids lourds qui ne passent plus les portes, mais qui demeurent pourtant tout finauds, pour disparaître d'un coup, quand tourne le vent ou change l'éclairage. 

A l'étrange sentiment d'assister à une course de chevaux, avec des paris furieux, des papiers qui volent, des poubelles pleines de quittances désuètes ou de prises éparses de note, des papiers gras glissés de main en main, avec la peur qui tourne bleue dans les yeux. Il y a même des femmes à barbe maintenant!

Vite, lancer une balle encore, peut-être que l'on atteindra le trou des 100, remplira le panier.

Parier encore sur une autre bestiole. Celle avec une belle crinière, l'autre, avec les sabots à l'équerre.

Hypothéquer sa confiance s'il le faut! Car ce canasson là, c'est le bon (ou plutôt, puisqu'il en faut un, pourquoi ne pas parier sur celui qui serait à cent contre un: perdu pour perdu autant, en rire encore un peu).

A la grande réjouissance de revenir de l'arrière et de coiffer au poteau les plus aguerris, les blanchis sous le harnais, à la grande tentation du pire céder? Mais peut-on se satisfaire du côté revanchard et d'en jouir?

C'est-à-dire: d'en faire perdre certains plutôt que véritablement gagner d'autres, et cesser de construire? 

Ce serait là notre maximum?

 

La course à l'échalote

A l'échauffement des voix, concomitant à l'essoufflement des naseaux; au démaquillage d'Hillary Clinton au lendemain de sa défaite, au vernis de David qui dégouline de sueur quand il s'approche d'une dame. A sa transpiration abondante dans sa tour de verre aux lumières clignotantes. Aux milliardaires convoqué d'une manière cinématographique - on se croirait dans un talk show -ploutocratie-. Et la foule qui suit, les badauds qui regardent le spectacle, comme si ce qui se décidait là en concernait d'autres qu'eux-mêmes.

Oui.

Comme si cela n'était qu'un spectacle. 

A l'angoisse de la fin du monde. A Alain qui s'effondre, à François qui se débine, à tout ce qui pousse tranquillement.  

Bientôt, peut-être, le peuple votera aussi pour retenir ou non son ministre et décidera par sondage des mesures à prendre. Et le président, ou l'algorithme, leur confirmera par tweet leur choix final.

Mais il n'y aura pas un gramme de pouvoir en plus dans la balance pour le peuple. Ce sera un divertissement supplémentaire, enfin, je veux dire plutôt : une distraction en plus.

 

Le cirque

Par les votes des budgets, dans la glaciation de ceux qui dézinguent des lignes à l'aveugle, ne sachant pas à ce qu'ils touchent, mais y allant de leur coup de taser sur ce qui leur déplaît, pour bien montrer qui seraient les patrons, qui peut imposer sa force, ce qui plaît bien et ce qui ne plaît pas - et au diable le bien commun- régime pour tous et ceinture, et ration supplémentaire, pour quelques uns seulement.

Ce qui compte pour eux, c'est de rappeler qui est le boss de l'esthétique budgétaire. Il ne faut pas que ça dépasse ici, que ça aille une jolie forme là et que ça puisse entrer au millimètre dans la pointure inférieure, quitte à tordre, à casser le bout des orteils.

Et finalement : cahin-caha, ça avancerait toujours pareil?

   

Contrôle

La droite obéit à la logique de l'expérience de Milgram. C'est à savoir qui sera le plus désinhibé et augmentera les décharges que porte l'emphase.

Car oui, il faut bien envoyer des décharges électriques, afin que tous aient suffisamment peur, et prennent conscience que les entreprises peuvent partir, vont partir, que la pénurie guette, que la lutte des places sera sans pitié, si on ne déroule pas le tapis rouge pour quelques uns.

C'est du sentiment bien clair du manque et de l'isolement que viendra la paix sociale. Ah, vous le croyez vraiment?  (ça s'échauffe dans les coins).

Dans l'annonce du refus de sortir du nucléaire, dans l'incandescence de la fission des finances publiques ; par Rie3 : dans l'ère de glaciation.

Dans l'hiver qui vient, dans la chaleur brûlante de décembre.

 

Il n'y a plus de saison vous dites?

Dans les frissons des frimas, sur les plaques de glace, avec la neige pixelisée dans les yeux, au risque de glisser.

Aux artistes qui chantent, à ceux qui continuent de patiner sur une surface lisse dont l'épaisseur diminue pourtant. A ceux qui vont vite, à ceux qui font des trous dans la glace pour trouver de la nourriture, et la partagent encore sur le feu.

A la beauté de l'exercice.

A la menthe fraîche. Au givre sur les roseaux. A l'amour.

Au silence des oiseaux.

Au printemps qui vient, à sa chaleur puissante.

 

 

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01/12/2016

Tram rose ou delirium tremens ?

tram-rose.jpgQuand il  me prend dans sa rame, il me porte très loin, je vois la Ville en rose...

Dès ce jeudi 1e décembre, pour sûr, les Genevois-e-s fredonneront Edith Piaf et se frotteront les yeux en le voyant passer. Qui ? Le tram tout rose de la ligne 14 customisée par l'artiste Pipilotti Rist dans le cadre du projet art et tram.[1]

Initié en 2009 par cinq communes accueillant la ligne du tram 14, Lancy, Onex, Confignon, Bernex et la Ville de Genève, le projet art et tram a piqueté cette ligne de projets artistiques.

Pour rappel, on peut déjà admirer  : l'oeuvre de Silvie Defraoui sur les trois arrêts successifs de la commune de Lancy, Quidort, Petit-Lancy et Les Esserts, la sculpture monumentale de 10 m de haut, représentant une figure humaine en position debout d'Ugo Rondinone à Onex, les mâts et lampadaires tordus d'Eric Hattan à la croisée de Confignon. Le projet de John M Armleder dans le passage "Gotham City" sous les voies de Montbrillant et le projet de beautiful bridge de Lang/Baumann sont à réaliser encore.

Le Canton de Genève a assuré la réalisation de ces projets, avec la participation financière des communes concernées. A ce jour donc, cinq interventions artistiques permanentes sont réalisées ou à réaliser encore le long de la ligne 14, auquel s’ajoutera, dès ce jeudi 1e décembre, le Monochrome Rose de Pipilotti Rist.[2]

 

rose,rose explose,monochrome rose,pipilotti rist,kuverum,culture,genève,tpgVoir la ville en rose

C'en est donc fini de la grisaille de novembre, des habits noirs, du bitume sombre. Une flèche rose va débouler dans la ville, ouvrir la première fenêtre du calendrier de l'avent à toute volée. Le plus intéressant ne sera pas seulement de voir passer le tram rose ou même d'y monter, mais dans et autour du tram ! Grâce à un réseau orienté vers la pratique, Kuverum, groupe de médiateurs culturels de toutes les régions linguistiques de la Suisse, liant médiation culturelle et formation, sont venus éprouver la ligne 14 et réfléchir à des propositions culturelle et de médiation pour le tram rose.

Les dix premières offres de médiation culturelle qui émanent de cette démarche sont séduisantes. Elles proposent d'utiliser l'attraction du tram pour inviter les écoles, les institutions, les groupes à se l'approprier, faire avec des actions simples, réfléchies et accessibles, de la culture, un facilitateur social inspirant.

Impliquant le Muséum d'Histoire Naturelle, invitant à se faire des compliments, mettant en forme des idées autour de la couleur rose, investissant les écrans du tram, il ne sera bientôt plus possible de lire son 20mn ou tapoter sur son téléphone mobile de la même manière dans ce tram là... Bienvenue à cette autre manière d'explorer la ville en quelque sorte. Après, si c'est trop, on pourra toujours prendre le tram suivant, aller à pieds sous la pluie.

Les Genevois-es s'approprieront-ils ce tram rose? Oseront-ils rêver la ville en rose dans celui-ci, ou sera-t-il réduit à un exotisme coloré et singulier ? Réponse dès ce jeudi... et tous les jours de l'année ensuite, selon les désirs de chacun-e. Durée d'exploitations prévue: 30 ans.

 

rose,rose explose,monochrome rose,pipilotti rist,kuverum,culture,genève,tpgInvitation à chacun-e à participer

Chacun-e- est désormais invité à participer à l'aventure du tram, pensé en quelque sorte comme un outil de médiation culturelle et sociale pour vivre la ville autrement. Plusieurs options sont déjà offertes: suivre l'une des médiations déjà réalisée, et envoyer des photos et des textes de son expérience avec celle-ci ; proposer un projet personnel grâce à l’appel à projets (l'appel à projets‬) ; initier une action liée au tram Monochrome Rose, et l'envoyer à l'adresse suivante :info@roseexplose.ch

 

Alors : tram rose ou delirium tremens? Un peu des deux peut-être en fait.

Certainement, une initiative osée de médiation culturelle permettant d'aller à la rencontre des gens.

Cela commence ce jeudi 1e décembre à 14h au Rond-Point de Plainpalais, par la manière la plus traditionnelle qui soit, une inauguration, et un petit apéro... au rosé évidemment.

 

 

[1] http://www.art-et-tram.ch/

[2]http://www.roseexplose.ch/fr/index.html

[3]http://www.kuverum.ch/fr_index.php

 

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28/11/2016

Témoigner pour la vie

images.jpg

A la fondation Michalski, à Montricher, il y a cette incroyable bibliothèque, ces alvéoles pour écrivains en résidence. Là, tout est neuf, de bois et de pierre, bien ancré au pied du Jura, dans le calme et la sérénité, avec un magnifique auditoire creusé dans la bonne terre vaudoise. Un hommage vivant à la culture, aux lettres, et à la civilisation. Trois hommes sont réunis là pour faire mémoire, 20 ans après, du plus long siège de l’histoire de la guerre moderne : celui de Sarajevo (avril 1992-février 1996). Le correspondant de guerre, photographe, Patrick Chauvel, le journaliste de guerre, documentariste, Rémy Ourdan, et l’écrivain Vélibor Čolić.

 

 

 

Le siège /Opsada

chauvel,ourdan colic,sarajevo,guerre,journalistes,culture,mémoire,témoignerCes trois ont traversé et survécu à la guerre. Velibor s’est engagé dans l’armée bosniaque avant de la quitter en jetant sa kalachnikov dans la rivière - il avait peur que s’il la cassait seulement, il soit possible de la réparer pour l'utiliser à nouveau-  Patrick Chauvel, et Rémy Ourdan ont vécu de l'intérieur le siège de Sarajevo et présentent leur film: Le Siège ( The Siege/ Opsada, 2016),[1] imbrication d’images d’époque, de photographies de Chauvel,[2] et des témoignages de celles et ceux qui ont survécu au siège.

Ce film bouleversant montre les Sarajéviens comme résistants, pas comme victimes, pousse à réfléchir sur ce qui leur a permis de tenir dans les pires moments. Les voix racontent l’épreuve, l’horreur de la guerre, les snipers ; ces moments où il faut choisir entre manger sa pomme tout seul dans son coin ou la partager à plusieurs, ce que les gens révèlent d’eux-mêmes dans les moments de péril ultime. Il en ressort une incroyable énergie de vie et de résistance au milieu de l’horreur et du dégoût total. 

 

index3.jpgCulture comme résistance

Montrer les spectacles montés dans les caves, le concert de musique classique dans les cendres de la bibliothèque de Sarajevo, le concours de miss ville assiégée, ces mille et une ironies, blagues, graphismes subversifs, résistances psychiques à la mort qui planait, les doigts d’honneur fait aux snipers. Entendre le choix de cette infirmière qui, au début du siège, allait quitter sa ville, puis demande à descendre du bus, pour y retourner, car on avait besoin d’elle dedans.

Voir cette petite fille courir avec son petit chat dans les bras sous les tirs des snipers. Faire mémoire de tous ceux qui allaient au péril de leur vie chercher un blessé au milieu d’une rue, ou juste du pain au marché. La guerre dans ce qu’elle a de banal, quotidien, de dévoreuse de vie à laquelle il fallait opposer un surplus de vie.  

   

index1.jpgUn film pour rendre hommage

Ce film est une descente abyssale dans une ville en guerre. Une guerre qui arrive du jour au lendemain dans un espace de paix, multiculturel et pluri confessionnel.

Tous le disent : on n’aurait jamais pensé qu’il y aurait la guerre. Et puis, du jour au lendemain, il y a les chars devant toi et les tirs de mortiers. Ce moment surréaliste où ce qui n’arrive qu’aux autres, t’arrive à toi, et que tu es coincé. Et il faut choisir : résister ou mourir, se terrer dans un coin ou affronter.  

Il  y a quelque chose de psychotique dans le récit de ce siège qui commence du jour au lendemain et s’arrêtera de même lorsque la communauté internationale se décidera à frapper les positions hautes des serbes. En une nuit, et un ciel zébré d’éclairs, le calvaire de la cité s’arrêtera. Il aura duré 4 ans, laissé 11'541 victimes sur le carreau, des milliers de blessés. Certains disent que l’arrêt du siège fut un événement tellement surréaliste et qu’il laissa les gens désemparés. Pourquoi ne pas avoir frappé plus tôt, pourquoi si tardivement seulement ? Avec le sentiment d’avoir été soumis à une sorte d’expérience d’enfermement perverse et ultime.

 

La travail de dire

Čolić,[3] Ourdan, Chauvel, parlent de leur travail. De la nécessité de témoigner, d’être comme des petits bruits dans l’oreille des indifférents pour les empêcher de dormir tranquille. Ils sont tenus par l’impératif de raconter. Pourquoi ? D’abord pour ceux rencontrés sur place, pour que leur parole soit portée plus loin, pour qu’au drame ne s’ajoute pas l’indifférence, et à l’indifférence l’oubli.

Parce qu’il y a l’histoire, parce qu’il faut garder trace. Parce qu’ainsi la mémoire, les générations futures, auront accès à ce qui s’est passé. Chauvel rappelle l’exécution d’un jeune homme. Ce dernier était ratatiné contre un mur. Au moment où il a vu l’objectif du photographe, il s’est redressé, a rassemblé ses forces pour prendre une pose fière et digne.. avant de mourir.

