sylvain thévoz

20/01/2019

La dent, ce coeur de l'être humain

IMG_6950 (2).jpgLe 10 février, les Genevois.e.s sont appelé.e.s à voter l’initiative populaire 160 : "Pour le remboursement des soins dentaires." Cette initiative garantit un accès équitable à des soins médicaux essentiels : les soins dentaires. Il est important de la soutenir.  

La langue française regorge d'expression avec le mot dents dedans, illustrant le fait que celles-ci sont bien au coeur de nos vies. Ne dit-on pas : mentir comme un arracheur de dents, avoir une dent contre quelqu'un, avoir la dent dure, avoir la (ou les) dents; se mettre quelque chose sous la dent, avoir les dents longues, être sur les dents, parler entre ses dents, se casser les dents, serrer les dents, être armé jusqu'aux dents ?  

Pourtant, aujourd'hui, le système de l’assurance-santé ne couvre pas les soins dentaires. C’est une aberration totale qu’une partie du corps humain ne soit pas comprise dans le système de l’assurance-maladie. L’initiative populaire « Pour le remboursement des soins dentaires » part du constat de la mauvaise santé dentaire chez certain.e.s Genevois.es et souhaite améliorer cet situation du point de vue de la santé publique.

Une grande majorité de personnes, notamment dans la classe moyenne, n’ont en effet pas les moyens d’aller chez le dentiste, ou repoussent toujours à plus tard les soins pour des questions financière. Ils délaissent leur santé pour des raisons financières, ne pouvant se payer des soins dentaires élevés, ce qui aggrave à terme les problèmes. Les dents sont évidemment un enjeu de santé publique, mais aussi un problème social important. La profession de dentiste n’étant pas conventionnée, les tarifs des dentistes ne sont pas régulés. Pourquoi une profession échappe-t-elle ainsi à une réglementation et à un contrôle ? Il est pourtant urgent de limiter les tarifs et d’encadrer les pratiques des dentistes. Genève ne dispose actuellement pas de catalogue et fonctionne de façon archaïque puisque les médecins-conseils décident sur des bases floues. Ceci aussi afin d'éviter le tourisme médical et que des Genevois.e.s doivent aller se faire soigner à l'étranger. Cela est un signe de dysfonctionnement et n'est pas optimal pour notre économie locale.  

Une assurance de l’Etat permettrait dès lors de fixer un tarif maximal pour chaque prestation. Et si les dentistes dépassaient ces tarifs, ils ne seraient pas remboursés. Ce modèle permettrait de responsabiliser les médecins en termes de résultats de santé et de charges financières, afin d’éviter une tarification à l’acte plutôt que sur l’ensemble d’un traitement.

Tout au long de la vie, les soins dentaires sont estimés à 40’000 ou 50’000.- par personne. L’élément déterminant est donc de savoir comment ces coûts doivent être répartis. Bien sûr, la prévention et la responsabilité individuelle jouent un rôle, mais tout axer sur la prévention est insuffisant. Une excellente hygiène buccale n’empêchera jamais totalement les maladies. L'assurance dentaire serait financée de manière similaire à l’AVS ou à l’assurance maternité: paritairement entre l’employeur et l’employé et en complément par l’Etat. La cotisation salariale ne dépasserait pas 1% du salaire. 

Pour rappel, le 4 mars 2018, le canton de Vaud a certes refusé une initiative demandant le remboursement des soins dentaires par 57%. Mais, fait remarquable, les villes de Lausanne et de Renens l’ont acceptée, ce qui montre bien que la possibilité existe, à Genève, de faire passer cette initiative progressiste. L’assurance est un système digne mutualisant les coûts et permettant de faire une promotion active de la santé publique.

Certaines personnes en situation de précarité ne peuvent se permettre de payer des soins dentaires et y renoncent, même si elles ne fréquentent pas pour autant les services sociaux, étant situées dans la classe juste au-dessus de celle ouvrant les droits à l’aide sociale. Pour les personnes âgées, la prévention n’a que peu d’impact. Ce public aîné et économiquement fragilisé ne se voit proposer aucune piste d’amélioration ou de prise en charge. Trop de personnes âgées ne s'occupent plus de leurs dents en raison des coûts. Cela n'est pas acceptable. 

Il est important de permettre à celles et  ceux qui ont des problèmes dentaires, quels que soient leurs trajectoires de vie, leurs revenus, leur génétique d’être soignés et bien soignés. 

Croquons donc à pleines dents dans cette initiative, mordons dans la vie, et votons OUI à des soins dentaires pour toutes et tous sans se ruiner ! 

 

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13/01/2019

A vingt-et-une-heure....


1564763793.jpegA vingt-et-une-heure, j'allume une bougie. J'allonge mes bras. Je regarde leur forme, leur ombre sur le mur. 

A vingt-et-une-heure, je pense à cette journée écoulée, à cette amie croisée dans la rue qui me dit que sa voisine s'est suicidée. A cette collègue réduite à l'hôpital suite à une atteinte grave de sa santé, qui a malgré tout bonne voix et bon moral. A cet homme qui me souffle que sa mère doit être placée en maison de vieillesse. Elle n'a plus toute sa tête. C'est Alzheimer. Je reprends les mots des rencontres d'aujourd'hui. Je les tourne doucement dans ma tête. Pour bien les entendre, comprendre, laisser s'étendre et résonner.

A la souffrance nommée. A la joie d'être vivant. Parfois, on est pris à vif. Aux combats pour aller mieux. A la lutte pour comprendre. Au besoin de partager et d'être entendu, de ne pas mourir comme un chien, ni saliver comme une bête, haleter ou suffoquer, voir partir sans se réunir autour. Non pas pour dire ce que cela fait de mourir, mais ce que cela fait vraiment d'être vivant. A chaque minute. A chaque seconde. A la fragilité de l'être.   

En arriver aussi à croire que ce qui était perçu comme une relégation était finalement, parfois, encore une forme de privilège.

A vingt-et-une-heure je marche avec la maladie et à la mort, à ce qui frappe et ce qui tue, à ce qui handicape et fragilise, coupe et déracine, comme on avance avec un enfant en lui tenant la main.  

Chance ? Si l'on passe entre les gouttes, ce n'est pas pour autant qu'il ne pleut, que l'averse est douce ou que l'ouragan n'est pas déchaîné.  Simplement, les nuages se déplacent, le noir de la nuit et l'éclair de la foudre tombent, ailleurs: sur cette tête ou ce tibia, ce coude ou cet enfant, parfois au plus proche, sans que l'on puisse en contrôler les lois ou les vents. Ouvrir ou fermer les volets n'ordonne pas le rythme des orages. Rester cloîtré à l'intérieur, ne préserve de rien.

Comme unique paratonnerre, pour le dedans du plus proche, il y a le silence, la prière. 

On devrait se réjouir d'atteindre vingt-et-une-heure: comme un marathonien est heureux d'arriver au bout de sa course, un cycliste de boucler son tour, un navigateur de rentrer au port.

On devrait arriver, à vingt-et-une-heure, comme d'autres gravissent l'Everest; en s'embrassant, en se prenant en photo, en souriant d'épanouissement, en s'appelant les uns les autres pour annoncer la bonne nouvelle, s'assurer que tout le monde a un lit, un toit, une présence à proximité, que le groupe est sain et sauf. Prendre soin les uns des autres, comme objectif premier de vie, sans trop compter ni calculer.  

On devrait se fêter, d'avoir vécu une journée : de n'avoir pas chuté, pas heurté, été ni coupable ni culpabilisé, ni contraint de subir ou de faire subir, télescopé par la maladie ou la mort, n'avoir ni voulu ni exercé de violences, ni menti, ni été sali par le mensonge.

Qu'est-ce qui est pire pour toi, exercer une violence ou y être exposé?

A vingt-et-une-heure, refaire mentalement le trajet à vélo, remercier d'avoir échappé à cette voiture pressée, à ce conducteur maladroit, remercier de n'avoir pas été frappé, comme tant d'autres le sont, au hasard, à l'aveugle, par malchance, par l'AVC, la glissade, l'apathie, par l'attaque subite, par le petit caillot, par tout ce que l'on ne veut pas voir, le gros caillou, ce qui arrive dans le dos ou en pleine face, explose dans le coeur, se dissémine par le foie, quand c'est trop tard pour changer d'un pouce les doses, les  trajectoires, quand il est impossible de se ravoir.  

A vingt-et-une-heure je me demande quand c'était la dernière fois que je me suis rendu dans un service des urgences; arrêté dans un service hospitalier... pour entendre, partager. 

A vingt-et-une-heure, j'allume une bougie, pas le grand agrandisseur en couleurs exposant les morts sensationnels, les explosions sévères, et les barricades montées. Pourquoi se gaver d'images, alors qu'il suffit d'écouter? Tendre l'oreille. Il y a cette ligne de basse, à bas bruits et constante, dedans et tout autour, et ça tombe naturellement et sans arrêt, à côté, aux étages supérieurs et inférieurs.

Il suffit de s'arrêter dans la rue et écouter, tendre l'oreille à ce qui tombe et ce qui est atteint, pour ne plus avoir d'autres soif que de vouloir mettre une trêve aux peines.

Les écrans ont pour vocation unique de distraire de l'essentiel, de ce qui demande et appelle réconfort.  

A vingt-et-une-heure, j'allume une bougie. J'allonge mes bras. Je regarde leur forme, leur ombre sur le mur.

Et puis, j'étreins.

 

 

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06/01/2019

au silence fécond

649CF2BD-DA7F-474F-B5E2-EFDB14398DC8.jpegA ce qui met au monde et redonne vie chaque jour 

A ce qui met en chemin, laisse ouvertes les voies

A ce qui ne juge ni commande, ne critique ni ordonne.

 

 

 

 

A ce qui est touché mais ne blesse pas

critiqué mais ne critique pas

A ce qui se tient au coeur, étant extérieur

reste au creux de la tête sans toucher l'indépendance.

 

A ce qui brûle.

 

A ce qui vient en aide.  

 

A ce qui connaît intimement la douleur

sans en faire une histoire personnelle.

A ce qui vit l'injustice, la torture et la soif 

et choisit sans subir de croire et lutter encore.

 

A ce qui ne vient pas. 

 

A l'économie de toutes choses 

Au miracle de la parole

Au splendide d'être libre 

A la puissance de la nudité 

A la fragilité d'aimer.

 

A ce qui se rencontre dans la rue

chaque jour et chaque nuit aussi 

se salue silencieusement.

 

Au silence vivifiant 

au silence fragile

aux maquettes rafistolées. 

 

A ce ce qui se perd

A ce qui se croise.

 

Au silence fécond

A ton être qui l'habite. 

 

 

 

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31/12/2018

Nous n'avons rien vécu en 2018

190.JPGC'est le dernier jour de l'année, et après une enième rétrospective, un ultime récapitulatif, un arrêt sur image, même un bilan météo, un bêtisier et une rediffusion des meilleurs moments de 2018, + un résumé au ralenti sur les grands événements de l'année, le présentateur, toujours aussi falot, propre sur lui, que l'on a appris à accueillir comme un membre de la famille au moment du repas, avec les dents aussi blanches que la neige qui ne tombe pas, plus, avec les cheveux aussi lisses que la lac au mois d'août, lâche cette phrase sans appel : nous n'avons rien vécu en 2018.

 

Cela ne lui ressemble pourtant pas de lancer une phrase aussi sèche lui qui met toujours les formes pour dire quelque chose de suffisamment insignifiant pour plaire au plus grand nombre ; reste toujours dans les clous de la normale et balise bien les bornes de sa banalité -audimat oblige- on en était pourtant à la séquence sur le manque de neige dans les Alpes, la multiplication des canons à neige, et l'impact sur les nappes phréatiques : quel choc. Quelle provocation.