Ceux qui crient crient. Les messagers portent les messages. Comment écoutent ceux qui entendent ? 

Aujourd’hui, à Alep assiégée, les troupes du régime syrien reprennent les quartiers est de la ville. Plusieurs milliers d’habitants fuient sous les tirs, dans la nuit de l'hiver. 

 

Jusqu'à quel niveau d’indifférence peut-on aller sans se perdre ?

Fin du film, fin du débat. Čolić raconte une dernière anecdote.  Un suisse avait demandé à l’écrivain argentin Ernesto Sabato, pourquoi l’Amérique latine avait une histoire si chahutée, et la Suisse si peu. L’écrivain argentin répondit : le jour ou Guillaume Tell a raté son fils, la Suisse a perdu sa grande occasion d’avoir une mythologie dramatique.

Que faisons-nous de ce drame d’être dans un pays en paix, stable, heureux et prospère, alors qu’à quelques milliers de kilomètres des humains sont assiégés et humiliés ? Jusqu'à quel point le sentiment d’impuissance empêche-t-il de s'organiser et agir?

Jusqu’à quel point peut-on encore se dissocier de ce qui a été vécu à Sarajevo, ce qui se déroule désormais à Alep, faire comme si notre univers, clos, s’arrêtait aux collines verdoyantes de Montricher, aux premières neiges sur les Alpes.  

Une question lancinante: si nous renonçons à agir là-bas, comment redoublerons-nous d'efforts pour accueillir ici ceux qui sortent de l'enfer,  nous sont tellement semblables, qu’il est parfois difficile de les regarder en face sans honte ? 

  

 

[1] http://www.remyourdan.com/

[2] http://www.fonds-patrickchauvel.com/

[3] http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/06/16/velibor-colic-l-illettre-qui-visait-le-goncourt_4951458_3260.html

 

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22/11/2016

La morgue du Grand Théâtre de Genève

160927_dontdance.jpgLundi soir, des militant-e-s du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions contre Israël jusqu'à la fin de l'apartheid et de l'occupation en Palestine) dénonçaient à Genève la tournée prochaine du Ballet du Grand Théâtre à Tel-Aviv, en distribuant des tracts devant l'opéra des Nations.

Ce tractage visait à informer les spectateurs du fait que Genève, en tant  que capitale des droits humains, veillant sur les conventions humanitaires, ne pouvait laisser filer son ballet dans un état qui viole les droits de l'Homme sans réactions.

En effet, il est profondément troublant que le ballet du Grand Théâtre envoie ses chaussons promener la réputation de Genève dans un champ de mines[1]. En décembre 2015, le jongleur Mohammad Abou Sakha (parrainé par Amnesty international)[2] a été arrêté par l'armée israélienne sur le chemin de son école de cirque en Cisjordanie, transféré sans accusation dans une prison israélienne. La poétesse palestinienne Dareen Tatour (parrainée par PEN international) a été mise en prison en 2015 pour avoir publié un poème sur Facebook, elle est aux arrêts domiciliaires aujourd'hui.[3]

Nonobstant cela, notre ballet irait, la bouche en coeur, servir la soupe à l'opéra national de Tel Aviv?  

 

Sensibiliser le public, solidariser les artistes

Pour rappel, fin septembre, le mouvement BDS adressait une lettre au ballet du Grand Théâtre Genève l'invitant à renoncer à maintenir ses 4 dates (19-22 décembre) à l'opéra national de Tel Aviv.[4] 

Dans son courrier, BDS rappelait l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d’un régime d’occupation et d’apartheid et démontrait qu'il est fallacieux de dire que la culture peut être un pont entre des peuples ou un outil de dialogue quand, derrière un mur de séparation de 700 km et des dizaines de checkpoints, vivent enfermé-e-s des centaines de milliers de Palestinien-ne-s qui n'ont aucune chance d'avoir accès à ces spectacles. Impossible pour eux de se rendre aux représentations du ballet du Grand Théâtre de Genève. La culture sert donc ici à renforcer une inégalité et légitimer une division des peuples.

Si la culture est le soubassement d'un dialogue clair et un facilitateur de rencontre, il y faut une volonté, un message franc, et par exemple, a minima, s'engager à aller des deux côtés du mur, à la rencontre de tous les publics. Le GTG ne peut être crédible avec son discours vertueux que s'il explique ce qu'il compte faire à Tel Aviv.

 

La culture à toutes les sauces?

Si cela n'est pas fait, merci d'arrêter de nous baratiner sur le fait que la culture serait nécessairement un outil de dialogue vertueux, un créateur automatique de liens positifs. Il est malheureusement aussi très bien utilisé comme un vecteur politique, élitiste, réservé à une certaine classe sociale, pour un certain groupe, dans une perspective de normalisation de l'intolérable et de dissimulation des conflits.   

 

La morgue du Grand Théâtre

Il faut constater que le Grand Théâtre de Genève, à ce jour, prend de haut les appels de BDS. Il n'a toujours pas formellement répondu à sa lettre de septembre l'invitant à renoncer à cette tournée, se limitant à répondre à une sollicitation du journal le Courrier en bottant en touche (on n'irait pas en Corée du Nord, mais Israël est un état fréquentable), et en maniant l'euphémisme (Le choix a été laissé aux danseurs, mais aucun n’a souhaité boycotter Tel Aviv... comme si des employés pouvaient dire à leur employeur qu'ils ne veulent pas travailler)... le plus troublant étant lorsque Tobias Richter, directeur d'un Grand Théâtre pesant quand même 43 millions de subventions de la Ville de Genève,  répond par mail au journaliste pour affirmer qu'il s’agit d’une collaboration artistique. Le Ballet du Grand Théâtre de Genève ayant simplement répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel des relations très amicales sont entretenues.[5] Bref, circulez il n'y a rien à voir, sans prendre la peine, le moins du monde, de se positionner sur les questions de fond que soulève BDS. On est en droit d'attendre plus de la part d'une entité souhaitant jouer un rôle culturel majeur dans une Ville comme Genève.

 

L'art ne peut être neutre au sujet de l'Apartheid

Les militants de BDS se sont donc réunis ce lundi soir pour aller sensibiliser le public. L'accueil fut bon et curieux. Toutefois, après une petite heure, un responsable du Grand Théâtre leur a demandé de sortir du parvis de l'opéra. Des membres du club des amis du Grand Théâtre se plaignant apparemment de cette distribution de papillons.

Ainsi, à la place des Nations, une vénérable institution, subventionnée à hauteur de 43 millions par la Ville de Genève, prétendant porter haut son nom, demande à ses citoyen-ne-s de dégager de devant ses escaliers, et ne prend pas la peine de répondre à un courrier, engagé certes, mais courtois, appelant à un positionnement culturel et politique de l'institution face au fait d'aller danser dans un état ne respectant ni les artistes ni la liberté d'expression.

 

Le nom de Genève n'est pas une marque de lessive

On peut être d'accord ou pas avec l'appel de BDS, on peut trouver le moyen du boycott trop radical, mais on ne peut accepter la morgue et le mépris avec lequel le Grand Théâtre reçoit cet appel et fait cas des citoyen-ne-s qui questionnent la volonté du GTG de faire la promotion du dialogue comme vecteur de paix. Le nom de Genève n'est pas une rente de situation ou une marque de lessive. L'utiliser ainsi n'est pas acceptable.

La culture, bien plus qu'un outil de dialogue semble malheureusement être, dans ce cas précis, pour la direction du GTG, être réduit à un appareil de production culturel, esquivant le débat d'idées, à finalité économique, une tournée étant de l'argent qui rentre, peu importe l'origine de celui qui paie et sur le dos de qui.

Le Grand Théâtre fera-t-il vraiment porter un message de paix et de dialogue en Israël ? Si oui, qu'il nous explique comment, avec quels moyens, et pour qui et qu'il s'explique vraiment sur le maintien de ses choix. 

Sinon : qu'il s'abstienne d'y aller, comme certaines voix lui enjoignent de le faire avec une insistance désormais grandissante.

 

 

La culture oui ! Mais pour qui, et pour quoi ? 

Danser avec l'apartheid au risque de ruiner l'image de marque de Genève? Dites-leur ce que vous en pensez : facebook : @geneveOpera // twitter : @geneveOpera // courriel : info@geneveopera.ch

Pour en savoir plus : site de BDS Suisse bds-info.ch

 

 

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[1]  http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2016/10/17/gran...

[2]http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/cirque/la-detent...

[3]http://www.europalestine.com/spip.php?article12238&la...

[4] http://www.bds-info.ch/index.php?id=460&items=2260

[5] http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

 

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21/11/2016

Le salon des petits éditeurs a tout d'un grand

Samedi 12 novembre à la ferme Sarasin, au Grand-Saconnex, la troisième édition du salon des petits éditeurs[1] porté par les éditions Encre Fraîche a tenu ses promesses. Côté chiffre : 500 personnes ont visité les stands de 30 éditeurs, découvert l’exposition de l’atelier le poisson bouge, fait 2 dictées, participé à une balade littéraire, assisté à 4 animations pour enfants. 5 débats ont eu lieu, 12 lectures, 4 vernissages de livres. Une classe a vendu des pâtisseries pour leur voyage d’école. Mais on n’ira pas jusqu’à compter les kilos de pain écoulés ou les litres de cafés bus durant cette journée. Le langage des chiffres et de la quantification n’est pas celui qui convient pour rendre compte de cette richesse. C’est ce qui s’est passé entre les gens, dans ce salon chaleureux, intime, agréable qui doit être relevé. Pour la troisième fois, la ferme faisait comme un pied-de-nez au salon du livre ayant lieu à quelques encablures, à Palexpo, au mois de mai, et s’établissait à une toute autre échelle.

 

La proximité avant tout

Dans la ferme, il n’y a pas de grand groupe de presse ou d’édition. C’est ici le royaume de la petite édition. Dans cette sorte de ruche du langage, des contacts, multiples, se nouent, entre auteurs, jeune public, éditeurs. L’entraide joue à plusieurs niveaux. Les éditeurs se font aider par leurs auteurs à porter les livres, installer le stand, le tenir. Les auteurs préparent l’apéro, lisent leur texte, d’autres débattent. C’est un peu comme en famille (en mieux). On est là dans la militance et la proximité. Cela se ressent à tous les niveaux. L’entrée est gratuite. C’est important pour une parole qui se veut libre et accessibles à toutes et tous. Personne ne compte ses heures. Les signatures, lectures, débats, permettent de découvrir de nouveaux visages, nouvelles voix.

Les professionnels du livre sont là aussi. Dominique Berlie, responsable livre en Ville de Genève, Cléa Rédalié, son homologue au Canton, accessibles et souriants. Aurélia Cochet, de la MRL (Maison de Rousseau et de la littérature) est interpellée par les auteurs qu’elle croise. Elle en profite pour rappeler l’événement Écrire POUR CONTRE AVEC à la MRL, dont le thème est cette année : « provoquer l’avenir » (avec Maylis de Kerangal, Pascale Kramer, Joseph Incardona, notamment). Tout se tient. La culture et la défense d’une société éveillée demande des courroies de transmission et des incubateurs pour la pensée. En ce salon se préparent les livres futurs. Fruits d’une rencontre, d’un hasard, d’un coup de cœur parfois.

Réfléchir ensemble

Quatre grand débats rythment la journée. On retient ici les thèmes : Quand l’écriture se confronte à l’Histoire, Aux sources de l’inspiration poétique, Ecrire après un livre à succès, Ecrire l’ailleurs (avec Blaise Hofmann, Pascal Nordmann, Zabu Wahlen, Céline Zufferey), Fiction courte (Guy Chevalley, Annick Mahaim, Anne C. Martin, Jérôme Rosset), histoire de réfléchir aux multiples facettes que prend la petite édition aujourd’hui, le travail d’écrire.

On croise Jean Ziegler et on échange un instant. Son fils Dominique lance son livre : Les aventures de Pounif Lopez chez Pierre Philippe. Pauline Desnuelles se prépare pour sa lecture de D’ailleurs, les gens (aux éditions des Sables), récits de vie de migrante-e-s à Genève. Rolf Doppenberg, de retour d’une résidence d’écriture à Amay, engage une discussion sur la situation en Palestine. Quelqu’un a d’ailleurs affiché le programme du festival Filmer c’est exister, qui se déroulera du 24 au 27 novembre au Spoutnik. Denise Mützenberg des éditions Samizdat lance un cri du coeur : « La poésie sauvera le monde ». Pas sûr que cela suffira, non, mais sans cela on est certainement foutu c’est sûr.        

 

Le salon des éditeurs, 4e édition, est déjà annoncé pour 2017, en novembre à nouveau. Pas de doute, on y sera. Afin que la littérature essaime, et parce que l’essentiel n’est ni dans les chiffres, ni dans les murs, mais dans cette circulation des idées et des êtres, à la bonne  échelle : celle des rencontres.

 

 

[1] https://www.petitsediteurs.ch

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11/11/2016

Au plus grossier dénominateur commun

 

R comme résistance

Résistance au clapet de la haine, au mépris, au désir de puissance.

A la langue molle, qui colle et ne choisit plus, ne parle plus d'elle-même.

A la langue qui sèche, celle qui lèche.

 

A la langue putassière ou pâteuse, aux reflux, rejets et masques hideux.

Aux clapiers et terriers fumeux, aux territoires de délégation silencieuse.

A la langue du clan, des débilités congénitales, des ethnies aux nostalgies coloniales.

 

R comme résistance

Résistance à la dérégulation complète, aux lois du marché qui bradent, dévalorisent, sous-traitent, mettent aux enchères, au chômage ceux qui y ont cru.

A poil les plus précaires, au trou les plus à poil et sur I-pad tous les autres!

Tu as bien servi kleenex: aux chiottes maintenant ! La loi du rendement, après 20 ans de boîte, 3 semaines de stage non payé, sans pouvoir prendre tes affaires, sur le trottoir sans comprendre ce qui t'arrive et pourquoi ceux qui te courtisaient te virent comme un malpropre, avec le sentiment maintenant de t'être fait bien baiser... et que celui qui sourit vienne te montrer ses propres dents en face.  

La question est : vas-tu te laisser tétaniser par cela?

 

Résistance à la diarrhée médiatique, à ce qui liquéfie la pensée, glisse trop bien dans les tuyaux.

Résistance au désir de vaincre, à l'encrassage des neurones, aux distractions complètes, aux grumeaux et au lait caillé. 

Résistance aux cercles satisfaits -félicitations permanentes- qui se protègent et consolent parmi,

se font écrire leurs textes par d'autres et répètent en boucle le même discours, une main sur le coeur ou l'épaule.

 

Aux retourneurs de veste: ils te font les poches dans un sens puis dans l'autre.

Tu leurs achèterais encore du tissu? 

 

R comme résistance

Résistance complète au mouvement complet de déshumanisation de l'Homme, à la marchandisation de l'être, à l'indifférenciation des pommes, aux rouages de l'indifférence.

Résistance aux discours de haine, aux formules creuses, aux postures de mode, à toutes les complaisances.

A ceux qui viennent habillées comme des révolutionnaires pour remplir leurs bidons,

vider les fontaines comme tant d'autres.

 

Résistance aux grands titres, aux notes de bas de page.

A tout ce qui n'est pas dans le corps du texte.

A ce qui passe très loin de ta portée, porte à lâcher l'action ici même.

 

Résistance aux discours des caporaux, des moralistes, des majoritaires.

 

A l'effroi des masses, à l'effet de troupeaux, au rassemblement autour du plus grossier dénominateur commun.

 

Résistance à l'ignorance, aux additions des calculateurs, aux soustractions des manipulateurs, à l'égalité médiocre.

A la pâte à pensée, à l'identique pâte à modeler.

A la puissance de séduction, désolation morbide.

 

R comme résistance

Résistance à chouiner, à couiner, ronronner dans le lard, être spectateurs ou poulet frit.

Résistance à la mise à distance, hors de l'action, au refus de prendre part, à l'abstention. 

A abandonner le terrain, à céder sur les mots, à la tentation des pitres. 

 

Entrer dans les choses, comme on rencontre les êtres.

Entrer en dissidence.

 

Elle vient l'époque du grand tamis, ou tout ce qui n'a pas de forme, de figure ou de cri,

tout ce qui ne dépasse pas, ne sera pas uni, sera englouti.

 

A l'aspiration nihiliste. 

R comme résistance, comme l'air que l'on expire. 

 

 

 

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03/11/2016

Ni terroriste ni kamikaze : juste cycliste!

cycliste,vélo,danger,voiture,mobilité,ville,risque,police,amendes,genèveLa presse l'avait annoncé, si la semaine passée, les deux roues motorisées avaient été ciblées par la police durant les vacances, à la rentrée, les cyclistes allaient y passer. Et les voitures? Peut-être à Noël... ou à la semaine des quatre jeudis, qui sait.

Après deux jours d'opération spéciale, un seul enseignement ressort de ces actions : mettre des amendes ne sert à rien. Et ne servira toujours à rien tant qu'une vraie place ne sera pas faite sur la route pour les adeptes de la petite reine. La police a mieux à faire que de chasser les usagers les plus vulnérables de la route. Tant que leur protection ne sera pas assurée, la police ferait bien mieux de protéger leur vie.

Il faut repenser la mobilité pour mieux intégrer les cyclistes. L'article de la Tribune rendant compte des manoeuvres de la police leur donne la parole. Leur témoignage est édifiant. Ce qui en ressort, c'est l'incompréhension, le sentiment de devoir survivre dans un espace qui n'est pas pensé pour eux, quand bien même ils utilisent un moyen écologique, qui ne nuit pas à la santé, ne pollue pas, et économise des volumes de parcage.[1] 

 

Kamikaze ou terroriste ? Juste cycliste!

Les cyclistes, vulnérables, sont jetés en pâture sur la route. Un exemple parmi tant d'autres. Vous arrivez en vélo du quai Gustave-Ador. Vous devez emprunter le pont du Mont-blanc. Vous risquez votre vie le long du jardin anglais, tassé contre le trottoir avec des voitures qui vous frôlent à haute vitesse. Vous serrez les dents, prenez votre courage à deux mains, levant bien haut l'une d'elle pour signaler que vous allez vous risquer à traverser deux voies de trafic à haute vitesse. Tout cela pour... tenter d'atteindre vivant la rue de Chantepoulet... Si vraiment vous êtes du genre kamikaze, vous aurez même pris le risque d'attendre le feu vert devant l'horloge fleurie, et osé la même manoeuvre au moment du démarrage de la meute des voitures. Jamais essayé ? Faites-le. La risque de mortalité est plus élevé que lors d'un saut de base-jump.

Alors quoi, il aurait fallu que vous veniez prendre la place des piétons au jardin anglais ? Que vous empruntiez ensuite la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc en slalomant entre eux ? Tout cycliste tenant à la vie vous le dira, il empruntera la passerelle piétonne du pont du Mont-blanc. Si vous lui dites que vous prenez la route, il vous regardera comme un demeuré. Mais quoi ? Tu roules sur la route? Tu veux mourir ou quoi ?

Un autre exemple ? Boulevard Georges Favon. Vous commencez par emprunter la (nouvelle) piste cyclable qui s'arrête abruptement dans un resserrement coupe-gorge à hauteur du café-glacier du Remor, où les voitures vous serrent et tassent contre le trottoir. Atteignant le pont de la Coulouvrenière, une indication vous envoie disputer la passerelle aux piétons. Totalement illogique, incohérent et dangereux.

 

Respectez les règles fait de vous un kamikaze.

Vous en affranchir pour sauver votre peau un cycloterroriste.

Or, les cyclistes ne souhaitent rien d'autre que d'être des usagers de la route, tout simplement, avec une véritable place aménagée pour eux.

Ni kamikaze, ni terroriste, juste usager de la route.

Dites, c'est quand qu'on leur fait cette vraie place?

 

Faites respecter la loi pour préserver les plus vulnérables !

PRO VELO Suisse recommande aux cyclistes, d’entente avec la Confédération, de conserver une distance minimale de 70 cm avec le bord de la route ainsi que les lignes de sécurité. Dans les giratoires et pré-selection vers la gauche, le cycliste s’écartera de la droite pour se placer plus au centre de la voie de circulation.

Excusez-moi, mais si je respecte à la lettre ces recommandations, en ville, en trois jours, je suis MORT.

De leur côté, les automobilistes devraient laisser une distance d'au moins 90cm lorsqu'il dépassent un cycliste. Faites le calcul : 70 cm du trottoir + 90cm de sécurité avec le vélo. Quand une voiture me dépasse, elle devrait donc être à 1mètre 60 du trottoir... désolé, ce n'est pratiquement jamais le cas.

Alors, entre risquer sa peau ou une amende à 60.- le "choix" sera toujours vite fait.

Et à tout prendre, je préfèrerai toujours être considéré comme un cyclo-terroriste que d'être mort.

 

Les amendes sont à la prévention ce que la matraque est à la pédagogie

On peut s'étonner aussi que la Ville de Genève mette généreusement en garde les cyclistes sur son site web. Mais vous chercherez en vain une page similaire avertissant les automobilistes de faire attention aux cyclistes et aux piétons.[2] Pourtant, qui sont les tueurs de la route et envoient concrètement les gens de vie à trépas ?

Si l'augmentation des cyclistes est estimée à 30% environ tous les 5 ans, il n'y a jamais 30% d'augmentation des mesures d'accompagnement et des pistes cyclables mises à disposition. Jamais.

On peut donc envoyer la police pour sanctionner les vélos, on ne cachera pas la seule vérité qui ressort de leur action stérile : aujourd'hui, on prend du retard à Genève concernant la mobilité des cyclistes.

Il y a toujours plus de cyclistes à Genève, toujours moins de place pour eux sur la route.

La police peut bombarder les cyclistes d'amendes, bomber le torse et faire de la communication.

Cela n'y changera malheureusement rien. C'est tristement le seul enseignement à retenir de ces opérations cosmétiques... 

 

 

[1]  http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/cyclistes-collima...

[2] http://www.ville-geneve.ch/themes/mobilite/velos/circuler-velo/conseils-securite/

 

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07:12 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (37) | Tags : cycliste, vélo, danger, voiture, mobilité, ville, risque, police, amendes, genève | |  Facebook

31/10/2016

A celui qui prend le vent toujours du bon côté

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Tu as remarqué, il prend le vent toujours du bon côté.

Quand il y a une mauvaise nouvelle, c'est un chef de rang qu'il envoie pour la présenter. Quand il a commis une faute, c'est un fusible qu'il fait sauter. Quand sa responsabilité est engagée, c'est qu'un autre que lui aurait dû la porter. Quand il ne sait plus qui désigner, c'est au collège dont il appartient qu'il convient d'assumer. Il a toujours sous son bureau une voile de kit-surf, un parachute à ouverture rapide, une cagoule à cravate souriante pour se dissimuler.  

 

Ne lui demande pas son bilan, ne lui demande pas de trancher.

Il prend le vent, toujours du bon côté.

 

L'élu cerf-volant

 

Quand la décision est légère, cosmétique, il sera bien présent. Il jouera même des coudes pour se mettre en avant.

Si elle est difficile et risquée, tu ne le verras pas sur le pont. Il s'esquivera sans couper le ruban.

C'est mathématique, une sorte de météorologie politique.

Si tu veux voir où il penche, cherche la ficelle qui le sous-tend.

L'élu cerf-volant.

 

Au final, entre prise au vent et poudre d'escampette, il n'y a qu'un souffle.

L'astrologie est une science plus rigoureuse que sa volonté d'affronter les tempêtes.

Communiquer, c'est assurer sa promotion, cela requiert la plus grande part de son énergie.

Pour le service après-vente, tu repasseras.

 

Tu as remarqué, il ne décide pas, il fait des pas de côté, tangue et louvoie pour apparaître toujours souriant.

Il délègue, multiplie les échelons, sous-traite, déresponsabilise, charge d'autres du poids des décisions dont il s'est affranchi,

s'efforçant toujours de ramasser la mise médiatique

le pactole du plébiscite, sans être plus que cela lié à son parti.

 

Gouverner, c'est...

 

Gouverner, c'est un play-back pour lui

en suivant le rythme, il peut faire illusion

tant que les conseillers personnels écrivent le script

que tout le monde le suit et bat des mains.

 

Il n'y a rien à rompre, puisque rien ne tient

la flexibilité, c'est de ne rien risquer

toujours se contorsionner en mimant bien les mouvements.   

 

On se sent plus léger à suivre l'air du temps.

Mettre le nez au vent, se laisser porter,

c'est plus inconsistant ainsi.

 

Gouverner, c'est humer

Gouverner, c'est flairer

Gouverner, c'est lever la patte, toujours du bon côté

et aboyer de temps en temps.

 

Vous riez avec ou contre moi...

Toujours prendre les courants ascendants, c'est son programme.

Et si ça ne marche pas : il se victimise. Vous riez avec ou contre moi : son leitmotiv. Ramener le débat au niveau de l'infantile -tous des jaloux, des vilains- et la politique a la gestion de sacs de bonbons, ou à celui qui grimpera le plus vite sur l'arbre. 

C'est un autre qui décide, quoi qu'il en soit, pas le choix, il faut le faire, c'est la loi qui l'oblige, la norme qui l'impose, la structure qui le porte.

Toujours avec l'image en tête, la mèche bien collée sur le front,

faut pas que ça déconne.

 

Je suis, donc je ne décide pas

Ne lui demande pas ce qu'il croit, ne lui demande pas ce qu'il pense. 

Tu ne seras pas plus avancé.

Postures, mouvements, glissements et déplacements

ce qu'il appelle consultation populaire est l'équivalent du bonneteau

cela permet d'asseoir une décision déjà prise, plutôt que de la faire naître.

 

L'humour potache est une forme de cynisme pour parfumer l'air ambiant

dans la violence d'éviter les débats de fond.  

 

Gouverner, il dit, c'est étendre ma surface d'exposition

accroître ma visibilité

prendre le vent, toujours du bon côté. 

 

Gouverner, c'est glisser.

Gouverner, c'est lisser.

Gouverner, c'est assurer mes arrières

profiter des rebonds.

Et comme je suis populaire... je vous emmerde.

 

Créer les conditions climatiques d'un air sec et brûlant

 

Il ne s'excusera jamais. Il ne dira pas : je me suis trompé, c'était une erreur.

Qui saisira le vent comme responsable, incriminera le courant d'air? 

 

On est passé du solide au liquide, désormais à la période du gazeux et des vents.

Si tu veux rendre compte de l'inanité de certains, tu diras : tous vaporeux!

Et tu te rappelleras d'un récit où le souffle soudain dispersa la paille. 

 

Le tous pourris n'est plus d'actualité.

Pour que cela pourrisse, il y faut encore de l'humidité. 

Nous sommes entrés dans un climat sec et assourdissant

où la pensée est flexibilisée jusqu'à devenir cassante.

 

Mais dans cette sécheresse de la pensée, parmi les habits de flanelles

certains rappellent qu'une étincelle seulement suffirait à mettre le feu.

 

 

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09:44 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, air du temps, politique, démagogie, populisme, tous vaporeux | |  Facebook

24/10/2016

Foot, bière et penthotal

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C'est un match de football disputé entre des rouges et des bleus. C'est Lausanne et Sion qui s'affrontent dans le stade de la Pontaise, fidèle à lui-même depuis des décennies, toujours glacial et désert, presque en état de mort clinique.