Nous n'avons rien vécu en 2018.

 

Bon. Nous avons quand même mimé beaucoup, singé aussi, tweeté à tour de bras, commenté sans cesse, analysé les commentaires des commentaires, proposé d'érudites et sagaces interprétations, depuis notre salon, salivé, digéré, ruminé, coupé les cheveux en quatre, couru pour rattraper le tram. Alors que l'apocalypse sociale et climatique se rapproche, on a quand même continué d'avoir des suppléments automobiles dans les journaux, et malgré #metoo régressé depuis les années 70. Faut pas laisser le capitalisme sans freins.  

 

Certes, nous avons cuit et recuit la même soupe. C'est dans les vieilles soupières que l'on fait les meilleures tambouilles. Nous avons aimé, quitté, changé, lu, combattu, mordu, voyagé, dormi, des amis sont morts, des enfants sont nés, les factures ont été payées en temps et en heure, nous avons ressenti la douleur, eu du plaisir, mangé des filets de perche et des pizzas margherite, ricotta, sué, chanté, dansé, mince alors, ce n'est pas rien quand même. Faut pas pousser. 

 

Ce n'est pas rien quand même!

N'est-ce pas? 

Il reste sans bouger, brocher. Pas un cil en mouvement.  

Nous n'avons rien vécu en 2018.

 

Il dit cela comme si cela n'avait pas d'importance. Comme si on se satisfaisait de peu, comme si l'on grappillait du raisin, à peine mûr, alors que les vendanges ne sont pas commencées, que l'on est à peine à tracer les sillons, préparer des listes; comme si l'on glanait les petites patates restées dans les champs, alors que le gros de la récolte est déjà parti en purée, comme si l'on se satisfaisait de peu, comme si l'on brûlait de la viande à l'usine d'incinération; comme si l'on gaspillait, comme si l'on avait le choix, de vivre une vie agrandie plutôt que se contenter de mijoter avec A.Jolien et Roger.F et JJG : personnalité préférée des français. 

Peut-être qu'il décompense, à force de servir les "nouvelles" les mêmes tièdes que la veille, à force de maintenir l'ordre du monde comme s'il était immuable alors qu'on le sent, on le sait, ça vient, ça se craquelle, ça se fendille, ce n'est pas tenable, comme cela ça ne va pas jouer: pas pouvoir continuer longtemps, pas pouvoir maintenir le mythe, il ne faut pas, c'est les mêmes qui ramassent le pactole, et le ressort se fatigue, le ressort va casser, pas possible, que ça se ravale, ça se comprime encore, que l'on ne s'organise pas encore davantage.  

Peut-être encore 5 ans, mais pas une génération, pas même une demie, pas possible, à faire comme si ça pouvait durer toujours, au même rythme, avec la même croissance, à laisser les actionnaires actionner, et les crevards crever, plus au sud, plus au nord, plus au centre; laisser s'écraser frères et soeurs sur les frontières ou se noyer dans la mer, à distinguer selon le passeport ou la couleur de peau, le genre, ou l'origine, comme si cela comptait, comme si chacun.e n'était pas crée de l'éternité, de Dieu, du milieu, appelez cela comme vous voulez, mais priez nom de Dieu, priez. 

On peut se contenter un moment de l'opération nez rouge et de gratter son ticket de Rento, Tribolo, vivre d'espoir et d'eau fraîche, et se féliciter d'être bien né, au bon endroit au bon moment, et lever haut le drapeau, comme si ce dernier signifiait quoi que ce soit, comme si nous en étions dépositaires, les propriétaires, les héritiers naturels, comme si cela devait amener fierté, ou quoi que ce soit, la main sur la casquette, la chemise bien repassée, et le petit patriote fiérot qui ne se sent plus pisser, alors que ça lui dégouline le long de la jambe. Risée. 

C'est un peu niais de fêter Noël et de courir dans les supermarchés pour acheter des cadeaux dont on ne sait que faire. C'est un peu niais de se gargariser de sa position quand dans tous les coins du pays la pauvreté , le silence et l'endettement progressent et que ça va de l'office des poursuites à l'Office cantonal de l'emploi sans passer par la case départ.  

 

Il enlève son micro cravate, son oreillette. Il se lève calmement 

Il enlève son micro cravate, son oreillette, il se lève calmement. 

 

Il répète : tout doucement d'abord puis de plus en plus fort : 

 

Nous n'avons rien vécu en 2018

Nous n'avons rien vécu en 2018

Nous n'avons rien vécu en 2018

Nous n'avons rien vécu en 2018

Nous n'avons rien vécu en 2018.

 

Il sort dans la rue, son maquillage encore sur le visage, il longe l'Arve. Il marche doucement, en regardant le ciel, il arrive à la Jonction, monte dans le bois de la Bâtie, il y a là une grotte, inoccupée, inhabitée. Parfois les sans-abris l'investissent, mais les flics les en chassent régulièrement, prennent leurs affaires et les matelas et les couvertures : tout ce qui traîne ils le mettent dans la benne - joyeux Noël- tu verras pas ça sur les reportages de la rts sur la soupe populaire, ou sur une manchette, ça se passe sans bruit, tranquille, il n'y a rien là de compassionnel, rien de positif, rien de bien vendeur, rien qui ne te caresse dans le sens du poil, ça se fait doucement, entre spécialistes : ceux de la sécurité et de l'hygiène sociale, et ceux de la misère et de la galère. Laissons les pros régler ça entre eux et le bâton remplacer le fléau de la balance de la justice. La justice n'est pas de ce monde. C'est bien connu. 

Dans la grotte il s'assied, avec rien de plus que son costard déjà un peu froissé taché, son téléphone a moins 10% de batterie. Il répète doucement, comme s'il était encore à l'antenne, alors qu'il n'a plus que les chênes et les peupliers comme public fidèle et les nuages et le Rhône majestueux qui coule sur les flots duquel brillent le reflet d'un feu d'artifice poussif et coûteux avec quand même quelques exclamations de surprise ou de joie quand le bleu chasse le jaune et que le rouge recouvre tout.  

 

2019 sera une autre histoire.

Vous verrez. 

Ce n'est plus possible autrement.

 

Quelques oiseaux s'approchent en volant, pendant que des renards et deux blaireaux s'assoient. En cercle. 

 

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27/12/2018

A visage découvert

410h5Z1xVWL.jpgMacron n’ose plus sortir sans maquillage.[1] D’autres n’ont qu’une langue de bois pour s’exprimer. Certains se créent des personnages de pacotille, entre déni et toute puissance, menant des existences dignes du portrait de Dorian Grey d’Oscar Wilde, avec des parts enfouies et des secrets honteux. Pendant que certains hurlent devant des visages couverts d’un voile, portant eux-mêmes plusieurs couches de mensonge ou d’identités troubles sur la face, le seul moment de vérité reste peut-être celui du carnaval, où les puissants sont tenus et considérés pour ce qu'ils sont : des porteurs de masque. Quoi, le moment de la farce serait devenu le moment le plus haut de la vérité ? Certes, il n'y a rien de fondamentalement nouveau là-dedans. C'est l'un des travers de l'exercice du pouvoir. La question qui nous importe aujourd'hui : comment y mettre fin et dénoncer les dérives? #démaquillantpourtous

  

Trop proche pour être vrai?

La proximité de notre démocratie semblait nous tenir à l'écart des identités usurpées et des mensonges d'état. Ainsi nous accrochions-nous à ce mythe, et étions presque amusés de voir Pierre Maudet déposer des paniers garnis devant la porte d'autres politiciens lors de sa campagne pour le Conseil fédéral. Cela avait un esprit si sympathique et bonhomme, cette recherche de contact direct. Las, c'était de la comm' encore. De la même manière, sa présence sur les marchés et réactivité sur les réseaux sociaux, ces lettres de lecteur écrites à l'avance par d'autres pour marquer la popularité et les connivences joyeuses, les sondages financés en sous-main: de la comm', encore, du vent.

Grégoire Chamayou nous rappelle, dans son dernier livre, La société ingouvernable ce qu’est le libéralisme autoritaire en faisant une distinction éclairante entre l'hypocrite et l'hypercrite. 'L’hypocrite est celui qui porte un masque et qui en a conscience. L’hypercrite est celui qui se prend lui-même pour son masque, celui chez qui la conscience de la duplicité s’est évanouie. En s’oubliant elle même, l’hypocrisie bascule dans l’hypercrisie, sorte de profession de foi amnésique par laquelle un homme se trompe lui même en trompant les autres, sans avoir dessin de les tromper.'[2]  

A force de se croire détenteur de ce pouvoir que d'autres leur ont délégué pour un temps, à force de confondre leur personnalité et leur rôle, brouiller représentation et plan de carrière, les règnes des avatars trouble le rapport à la réalité et en vient même à le saper faisant le jeu de l'indistinction.

A force de se faire solliciter au nom de leur fonction, et de croire qu'ils la subliment alors qu'ils devraient en être  les garants responsables dont on espère prudence et humilité, cette hubris déconnectée du réel aboutit à l'apothéose risible de Mélenchon sous perquisition judiciaire hurlant ma personne est sacrée alors qu'il n'est rien.

Ayant ceint en vitesse son écharpe bleue blanc rouge comme un talisman de protection, le tribun se voile encore la face et invente une nouvelle pièce bouffonne. Pendant ce temps le président de la république passe à toute vitesse devant des ronds-point où son effigie est brûlée et pendue au bout d'une corde par des gilets jaunes, sans que l'on sache vraiment s'il s'agit là d'une carnavalesque provocation ou si Monsieur le Président y passerait vraiment s'il osait mettre un pied à terre. Quand donc les rois et roitelets accepteront-ils de se montrer nus et que le pouvoir qui leur est délégué n'est en définitive et de tout temps pas le leur et qu'ils ne peuvent le confisquer à leur avantage ?     

 

10592378.jpgQui porte quels masques? 

Au vu des niveaux de mensonge et de dissimulation atteints, de la dilution de la parole donnée par des je ne savais pas à je n'ai pas vraiment dit ça, et des rhétoriques d'enfumage, de contorsionnistes, de rétropédalages accélérés, à l'industriel découpage de cheveux en quatre, on assiste à une constante entreprise de maquillage et de dissimulation par quelques malfrats politiques.

Portant perruques et postiches, en changeant selon le contexte et le code vestimentaire exigé, les gentilhomme bien rasés, cravate portée haut et en mode de communication constante, passent de la pénitence au pénal sans sourciller, et s'accrochent comme des moules à des pieux vacillants qu'ils s'ingénient par leur emprise à pourrir toujours plus. Ces "gendres parfaits", dignes descendants des yuppies des eighties, s'accrochent à leur image déchue comme à un viatique, à un discours de proximité et de transparence, alors que plus personne n'écoute ni ne les croit et qu'ils ne pourraient traverser un marché sans se faire houspiller ou  subir un rituel ravalement de façade populaire: bombardement de tomates pourries ou entartage à la crème.

Le rôle qu'ils veulent tenir, plus personne ne les y voit. Prisonnier d'un masque devenu seconde peau, ils s'en débarrasseront peut-être hâtivement dans une arrière salle de bistrot après des mois de lutte, se déclarant enfin libéré, soulagé (et nous aussi), dans un acte dramatique, provoquant certes soulagement, mais malaise à la fois. Ayant tout misé sur la scène, il ne peuvent croire qu'ils arriveront à survivre à une révérence. Un conseil : relisez Shakespeare pendant les fêtes... 
 

 

miroir-cosmetique-a-eclairage-led-et-grossissement-5x-a-ventouse-ref_NX5553_6.jpgMiroir, miroir, dis-moi qui se déforme le plus sous ton regard....