 

Et puis il y a ce vert intense, presque fluorescent de la pelouse. Les joueurs l'arrachent par mottes en se donnant de grands coups de latte sur les tibias. Ils miment, au moindre choc, un grand éclat. Leur visage se déforme. Le stade demeure silencieux. Toujours. Tout paraît insonorisé, ouaté. Mais une fois la faute sifflée, les joueurs se relèvent rapidement, sourient d'un sourire de jeune star et trottent comme des lapins. Pareils à des enfants gourmands ayant joué un tour pendable à leur surveillant. Ils ont des petits bouts d'herbe sur le front, du rouge sur les joues.

 

A la même heure, sur les pelouses de tout le continent, les mêmes matchs, mêmes rondes: danses du scalp, accrocs, roulades, sauts de biche, enjambements, hourras et départs en trombe. La force, la jeunesse et l'argent. Qu'ils soient soixante mille ou à peine cinquante à jouir des mouvements du ballon, c'est une constante et renouvelée communion avec bières et fumigènes. Ils sont des millions derrière l'écran : un spectacle de l'éphémère.

 

Ceux qui ferment les yeux devant le spectacle

Devant la télé, il y a quatre anciens qui regardent le match en dormant. Sur la table, le Matin dimanche avec l'édito d'Ariane Dayer, qui s'insurge que l'on puisse vouloir en finir avec la vie arrivée à son terme; quel que soit son âge, que l'on puisse faire le choix d'en terminer, sans être forcément délaissé abandonné et seul, mais juste parce qu'on n'en peut plus de souffrir (physiquement, psychiquement, existentiellement) et de jouer les prolongations.

Il est étonnant que dans une société où l'individu désire décider de tout.

Il ne puisse librement décider de sa fin.

Il est étonnant, dans une société où la question du sens semble être subsidiaire à celle du rendement, que ceux qui souhaitent vouloir raccrocher les gants, se voient ainsi retenus par la manche au moment de les poser.

Il est étonnant, dans une société qui affirme la liberté de chacun, qu'une tutelle soit posée sur le droit de choisir sa mort et de disposer de son  corps.

Cela semble un peu incohérent, non ?

 

Choix de mourir : choix de vie

Pourquoi la volonté de dire: maintenant c'est fini, je tire la prise, serait-il compris seulement comme un non-choix, une option par défaut ou par dépit?

Pourquoi serait-ce l'expression d'une désespérance ou d'une souffrance extrême, et pas une affirmation de vie, de dignité et de choix : maintenant je choisis, c'est mon moment, j'ai décidé je pars.

La coupe est pleine, de la vie, il y en a eu plus qu'assez, pas besoin que le cancer me ronge comme une carotte, qu'il fore dans l'os comme une carie, et que je ne puisse même plus roter ou lever la main pour dire stop ou au-revoir.

Des matchs de foot, j'en ai trop vu. D'ailleurs, je ne les vois même plus. J'en ai marre. A quoi bon promener ma tremblote, mon poids de vie. J'ai mal du matin au soir. Et ne me demandez pas si c'est le corps ou la tête. C'est l'ensemble. Je n'ai pas peur de mourir. Je le désire même maintenant.

Certes, nous aimerions bien que la vie continue de vivre encore, comme un ruban indifférencié, cela permettrait d'occulter d'autant la mort, la grande angoisse de cette société toute propre; et de faire encore brillamment comme si elle n'existait pas, était dissoute dans le spectacle et la vitesse, sans grincements de dents, ni soif ni sens ni abandon.

Mais la mort est là, tout le temps, rayonnante, sereine, attendant son heure.

Point focal, irrésolu, porte de sortie et ouverture. 

Tache aveugle.

Affirmation de liberté, encore. 

 

Le choix d'interrompre, sans raison nécessaire

Oui, cela peu sembler fou que l'on puisse désirer mourir pour une chose futile, absurde, une extrême fatigue, voire même sans raison... ça laisse sans voix.   

Pourtant, pas besoin d'atteindre 90 ans, ni qu'une batterie d'experts, de médecins ou de juges disent ou fassent quoi que ce soit pour valider la résolution d'un être vivant qui répète : je choisis, j'en termine, merci de respecter mon choix. Je n'irai pas plus loin. Je souhaite rejoindre ma fin, filez-moi la potion.  

Dire: je pars avant la fin, parce que je décide du moment de ma fin, ce serait prématuré ou immoral?

Non.

 

Le scandale de la mort

La crainte, puisque tout se jette et s'abîme, serait que certains traitent l'homme comme un bien d'usage commun, avec une date de péremption, ou comme le pur produit d'un spectacle. Ainsi, lorsque le rang ne pourrait plus être tenu, la performance assumée, que l'usage de l'être en serait superflu ou économiquement trop lourd, on fasse comprendre à certains de débarrasser le plancher? Mais cela n'est-il pas un peu déjà le cas aujourd'hui?

Dans une société consumériste, qui prend et qui jette, cela fait scandale que ce qui vit, meurt, un jour s'achève, mais que ce qui est ancien soit dénigré, non ?

Ce cauchemar, ce spectre de l'isolement et de l'utilitarisme appliqué à l'être, ce n'est pas Exit ou la mort volontaire qui en est le porteur, c'est la société, ses valeurs dominantes actuelles (écrasantes) et la manière dont elle est habitée.

Alors on parle de lois, de cadres, on veut légiférer encore? Bien. Mais n'est-ce pas la relation et le lien qu'il s'agit avant tout de travailler. Et s'il y a une aliénation, elle n'est pas dans le vouloir mourir, mais dans la manière de vivre. S'il y a quelque chose à changer, ce n'est pas le vouloir mourir, mais la manière dont on existe.

Le malaise face à la mort demeure. Une vie ne se remplace pas en rayonnage comme une boîte d'haricot blanc. L'infini n'est pas un bien de consommation. L'infini est sans mise à jour, sans applications, sans réservations, freins, cadre, ou conscience de soi.

L'inéluctable effraie autant qu'ils fascine. Toujours plus de gens deviennent membres d'Exit. C'est une interpellation à entendre pour notre société.

 

Peut-être que vient le temps où l'on regardera les matchs de football avec une canette de bière entre les genoux et une boîte de penthotal sur la table.

Peut-être.

Et qu'il faut regarder cela en face.

 

 

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Photo : Eric Roset

Tous droits réservés: http://www.eric-roset.ch/

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19/10/2016

On n'arrête pas la vie!

Quand le CS interstar joue des matchs de football il y a désormais deux policiers municipaux qui sont présents au match. Pas pour s'occuper de questions de violence, non, ni pour faire de la sensibilisation auprès des jeunes, mais pour... faire taire les supporters.[1]

Deux plaintes pour bruit ont été reçues par la municipalité. Et voilà que se met en branle un système zélé de suppression de toute expression de vie. La police municipale s'agite, délègue des pandores sur place, fait pression sur le club, le service des sports, pour que cesse tout bruit.

Silence, on joue ! Mais faut-il vraiment que tout stade ressemble à un tombeau, sans bruit, sans joie, sans cris ? N'est-ce pas effrayant de limiter les expression de vie là où ils sont justement prévus pour !

Mais alors quoi, si les cris des enfants dans une pataugeoire m'incommodent, j'appelle le maire de la Ville pour qu'ils cessent immédiatement? Si les sons des préaux m'irritent, je fais fermer ces deniers? Et après les bars, on met des chuchoteurs devant les marchés de légumes pour que les gens achètent en silence leurs fruits et légumes, à voix basse ? (- j'aimerai vous acheter un kilo de patate s'il vous plaît.. quoi ? un kilo de patates je vous prie... - excusez-moi, je n'entends pas... - bah donnez-moi une pomme, merci !)

Et on s'excuse de vivre, de chanter et de fêter parfois un anniversaire chez soi après 22h?

La guerre au bruit, la servilité des décideurs 

Bon faut pas déconner hein, si je suis incommodé par le bruit des véhicules dans la rue, ou le dépassement constant des normes sonores en Ville à cause du trafic routier, les policiers ne se mettront pas au pied de l'immeuble pour arrêter le trafic... au mieux, ce sera du phono-absorbant sur la route, au pire du persil dans les oreilles, ou la pose de double vitrage.

Les cibles qui sont réduites au silence sont politiques... et il est plus facile et lâche de taper sur cinquante joyeux supporters que de régler la question de décollage d'avion, de trafic motorisé, qui sont les vraies sources de nuisance avec un impact négatif sur la santé de milliers de personnes.[2]

 

Laisser vivre ceux qui veulent vivre, occupez-vous des vrais problèmes !

La ville ouaté, la ville camisole de force se dessine sous nos yeux. Elle serait de plus en plus dense, de plus en plus diversifiée, et ... intolérante, avec l'appui de décideurs politiques qui par crainte de fâcher, par souci de ne pas faire de vague, oubli du bon sens, se cachent derrière des règlements, des courriers, envoient la police municipale à tout va faire le sale boulot d'intimidation, souhaitant favoriser le silence contre ce qui déborde, exulte, est vibrant, expressif: bref, la vie. 

Il y a quelque chose d'arbitraire dans la réduction de la vie aux normes, et des normes à leur application étroite par des esprits coincés. A trop légiférer et à s'en référer à la police et la loi, on perd le bon sens, le dialogue. 

Heureusement, on n'arrête pas la vie, on n'arrête pas la joie.

L'image qui me vient en tête est celle d'une manifestation spontanée lorsque le Portugal a gagné l'Eurofoot cet été. Une immense colonne de gens en liesse étaient descendue le long de la rue de la Servette avec trompette, tambours et klaxons exprimant de la joie, créant un magnifique événement autour d'eux. 

Une autre image, c'est celle de ce propriétaire d'une galerie-buvette qui lutte et sourit encore, malgré le fait qu'il se fait torpiller, pour des histoires d'ouverture de son lieu, par le Service du commerce cantonal. Alors qu'il crée de la vie, du lien social, et une plus-value économique dans un quartier, il se fait acculer administrativement et contraindre dans son développement. 

C'est aller contre la vie et l'inventivité que de prétendre la régir à tout va par des normes stupidement appliquées. Ce n'est pas ainsi que nous construirons la Ville de demain. Une Ville pour les gens, les vivants, pas pour les morts.  

Gagner des matchs contre l'intolérance

Au final, cette volonté de la police municipale de faire taire des supporters de football ne peut être comprise que comme une joyeuse invitation à venir soutenir le CSinterstar au stade de Varembé les dimanches, afin qu'ils gagnent avec éclats leur match contre l'intolérance.

Vive le sport, le respect, et la vie !

 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/La-Ville-menace-un-club-aux-fans-trop-bruyants/story/26676299

[2] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/aeroport-coute-50...

 

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11:29 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bruits, normes, lois, police, vie, football, csinterstar | |  Facebook

17/10/2016

Le Grand Théâtre va dans un champ de mines en chaussons

Le ministre de la culture israélienne Miri Regev a appelé ce dimanche la municipalité de Haifa à annuler le concert d'un rappeur israélien d'origine arabe Tamer Nafar.[1] La municipalité, sous pression, a déplacé le concert du rappeur à une heure tardive. L'annulation du concert est désormais envisagée. Au début du mois, cette même ministre de la culture était sortie d'une salle au moment de la lecture d'un texte du palestinien Mahmoud Darwich[2], l'un des plus grands poètes du XXe siècle, pour marquer sa négation de la voix du poète décédé. Petit rappel encore, en mai 2012, Miri Reguev avait participé à une manifestation anti-immigration appelant les immigrés soudanais un "cancer dans notre corps", avant de s'excuser... auprès des personnes atteinte de cancer pour ses propos! Les artistes et les institutions qui ne respectent pas la culture d'état sont visés par des coupes franches, stigmatisés.[3]

 

Il y a désormais, en israël, une "bonne culture", la culture officielle, politiquement servile ou à tout le moins peu dérangeante, et une autre, à bannir, censurer, qui est chaque jour plus étouffée dans un climat délétère.


Le ballet à la baguette

Ces événements éclairent avec acuité l'urgence du débat lancé par BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) Suisse concernant la tournée du ballet du Grand Théâtre Genève (GTG) et du ballet Béjart Lausanne à Tel Aviv.

Que demande BDS au Grand Théâtre Genève par sa lettre ouverte adressée fin septembre à l'institution culturelle[4]? De ne pas danser avec un régime d'Apartheid; que le Grand Théâtre Genève renonce à se produire à Tel Aviv dans l'opéra national (israel opera) financé par l'Etat israélien pour redorer son blason et renforcer sa légitimité internationale.

Le mouvement militant souhaite aussi attirer l'attention des autorités genevoises sur l'incongruité de voir deux ambassadrices culturelles de la Suisse se compromettre auprès d'un régime d'occupation. La colonisation israélienne se poursuit, les droits de l'homme y sont constamment violés et les résolutions de l'ONU toujours pas respectés, alors que l'égalité complète pour les citoyens arabo-palestiniens reste encore une chimère. 

Dans ces conditions, comment aller danser à l'opéra de Tel Aviv la bouche en coeur, quand 20km plus au sud des gens sont bouclés dans ce qui est aujourd'hui la plus grande prison à ciel ouvert du monde. Cela est choquant.

Cette démarche aventureuse de la part du Grand Théâtre Genève mérite des explications. Il me semble important de lire la lettre de BDS[5] et d'appuyer leur démarche.

 

Le Grand Théâtre de Genève pourrait-il répondre?

On peut trouver la démarche de BDS trop radicale. On peut penser que le boycott ne soit pas la meilleure manière de faire avancer une cause. On peut aussi nier l'exemple de l'Afrique du Sud et son régime raciste qui a vacillé lorsque la communauté des états et l'opinion publique l'ont confronté à sa nature non-démocratique. On peut faire fi du fait que le mouvement BDS émerge de 171 associations et organisation non gouvernementales palestiniennes, qu'il est internationalement soutenu. On peut fermer les yeux, ou regarder ailleurs, ou se dire que l'on irait pas en Corée du Nord, mais qu'en Israël oui, pourquoi pas, il n'empêche, la question mérite d'être posée : faut-il aller donner un surplus de légitimité à un état qui se moque de la liberté d'expression, censure les voix qui contestent son hégémonie, et viole le droit international ? 

Sous la culture le cynisme ?

A cette question, un chef d'état répondra certainement d'une manière différente qu'un directeur d'opéra.  Las, le directeur du Grand Théâtre de Genève, Tobias Richter, lui, répond dans le Courrier[6] avec pragmatisme et un brin de cynisme qu'il "s’agit d’une collaboration artistique et que le Ballet du Grand Théâtre de Genève a répondu à une invitation de l’Opéra de Tel Aviv avec lequel nous entretenons des relations très amicales." A ce jour, le ballet genevois ne semble pas avoir l’intention d’annuler ses dates (du 19 au 22 décembre) avec son très amical partenaire. Pourrait-il toutefois prendre soin de répondre directement à BDS qui l'a interpellé ? Ce serait la moindre des choses pour une entité qui prétend servir le dialogue et la culture. 

L'argument de dire qu'il faut que la culture soit un pont, un lien, et qu'elle doit aller partout est un argument à retenir. Mais il devient naïf ou cynique, si derrière ce mot "culture" se loge une ignorance ou un refus d'assumer dans quel contexte on va se produire, quel pouvoir est servi, et quel sera la récupération dont sa présence se verra affubler. 

La culture rapprocherait les peuples ? Encore faudrait-il qu'elle puisse s'adresser à tous!

Le Ballet Béjart de Lausanne est allé en octobre en israël. Cela n'a empêché en rien la censure du rappeur arabe Tamer Nafar. Si vraiment le Grand Théâtre Genève veut défendre le dialogue et la paix par la culture et la liberté d'expression, pourquoi ne s'engage-t-il pas à aller jouer aussi à Ramallah, ou ne fait-il venir une troupe palestinienne à Genève? Les interdictions de sortie des artistes du territoire palestinien empêchent ces derniers de s'exprimer sur la scène internationale d'une manière récurrente et avec une brutalité implacable ? [7],[8]  Un commentaire là-dessus de la part du Grand Théâtre Genève serait bienvenu.

Tant que le Ballet du Grand Théâtre de Genève -situé de manière temporaire sur la place des Nations, quel symbole !-  n'aura pas répondu à ces questions et proposé en marge de ses spectacles une action, un discours, qui permettent d'honorer la conception de la culture qu'il prétend défendre ainsi que le rayonnement de Genève, nous oserons lui proposer de rester à la maison plutôt que d'aller avec cynisme danser pour d'autres sur un petit air d'apartheid.

Parce qu'un rayonnement qui vise, avec l'aide d'argent public, à faire le jeu d'états ne respectant pas la liberté d'expression, les résolutions de l'ONU et les droits de l'homme, nous n'en voulons pas. Je pense pour ma part que cela dessert Genève sur la scène internationale.

Il y va d'un certain respect de la neutralité suisse, mais aussi d'éviter que les peuples arabes, pour qui le mot Genève évoque d'abord les Conventions de Genève, le CICR et la neutralité, n'en viennent à croire, à cause des tournées hasardeuses du ballet du Grand Théâtre, que celles-ci sont aussi flexibles et serviles que les torsions de jambes des danseurs et danseuses du ballet du Grand Théâtre de Genève. 


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[1]http://www.haaretz.com/israel-news/1.747782

[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Darwich

[3]http://www.theatlantic.com/international/archive/2016/10/...

[4]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[5]http://bds-info.ch/files/Upload_FR/Dokumente/Kampagnen%20...

[6]http://www.lecourrier.ch/143240/les_ballets_de_geneve_et_...

[7]http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/les-artistes-d...

[8]http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/07/18/khaled-j...

 

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08/10/2016

Croyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous

_DSC0225.jpgCroyant-e-s de toutes les croyances unissez-vous. La phrase m’est venue en tête lorsque la revue Choisir[1] m'a proposé d’écrire un petit texte sur l’articulation entre le politique et le religieux. Mais comment avancer sur ce terrain délicat? Les débats brûlants et mal-menés autour du thème de la laïcité, de l’islamophobie rampante ; les traumatismes envers un christianisme dévoyé, un temps religion d’Etat dans l’oubli de ses racines ; l’horreur du terrorisme, le visage répugnant de certains mouvements se réclamant d’un islam politique, laissent en effet très peu d’espace pour un dialogue fécond concernant la place de la religion en politique et l’emplacement du politique en religion.

Pire, ces débats, reliquats, ont acculé la religion dans une représentation désuète ou destructrice.

Mon royaume n’est pas de ce monde  

« Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattus pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais maintenant, mon royaume n’est point d’ici-bas. (Jean 18, 36). Faut-il que les croyants s’inspirent de cette phrase pour rendre les armes et abandonner ce monde à ses tracas, ses nécessaires conflictualités, et affirmer que la foi et le désir de spiritualité n’ont rien à voir avec l'engagement dans le monde ?

Si le royaume promis n’est pas de ce monde, pourquoi le croyant se salirait les mains, ou la soutane, ici-bas? Lutter contre les injustices ne serait pas une aspiration essentielle. La foi serait alors une petite histoire personnelle et intime, une abstention prudente, un recueillement ayant pour objectif la perfection de soi, avec à peine une condamnation chaste et molle des injustices par-ci par-là, et basta.

Arrivé à ce renoncement, pousser jusqu’à en faire une marque honteuse retirée de l’espace public, ou une trace triste longeant les murs, ne demanderait qu’un pas. Que resterait-il alors, dans cette posture, de la radicalité des évangiles et de la démesure du message de foi, appelant à lutter contre les injustices sociales (parce que ce que vous faites au plus petit vous le faites à lui-même, Mathieu 25:40); et en un mot se dépasser soi-même en allant vers l'autre plutôt que se centrer sur soi en le niant. 

 

_DSC8607.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Esprit es-tu là ?

Tout l’exemple chrétien invite à approfondir l’amour de Dieu. Pas à le claironner (Mais toi, quand tu fais ton aumône, que ta main gauche ne sache point ce que fait ta droite. Mathieu 6:3), ni à éviter honteusement de l’affirmer par des actes et des engagements. Au nom de quoi, ou plutôt en vertu de quelles trahisons, le croyant abandonnerait-il le terrain aux violents et aux corrompus, aux pouvoirs politiques quels qu’ils soient, pour laisser en friche et sans relais la parole libératrice du Christ, de Moïse, de Mahomet et des prophètes ? Inspiration vivace à lutter contre toutes les formes d’oppressions.

Certains ont affirmé que le Christ était le premier des révolutionnaires. Les théologies de la libération ont allié marxisme et foi pour lutter contre les pires dictatures, la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), les jeunes chrétiens combattants (JCC) et les mouvements de résistances aux totalitarismes ont combattu sur le terrain politique. Dietrich Bonhoeffer, Simone Weil, Edith Stein, martyrs de la résistance.

Eh quoi, il existerait des chrétien-ne-s pour accepter l’injustice du monde tel qu’il est ? Des chrétien-ne-s qui, en toute conscience, détourneraient la tête devant les violations du droit, les abus et les violences, la destruction planifiée, organisée de l’humain et de  l’écosystème, sans s’engager? Et ils prétendraient être en accord avec la parole de celui dont ils revendiquent le nom ?

 

Séparer le pouvoir de l’Etat… du pouvoir de l'abus

Simone Weil, dans Formes de l’amour implicite de Dieu a cette phrase extrêmement forte : « Tant qu’il y aura du malheur dans la vie sociale, tant que l’aumône légale ou privée et le châtiment seront inévitables, la séparation entre les institutions civiles et la vie religieuse sera un crime. L’idée laïque prise en elle-même est toute à fait fausse. »[2]

Idée agrandie qu'à de la religion Simone la mystique. Dans une société où le pouvoir de l’argent domine, où les inégalités sociales s’accroissent, où la laideur et la vulgarité, tentation de salir et rabaisser accroissent leur emprise, où la discrimination envers les plus précaires est récurrente,  se défier des croyant-e-s et tenir des discours sur la religion datant d’il y a 3 siècles est étonnant et ne semble pas être la première des urgences sociales.

La prétendue neutralité confessionnelle de l’Etat serait de fait un mariage de l’Etat et du néolibéralisme, et parfois avec les ressources les plus crapuleuses du management conduisant à la gestion de l’humain comme une boîte de conserve. L'idolâtrie a décidément de nombreux visages. Ce n’est pas du religieux que vient la plus grande menace pour la société. Le religieux semble plutôt un commode épouvantail pour faire diversion. L'essentiel du combat revient avant tout à séparer le pouvoir de l’Etat du… pouvoir de l'abus;  pas de la croyance ou de l’engouement pour la justice sociale.

Aujourd’hui, la laïcité tient un rôle de cache-sexe étriqué, qui dissimule les pires boursouflures de la compétition, du cynisme et de la reproduction des inégalités ; l’appétence des chiffres, des cadres économiques et des abus de ceux-ci.

L’homme serait réduit à être un dominant ou un dominé, un producteur ou un déchet, sans égard pour sa vie intérieure et sensible ? L’humain deviendrait une matière aussi insignifiante que du sable ou de la cendre, avec la bénédiction toute laïque des fossoyeurs au pouvoir ? Qui pourrait assister à cela sans réagir et s’engager ?

 

_DSC4078.jpgLe politique ne survivra pas sans l’esprit

Hindou, musulman, juïf, chrétien, baha’i,  peu importe. Peu importe qu'ils portent le voile ou non, consomment du porc, du pain sans levain ou pas, plutôt le soir ou le matin, le vendredi ou le dimanche. La seule chose qui compte, c’est si de savoir qui rejoint la règle d’or : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ou : fais à autrui ce que tu voudrais que l'on te fasse, et refuser à tout pouvoir, quel qu’il soit, d’user de la violence et de la force pour s’imposer au détriment de la justice sociale.

Croyant-e-s de toutes les croyances, unissez-vous : contre la ségrégation, la domination, la réduction de l’humain à un rouage inerte d’une machine de production, à la négation de sa part spirituelle, unique, miraculeuse : vitale affirmation du souffle, de l'inspiration. A la mort de l'esprit.

 

Je crois donc je lutte

Le croyant dira : je crois, je prie. Je prie, donc je lutte.

Croire, c’est être invité-e dans ce monde, et invité à le changer.

C’est nécessairement avoir une dimension engagée, politique, tout en reconnaissant que l'humain n'a pas le dernier mot sur l'histoire.

Le croyant ne se résigne pas à faire de la religion un petit carré spiritualiste ayant pour vocation de commenter des états d’âme. Les barricades, les arènes politiques et l’espace public sont des lieux d’expression comme d’autres, où refuser tous les abus de droit, qu’ils soient économiques, institutionnels, langagiers ou administratifs.

Tout espace, social, politique, doit être investi, sans aucune retenue ou timidité.  

Car si son royaume n’est pas de ce monde, à tout le moins, des humains vivent ici-bas. 

Et la justice sociale réclame des actes, des engagements... pas seulement des prières.

 

 

PHOTOS ERIC ROSET

www.eric-roset.ch

 

[1] https://www.choisir.ch

[2] in Attentes de Dieu, La Colombe, éditions du Vieux colombier 1950, repris in Simone Weil, Oeuvres, Quarto Gallimard, 2003, p.730.

 

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28/09/2016

Loin des yeux, loin des heurts ?

J'ai laissé confiant mon vélo à l'arrière-cour d'un bâtiment public. Quand, à 22h, je suis allé le récupérer, la porte du grillage était fermée. J'ai fait tranquille le tour du bâtiment pour le récupérer. Malheur, de l'autre côté aussi : porte verrouillée. Vélo: kidnappé. Rien de dramatique. Rien à faire non plus. L'espace public, ouvert il y avait quelques heures à peine, s'était transformé en petite geôle, sans préavis ou signe avant coureur de privatisation sauvage. 

Cela m'a conduit à réfléchir à ceux qui veulent, en Ville, fermer, par exemple, tous les préaux, les boucler parce que certains y font la fête la nuit. Aujourd'hui, dix préaux sont fermés à la tombée du jour (Necker, Saint-Gervais, Ferdinand-Hodler, Eaux-Vives, Montchoisy, Vollandes, Sécheron, Chateaubriand, La Roseraie et Mail). Alors, ce serait une solution ? Fermer les uns après les autres tous les préaux, en commençant par celui qui est en bas de chez soi, avec pour seul résultat de repousser les problèmes plus loin, chez d'autres, selon le même principe: loin des yeux, loin des heurts.

 

Fermons fermons, le problème ira ailleurs

Après les préaux, réclamer la fermeture des parcs, des terrains de jeux, car il y aura toujours trop d'espaces ouverts dans l'espace public ? Car enfin, ceux qui y passent une partie de la nuit, discutent sur un banc, dérangent. Ils laisseront quelques détritus au sol (à quelques mètres d'une poubelle, ou quelques longueurs. de pas : infâmes provocateurs ou corniauds, ils l'auront évidemment fait exprès, les mal éduqués).

Même si ceux qui salissent, souvent, ne sont pas forcément ceux qui crient le plus fort, il est aisé d'incriminer sans distinction "les pauvres ou les jeunes", c'est selon. Bien entendu, quoi qu'il en soit, la police demandera au matin aux précaires de dégager. Sinon, on verrait combien ils sont à dormir dans les parcs. Mais cela non, on ne veut pas le voir ni savoir... pas en bas de chez soi en tout cas... plus loin ce n'est pas si grave, on peut faire comme si cela n'existait pas. Tant qu'ils demeurent invisible et inaudibles ils peuvent même s'entasser sous les ponts.

Mais qu'ils gardent un matelas et voilà que la police le jette à la benne. Vous ne pouvez pas privatiser l'espace public, leur lancera le magistrat de la sécurité, se permettant lui, au passage, de jeter leurs affaires privées, sac en papier et parfois médicaments aux ordures. Vous ne pouvez privatiser l'espace public... toutefois, je peux vous en exclure : et quand, indésirables, vous serez dans les recoins des bois, des parcs, vous en faire sortir, si je le désire.   