Les derniers twits de Joachim Son-Forget[3] nous enfoncent aussi dans le règne des faux-semblants. S'en prenant à Madame Esther Benbassa et l'harponnant sur son maquillage, suscitant un tollé dont il semble se complaire, l'élu des français de l'étranger, circonscription Suisse-Liechtenstein, répond d'une manière alambiquées que sa démarche relevait d'une expérience psycho-cognitive visant à tendre un miroir agrandi. Il provoquait, l'expérimentateur, pour démontrer par une sorte d'abîme d'absurde, les mécanismes des réseaux sociaux. Sauf que personne n'a cru à ses pataudes explications. Plutôt que de jouer son rôle, il est définitivement devenu le jouet de ce qu'il prétendait, à posteriori toujours, animer. Miroir, miroir, dis-moi qui se déforme le plus sous ton regard....       

Certains messieurs propres, prétendants d'un nouvel ordre souhaitant incarner les vertus de la république se sont avérés être des faussaires ou de bien mauvais acteurs... ne tenant pas leur rang, pour avoir perdu de vue les limites de leur rôle et ayant cru faire du langage un matériel souple que l'on pouvait retourner dans tous les sens (à un moment pourtant ça craque. Le discours a des trames, ça résiste, ça tranche.)

Que souhaiter pour 2019?

Un nouveau langage et un nouveau casting, à visage découvert. Histoire que l'on puisse croire à nouveau, lorsque l'on s'adresse à un.e élu.e au maximum de sa redevabilité, honnêteté, respect de sa parole donnée et serment prononcé; à sa capacité à remettre son mandat lorsque la confiance n'est plus de mise et qu'il a prouvé avoir bafoué l'une comme l'autre.

Que souhaiter pour 2019? Des visages découverts, enfin, sans maquillage, sans trucages, sans effet de communication ou spin doctor travaillant en sous-main, sans communication ciblée, sans journalistes copains-choisis, car oui tout le monde peut se tromper, se planter, mais de grâce, merci de le reconnaître, et tirer les conséquences quand il est devenu impossible de reconnaître une erreur sans révéler la fraude qui la provoque. 

 

d859rg.jpgEn cadeau: miroir et démaquillant! 

Pour 2019, offrons à nos élus un pot de démaquillant pour le maquillage waterproof et un joli miroir, pour qu'ils clarifient les traits de leur visage et en retrouvent les contours, afin que, à visage découvert, il ne leur soit plus possible de maquiller leur langage, la vérité, la réalité, prétendant jouer un rôle tout en exerçant d'autres partitions, de bonne ou de mauvaise foi. 

 

 

[1]https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/22/emman...

[2]https://www.lesinrocks.com/2018/11/03/idees/gregoire-cham...

[3]https://www.letemps.ch/monde/lidiosyncrasie-joachim-sonfo...

  

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26/12/2018

Aux Joyeux Noël et bonne année !

469.JPGA ceux qui mentent comme des arracheurs de dents. A ceux qui pratiquent les indulgences au nom de la laïcité. A ceux qui paient pour leur salut et sanctionnent les péquins. Aux experts en pratiques occultes. Aux mafias en herbe. Aux vers dans le fruit. Aux détournements de fond. A ceux qui veulent changer de ligue.

Aux professionnels de la manip', aux champions de la fuite. Aux artistes du vol. Aux passifs-agressifs assermentés, aux agressifs victimaires consacrés. Aux requins. 

A ceux qui font de la politique comme on pratique l’anesthésie et l'imposition des mains. Aux gourous, aux vaudous, aux leaders charismatiques. Aux experts du fist-fucking.

A ceux qui communiquent à leur guise. A ceux qui réservent leur réponse pour la justice, et changent d'avis pour la presse. Aux géométries variables, aux algèbres déficientes, à la tyrannie de Standard & Poor's.

A ceux qui font comme ça leur plait, puis au nom du service, font à leur avantage. Aux bonimenteurs aux cireurs de pompe, aux manipulateurs.

A la machine hystérique. Au droit de désinformer et menacer la presse. Au besoin de se taire. A la parole instrumentalisée. A l’institutionnel manipulée. A la collusion des pouvoirs. A la langue de bois. Au petit Calimero. A tous les coffres fêlés.

Aux réflexes de cour. Aux habitudes de classes. Aux mépris du prochain. Aux dominés mutiques. A ceux qui gagnent à tous les coups. A ceux qui tirent le gros lot. A la retraite à vie. A ceux qui cherchent des poux et cultivent des lentes. A ceux qui veulent tout tout de suite, pour qui rien ne va jamais assez vite, exigent un tour en jet comme d'autre un berlingot de thé. 

 

314.JPGA ceux qui se pensent indispensable. A ceux qui disent : jusqu’ici tout va bien, l’important n’est pas la chute, c’est que ça continue. Même la terre, ça se traverse. Même l’éternité, ça passe vite. A ceux qui pensent qu'un match c’est deux fois 45mn, avant les prolongations. A ceux qui croient encore aux règles du jeu et à l'arbitre. 

 

 

Au déni. Aux bunkers assiégés. A la ligne Maginot. Aux adeptes de la secte, aux hypnotisés de la perte. A ceux qui déplacent au sol des matelas de paille quand le corps céleste chute à grande vitesse. A la brûlure, à la décadence, aux masques de circonstance.

A la gravitation. A ceux qui refusent de voir. Aux adeptes des complots, aux trajectoires toutes faites. A Icare, à Freud, à Ayrton Senna et Mozart. A Cahuzac, à Fillon, aux comparaisons minables, au cas d’école, à tout ce qui explose en vol.

 

448.JPGAux feuilles mortes, à tout ce qui ne se ramasse plus. Aux fruits qui pourrissent sur l'arbre. Aux prophètes et aux chiens. 

A ce qui se pense, à ce qui se tait.

A Gainsbourg. A Bobin. A Cohen.

A la connivence des tristes.

Aux petits secrets des puissants.

 

A la colère qui gronde, à la lutte des classes.

Au désir de grandeur, au besoin de hauteur, aux faims de poésie. 

 

Aux Joyeux Noël et Bonne année ! 

 

 

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25/12/2018

Aux Vive Genève, vive la République !

HK3 026.JPGA celui qui confond ses cartes de crédit, utilise l’argent public pour son plaisir personnel. A celui qui reçoit des cadeaux privés au nom de sa fonction. A celui qui refuse de tirer les conclusions qui s’imposent. A celui qui dit qui m’aime me suive, les autres allez au diable. A ceux qui disent je le suivrai jusqu’à la mort. Je suis un os à moelle, c'est mon toutou, mon berger, mon yorkshire, mon tout. Je ne peux vivre sans maître. 

 

A ceux qui s’accrochent au pouvoir. Aux tiques, aux morpions, aux chacals. A ceux que la gloire a évidé, puis accroché comme tripes ou trophées sur les cheminées. Aux épouvantails, aux pauvres hères, aux fantômes de la vieille-ville. A la piétaille, aux pioupious, au salut du général. A la fin de l'année. Au recommencement de la nouvelle.

A ceux qui s’enrichissent du travail des autres. A ceux qui ont donné un peu, et pris dix fois plus. A ceux qui se trompent de PIN, à ceux qui n'ont pas droit aux deuxièmes chances. Aux experts en fusibles, aux artificiers de la comm'.

Aux menteurs, aux manipulateurs, aux crotales. A ceux qui pratiquent le deux poids deux mesures.

A la balance de la justice. A l’arithmétique et la grâce. A ceux qui prétendent être quitte. A ceux qui brûlent des moustiques.

A ceux qui accumulent les dettes, effacent leurs ardoises et emails. A ceux qui passent l'éponge, épuisent la brosse à reluire. A la proximité de l’iceberg. A la certitude de la fête. A la transparence des huîtres. Aux rails de coke et à tout ce qui brille.

A Noël en famille. Aux cadeaux du privé, à la prise en otage du public. Aux fesses bien serrées. Aux confettis multicolores. Aux bouteilles de champ'. Aux psychiatres convoqués. Aux experts assermentés. Au bullshit des juristes. Aux retourneurs de veste. Aux messe-basses et ragots. A l'hypocrisie généralisée.

 

277.JPGA l'humiliation des pauvres. Au dégoût qui augmente. Au lobby des fayots. A l’alignement des bigots. Au risible bonneteau de la tour Baudet. A la militarisation du langage. A la fin de l'honneur. A la faillite des dignes. Au pouvoir de l'argent. A la fange des fondations. A l'argent facile, aux renvois d'ascenseur. Aux pommes pourries.

A l'intime. A la connaissance de ce qui nous tient encore et ce qui nous fait vivre. Au 7e ciel, aux cellules de Champ-dol.   

 

Aux Vive Genève!

Vive la République!

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21/12/2018

nativité

6517765F-351F-49C0-B92B-6FFE5755C2C1.jpegCe qu’elle reçoit elle ne l’a pas demandé

elle regarde le ciel et son ventre

et son ventre puis le ciel

ce qui lui arrive elle le compare  

au fait de tenir son poing fermé  

l’ouvrir et découvrir une pièce d’or dedans

sans comprendre ni pourquoi ni comment

elle est arrivée là.

 

Ce qu’elle donne, elle ne l’a pas choisi

elle regarde les gens, les affiches dans la rue

son ventre s’arrondit

un ange est passé, il rend la lumière neuve.

 

Elle n’a pas entendu la parole, ni senti passer le vent

pas retenu l’annonciation

c’est plus compliqué sans sous-titres adéquats

sans trompettes ou langue des signes

ce n’est pas comme au cinéma.

 

Comme une soustraction, un effacement   

porter cet enfant agrandit l’espace en soi

elle voudrait dire miracle mais elle dit bonjour

bienvenue toi

ce qu’elle reçoit, elle ne l’a pas demandé

ce qu’elle accueille, elle ne l’a pas cherché.

Ce qu’elle va vivre, elle ne sait pas.

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29/11/2018

Qui sont les yéniches ?

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Qui sont les Yéniches? De nationalité suisse, ces compatriotes appartiennent à un groupe qui comporte entre 30'000 et 35'000 membres en Suisse, dont 3'000 à 3'500 seraient nomades. Comme le rappelle la commission fédérale contre le racisme: "les Yéniches constituent un groupe ethnique autochtone. Leur langue traditionnelle est le yéniche, une langue basée sur l'allemand empruntant des mots du romanés, de l'hébreu et du rotwelsch. Les Yéniches sont pour la plupart chrétiens catholiques ou évangéliques. Dès la fin du 19ème siècle et jusque dans les années 1970, les autorités ont tenté de sédentariser les nomades. L'action la plus connue est celle de l'Œuvre des enfants de la grand-route, instituée par Pro Juventute, qui a séparé de leurs parents plus de 600 enfants yéniches pour être placés dans des familles d'accueil, des foyers et des institutions entre 1926 et 1973, dans le but de les contraindre aux normes sociales de l'époque.[1]

Les Yéniches ont toujours de la peine à se voir reconnaître comme la quatrième ou cinquième culture de suisse, à trouver des places pour camper[2]. Celles-ci n'existent pratiquement pas à Genève, hormis à la Bécassière, à Versoix, mais qui demeure d'usage multiple. Minorité nationale reconnue en Suisse, mais mal-traitée, les Yéniches sont aujourd'hui victimes de racisme, de stéréotypes et de discriminations. Confondus avec d'autres minorités racisées, comme les roms, ils se voient dénier certains de leurs droits fondamentaux et reléguer sur les bas côtés de l'autoroute néo-libérale.

L'existence des Yéniches, la brutalité de leur quotidien nous renvoie un miroir de notre société d'exclusion, faite de clichés, et de stéréotypes, d'ignorance crasse qui veut que lorsqu'il y a une famille autour d'une caravanes les gens pensent saltimbanques, cirque Knie ou précarités roms, ajoutant des préjugés face à des destins qui sont pourtant communs (aller à l'école, travailler, payer ses impôts) et similaire à tout un chacun.e, hormis peut-être dans le fait qu'il s'agit là de citoyen.ne.s ayant érigé, pour certain.e.s, la transhumance en mode de vie. Mais en quoi une différence fonderait LA différence?

Qui sont les Yéniches ? Des citoyen.ne.s comme vous et moi. Pourquoi sont-ils relégués dans les marges de la société : parce qu'ils se distinguent et que leur différence en fait des cibles pour les discriminations qui s'affalent également sur d'autres groupes sociaux. En cela, ils sont des révélateurs puissants de nos modes normatifs. L'événement "les Suisses du voyage", sur le bateau Genève, ce 29 novembre, se donne pour mission de tordre le cou aux clichés sur les Yéniches et d'apprendre d'eux en  se mettant à leur écoute.  

 

Une exposition pour prendre place au coeur de la communauté

Un des moyens forts pour découvrir et approcher l'autre est l'image. L'exposition d'Eric Roset colle au quotidien des caravanes et nous invite à pénétrer dans le cercle de celles-ci. Ne prétendant faire ni éloge ni oeuvre nostalgique sur un mode rousseauiste d'un nomadisme traditionnel, le photographe nous emmène au coeur des familles et de leur contemporanéité. L'exposition qu'il propose permet de nous approcher de ceux qui se vivent comme des citoyen.ne.s de seconde zone et dont le quotidien renvoie à d'abyssales distances. On découvre et l'on plonge pourtant dans une certaine banalité du quotidien : repas d'anniversaire, jeux de carte, mariage, exercice de musculation, musique au coin du feu...  n'étaient le maquillage dans les rétroviseurs, et le fait que les haltères soient parfois constitués de bidons de bière, rien ne distingue ce quotidien de tant d'autres. Eric Roset lève un voile sur les pratiques professionnelles : de vannerie, de rémouleur, ou les générations sont mêlées; des moments amoureux, de complicité, de foi. Entraîné dans le quotidien et l'intimité de Yéniches, sur fond de prairie verdoyante ou de bitume de parking, on découvre au travers des images une certaine légèreté qui conduit d'une image à l'autre comme l'on passe peut-être d'un canton à un autre. La figure du policier surgit au détour d'une photo comme un rappel à l'ordre des contraintes et juridictions et de leur potentiel d'entraves.

 

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Qui sont les Yéniches? Des Suisses et Suissesses comme les autres mais aussi différents. Mais quel.le Suisse ou Suissesse n'est pas à la fois pareil.le et différent.e?

La photo de cet homme Yéniche frappant un pieu pour planter sa tente fait un écho troublant à la célèbre toile de Ferdinand Hodler "le bûcheron" que certains, à l'UDC, ont utilisé et manipulé pour en faire un essentialisme helvétique et une ode au repli sur soi et dans nos montagnes, voulant refléter une image univoque de la Suisse.

Les photos d'Eric Roset, elles, nous ouvrent à la diversité, aux identités multiples et en tension, aux questions et interrogations. Elles invitent, plutôt que de se rassembler autour de mythes crispés, à s'ouvrir à la belle et passionnante tâche de se mettre en mouvement pour se découvrir les un.e.s les autres, sans s'enfermer dans les petites boîtes toutes faites, les fiches ou calepins policiers, voire nos écrans numériques.

Au jour ou chaque habitant.e de ce pays est devenu.e un.e pendulaire et nomade, ou l'on mange en marchant ou presque, où le multilinguisme est pratiquement devenu la norme, il se pourrait bien que partir "à la découverte des Suisses du voyage" serait aussi très simplement, sobrement, aller à la rencontre les un.e.s des autres pour mieux comprendre ce qui nous distingue et ce qui nous rassemble.  

 

 

A la découverte des Suisses du voyage

Jeudi 29 novembre, Bateau Genève, quai Gustave-Ador 1
18h30 Café des libertés, table ronde organisée par le CODAP
19h30 Démonstration de métiers traditionnels
19h30 Vernissage de l'expo photo d'Eric Roset
20h00 Repas découverte
20h00 Concerts
20h00 Counousse musique du voyage, Schwitzörgerlimusik
21h00 Dany Bittel Trio, Jazz manouche
22h00 Olga Kamienik Drschnaps DJOlga

Evènement co-organisé avec l'association J.M.S (Jeniche-Manouche-Sinti), le  CODAP (Centre de conseils et d'appui pour les jeunes en matière de droits de l'homme), l'association Eric Roset photographe.
Avec le soutien de la fondation «Assurer l’avenir des gens du voyage suisses», la Ville de Genève et le Bateau Genève.

http://www.eric-roset.ch

https://www.codap.org

 

[1] https://www.ekr.admin.ch/services/f115/1093.html

[2] https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/jenisch-peinent-trouver-place-canton/story/17304270

Photos d'illustration : Eric Roset, Ferdinand Hodler, tous droits réservés.

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17/11/2018

Attention, si vous ne respirez plus vous risquez de mourir

2893DEBE-CC5B-44C3-A55E-DBB308B37F37.jpegA

1. La fin du capitalisme est programmée. On a perdu la télécommande

2. Si vous montez sur une échelle vous pouvez tomber 

3. Quand vous dormez, votre pensée est hors contrôle

4. Lorsque vous êtes éveillé, l’usage de votre carte bancaire est possible. Ne la laissez pas sans surveillance. 

5. Si vous ronflez, c’est incommodant 

6. Si vous êtes incommodant, vous ne pouvez plaire à tout le monde 

7. Si vous ne plaisez pas à tout le monde, vous risquez d’avoir moins d'amis

8. Avoir moins d’amis ne signifie pas que personne ne vous aime

9. Si personne ne vous aime cela ne signifie pas que vous devez vous en prendre à vous même

10. Mourir est une expérience unique. Pourquoi ne pas l’immortaliser par un selfie ? 

 

 

B.

1. Quand vous  fermez les yeux, ils ne sont plus ouverts

2. Quand vous êtes fatigués, vous risquez de dormir

3. Offrez des fleurs ou du chocolat. Pas vos emmerdes

4. N’offrez pas vos emmerdes à n’importe qui. Les cadeaux entretiennent l’amitié

5. Si vous déconnez n’essayez pas de relativiser avec des choses plus graves encore

6. Vous pouvez penser ce que vous voulez, du moment que vous n’en parlez à personne

7. Si la majorité vous donne raison, ayez le triomphe modeste. C’est peut être une majorité de cons

8. Traverser au feu rouge peut nuire à votre santé

9. Jouer à la roulette russe peut provoquer des dommages irréversibles à votre santé 

 

C.

1. Attention, vous êtes responsable de tout, même de votre irreponsabilité 

2. La direction décline toute responsabilité si vous mettez vos doigts dans la prise

3. Si vous vous jetez sous un train, vous risquez de mourir

4. Étalez votre fric pas vos prières 

5. La laïcité est à l’opium comme l’orgasme est à la religion 

6. Ne faites pas de l'équilibrisme sur un toit ne prenez pas de la drogue sans une biscotte, faites toujours comme si tout était interdit 

7. Ne confiez pas vos codes secrets à quelqu’un d’autre qu’un inconnu 

8. Donnez toujours le change affirmez toujours que tout va bien

9. Utilisez la langue de bois. Personne n’ira vérifier si c’est du chêne

10. Qui ne recule pas n’est pas certain d’avancer

 

 

D.

1. S'abriter sous un arbre durant un orage ne rend pas le pépiniériste responsable du foudroiement

2. Si vous souffrez d’allergies ne mangez pas de cacahuètes pour oublier

4. Si vous n’etes pas à la direction : déclinez toute responsabilité 

5. Attendez un sauveur, fabriquez des bourreaux, plaignez les victimes

6. Répétez : on vit une époque formidable 

7. Déclinez toute responsabilité avant d’être tenu pour responsable

8. La confession est à la mode. Soyez hypocrites, demandez pardon, payez vos indulgences. Imitez

9. Rampez s’il le faut.

 

E.

1. C’est scientifique : 100% des accidentés ont eu un accident

2. Ne vous jetez pas au lac sans savoir nager 

3. Le tandem est l’avenir de l’homme. La trottinette vaincra

4. Soyez capitalistes ! exigez un profit maximal croissant et continu

5. Soyez déraisonnables : exigez le possible 

6. Nos salades sont coquettes. On achève bien la planète

7. Les carottes sont bouilles, les pissenlits sont en solde

8. Le capitalisme est mort. Les charognes mangent du big-Mac 

9. Ça sent de plus en plus mauvais. Vive Hermès vive Chanel et Gucci

10. Vae Victis. Vive la comm’ Vive Maudet Barazzone et Madoff, Infantino et les pyramides de Ponzi.

 

 

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08/11/2018

Décès d'une piétonne : commémoration aux Eaux-Vives

45558766_10156586412336826_6955616694542794752_n.jpgCe vendredi 9 novembre dès 07h30 se tiendra une commémoration à l’avenue William-Favre, à l’entrée du parc de La Grange, pour rendre hommage à une piétonne de 27 ans tuée samedi passé après avoir été renversée par une voiture à l’avenue William-Favre.[1] Merci d’amener vos bougies, fleurs et témoignages. Ce moment est important pour, individuellement et collectivement, rendre hommage à cette jeune femme, ainsi qu’à toutes et tous les autres piéton.ne.s, cyclistes, qui ont perdu la vie ou ont été blessé.e.s à Genève ces dernières années. Leur nombre est en constante augmentation et cela nous est totalement intolérable.[2] 

Ce moment de commémoration se veut donc également un appel aux autorités locales pour : réduire les limites de vitesse sur les routes principales du quartier, y compris l’avenue William-Favre, et à Genève ; améliorer l’infrastructure routière pour la sécurité des piéton.ne.s ; mettre en place des campagnes de sensibilisation du public et des conducteurs à la sécurité piétonne et à la conduite responsable, car le décès sur la route n'est ni une fatalité ni un drame qui n'aurait pu être évité.  

Des habitant.e.s avaient déjà attiré l'attention des autorités sur la dangerosité de cette avenue William Favre, et sur la nécessité d'un aménagement pour qu'une zone à vitesse limitée avec davantage de lumières soit réalisée, afin que la sécurité des piéton.ne.s, des cyclistes mais aussi des automobilistes soit garantie.

L'avenue William Favre, en pente, est peu éclairée en raison des frondaisons du parc qui opacifient les luminaires. Les autorités reconnaissent que plusieurs luminaires n'éclairent pas avec une efficience suffisante car ils se trouvent parfois dans le feuillage des arbres et élaguent régulièrement ces derniers. Le grand nombre de voitures parquées, ainsi que le peu de passages piétons et de feux pour sécuriser l'avenue expose les piéton.ne.s s'aventurant sur la route à des dangers accrus et reconnus par les autorités. 

Pour les autorités, l'avenue William Favre fait partie du réseau secondaire de la hiérarchie du réseau. A ce titre, cet axe doit pouvoir assurer des échanges, notamment entre divers quartiers. Pour les autorités, l'avenue William Favre est donc sortie de la zone 30 des Eaux-Vives, et n'est de fait pas soumis à une limitation de vitesse qui demeure donc à 50km/h. 

Pour les autorités, l'aménagement d'un seuil à un croisement avec la rue de Montchoisy modère la vitesse à cet endroit. Mais ce dernier n'enlève rien à la dangerosité des voitures en amont et qui déboulent finalement à plus de 50km/h à l'arrivée de ce seuil, et mettent mortellement en danger les enfants, familles, aîné.e.s, qui sortent de ce parc apprécié et fréquenté par les habitant.e.s du quartier et des genevois.es pour déboucher sur une route dangereuse.