 

Petite histoire de réduction des libertés

On commence donc par les digicodes, on condamne ensuite les cours intérieures, les caves d'immeuble. Et puis, on étend ensuite le système aux préaux. On continue avec les arrières cours des bâtiments publics, tous les espaces vides, on poursuit avec les transports publics, où ceux qui ne peuvent payer de tickets sont amendés, et ensuite enfermés. La liberté de déplacement, qui est pourtant un droit fondamental, est entravée. Cela, pour quels résultats?

Repousser, chasser, déplacer, fermer à tout va, camériser à tous crins, et au final ne jamais résoudre la question centrale : comment créer des lieux adaptés et accessibles pour ceux qui veulent se réunir ou se déplacer mais ont peu ou pas de moyens. Cette question est escamotée.

On préfère déplacer ce que l'on ne veut pas voir en bas de chez soi, repoussant ainsi toujours plus loin, ailleurs, des problématiques que l'on s'ingéniera à ne pas régler, dans une ville où l'espace public se modifie pour devenir un espace pour certains publics, à certaines heures seulement.

 

Les indésirables

Que certains espaces soient publics à temps variables pose quand même question. Et même temporairement ouverts, certaines catégories de la population n'y sont jamais bienvenus. L'espace public n'est plus à tout le monde. Il est fait pour circuler ou commercer avant tout, pas pour être ou y rester (sauf quand on ferme les quais et qu'il est de si bon ton d'y mettre des tables pour mieux apprécier que le reste de l'année on y tousse et que les bagnoles l'ont annexés). Autrement dit, l'espace peut être rendu au public de manière précaire et réversible un jour par an à tout un chacun, mais le reste de l'année, il est privatisable et réservé à l'usage de ceux qui n'y laisseront ni marque ni trace hormis gaz d'échappements).

Loin des yeux, loin des heurts. Je m'en foutais de mon vélo confisqué. Ce dernier m'avait juste fait penser aux hommes et aux femmes qui finissent à Champ-Dollon pour amendes de TPG impayées ou parce que la police les incrimine d'avoir mendié, quand bien même ils étaient juste assis sur un banc.

Car si les vélos, eux, sont libérés au matin, dans ce beau Canton de Genève, on boucle les précaires pour amendes impayées et pour plus longtemps qu'une nuit.

 

 

 

 

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21/09/2016

Lettre à Christoph Tonini, PDG de Tamedia

Monsieur Christoph Tonini,

J'ai appris avec inquiétude et colère que votre groupe Tamedia, plus grand groupe de médias privé de Suisse, chiffre d'affaire de plus d'un milliard, dizaines de millions de bénéfice chaque année[1], avait planifié des réductions de postes dans les journaux de la Tribune de Genève et du 24h, dans le cadre d'une restructuration planifiée de ces deux titres romands.

 
Vous ne pouvez ignorer que ces titres sont d'une grande importance pour la vie citoyenne, démocratique, participative, de notre pays. La liberté et qualité de la presse, principe de base des systèmes démocratique reposant sur la liberté d'expression et la liberté d'opinion, est pareil à l'air que l'on respire.

 

Comment interpréter votre décision de virer des journalistes alors que votre groupe réalise depuis de nombreuses années de confortables bénéfices ?

 

Votre salaire annuel en 2015? 6 millions! Augmentation de 100% en une année! Cela fait de vous l'un des patrons les mieux payés de Suisse. Cette promotion a été obtenue avec la bénédiction de votre conseil d'administration: "On peut se demander si c'était justifié, mais nous nous sentons à l'aise avec ce chiffre, vu qu'il s'agit d'une exception»... vous n'aviez "que" 3 millions de salaire l'année précédente. Qu'en sera-t-il en 2016 ? Vous allez envoyer votre fiche de paie aux employé-e-s virés, pour les remercier d'avoir arrondi vos comptes sur leurs dos ?[2]

 

Votre plan ? Continuer à investir les juteux bénéfices réalisés notamment grâce à vos sites (jobup, ricardo, doodle, etc.,) ailleurs que dans la presse, et soumettre celle-ci au même régime de sur-rentabilité en virant des journalistes. Finalité : toujours plus d'argent pour l'argent.

 

Votre responsabilité, en terme d'accès à l'information, s'arrêterait-elle sur la barrière de rösti ?

 

Par ces coupes, visant uniquement des titres en Suisse romande, vous laissez entendre que la Suisse allemande est soumise à un traitement différenciée.

Pendant que sont dégommés, à la kalachnikov, des journalistes en France, et dans le monde, qu'on loue avec raison, l'importance pour la démocratie de la liberté d'opinion, dans une époque où l'ignorance et la peur nous menacent, vous avez fait des petites listes pour rayer des emplois au nom des courbes de bénéfices et par obéissance aveugle aux taux de rendement maximum.


Par la planification de ces coupes, quand bien même vous vous targuez d'en être l'un des garants, vous incarnez une menace pour la démocratie. Par la manière dont vous menacez les travailleurs et travailleuses, faisant planer parmi ceux-ci le doute sur l'identité de ceux qui seront frappés, vous exercez aussi un jeu malsain. Fragiliser les travailleurs, les mettre en rivalité, espérant probablement qu'ils craqueront, est un jeu sadique.

Mais surtout, c'est une aberration économique de se passer de gens formés, compétents, connaissant le milieu dans lequel ils travaillent, pour un modèle dépassé d'économie virtuelle. La violence a plusieurs visages. Par l'annonce de ces coupes, vous montrez que vous en êtes, ni plus ni moins, l'une des facettes, tout respectable que soit votre CV. Un journal n'est pas un arbre que l'on élague et les gens des branches que l'on coupe. Le tissu économique genevois ne vous remercie pas.

Qu'est-ce qui vous fera reculer ? La pression populaire, politique, votre possible dégât d'image. Ainsi je vous écris, et relaie ci-dessous l'appel lancé par les journalistes à le faire. Puisque vous ne comprenez que le langage de l'intérêt, vous faire entendre qu'il est dans le vôtre de renoncer à ces coupes.

Monsieur Tonini, lâchez plutôt l'un de vos millions, plutôt que de virer des travailleurs genevois!

Ne déclarez pas la guerre à ceux qui écrivent, nous informent et nous renseignent, nous avons besoin d'eux.

 


Sylvain Thévoz

 

 

L’appel à Tamedia

(que vous soutenez, à renvoyer à appel.tamedia@gmail.com)

 

Que restera-t-il de de l’information, culturelle, économique, politique, sportive, dans les cantons de Vaud et de Genève ? Comme nous l’avons appris, Tamedia, propriétaire de 24 Heures et de la Tribune de Genève, prépare une restructuration des deux titres romands, avec à la clé la suppression probable de dizaines d’emplois et une baisse certaine de la qualité de l’information. A terme, c’est la disparition pure et simple des deux titres de presse, relais des activités socio-culturelles et de la vie économique et politique de nos régions, que nous craignons.

 

La Tribune de Genève et 24 Heures se retrouvent aujourd’hui dans une situation difficile. Mais nous savons aussi que TA-Media réalise de consistants bénéfices. Dans ces circonstances, il est du devoir d’un grand groupe tel que le vôtre, en situation de quasi-monopole en Suisse romande, d’y maintenir la qualité de l’information. Et pour cela d’y maintenir l’emploi et de s’engager fermement pour la pérennité de la presse romande.

 

Nom, fonction, domicile :

Votre propre commentaire (si vous le désirez):

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[1]http://www.tdg.ch/economie/tamedia-baisse-22-benefice-net/story/31656108

https://www.letemps.ch/economie/2016/03/15/tamedia-degage...

[2]http://www.24heures.ch/economie/entreprises/Tamedia-a-ben...

 

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19/09/2016

Un livre est-il une banane ?

Un livre est-il une banane?

Oui, répond Philippe Nantermod[1], conseiller national PLR, car les deux se consomment... Et il revient à l'acheteur, selon lui, de faire ses libres choix pour se les procurer. Si l'on n'y prend garde, le monde appauvri des libéraux nous ramènera bien vite à l'époque des cavernes... quoique... les Hommes de Cro-Magnon, eux, avaient Lascaux.

La concurrence des grands groupes, les monopoles des diffuseurs, la force du franc suisse, les possibilités d'achat à prix cassé menacent l'existence même des petites librairies. Le marché n'est ni libre ni équitable. Quand certains peuvent négocier des achats de gros, voir court-circuiter les intermédiaires en s'approvisionnant directement chez les producteurs français, négocier les loyers d'immense surfaces commerciales, d'autres, plus petits, vivotent avec des loyers trop hauts et des charges administratives identiques. Le marché ne s'auto-régule pas. Sans mesures spécifiques, et cas particuliers, il désavantage les acteurs de plus petit taille qui n'arrivent pas à suivre sur les volumes des ventes ou les rabais consentis aux grands groupes.

Les librairies locales sont un bien collectif

Les librairies locales font vivre un réseau d'acteurs culturels et/ou économiques locaux : imprimeurs, éditeurs, auteurs. Ils permettent, par l'organisation de lectures publiques, de faire entendre des voix que l'on n'entendrait pas ailleurs, soutiennent la micro édition, l'émergence de nouveaux écrivain-e-s. Ce sont de micros agents culturels qui bénéficient directement aux circuits courts de l'économie locale. Leur garantir des conditions d'existence est une question de politique culturelle, pas uniquement de choix individuels de consommateurs. Et puis, pour le client, avoir le choix d'aller dans des lieux avec un service personnalisé, un-e libraire qui le connaît bien, l'aide à choisir, est un rapport humain important. On se plaint que les jeunes ne lisent pas assez ? Que la langue se perd? Conserver des lieux intéressants, humains, de dialogue, de curiosité et de rencontre, est important pour initier les nouvelles générations aux livres, à ceux qui les font, et ainsi leur présenter des modèles et des métiers de proximité. Pour les aînés: des lieux intergénérationnels, pour les plus petits: des lieux enchanteurs. Et toujours: la possibilité d'y passer gratuitement, d'y flâner, d'y rêver. Non, on n'entre pas de la même manière dans une librairie que dans une banque, il ne s'y passe pas les mêmes interactions sociales.   

Le monde se divise en deux. Ceux qui pensent qu'un Lidl ou une librairie c'est la même chose. Et les autres, qui refusent que tout soit ramené uniquement à la valeur marchande des choses.

 

Vers la fermeture de la librairie du Parnasse?

A Genève, les librairies Forum, Artou, Panchaud et Descombes, la librairie du Musée d'Art et d'Histoire, entre autres, ont dû mettre la clé sous le paillasson ces dernières années. Pas par manque de clients ou de lecteurs, mais bien souvent à cause de loyers excessifs.

En 2012 une très large majorité en Suisse romande a voté pour le prix unique du livre. A Genève, 66% des citoyen-ne-s ont voté pour ! Leur message était clair : nous voulons un prix unique pour des livres moins chers et nous voulons préserver la spécificité du livre comme bien culturel. Nous sommes les 66%, il est indécent que les librairies tombent comme des mouches et que la volonté populaire ne soit pas respectée.

Non, un livre n'est pas une banane. 

Une librairie qui meurt, c'est un fast-food ou un kebab de plus. La diversité culturelle est une force sociale. Préservons-la. Défendons-la.

librairie,culture,marché,social,échanges,création,vivre ensemble,parnasse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] http://www.rts.ch/play/radio/forum/audio/les-petits-libraires-sont-ils-condamnes?id=8007107

 

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12/09/2016

Fêter l'Aïd-el-Kébir à Genève

IMG_7647.JPGL'Aïd-el-Kébir est la fête la plus importante de l'Islam. Elle marque le commencement de la fête du pèlerinage à la Mecque (hadj) pour trois jours, et rappelle le geste d'Ibrahim d'obéissance à Dieu. Dans le Coran, mais aussi dans la Torah ou l'Ancien testament, Ibrahim-Abraham accepte de sacrifier son fils (Ismaël-Isaac) à Dieu. Toutefois, Dieu, au dernier moment, remplace l'enfant par un mouton. Le mouton servira d'offrande sacrificielle, pas l'enfant. Les trois grands monothéismes récusent le sacrifice humain.

 

L'accueil et le lien

Ce lundi matin, la hall1 de Palexpo se remplit doucement. Il est 7h et des centaines de personnes convergent pour fêter l’Aïd ensemble. Toutes origines, nationalités, professions, sexes et classes sociales sont réunis pour prier. Il est touchant de voir les costumes traditionnels côtoyer les costards serrés, les jeunes en casquettes et les aîné-e-s appuyé-e-s sur leur canne se rassembler épaule contre épaule, pieds contre pieds, pour s'aligner ensemble devant Dieu.

On accède par deux escalators à la hall 1. Et si la sécurité indique aux femmes d'aller d’un côté et aux hommes de l'autre, la plupart montent alors par les escaliers pour ne pas être séparés. Et puis, de toute façon, quand ils repartiront, tous seront ensemble. La foule, compacte, la rencontre et la fête se jouent des prescriptions. Et plus tard encore, après la prière, à Balexert, quand on se retrouvera à la Migros pour le petit-déjeuner, tout le monde sera mélangé, donc… 

 

Fête religieuse, fête sociale

On se salue, on se retrouve, on prend des nouvelles des uns et des autres. Il est touchant de découvrir la force de cette communauté genevoise. Jour de fête! Certains ont déjà prévu une sortie à Yvoire, une ballade au Salève, ou de flâner sur les quais en famille, avant le repas du soir, pour lequel le mouton, a bien sûr été commandé.

Le prêche de l’imam : une condamnation ferme de ceux qui, au nom de l’Islam, commettent des atrocités, et plongent ainsi la communauté dans l’opprobre. Un rappel que pour ceux qui volent, escroquent, se comportent mal avec les autres, la valeur de leur prière devant Dieu est nulle... 