Les autorités reconnaissent tout de même que ce ralentisseur est insuffisant, notamment la nuit, lorsque le trafic est peu important, la topographie en pente de la rue induisant des vitesses trop élevées. Les autorités municipales reconnaissent que leurs marges de manoeuvres sont limitées. L'avenue William Favre est pourtant identifiée dans la stratégie cyclable de la Ville de Genève comme un axe prioritaire devant faire l'objet d'aménagements sécurisés. Ces aménagements participeraient à la modération des vitesses et réduiraient les risques. Néanmoins, la faisabilité technique de cette mesure la rend difficilement réalisable pour les autorités, tout du moins à court terme, car elle nécessite la suppression de 150 places de stationnement, faute de gabarit nécessaire ! 

Une telle suppression de places n'est donc pas envisageable pour les autorités, au regard de la loi sur la compensation du stationnement car le nombre de places qu'il est possible de supprimer en une année est limitée. Mais surtout, vue la forte pression de stationnement pour les habitant.e.s du quartier, des Eaux-Vives, ces places sont importantes pour les habitant.e.s du quartier qui possèdent une voiture et qui ne peuvent souvent pas faire autrement que de la parquer sur l'espace public. Les autorités regrettent de ne pouvoir envisager d'intervenir rapidement sur cet axe pour améliorer encore la modération du trafic et ainsi transformer l'avenue William Favre en zone à vitesse limitée.

Il faudra à un moment se poser froidement la question de savoir si nous voulons défendre des êtres humains ou des places de parc. Nous pensons que ce débat doit urgemment être mené et tranché.  

 

Habitant.e.s des Eaux-Vives, ce vendredi dès 7h30 nous fleurirons le portail du parc La Grange pour signifier  plus jamais ça, demander aux autorités de sortir de leur torpeur pour agir. et sutout rendre hommage à une vie trop tôt fauchée. 

 

[1]https://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Deces-d-une-pie...

[2] https://www.tdg.ch/suisse/230-morts-routes-suisses-2017/story/19644613

 

 

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26/10/2018

Comment laisser l'art nous bouleverser en période d'allergies ?

art,culture,préventionAprès avoir franchi la grande porte du musée, je suis tombé sur un petit écriteau qui indiquait sobrement: "cette pièce contient des oeuvres que certains visiteurs pourraient trouver bouleversantes".

Le message invite à parler à un membre de l'équipe du musée pour plus d'informations. Cela m'a rappelé les achats de disque soumis à avis parental sur l'emballage, aux annonces sur les bateaux avant de partir en haute-mer, rappelant de bien prendre son gilet de sauvetage et se soumettre en tout temps aux ordre de l'équipage.

Ce qui semblait réservé aux libations verbales du rap et aux roulis de la haute mer semble désormais avoir atteint les salles feutrées des expressions picturales du XIXe et XXe au coeur même de la quiétude muséale. 

Je suis alors entré dans cette pièce un peu comme dans un champ de mine, regardant où je mettais les pieds. Mais j'eu beau en faire le tour, observant les oeuvres de loin, les scrutant de près, de loin encore, rien ne semblait mériter particulièrement cet avertissement.

Ou alors étais-ce ce nu là (j'y retournais) ou éventuellement cette scène de pendaison -croquis large et aux silhouettes estompées-, ou alors ce tableau de Modigliani, qui sait? - vraiment?- Un regard si trouble et transparent, certains en sentiraient-ils le sol vaciller sous leurs pieds? Mais bon, en regard de ce qui déroule sur les écrans au quotidien, cela semblait pourtant bon enfant.

Pourquoi cet avertissement ? Un mouvement de protection pour les âmes sensibles ? Certes les musées accueillent tous les publics. Il n'y a pas de limite d'âge pour aller voir un Picasso ou un Dali. Faudrait-il? 

Les tableaux n'ont pas changé depuis le début du siècle, mais la société qui les regarde, oui. Si les tableaux ne sont pas devenus plus bouleversants, ou qu'ils le sont toujours autant, les publics qui s'y frottent ont-ils de nouvelles allergies? On ne regarde définitivement plus la mise à mort d'un saint du IVe siècle en 2018 comme on le faisait en 1800, ni ne le commente pareillement.

 

Le bouleversement de l'art, deviendrait quelque chose dont il faudrait en quelque sorte se prémunir. Le moindre symbole, coup de pinceau, pouvant déclencher une crise suivie d'un emballement sur les réseaux sociaux. La prévenance institutionnelle s'impose.

Peut-être alors, à l'avenir, avant toute exposition, des affichettes rappelleront le danger de l'art, son potentiel choquant, offensant; comme sur les couvercles en plastique contenant du café chaud. Attention Art : contenant brûlant. Watch out  : Andy Warhol : Handle with care !   

A la manière de ces cartes de restaurant qui invitent avec diplomatie le client à annoncer ses possibles allergies (gluten, noix, fruits, etc) aux serveurs qui se feront un plaisir de répondre à toute question, il y aura peut-être bientôt, à l'entrée des musées une liste à cocher des possibles artistes suscitant allergie ou urticaires. Si vous ne supportez pas Egon Schiele ou Basquiat, mettez une croix, le staff vous indiquera le chemin le plus sûr pour les éviter. Supportez-vous Pollock ? Vous reprendrez bien une dose de Soulages, et si cela vous pèse sur le moral, il y a une cellule psy à disposition au premier étage.

Peut-être faudra-t-il signer un certificat médical prouvant que l'on est prêt à encaisser le choc avant d'aller se confronter à un tableau de Frida Kahlo ... la direction déclinant toute responsabilité en cas de trouble émotionnel. 

N'est-ce pourtant pas le rôle de l'art, que de nous soumettre à des hauts le coeur, nous renverser, faire vivre des expériences aussi fondamentales et profondes que celle de la fascination, l'effroi, la subjugation?

Voir une oeuvre d'art était auparavant un événement sacré, qui ébranlait d'office l'être. C'est devenu un acte suave de consommation. Le client ne doit pas en être affecté. 

Au panneau d'information succède donc désormais le panneau de prévention. Manière de se protéger, de se couvrir ou d'éviter la confrontation pour les institutions culturelles. Ou manière perverse d'aguicher la curiosité, aiguiser l'appétit du visiteur, paternelle aide de proposer un accompagnement. Mais ce sont des chocs bruts que nous voulons, que nous cherchons !

 

Que reste-t-il de la subversion de l'art en période d'allergies ?

- Malgré les panneaux d'avertissement ? Tout. L'art est une allergie dont on se prémunit difficilement et dont on ne guérit pas.

Quel type d'art doit être annoncé comme bouleversant, qui décide où mettre les avertissements?

- Je ne sais pas. Mais je reprendrais volontiers une petite contemplation de Louise Bourgeois, la baffe d'une lecture d'un conte de Grimm, mille fois préférable à toute soupe préventive ou bouillon d'un service de communication briefé par son département juridique.

Je suis retourné à ce panneau invitant à faire appel au staff en cas de bouleversement. J'y ai cherché une signature, parce que cela était génial, une incroyable création, écho parfait à l'esprit du temps. Mais il n'y en avait pas. Personne n'avait signé. Aucune griffe. Aucun artiste derrière.

 

J'avais pourtant reçu le coup.

Et de cela avait besoin de parler. 

 

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22/10/2018

La religion qui ne dit pas son nom

Certains pensent encore que la religion est l’opium du peuple. Ils n'ont jamais dû prendre le bus le matin et voir la série de visages courbés sur leurs téléphones, possédés comme des déments, rire tout seuls ou jouer à des jeux répétitifs et niais, l’air content. La religion, en regard de la technologie, c'était un bonbon pour la gorge. 

Je me rappelle très bien d’une conférence où Blaise Matthey patron de la FER, en mode grand pape avait levé bien haut son i-phone et louait la technicité de ce jouet affirmant que c’était là rien de moins qu'une perfection de l’humanité, son progrès ultime. On aurait dit qu'il tenait une relique du Christ ou une hostie sainte, rien de moins. C'était Moïse sur la montagne ayant reçu les tables de la loi. L'illumination. 

Sauf que son jouet crée de l’addiction à tout de bras et que dans le sillage de l’intelligence artificielle se trouve la connerie mercantile de l’aliénation et son métallique jus financier. De manière aussi certaine que derrière les chalutiers qui rejettent des carcasses de poissons se trouvent des requins ou sur les décharges publics des rapaces, dans les mines africaines où des multinationales swiss made extraient les précieux métaux, se répand le sang des ouvriers spoliés et exploités. 

 

Pénétrer les cerveaux 

En marchant dans la rue, au bout de la rue du Rhône, j'ai été arrêté devant la vitrine d'une grande banque. Des écrans de 2 mètres sur 1 balancent en continu des petits films (public cible : les enfants, d'ailleurs l'écran est à peu près à hauteur de leurs yeux) avec des personnages joyeux et bêtes mettant des noisettes plus grandes qu'eux dans un panier en souriant, se tapant dans les mains dans ce qui est censé être la plus belle des harmonies. 

En voilà une magnifique éducation au capitalisme sauvage et suave. A l'arrêt de bus, l'air de rien, direct dans les yeux et dans les cerveaux des enfants. Même pas besoin d'allumer un écran, c'est dans la rue directement, dans l'espace public dans les petits cerveaux que ça rentre comme dans du beurre et fait tout son effet.  Pendant ce temps, à l'autre bout de la ville, on emmerde une librairie qui a des bacs à livre pour empiétement sur l'espace public...   

La nouvelle grand messe, c’est la technologie, et la divinité du capitalisme l'utilise avec avidité. Tous à plat ventre. Tous à quatre pattes. Elle a ses prêtres et ses papes. Ils répètent blockchain comme d’autres avant le pater noster et placent des écrans surpixellisés à tous les coins de rue comme avant on y plantait des croix ou des madones. De l’intelligence artificielle à la connerie mercantile : où comment chérir ce qui nous asservit et en redemander en payant le prix fort.

La vacuité de la réflexion sur le sens que l’on veut donner à ces outils n’a d’égal que notre incapacité à se rappeler que l’outil doit être mis au service de l’humain, pas l’inverse. Elle fait de son public cible des ouailles plus soumis et bêlants que des convertis à la sainte trinité. Doigts tendus, ça clique à fond pour accepter n'importe quel cookies et valider des contrats numériques que personne ne lit d'ailleurs, puisque ces textes s'étirent sur un menu déroulant, long comme un jour sans pain, dans une langue plus incompréhensible que le latin. 

Le capitalisme impose de plus en plus sa novlangue spiritualisante. Récemment dans la Tribune de Genève un banquier se déversait sur le supplément d'âme qu'il fallait insuffler à son institution pour en assurer la bonne marche. Suivait un gloubi-boulga ésotérique sur l'esprit, la communion, charabia digne des plus obédientes et rigides sectes religieuses.

En lisant les revues économiques spécialisées, on croit lire un récit de prophéties ou l'apocalypse. Vous avez remarqué, plus le capitalisme devient brutal et violent, plus il lui faut se parer d'atours joyeux annonçant l'Eden sur terre ou la cohabitation sereine à tous les étages de la tour de Babel, et évacuer les rapports de force et de domination. 

Certains ont pensé bon de faire une loi sur la laïcité, car disent-ils, l'Etat entretient des rapports avec les communautés religieuses et il faut les réguler. Ils retardent de quelques siècles dans leur volonté de séparer l'Etat de ce qui pourrait lui nuire. Ce que l'on appelle la religion n'est pas une menace, c'est une idéologie, comme tant d'autres. 