Les anciens se souviennent des fêtes de l’Aïd à la mosquée. Celle-ci était devenue trop petite par rapport à la taille de l'événement. Fêter l'Aïd là-bas était bien plus chaleureux que dans ce hangar anonyme, et avec un supplément d'âme... mais que faire? Une femme se rappelle qu’avec ses deux filles, elle se tenait avec l'une sous elle et l’autre dessus – pas évident pour prier-. 

 

Ne pas longer les murs

Rien de tel aujourd’hui. La hall 1 peut accueillir des milliers de personnes. Ils sont peut-être 3'000 ou 3'500 ce matin. Moitié moins que l'année passée, quand l'Aïd tombait un dimanche. Travail, contraintes, difficulté  de prendre du temps sur les obligations professionnelles... Mais finalement le chiffre importe peu, c’est se retrouver ensemble et se recueillir qui compte. L'accueil est chaleureux, chacun-e rappelle l’importance pour la communauté de ne pas se cacher ou avoir honte, mais se montrer telle que l'on est et d'accueillir ceux qui se rapprochent, afin de mieux s'en faire connaître.

Peut-être faudrait-il envisager une autre mosquée, et pourquoi pas des imams suisses qui connaissent mieux la réalité culturelle d'ici, avec des femmes qui géreraient la mosquée ? A discuter, ici et là, on entend le bouillonnement de la communauté. Les forces progressistes sont bien présentes, et ne demandent qu'à s'exprimer.

 

Genève, sa diversité est sa richesse culturelle

Parlant, rencontrant l'une ou l'autre, on prend conscience que ce sont le dialogue, les liens et ponts construits qui nous rapprochent et permettent de vivre ensemble, avec nos différences, nos points communs et même parfois des désaccords, mais jamais en s'ignorant ou se niant les uns les autres. 

La grandeur de Genève, sa prospérité, c'est de permettre cela, de rejouer chaque jour la rencontre quand chacun ose faire un pas vers l'autre, un petit bout du chemin, et respecter les différences.

La fierté de Genève, c'est l'affirmation confiante d'un avenir commun; affirmation à entretenir et renforcer sans cesse.

Rien de mieux qu'une fête pour se retrouver, être ensemble, mieux se connaître, et créer des liens.

Rien de tel, pour lutter contre la peur, l'ignorance et les préjugés, qu'une fête.

Et l'humaine, l'irréductible dignité de chacun-e d'affirmer qui il est, et en quoi il croit. 

 

 

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05/09/2016

Burqa de chair

images.jpgEn 2011 paraît le livre posthume de Nelly Arcan (née Isabelle Fortier) Burqa de chair. L’auteure s’est pendue peu de temps avant la sortie de celui-ci. L’auteure québecoise de : Putain (2001), Folle (2004), A ciel ouvert (2007), Paradis clef en main (2009) (posthume lui aussi), en finit avec la vie à trente-quatre ans dans son appartement montréalais (septembre 2009), après plusieurs tentatives qu’elle raconte sans fard (Nelly avait chuté de sa pendaison, était tombée en bas de l’élastique, qui n’avait pas supporté le poids de son corps et se secouait comme un damné). En 2011, Nelly ne se loupe pas et met un point final à une existence intense et douloureuse.[1]  

Burqa de chair est préfacé par Nancy Houston. Elle met en exergue la dimension philosophique d'Arcan, son talent d'écrivaine, et, dans l’accueil de la souffrance, une grandeur qui touche à la mystique. L'écriture percutante d'Arcan dénonce le traitement imposé à son corps et  parle « des images comme des cages, dans un monde où des femmes, de plus en plus nues, de plus en plus photographiées, qui se recouvraient de mensonges, devaient se donner des moyens de plus en plus fantastiques de temps et d’argent, des moyens de douleurs, moyens techniques, médicaux, pour se masquer, substituer à leur corps un uniforme voulu infaillible, imperméable ».

La Burqa de chaire occidentale

Ce qu'écrit Arcan : les femmes occidentales se recouvrent d’une burqa de chair. Acharnement esthétique, opérations, hantise du vieillissement. Sa voix féministe dénonce l’emprise de la domination masculine sur les corps des femmes et la comédie sociale, qui exige à chacun-e de tenir son rôle, se voiler la face, se modeler les seins, pour parvenir à continuer à aller de l'avant sans perdre pieds.Elle l’a vécu, à fond, dans son rapport aux hommes, au sexe, aux medias.

Arcan fait retour sur son enfance, « c’était le bon temps de la beauté non faite de canons, la beauté non imprégnée du sexe des hommes, celui de la facétie, de l’autodérision où l’on se trouve à son aise devant les traits de son visage qui deviendront un jour ingrats ; c’était le temps où ça fait plaisir de s’enlaidir, pour rire ; c’était le temps d’avant la dramatisation du visage où tout est à remodeler, le temps d’avant le temps de l’aimantation, du plus grand sérieux de la capture des hommes. »

Car la vérité de la rencontre avec sa personne, hors canons, hors étalons de beauté, est périlleuse, et l'affirmation de soi risquée, voire mortelle.

Arcan face au pouvoir masculin

Nostalgie du monde de l’enfance, visitation de son rapport à ses parents et irruption de la sexualité, Arcan fait l'inventaire des problèmes de poids, de l’anorexie, de la peau trop graisseuse, puis du désir. Elle revient sur l’humiliation subie lors d’un talk-show en 2007. Putain, autofiction, s’est vendu à des centaines de milliers d’exemplaires, a été nominé pour les prix Médicis et Fémina, elle est quelqu'un, une écrivaine à succès... mais non, elle n'est personne. Devant 2 millions de spectateurs, dans sa belle robe décolletée, elle encaisse les railleries de l'animateur qui la rabroue et l'accule au rang de prostituée. L'homme exerce à plein sa domination masculine, la connerie du dévoilement télévisuel. Elle écrira plus tard : « La haine contenue dans ces questions lui entama le visage, qui s’ouvrit comme un livre où son âme s’était donnée à lire, péché télévisuel entre tous. Etre lue en dehors du jeu, en dehors du théâtre, en dehors du cinéma, revient à être humiliée, à laisser échapper de soi les articulations de la décontenance derrière l’opacité, l’aristocratie du masque social. Elle perdit la face tandis que son décolleté remontait à la surface. »

Nelly Arcan avait raison. Il n'y a pas besoin de tissus pour être sous burqas. Les corsets sont bien serrés, qu'ils soient visibles ou invisible. Et il semble bien "pratique" de désigner les burqas des autres pour passer les siennes sous silences ; de céder à l'hypocrisie, au harcèlement de rue, aux inégalités salariales, aux violences conjugales, à la violence institutionnelle la place que l'on dénie à un bout de tissu censé incarner à lui tout seul l'entier d'une domination.   

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Pour Noël : une nouvelle paire de seins ou un menton qui déchire ?

Durant la période des Fêtes de noël, les chirurgiens plastiques opèrent trois fois plus que le reste de l'année. "Désormais, la chirurgie plastique concurrence le sac Gucci ou les chaussures Manolo sous le sapin. Les redressements de poitrine, les abdominoplasties, les liftings et les lipposucions sont ainsi particulièrement prisées.[2] Alors quoi, le fait de déposer un voile sur sa tête serait le fait de la domination masculine... tandis que celui de se refaire les seins, le nez et les fesses, de se mettre des blocs de silicone dans le corps, celle d'une émancipation joyeuse?

Si nous décidions, ici et maintenant, de faire la chasse aux voiles, ne faudrait-il pas les soulever tous, et identifier ce qui les relie entre eux, plutôt que de faire croire que c'est sous le petit bout de tissu et nulle part ailleurs que se cache la violence et la domination?

 

 

En finir avec tous les pouvoirs masculins dominants

Quand est-ce que, homme, femmes, gros, petites, poilues, pourront s’habiller ou se déshabiller comme ils et elles l’entendent, se voiler ou ne pas se voiler comme elles le désirent, non pas selon des critères politiques, industriels et financiers, tordus d’une majorité masculine visant à asseoir plus fortement domination et profit ?

Arcan avait raison : la burqa de chair est liée à l’impossible défi d’être soi-même dans un monde d'apparence. 

Nous devons en finir avec les pouvoirs masculins dominants.

Ni burqa de chair ni burqa de tissu ou burqa de pensée, mais liberté d’être! 

Alors tous les voiles tomberont d'eux-mêmes... et chacun-e sera libre de porter ou non le sien: de silicone, de flanelle, comme il l'entend et l'a décidé.

 

[1] www.nellyarcan.com

[2] http://www.24heures.ch/suisse/Pour-Noel-les-Alemaniques-s...

 

 

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21/08/2016

Heureux ou pas, Europa

Pas l'Europe économique[1], l'Europe politique, pas l’Europe technocratique, l’Europe mécanique, pas l’Europe des clics, du toc du fric. Pas l’Europe forteresse, des cimetières marins, cales sèches. Pas l’Europe des bourses, des blocs, des pieds d’argile avec jolies baskets, des bunkers et frontières. Pas l’Europe sans fenêtres, sans passe partout. Pas l’Europe des routes barrées, barbelés et centres de tri, sans champs de luzerne et de blé. Pas l’Europe des lieux de rétention, des satellites sans soleils, des usines de viande, de la jungle de Calais, et au cœur : plus rien.[2]

Pas l’Europe des pinèdes coupées, des vallées sans issues, des chiens à trois pattes, des lignes à grande vitesse, des rondins retournés. Pas l’Europe sans antennes mystiques, sans tiges souples et bourgeons. Pas d’Europe sans horizon, pas d’horizon sans ascendance, pas d’ascendance sans recueillement. Pas d’Europe sans désir commun, pas de désir sans amour, pas de lumière sans regard intérieur. Pas l’Europe du néant, sans base ou sommet, balançoires libres.    

Pas l’Europe des cœurs cuits. Pas l’Europe des mineurs sans accompagnants, des docteurs qui font le ménage, des ménagères abusées. Pas l’Europe centralisée, aux étoiles effilées, aux étoles étourdies, sans Erri De Luca. Pas l’Europe des écrans, des oiseaux nucléaires, des graphiques abstraits.

Pas l’Europe fin de siècle, négationniste, du c’était mieux avant, maintenant on retourne en arrière. Pas l’Europe du reflux. Pas l’Europe néocoloniale, style 2035 qui répète cent ans après, du balais.

Pas l’Europe suprématiste, neurasthénique, sexiste. Pas l’Europe lepéniste, capitaliste, productiviste. Pas l’Europe antisémite, islamophobe, raciste, de l’inimité et du repli. Pas l’Europe matérialiste et brutale, nationaliste, du bug du rot de l’UDC, de la colique, à la presse anémique.

Pas l’Europe qui bégaie. Pas l’Europe militaire, va-t-en guerre donc ailleurs, aux œillères, effrayée, épileptique. Pas l’Europe des tiques, de la meute et mimétiste, des hamsters, des ghettos.

Pas l’Europe de la bouffe lyophilisée, des cartons renversés, des abattoirs glauques, des centres commerciaux et des gares de triage : casinos et cloisonnements. Pas l’Europe qui répète et s’enraie. Pas d’Europe sans ciel bleu, sans merles et guirlandes. Pas d’Europe sans heureux, pas d’heureux sans Europa, pas d’Europe sans changement de rythme, sans Char ou Eluard. Pas d’Europe sans poésie, sans rêve et nuits fleuries, sans graines et sans semis, sans Pavese Pessoa Pasolini, sans héritage ou futur. Pas d’Europe au présent, sans le souffle, amis.


Pour l’Europe du oui, de l’esprit et du cœur. Pour l’Europe du rythme inspiré, du partage et du risque naïf. Pour la gentillesse puissante, la tendresse des bêtes, les cadenas ouverts.

Pour le sel sous les pieds, pour l’huile dans les paumes, le don sans partage. Pour l’Europe des paroles sensibles, des murmures à l’accueil, l’Europe des livres, des bibles, des Corans, des rouleaux de méditation et portes ouvertes.

Pour l’Europe d'Ernst Bloch, colorée et métisse. Pour l’Europe des lynx, des abeilles et des ours. Pour l’Europe de la ruche, humaniste. Pour l’Europe créative qui débute au pollen, à la craie. Pour l’Europe de l’amour, des ermites, du silence, des refuges et des ponts.

Pour l’Europe passionnelle, sensuelle. Pour Europa ou pas, la large joie. Pour le cri primal, les sangles levées et la bride abattue, l’Europe échevelée.

Pour l’Europe des chamois sur la neige, des cairns et cailloux retournés. Pour l’Europe des bisses, des racines et des sèves, des saisons et poussées, des épis et brioches braisées.

Pour l’Europe des levains, des matsoths et kebbés, des ressources et des fleuves. Pour l’Europe solidaire, pour l’union des clochers, minarets, synagogues et cabanes hauts perchés.

Pour l’Europe communion, au respect de chaque nom.

Pour l’Europe solaire, ceintures en peau de bête, bras-dessus bras-dessous et bals musette. Pour l’Europe des mies de pain, des mains nues, des hérons cendrés, du refrain des marées. Pour l’Europe de l’intranquille et du chant, du ressac des courants, du désir de chêne.

Pour l’Europe du risque, du souffle et du troc. Pour l’Europe des braises, du braille et des guides. Pour les pièces retournées, la mendicité large et l’échange des fous. Pour le bonheur simple.

Pas d’Europe sans ciel bleu, sans merles ni guirlandes. Pas d’Europe sans heureux, pas d’heureux sans Europa, pas d’Europe sans changement de rythme, sans Char ou Eluard. Pas d’Europe sans poésie, sans rêve et nuits fleuries, sans graines et sans semis, sans Pavese Pessoa Pasolini, sans héritage ou futur.

Pas d’Europe au présent, sans le souffle, amis.

                                                  

                                                                                                    Sylvain Thévoz

 

[1] Texte paru dans  :Parler de l'Europe, en Suisse. Un projet de Art et Politique. Avec une mosaïque de contributions. Pour la Romandie : Heike Fiedler, Daniel de Roulet, Marina Skalova, Antonio Rodriguez, Silvia Ricci Lempen, Max Lobe, Eugene, etc.

http://marignano.ch/pagina.php?1,0,0,0,2016

 

[2]Zbigniew Preisner, Song for the unification of Europe

https://www.youtube.com/watch?v=gBcwcMFNvsA

 

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11/08/2016

La peur est mauvaise conseillère

 

La peur est mauvaise conseillère. Elle provoque des réactions excessives et coûteuses. Voilà des blocs de béton sur la route. Eh quoi ? Si un hélico vient à foncer du ciel sur des gens en Allemagne, on vivra sous filet ou sous verre, histoire de protéger nos vies ? Jusqu'où faudra-t-il aller dans la réaction, avec des mesures de police et de contrôle toujours plus démonstratives?

 

Les terrorisants sont en train de gagner la bataille des esprits, et d'obliger, avec des moyens rudimentaires, certains de nos dirigeants à faire de la surenchère médiatique, au détriment de nos libertés, et à mettre en péril ce qui fonde nos démocraties: le droit et la justice, au profit d'opérations de communication ou de soin de l'audimat.  

 

Vous voulez prévenir des attentats? Faites advenir la justice sociale

Chaque précieuse vie mérite complète sécurité et attention.

Quelle justice alors pour les 4’000 migrants ayant perdu la leur lorsque les rafiots dans lesquels ils ont pris place ont coulé dans la Méditerranée? Cela sans que grand monde, réellement s’en soucie, ou alors philosophiquement, charitablement, virtuellement, voire, à l’inverse, en regardant d’autant plus de travers ceux qui y ont survécu, durcissant l’asile, avec des foyers toujours également sous-dotés et des politiques discriminatoires plus sévères.

Comment ne pas citer l'exemple de ce camp au sud du Tessin, où se trouvent actuellement des personnes s'étant vues dénier le droit de déposer l'asile en Suisse, étant refoulées en toute illégalité avec confiscation de leurs papiers à la clé, alors que leur famille se trouvait dans la Confédération ou qu'ils souhaitaient traverser notre pays pour en rejoindre un autre.[1] Ne pensez-vous pas que l'on fabrique là des bombes sociales ? Qui en sont les artificiers ?

Il serait bon d’avoir une vision plus large de « la sécurité » que celle consistant à placer en dernier recours des blocs de béton sur la route en laissant entendre que toujours plus de contrôle sera une solution. Cela nous mène à une surenchère qui mène à l'impasse.

 

Nous voilà placés dans une sale alternative

D’un côté ceux qui font commerce de terroriser, et de l’autre… ceux qui font presse de sécuriser, et pour qui le risque zéro tend vers la paranoïa maximale, empilant des mesures démonstratives afin de montrer que... des mesures sont prises. Sauf que ces mesures, visant avant tout à faire toujours plus de la même chose, nourrissent avant tout la peur.

Crever de trouille mais ne pas perdre la face, est-ce vraiment ce que l'on peut attendre de mieux de la part de nos dirigeants?

Quelles sont leurs perspectives à disons, ne serait-ce que deux ans, plutôt que ressasser l'immédiateté et être toujours dans la réaction (avec sempiternellement un temps de retard) ?

   

Pourquoi emprunter le même chemin que la France ?

S’inspirer de la logique sécuritaire française est la meilleure manière d’importer pareillement le mal qu’elle combat d'une main et nourrit de l'autre.

Vous croyez aux attaques irrationnelles, contre tous et sans but, comme dans les dents de la mer ? Serions-nous de ceux qui renonceront à toute baignade en mer, sous prétexte qu'un monstre y est tapi?

Triste réalité, c'est un mélanome du fait d'une exposition prolongée au soleil qui vous emportera... ou l'hélice d'un hors-bord.

La peur est mauvaise conseillère.  

 

Donner toujours plus de champ à la peur ? 

Même les voitures de police qui tournent dans les quartiers 24h/24, en redemander encore ? Doubler, tripler les surfaces de Champ-Dollon, priver de promenade ceux qui y vivent, et de libération conditionnelle ceux qui le peuvent : serrer la vis encore d’un bon cran? Pour sûr, quand les encagés passeront les grilles, ce sera beau  voir… à défaut de lutter contre un mal, cela le renforcera surtout.

 

Méthode Maudet: de la comm' avant toute chose, des fusibles à faire sauter au cas où, et après lui le déluge... 

 

Et surtout : moins de moyens pour les primo-arrivant, pour la médecine et la psychiatrie, plus de cadences infernales, et forçons sur les rivalités et les angoisses en accentuant les inégalités sociales et faisant toujours porter aux plus précaires le poids de la menace.

Discriminer l’engagement de personnel ayant un casier judiciaire à l’aéroport est immonde ; s’en moquer parallèlement aux TPG illustre à quel point le Conseil d'Etat est désuni en terme de politique sécuritaire ; et, en parlant des TPG, cogner sur des frontaliers sans préciser que si leur taux d'absentéisme et important c'est bien parce que la pénibilité de leur travail l'est d'autant, est de la désinformation pure et simple[2].

La logique de la peur conduit à l'irrationnel. L'irrationnel à la violence et à l'injustice.    

 

Le rôle anxiogène de la presse 

Il n’y a pas un terroriste derrière la barbe de chaque jeune ou chaque hipster en quête de révolte ou d’identité. La journaliste Lugon[3] cherchant frénétiquement le scoop en stigmatisant des quartiers entiers parce qu’un jeune est parti Dieu sait où ressemble en tous points à cette femme qui a fait une fausse alerte à la bombe à l'aéroport pour retenir son mari[4] … sauf qu’elle l'a fait pour son rédacteur en chef et son audimat... et n’a pas été condamnée à faire de la taule.  

Ce qui nous menace le plus sûrement, c’est la terreur dans les têtes, et le fait que ceux qui font métier ou sont désignés pour lutter contre l’alimentent.  

Ou encore, ce genre "d'infos"[5]: "90% des requérants recourent à l'aide sociale", ou la presse balance encore des données brutes, sans les expliquer, sans illustrer en quoi cela s'explique par le niveaux de précarité des nouveaux arrivants, ni combien de temps ils le sont avant justement de pouvoir prendre une autre place dans la société. On prend des données brutes et on les jette, alimentant par là la violence et la confusion, sur des lignes de rupture. 

 

A force de crier au loup, ça finira par mordre

Vous en voulez encore des pyromanes? Et voilà un article supplémentaire de Sophie Rosselli journaliste de la TDG, qui en devient carrément indécente dans sa promotion continuelle du couple flic-terroriste, et dans son inlassable capacité à broder l'ouvrage hystérique sur le chablon des informations prises en ligne directe chez Maudet, parce que : c’est ça désormais que les gens veulent entendre… (ah oui, on a vu lors du drame de Nice ce que la presse sort de plus beau quand elle est soumise à l’émotion galopante et court à l’effroi séance tenante, ou alors, quand elle pompe ses information au pouvoir policier).

L’hystérisme social est avancé. Mangez et tremblez-en tous. Je ne serai pour ma part pas étonné quand certains décideront, soudainement, d'y planter les crocs. Cette hystérie contribue à renforcer la menace qu'elle prétend dénoncer. Vous voulez prévenir la violence? Faisons plutôt advenir la justice sociale. Et vite.

Si l’on demeure pragmatique et réaliste, avant, bien avant que le menace islamiste ne s’approche et ne saisisse votre vie, pour sûr, le risque de mourir, à choix :

de connerie

de diabète

d’obésité

d’une classique compression de l’aorte

de particules fines avalées tous les jours à haute dose

d’accident de voiture

d’anévrisme

d'enfumage journalistique aggravée

de l’explosion de Mühleberg

d’un crime passionnel

d’une glissade dans l’escalier

aura eu raison de vous.

 

 

Faut-il donc mettre un policier derrière chacun pour sécuriser ?  

La peur est mauvaise conseillère.

 

 

[1] https://www.letemps.ch/suisse/2016/08/05/un-camp-migrants...

[2]https://www.letemps.ch/suisse/2016/07/21/aux-tpg-frontali...

[3] https://www.letemps.ch/suisse/2015/10/02/piste-islam-radi...

[4]http://www.tdg.ch/geneve/grand-geneve/Prison-ferme-pour-u...

[5]http://www.tdg.ch/suisse/90-requerants-recourent-aide-soc...

 

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01/08/2016

Au feu des feux du premier août

A quoi nous appellent les feux du premier août ? Qu’est-ce qui s’allume là-haut sur la montagne? De quoi sont faits ces feux de joie, de quels bois se chauffent-ils, quelles significations ont-ils ? Si les Français ont leur Marseillaise et son fameux couplet : « aux armes citoyens, levez vos bataillons… qu’un sang impure abreuve vos sillons » faut-il donner valeur aux feux du premier août pour ce qu’ils étaient à l’origine, c’est-à-dire : à peu de choses près, la même chose que le chant de guerre de nos voisins français : un hymne appelant à la mobilisation pour se défendre des envahisseurs et les faire passer de vie à trépas ? 

 

L’histoire nous enseigne cela : les paysans suisses utilisaient comme signaux les feux afin de s’avertir de l’approche d’ennemis et se mobiliser. Mais les feux de joie seraient également un reliquat de la fête celte de Lugnasad, consacré au Dieu Lug au début du mois d’août. On le voit, elle n’est pas tout à fait kasher cette fête du 1e août, mais plutôt un métissage entre un culte animiste, soutenu par le préambule déiste de la Constitution qui, faut-il encore le rappeler, débute ainsi : « Au nom de Dieu tout puissant »  et se voit renforcé par l’hymne national ; enfin, plutôt le Cantique suisse, véritable ode au divin dont on chante les strophes le 1e août : « les accents d’un cœur joyeux… Dieu nous bénira des cieux » dans un parfum enivrant de pétards chinois, de bière allemande et de saucisses polonaises, sous le drapeau national à croix blanche à fond rouge d'inspiration chrétienne. Tant pis alors si les laïcards s'en étouffent, les feux du premier août doivent nécessairement être lus comme le lieu d’un joyeux métissage, social, spirituel.

 

Le Cantique suisse (1841), la fête nationale (1891), la Constitution (1848, 1874, 1999)  proviennent tous du XIXe et du besoin, affirmé, de l’Etat fédéral de 1848, de consolider les liens confédéraux. Ce besoin d’alors portait, via l’appel à la solidarité et l’entraide du mythe des origines, à la nécessité volontariste d’unifier une Suisse plus fragmentée qu’il n’y paraissait.

 

Il faut bien constater que l’invention créative du branding mythologique de 1291 permet, dans son arbitraire et son originalité même, de réinventer sans cesse le sens de cette fête. Autrement dit, de la mettre au goût du jour et à la page qu’on souhaite lui donner. Grande plasticité de la fête nationale donc, grande souplesse des feux aussi. Il faudrait être un helvète bien belliqueux ou un enfant croyant encore au père Noël pour y voir, en 2016, un signal de rassemblement contre l’ennemi, dans une dimension velléitaire d’alpins acculés... Et pourtant, il y en a pour creuser cette lecture essentialiste, fondamentaliste, et nous ramener au mythe carcéral de la Suisse utopique de 1291 peuplée de barbus isolationnistes avec hache, dans le berceau d’un 'judéo-christianisme' instrumentalisé pour estourbir tout ce qui ne correspond pas au mythe des origines. Ce qui, entre parenthèse, aujourd'hui, voudrait dire : à peu près tout le monde... N'en déplaise aux rêveurs mythiques d'une Suisse fantasmée. 

Cette lecture fondamentaliste est la marotte de celles et ceux qui, de cette fête, en font une lecture daechienne. Plutôt qu’une lecture ouvrant le sens à la multiplicité d’approches, à la finesse du sens et de l’interprétation, ils en bétonnent un sens univoque, inscrit pour toujours dans la pierre… enfin : le pacte. 

Or, la force de cette journée est à réinventer. Elle réside dans le fait que chacun y puise ce qui fait sens pour lui, en lien avec un héritage, mais surtout dans une perpétuelle réinterprétation du présent, dans un rassemblement sans distinction de classe, de genre, ou d’appartenance. Le plus beau symbole de la fête du 1e août, étant finalement  le feu.      

 

Quel sens donner aux feux du premier août ?

Un sens horizontal d’abord. Celui du rassemblement, de la multiplicité de toutes les personnes qui composent la Suisse, de chaque souffle qui réside sur ce bout de terre, quelle que soit sa langue, sa religion, son origine, son passeport, selon son désir d’appartenir à un ensemble national et de contribuer à un bien être général, chacun amenant son combustible à ce qui réchauffe l'ensemble. 

Dans une dimension verticale et plus spirituelle, par ce que les flammes élèvent et que le feu purifie. Cette dimension transcendante permet symboliquement de brûler le sclérosé, le moisi, se libérer d’un passé dépassé, pour commencer une nouvelle année, en s’affranchissant de l’emprise du passé, se donnant la liberté d’inventer un présent qui sera un futur.

 

Les feux du premier août appartiennent à un long cycle de morts et de renaissances, de ce qu’il faut abandonner du passé pour pouvoir continuer d’avancer dans ce monde, mais aussi de ce qui réchauffe, ce qu'il faut préserver et vivifier pour durer dans le temps, soit : la force d'un collectif. 

Les vieilles images d’Epinal, les mythes complaisants, s’ils nous bercent, nous empêchent aussi d'affronter le présent. Ainsi, bien plus que dans 1291 ou dans le 19e, ma confiance est placée dans la multitude qui entoure le brasier pour lui donner un sens vivifiant et tonique; dans ceux qui allument leur lampion au feu partagé.

 

Ma confiance est placée dans la joie de ce qui réchauffe et dans la force de ce qui brûle. Dans ces feux qui s'élèvent pour faire table rase du passé autant que pour rassembler et réunir. 

 

Bien plus qu'à la madeleine de Proust, ma confiance va au feu qui la cuit et la métamorphose. 

 

 

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