Par contre, ce qui s'appelle capitalisme, et qui n'assume même plus d'être une idéologie pour se prétendre être devenu l'air que l'on respire, s'est dématérialisé au point de se retrouver être la plus nocive des religions : celle qui n'a même plus besoin de dire son nom. La vraie menace.

On peut désormais pointer du doigt un voile, un crucifix ou invoquer la loi afin de bannir une kippa pour trouble à l'ordre public. La belle affaire. La belle excuse. Et surtout le bon prétexte. Pendant ce temps, les affaires continuent. Les marchands du temple ont trouvé leur bouc émissaire. La religion qui ne dit pas son nom va elle pouvoir continuer à faire ses affaires avec la bénédiction de l'Etat.

On n'a pas beaucoup évolué en terme de croyances depuis le Moyen-âge. Simplement muté. Les habits des grands prêtres ont changé, guère plus. Les princes qui s'acoquinaient avec le clergé au XVIIe vont désormais au moyen-orient. Les trajets ne se font plus en fiacre mais en jet, ils font pourtant toujours les mêmes courbettes. 

 

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17/10/2018

Une bibliothèque, pour quoi faire ?

Sur un pan de mur, j’ai entassé des cageots, fixé ceux-ci à la paroi avec de petites pièces de métal. J'ai rassemblé les camarades de route, les auteur.e.s aimé.e.s, les découvertes d’un instant, ceux qui promettent une évasion, de nouveaux horizons. Les offerts, les prêtés, un volé même -mais je ne pourrai même plus dire exactement en quelle circonstance-, ça remonte à bien longtemps. Certains transbahutés plusieurs fois, ayant subi les déménagements comme des divorces, passé des frontières, fait quelques allers retours. D'autres encore mis en pension comme on laisse un chat chez un ami cher, quand on pense qu'il y sera mieux que chez soi : mieux nourri, mieux soigné, un peu pour s'en débarrasser - eh oui certains font cela-.

J'ai recueilli des livres blessés comme on accueille des bêtes. J'en ai sauvé des boîtes d'échange entre voisins, par pitié avant que ne vienne la pluie, ou par refus des bennes à ordures, des collectes de papier. Des pas jolis, des mal écrits, mais parfois à la SPA c'est le pire matou qui vous fait de l'œil, et même avec une oreille en compote et son incontinence, et sans que vous sachiez très bien pourquoi c'est LUI ou c'est ELLE que vous recueillez. Il en va de même des livres. Bien évidemment un coach ou un connard expert en marketing vous déconseillera toujours de faire cela. 

Pourquoi construire une bibliothèque? De la même manière que l'on commence un pont ou une cathédrale. Pierre à pierre. Livres à livres. Et si vous me dites : est-ce que notre humanité a encore besoin de pont, de cathédrale ou de bibliothèque? Je préfère ne pas répondre. Je crois que poser la question, c'est montrer combien l'on est déjà mal barrés.

Les livres là : pas bien classés, pas du tout rangés,  un tout petit peu répertoriés quand même : ici la sociologie, là la politique, les romans dans cette zone. Pas d’ordre alphabétique. Pas d’étayage par taille, pas même de regroupement par auteur. La verticale d'abord, puis l'horizontale pour caser les derniers. Certain.e.s auteur.e.s se baladent aux quatre coins des cageots, d’autres forment des couples dans les coins des planches. Angot s’accole à Baldwin, Tsetaieva s’acoquine avec Sylvia Plath. Et pour moi Tirabosco ne doit jamais être loin de Joe Sacco. Pasolini est toujours avec Erri de luca. Il est évident que Chalamov est un cas à part, il côtoie le code pénal et des livres sur les ours. Allez savoir pourquoi.

Je n’ose plus trop les déranger. Je les laisse ensemble, se reposer tranquilles. Parfois même je mets un autre livre devant eux pour leur offrir un surplus d’intimité, paravent pudique pour les laisser préparer leurs actions secrète ou conciliabules privés. Je les imagine conversant tranquillement, préparant quelque sabotage ou lignes de fuite. Deleuze n'est jamais trop loin et avec lui vient Spinoza.

On ne fait pas une bibliothèque, c'est la bibliothèque qui vous fait ou vous défait pour paraphraser Bouvier, et si l'habit ne fait pas toujours le capucin, assurément on connait un bon bout de la personne que l'on a en face de soi quand on découvre ses livres, lesquels elle conserve et empile, comment.

Certains diront peut-être : à quoi bon une bibliothèque, tu as des tablettes maintenant, tu peux mettre ta bibliothèque dans un carré phosphorescent ou même dans un nuage. Tu peux dématérialiser Marx, atomiser Einstein, faire léviter Mahomet. Mais... l'odeur du papier, le plaisir de feuilleter un livre, ou le donner, ça la tablette ne le permet pas. Se passer d'électricité non plus, ou mettre des fleurs à sécher entre deux chapitres, écorner des pages, écrire dans la marge, laisser des miettes ou du sable dedans. Une odeur. Un parfum.  


A un moment donné, les cageots ont débordé. Les plus hauts ont même commencé à dangereusement pencher, se décollant du mur au risque de l'avalanche. J'ai monté en urgence une deuxième bibliothèque dans la cuisine  : uniquement des romans; et hop dans la chambre à coucher : la poésie. Maintenant, les livres sont partout. Il faudra construire une nouvelle bibliothèque sur un autre mur. Virer le canapé.  

Pourquoi construire une bibliothèque ? Par plaisir de mesurer les planches et tracer sur celles-ci avec un gros et gras crayon anthracite quelques chiffres et lignes avant coupes, puis saucissonner le bois et le clouter pour offrir un refuge aux ermites, aux lunatiques, aux poètes qui ne doivent jamais être mis dans les caves, dans les bennes ou au pilon, car aujourd’hui plus que jamais, on a besoin d’eux. Surtout quand des connards d'extrême droite attaquent à coup de bouche d'égout la vitrine de la librairie du Boulevard. 

Pourquoi construire une bibliothèque ? Pour faire vivre les libraires, les auteur.e.s, faire barrage aux fachos, reculer l'obscurantisme, gripper la machine technocratique. Parce que si l'on manque de temps pour penser, pris dans nos trépidations épileptiques, certains y ont passé une vie. Nous sommes assis sur des trésors. Ce sont nos guides et balises pour demain. Pourquoi construire une bibliothèque? Pour maintenir vivante la petite flamme de l'intelligence, se la passer d'une bouche à l'oreille en chuchotant puisque des ténèbres bruyants semblent s'annoncer sur nous.  

Une bibliothèque pour quoi faire ? Pour la construire d'abord, en buvant une bière bien fraîche avec mon ami Paul en lui demandant ce qu'il pense du dernier livre de Maylis de Kerangal,  l'entendre parler de Saviano ou Wazem…. et prendre du temps avec lui, avec les renégats et les poètes obscurs, ouvrir ensemble des caisses à merveille comme on le fait de matériel de contrebande ou de survie en des temps incertains et obscurs.  

 

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12/10/2018

Toujours plus intelligent après qu'avant ?

Cela vous est-il déjà arrivé ? Sûrement. Une prise de parole, un choix à faire et, dans l'après coup, le sentiment que cela aurait pu tourner autrement, qu'il aurait été possible de rendre plus précise ou plus vive l'interpellation, ou juste d'éviter de se prendre les pieds dans le tapis, voire d'éviter la chute de quelqu'un. 

On est toujours plus intelligent après qu'avant, c'est en effet ce que dit le dicton, et que l'on se répète parfois comme un mantra, un lot de consolation, une manière de s'encourager à... ne pas se décourager, effacer une amertume ou une déception. 

Toute action, ou inaction, prise de parole ou bouche cousue, reste pourtant un exercice d'humilité et d'engagement. On réalise bien vite que le monde réel est bien éloigné du monde idéal et que si l'on ne fait pas d'omelettes sans casser d'oeufs, il arrive aussi souvent que des oeufs se brisent dans le panier sans même faire d'omelette, et qu'il n'y a pour cela ni culpabilité ni regrets à avoir. C'est la vie, alea jacta est et inch allah, ou à Dieu vat, et elle nous dépasse totalement.  

Ce petit texte pour dire donc pédale douce sur les exigences finissant par actionner la broyeuse à humain, conduisant certains à vouloir tout contrôler et régenter, ou d'autres à ne plus rien risquer du tout, voire à tout subir. Pédale douce donc sur les mortifications et les jugements, les attentes irréalisables et le perfectionnisme conduisant à l'inaction ou aux espaces anxiogènes des tableaux  statistiques, aux sentiments de toute puissance ou d'extrêmes vulnérabilités, à la violence: contre soi ou d'autres. Tolérance zéro, risque zéro, compréhension zéro: risque maximal de scier des existences. 

On est toujours plus intelligent après qu'avant. Vraiment? Pourtant si l'expérience nous enseignait vraiment, il faudrait lui accorder beaucoup plus d'attention, enseigner la sagesse et consulter les anciens, et leur donner beaucoup plus de temps et de place, plutôt que d'aller, en mode vision tunnel, vers une accélération constante dans l'abêtissement.   

Il arrive aussi souvent que l'on soit plus intelligent avant qu'après. Les enfants, par exemple: regardez-les bien et vous constatez que l'on a d'évidence beaucoup à apprendre d'eux. Dans de nombreux domaines, ils nous enseignent et nous apprennent l'essentiel de la vie. On gagnerait peut-être aussi à être un brin plus idéaliste qu'intelligent, ici et maintenant.

Avec le temps va tout s'en va. Peut-être notre volonté de persister dans la durée est-il un facteur d'abêtissement. Avec le passage du temps, le risque augmenterait de devenir un vieux con. Bon, certains diront peut-être que soit l'on est con soit on ne l'est pas, et que le temps ne fait rien à l'affaire, le temps ne distinguant au final que les jeunes cons des vieux cons. Peut-être. On ne serait alors intelligent ni avant ni après.   

Plutôt que de dire : on ne m'y reprendra plus, ne devrait-on pas dire : j'y retournerai avec plaisir. Puisqu'il est impossible de tout maîtriser, et parce que la chance, le hasard  jouent un rôle décisif, puisque ce qui s'est passé devait se dérouler et que les facteurs d'influence sont multiples, ne serait-il pas important de l'accepter? Sans regrets. Sans dicton. Sans coupable. C'est là l'idée du fatum, du destin. Une certaine idée anti-individualiste et peut-être stoïque ou spirituelle voulant que le centre de gravité de l'existence ne réside pas seulement dans ce que l'individu peut faire ou non, ni ne dépend totalement de lui ou d'elle. La vie n'étant pas une courbe linéaire et progressive visant par une sorte d'automatisme à accumuler de l'expérience ou du capital pour se prémunir de l'accident, de l'erreur, mais bien une existence fractionnée, vulnérable, exposée, et donc nécessairement friable et totalement dépendante de celle des autres.  

Peut-être donc nous faudrait-il surtout, plutôt que de vouloir être plus intelligents après qu'avant, oeuvrer à être plus amoureux, tendres, collectifs et prévenants avant qu'après ; et en un mot plus humains et collectivement solidaires, afin d'éviter de devoir se résoudre à être toujours plus ou moins intelligent tout seul, dans l'angoisse de ne jamais l'être assez.  

 

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09/10/2018

Ce qui fait peur...


Ce qui fait peur: 

La camionnette blanche montant deux roues sur le trottoir.

Un pétard, un sac plastique claqué dans les doigts

Tout ce qui fait Bang ou Paf désormais

Et surtout ce qui ne fait plus de bruit et disparaît dans la nuit.

 

Ce qui fait peur: 

la craie la cendre les os et le sel

tout ce qui a le goût de la moelle ou du miel

Un fût de bière vide à changer. Un frein à main dur à tirer. 

Une poignée de main qui se refuse. 

Un regard croisé trop insistant ou fuyant 

Tout ce qui ne se résume pas à la norme

à l’artificialité du mimétisme ou du cadre.

 

Ce qui fait peur : 

Les lieux de culture sans personne

Les cultes de la personnalité sans limite 

Etre approché dans la rue. Que plus personne ne se retourne sur elle

La hausse des primes d’assurance maladie.

Foirer dans son tri. 

 

Ce qui fait peur :

La présentation des gestes qui sauvent avant le décollage de l’avion.

L'absence de présentation de gestes qui sauvent par les hôtesses.

Le lait caillé. L’évier bouché. Cette douleur sous le coude. 

Trop de sourires à la douane. 

 

Ce qui fait peur : 

Tous les gestes qui sauvent quand il n’y a plus personne à sauver.

Le naufrage de l’Aquarius.

La propriété privée défendues par des haies.

Jouer en se chamaillant comme si on avait trois planètes et cinq vies.

 

Ce qui fait peur:

Les policiers dans la rue. 

L'état de s,iège, les robots, les abris et les caves 

Un petit chien sans collier. Un gros chien sans petit maître.

L’oiseau bleu dans un sac papier.

 

Ce qui fait peur: 

Une paille avec un palmier translucide, ou pire une sirène au bout. 

Retrouver un numéro de téléphone

Ne plus se souvenir de qui c’etait. 

 

Ce qui fait peur:

La perte de son i-phone. L'oubli des codes. L'absence de marques au sol. 

Le wifi qui fléchit, le manque de mémoire vive.

L’article manquant au catalogue la rupture de stock

La fonte de la chaîne du froid 

Les soldes à 50% sans acheteur.

Le crédit sans débiteur.

 

Ce qui fait peur:

La viande découpées sous vide.

Les cerises de Bulgarie.

L'usine d’incinération à l’arrêt

L’hésitation entre la déglutition ou la sieste

chez ceux qui portent la cravate, la culotte ou la corde au cou.

 

Ce qui fait peur: 

Quitter Facebook pour toujours à jamais

y revenir 1h après.

La disparition de l'humour et du jeu 

La mort des abeilles et du feu 

Les photos instagram de son ex, un bouton d’acné sur les fesses.

 

Ce qui fait peur:

Fumer davantage d’herbe que de tabac 

Prendre des patchs de nicotine paraît que c’est tendance 

Mâcher son chewing-gum des molaires, ronger ses ongles aux canines.

Croire que le sorbitol est un corticoïde

Naviguer sur doctissimo pour se doper avant une course populaire. 

Perdre son boulot. Manger des pruneaux. 

Chercher un boulot : le perdre à nouveau

Economiser chaque mouvement et chaque mot. 

 

Ce qui fait peur 

Aller chez le médecin. Attendre un diagnostic.

Recevoir un diagnostic. Ne plus aller chez le médecin

En Afrique les enfants meurent encore de dysenterie. 

 

Dresser des listes de ce qui fait plaisir 

Arriver au bas de la liste

Recommencer encore 

Sans envies et sans peurs.

 

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27/09/2018

La poésie (ne) sauvera (pas) le monde

ca62b4a1-3b2c-44e6-ba45-5dfecb4c96b5.JPGJe ne sais pas si vous l'avez vue, mais depuis quelques semaines il y a cette inscription dans la rade : la poésie sauvera le monde. Depuis les bains des Pâquis, on la voit inversée, et depuis le pont du Mont-blanc, on ne la remarque pratiquement pas.

Peut-être parce qu'il faut être immergé, avoir de l'eau jusqu'au cou, pour l'avoir droit devant les yeux en n'ayant rien que les yeux hors de l'eau, pour pouvoir la lire vraiment.

La poésie sauvera le monde ne s'adresse pas aux terriens, mais aux discrets aux absents, à ceux que l'on ne croise plus sur facebook.  Elle s'adresse avant tout aux truites, aux nageurs en détresse, aux bateaux échoués, aux monstres des profondeurs. A ceux qui remontent en un éclair à la surface avant de se couler à nouveau dans les profondeurs. Aux disparus et aux mutiques. 

La poésie sauvera le monde s'adresse à ceux qui boivent la tasse. Et qui a bu boira, c'est vieux comme le monde. Tant  que l'on se croit sur la terre ferme, que l'on ne s'est pas emberlificotés les pied dans les algues, noué le coeur au écailles des brochets, on s'en moque un peu. Tant que l'on a pas bu le calice jusqu'à la lie, éclusé ses overdoses, on peut se penser quitte de la poésie, et s'en tirer très bien sans elle. C'est humain.

Les poumons gonflés comme une éponge, le coeur ratatiné par le diabète et confit par le cholésterol, répéter : jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien... ne venez pas m'emmerder avec votre littérature.

La poésie sauvera le monde. On dirait une phrase biblique, messianique ou de série B américaine. Un brin désuète, une phrase utopique, avec des enluminures et des licornes dessus, devenue presque illisible, à force d'être lue sans avoir l'âme déglinguée d'un mystique ou les mains noires et innocentes d'un repris de justice.

Qui veut croire encore au salut unique ? Et si quoi que ce soit ressemble encore au salut dans ce monde, qui ne l'échangerait pas contre un ticket de rento ou une partie de cartes ? Qui, avec son hypothèque sur la tête, son bracelet électronique à la patte, poussé au bord du précipice, ne demanderait pas comme dernière faveur un tendre steak plutôt qu'un poème amoureux de Pablo Neruda ? Qui plutôt que la grâce ne demanderait pas de pouvoir participer aux soldes, relancer la roue? 

Est-ce qu'elle parle aux traders, aux pressés du trafic, aux impatients du bus 10 cette phrase: La poésie sauvera le monde? Non. Mais peut-être aux cygnes et aux chiens.

Rien ne sauvera le monde, diront les cyniques. D'ailleurs le monde ne mérite plus d'être sauvé ricaneront-ils après s'en être bien gavés. Il est foutu. Au tas de fumier Ronsard. A la benne Pavese. La poésie de Pasolini, Antoine Emaz ou René Char a décoté devant les excités du numérique et la vitesse des addicts du clic qui passent d'un site de cul à celui de l'Equipe sans même lever un sourcil. La poésie n'a pas échappé à la consommation de masse. Baudelaire se royaume aux caisses du Prisunic. Rien ne sauvera le monde, diront les cyniques. D'ailleurs : qui croit encore que quoi que ce soit puisse sauver le monde ? Allez: qui lève la main, qui se jette à l'eau ?

Les chefs d'état font des mimiques, la technologie accélère la chute. L'histoire fait des fausses routes. Aucun médecin ne maîtrise plus la méthode de Heimlich... quand l'électricité sera coupée à quoi serviront les scanners et la résonance magnétique?

J'ai un cancer : la poésie me sauvera ?

Je suis foutu, la poésie me sauvera?

Hors de la poésie, point de salut ? Je crois plus en rien. Vous dites?

Quand vos enfants crieront : eh vieux cons, c'est vous qui avez coulé tout ce béton et rendu la planète pire qu'une rôtisserie, vous leur lirez Virgile ? Quand les gamins, hamburgers entre les dents, demanderont des comptes en hurlant : c'est vous qui vous êtes envoyés en l'air au moins 10 fois par an pour nous condamner aux mini-drones en plastique, vous leur murmurerez, comme Dante dans la Divine comédie : Nul effet provenant de la raison ne peut durer toujours, parce que les désirs des hommes changent suivant les influences du ciel? Mmmmh?

Et alors qu'une étincelle sera sur le point de tout embraser. Pendant que les derniers se presseront encore aux pompes à essences pour remplir de pétrole les réservoirs des bagnoles, alors que plus personne ne regrettera le feu d'artifice dans la rade, parce que quelque chose de bien plus grand de bien plus cataclysmique et cosmique se préparera, alors quelques fous seulement resteront sur terre.

Tous les gens sains d'esprit, sachant proche l'embrasement général se déverseront dans la rade et faisant des gestes dérisoires de grenouille, ces gestes de naufragés un peu vains et pareils à ceux que faisaient les humains ayant essayé quelques années auparavant de franchir la Méditerranée sur des canots de fortune en criant dans le vide. Alors tous répéteront, comme des dingues, des possédés, un mantra face au panneau émergé alors que le feu ne cessera de brûler et l'eau de monter :  la poésie sauvera le monde : la poésie sauvera le monde la poésie sauvera le monde La poésie sauvera le monde... avant de faire glouglou ou pschit.

 

La poésie a échoué.

Le secret pour voyager d'une façon agréable consiste à savoir poliment écouter les mensonges des autres et à les croire le plus possibles.

Dostoeïvski est le dernier qui puisse encore quelque chose pour nous.

 

http://www.ville-ge.ch/culture/poesie

 

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21/09/2018

Un peu de courage Monsieur Maudet

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Cher Pierre Maudet,

Je constate que vos affaires, vos mensonges continuent de prendre une place démesurée, dans la presse, dans les conversations des gens, et qu'elles commencent sérieusement à lasser, assurément à agacer, voire créer des conflits entre les citoyen.ne.s.

 

Vous en êtes pleinement responsable. Vous entretenez de ce fait un climat impropre à la bonne gestion du Canton. Un Conseiller d'Etat doit servir la collectivité, pas la déchirer. Vous avez certes vos groupies; une poignée de ceux-ci vous défendront certainement jusqu'au bout, mais la grande majorité ne vous comprend plus.

Vous pouvez vous barricader, nier une partie de la réalité, vous comportant comme ces militaires assiégés qui s'enferment dans un bunker avec leurs proches, spéculant sur un joyeux renversement de situation. Vous pouvez continuer de croire à une réalité parallèle. Est-ce du courage ? Je ne crois pas.    

Je ne suis pas un vautour, je ne crie pas avec les hyènes. Je suis un citoyen lambda, élu député pour une durée limitée, travaillant à côté de cet engagement pour la collectivité, ayant prêté, tout comme vous, serment de servir la République et les institutions. Chaque jour qui passe, nous découvrons le lourd coût pour la collectivité de votre combat personnel.

Le respect que certains pouvaient avoir pour vous s'est étiolé devant ce que vous imposez à la collectivité pour votre propre salut. Votre peau n'intéresse pas les Genevois.es. Nous souhaitons simplement que l'Etat fonctionne d'une manière adéquate et transparente. Menez votre combat de votre côté, laissez la collectivité tranquille. Avec vous au milieu, aujourd'hui, ce n'est plus possible. 

Ce n'est pas une élection qui vous a amené au pouvoir, mais un serment pris devant le peuple: votre main levée et une promesse de le servir plutôt que de vous servir et de protéger la République plutôt que de vous en protéger. Il y a une force de ce qui est juré devant la collectivité qui nous lie. Vous avez brisé ce lien. 

Comme la presse en a rendu compte, l'ensemble du Grand Conseil a voté ce jeudi soir votre levée d’immunité pour les besoins d’une enquête pénale. Vous êtes désormais soumis à la justice. C'est déjà mieux que d'être entre les mains de vos "amis libanais" qui vous tenaient par les roubignoles et vous ont peut-être fait chanter, sachant tout de votre voyage officiel à Abu Dhabi sur invitation du prince hériter Mohammed ben Zayed Al Nahyane, voyage que vous avez prétendu être privé, au mépris de la vérité, car vous y avez officiellement été invité comme Conseiller d'Etat et que vous avez été payé pour cela. Ce sont des faits, que vous avez finis par reconnaître. 

Vos "amis libanais" savaient tout de tous vos petits arrangements et dissimulations en marge de ce voyage sur lequel vous allez maintenant vous expliquer devant la justice. Sur ce point vous n'avez toujours pas pris soin de dire la vérité aux Genevois.es: qu'êtes-vous allé faire là-bas, il y avait-il des contreparties à ce voyage, avez-vous favorisé vos amis, quel était votre deal avec l'ancien président du Conseil d'Etat François Longchamp ? Peut-être avons-nous échappé au pire, mais peut-être le pire est-il encore à venir. Le temps qui passe n'est pas le temps de la normalité. Il est le temps de la suspicion, du trouble et des insondables conséquences de vos mensonges que vous continuez à accroître, encore et encore. 

Vous vous accrochez au pouvoir et nous ne savons pas qui vous tient, et nous ne savons pas jusqu'où vos mensonges vous ont rendu servile et redevable. 

Certains disent que c'est maintenant à la justice de faire toute la lumière. Certes. Mais c'est aussi à vous, au nom de votre serment de dire enfin la vérité si vous en êtes capables, et c'est à chacun.e de l'exiger de vous. Si vous ne le pouvez pas : démissionnez. La justice doit pouvoir travailler sans que l'un des hommes encore puissant de cette République, ne garde, au bénéfice de son poste, ses réseaux, ses contacts, ses informateurs et moyens de pression au coeur même de l'Etat. Vous ne pouvez prétendre en même temps être Conseiller d’état et prévenu. Ce mélange des genres est intenable et nocif pour la république, destructeur pour la confiance qu’ont encore les gens dans les institutions. 

Vous pouvez certes vous accrocher au pouvoir. Vous pouvez même agiter vos troupes pour qu'elles vous laissent entendre que vous êtes irremplaçable. Vous pouvez, seul contre tous refuser la transparence, et la clarté, utiliser vos réseaux pour sauver votre carrière politique. Vous montrez par là clairement le peu de valeur que vous accordez à notre système démocratique. 

Vous pouvez être animé par un esprit de revanche et de reconquête. Personne apparemment ne peut vous obliger à changer pour devenir un homme nouveau, ayant fait place nette de ce mélange des genres que vous affectionnez encore aujourd'hui. Vous pouvez mettre vos forces et votre énergie à assurer et organiser votre défense face aux lourdes accusations pénales qui pèsent à votre encontre, plutôt que d'essayer encore de vendre un bilan politique.

Devrons-nous attendre que vous connaissiez votre timing judiciaire et que vous ayez évalué vos chances de rebondir ou pas pour que vous démissionniez ? Un peu de courage Monsieur Maudet, arrêtez de vouloir tout contrôler en entraînant l'Etat dans vos turpitudes.

Le vrai courage, ce n'est pas d'essayer de tirer tout le monde par le bas, pour prétendre que, même à terre, vous maîtrisez encore votre sujet.   

 

Illustration : Patrick Chapatte @LeTemps

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16/09/2018

La sieste : discipline amoureuse

La sieste demande un entraînement de fond et une pratique constante pour atteindre à l'excellence. Tout d'abord, l'échauffement est important: étirement, décontraction. On ne s'engage pas à froid dans une sieste.

Il faut bien préparer son oreiller pour poser sa tête dessus. Pas n'importe comment mais délicatement, en relâchant une à une les vertèbres du cou. Un amateur de la sieste posera sa tête n'importe comment, comme on dépose un sac trop lourd rapidement et avec soulagement. Mais cela ne va pas. Car on risque de se réveiller soit avec un torticolis, soit une crampe, ou même les deux. Méchante blessure de l'amateur, signature du novice. L'apprenti du roupillon qui pense qu'il suffit de s'effondrer et sombrer à n'importe quelle heure du jour pour penser faire une sieste ne fera guère plus que s'assommer un peu.

Un siesteur expert saura se couler dans l'oreiller avec délicatesse, s'y creuser un petit nid moelleux pour son occiput, se réveillant ainsi avec un cou aussi tonique et souple que celui d'un girafon. Quelque soit le lieu, il saura entraîner une sieste de qualité : un bout de banc, la vitre d'un wagon de train, une banquette quelconque ou même le sol brut, qu'il pleuve ou qu'il neige. 

Le plus beau sport, c'est la sieste. Il est étonnant qu'elle ne soit pas encore admise comme une discipline olympique. Eh, quoi, les boules, le bridge, l'automobilisme sont bien reconnnues par le CIO, pourquoi pas le petit roupillon alors ?

Réussir un petit somme demande d'importantes compétences techniques. La nage, le football, le cyclisme, n'importe qui peut y exceller, c'est à la portée de chacun.e. Mais la sieste non, c'est autre chose. C'est d'un autre niveau, c'est l'un des sports le plus technique et pointu. La Formule 1 ou la descente à ski ne demandent qu'à se laisser glisser. Et si n'importe qui sait faire tournicoter un volant entre ses mains, il est bien plus difficile d'orienter son souffle et le faire tourner dans son corps en soulevant doucement sa cage thoracique puis son ventre, bien reposer ses jambes, et savoir se relâcher avec souplesse. Essayez pour voir. Respirer doucement, non seulement par le nez, mais chaque narine en alternance, et sans ronfler, qui peut en dire autant ! 

Se crisper, tout le monde y parvient automatiquement, grincer des dents aussi, serrer des poings, mais se détendre jusqu'à l'abandon, c'est bien plus select.

 

  

S'endormir, c'est facile, mais siester c'est autre chose

Bien sûr, le siesteur amateur dormira une heure et même deux parfois, d'une traite, brutalement, ce qui n'est plus une sieste mais presque de l'hibernation. On change totalement de catégorie à ce moment là. Or, tout l'exercice d'une sieste est de contrôler à quel moment on se réveillera. Tous les médecins l'affirment : une sieste c'est 15mn maximum. Au delà c'est contre productif, c'est raté.

Mettre un réveil pour s'alarmer et se réveiller en sursaut? Ruine de l'âme. Autant siester en se chronométrant ou en se dopant en prenant un quart de somnifère. Là encore, cela effacerait tous les bénéfices de la sieste.

Non, une vraie sieste de compétition, une sieste de médaille d'or,  hors catégorie, ressemble à l'abandon. On y entre comme on en sort, comme un nageur qui rentre dans l'eau après une première brasse papillon avant d'y replonger, tout en décontraction et maîtrise.

Parvenu à ce niveau de pratique, on touche à la perfection. A quoi cela servirait-il finalement de militer pour l'abaisser à en faire une indiscipline olympique, alors qu'elle est une discipline amoureuse? 

Et en y réfléchissant bien, et après avoir dormi un peu dessus, je crois que le plus beau, c'est de partager sa sieste. Oui : une sieste pratiquée avec l'être aimé, en double, devient même bien plus qu'un sport : un art de vivre.

Eté comme hiver, à toute heure et en toute saison: si on faisait la sieste plutôt que la course?

 

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06/09/2018

Affaire Maudet : crash-test pour notre démocratie

Toute l'énergie que Pierre Maudet a mise pour se hisser au pouvoir - et il  faut lui reconnaître qu'il en a mis beaucoup- va être mise désormais au service de s'y maintenir à tout prix. Il n'y a ni surprise ni choc dans le fait qu’il cherche à préserver sa position. Qu’il refuse de s'appliquer à lui-même les règles et lois qu'il a appliquées sans pitié aux autres achève toutefois d’enterrer l’image du monsieur propre au service de la République que ses mensonges ont détruits. Cela démontre que ce n'est pas l'intérêt général qui était poursuivi mais la satisfaction de l'ambition d'un seul. Or, l'ambition et la volonté de puissance d'un homme, si grandes soient-elles, ne peuvent pas primer sur les institutions, surtout quand il est prouvé que ce dernier leur fait du tort comme jamais auparavant aucun politicien ne l'a fait. Pierre Maudet restera a-minima dans l'histoire comme le premier président du Conseil d'Etat inculpé.

Cet enfermement découle de choix assumés, de compromissions torves, de mensonges finement élaborés et répétés depuis des mois et des années pour tromper tout son monde. La justice fera certes toute la lumière sur la profondeur et les véritables motifs et bénéfices de ceux-ci. En attendant, le politique doit tenir son rang, assumer ses responsabilités, sans se décharger de celles ci sur le ministère public, au risque d’en sortir durablement affaibli. 

Il est inimaginable aujourd’hui que les institutions puissent fonctionner avec un homme qui sera inculpé sous peu, et qui n'incarne plus l'Etat. Maudet maintenu à sa tête, ce serait une preuve, la signature que quelque chose est définitivement corrompu dans la République. Aucun Etat démocratique ne peut l'accepter sans être mis en danger dans sa nature et son fonctionnement. Des mois et des années de mensonges ne peuvent se balayer avec un : faites-moi confiance pour solde de tout compte. Cela ne tient pas. 

La contrition tardive et forcée de Pierre Maudet, face caméras, sonne faux. Du choix de ses mots visant à se dédouaner, à la nouvelle réinvention d'une enième version, en jouant cyniquement de la carte affective, de sa famille, mettant ses enfants en avant, est une triste instrumentalisation et provoque le dégoût. Sa volonté de sauver sa place se fait sur le dos de la transparence et de la vérité. 

Pierre Maudet va s'accrocher. Il va utiliser tous les moyens pour rester au pouvoir: les mêmes que ceux qu'il a utilisés pour y parvenir, quitte à entraîner tout le monde et les institutions avec lui.

Mentir à la justice, à une commission de gestion, à des élus, à la presse, bafouer son serment, comme Pierre Maudet l'a fait, aucun élu ne l'a jamais fait dans l'histoire de Genève. C'est inédit. L'enjeu n'est pas aujourd'hui de gloser sur l'immoralité du mensonge, ou de philosopher sur la culpabilité, il est de reconnaître qu'un élu soupçonné avec qui la confiance est totalement rompue n'est plus en état de présider notre République sans continuer de lui causer un tort énorme.

Le 31 mai 2018 Pierre Maudet jurait main levée en faisant le serment suivant : «Je jure ou je promets solennellement: - d’être fidèle à la République et canton de Genève, d’observer et de faire observer scrupuleusement la constitution et les lois, sans jamais perdre de vue que mes fonctions ne sont qu’une délégation de la suprême autorité du peuple; - de maintenir l’indépendance et l’honneur de la République, de même que la sûreté et la liberté de tous les citoyens; - d’être assidu aux séances du Conseil et d’y donner mon avis impartialement et sans aucune acception de personnes; - d’observer tous les devoirs que nous impose notre union à la Confédération suisse et d’en maintenir, de tout mon pouvoir, l’honneur, l’indépendance et la prospérité. » Ayant bafoué ce serment, il doit en tirer les conséquences, point. Il n'est plus digne de la délégation de la suprême autorité du peuple.

 

En tant que politicien de milice. Je donne du temps et de l’énergie pour faire avancer des enjeux pour le bien de la collectivité. Sur des stands, dans la rue, je rencontre et écoute des habitant.e.s qui ont perdu confiance dans la politique. Ils disent : tous pourris, tous les mêmes. Ce qui me fait peur, ce serait de devoir admettre un jour que l'histoire leur a donné raison : que le mensonge et la dissimulation à un degré inouï peuvent l'emporter sur la justice et la transparence, et leur confiance être sciemment abusée. 

Contre les taux d'abstention et la démobilisation nous nous battons pour refaire du lien et redonner confiance. Cette confiance se mérite et se conquiert au-delà du verdict des urnes. Monsieur Maudet doit maintenant démissionner pour que cette nouvelle législature puisse traiter des enjeux importants pour Genève, pas de sa petite personne. 

L’affaire Maudet est un crash-test pour notre démocratie.

 

 

 

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