sylvain thévoz

18/07/2017

Les halles de l'île : lieu de culture

xfs_800x550_s100_1236074_10151912777078885_1285077189_n.jpgPassé le choc de l'annonce de la fermeture de la librairie Archigraphy, spécialisée dans le domaine de l'architecture, du design et du graphisme.[1] Passé le choc de cette nouvelle perte d'une librairie à Genève, ajout supplémentaire sur une déjà trop longue liste (Forum, Artou, Panchaud, Descombes, la librairie du Musée d'Art et d'histoire, etc...).

Passé le choc de la réduction de la diversité culturelle, alors que le peuple genevois a dit oui au prix unique du livre à Genève en 2012, et que l'on doit faire davantage pour préserver cette tradition genevoise, élément fondamental pour l'éducation, la formation culturelle et l'intégration.


Passé le choc de la crainte d'un centre-ville qui se vide de ses arcades culturelles ou commerçantes.

 

Passé le choc

Les halles de l'île, avec les 5 studios d'artiste qui les composent, sont un espace culturel important. Cet espace des halles de l'île doit demeurer un espace créatif et culturel accessible pour les habitant-e-s de Genève, si possible sous la forme d'une librairie, ou d'un espace culturel à repenser, dans le respect du Plan d'utilisation du sol et avec une vision d'ensemble pour ce lieu, au coeur de la ville.


Cette réflexion doit être menée en bonne concertation avec les acteurs culturel du lieu : l'AGACH (Association genevoise des acteurs culturels des halles de l'île) qui regroupe  la galerie Halle Nord[2], s'impliquant dans la promotion des jeunes artistes, la librairie Papier Gras[3], galerie et librairie de bande dessinée, et pourquoi pas aussi le bateau lavoir, qui n'est pas si loin; la Barje, ce qui nous rapproche de l'Usine. Il y a là un potentiel important à valoriser. Sur le modèle de l'axe du miel de la Jonction[4], il y a une jolie cohérence culturelle le long du Rhône à dessiner, aboutissant qui sait, jusqu'à la pointe de la Jonction, à la buvette éponyme. L'axe du fleuve? 


Une page se tourne, l'histoire continue

Depuis la transformation de la brasserie des Halles de l’île en 2009, on a toujours défendu les halles de l'île non comme un espace pour salary men descendant du quartier bancaire voisin, mais comme un espace cohérent, artistique, culturel, populaire, permettant de faire vivre ce lieu exceptionnel d'une manière créative.

Un projet d'initiation à la créativité et aux arts, pour les familles et les jeunes, serait passionnant à mener. Si le centre-ville semble parfois mortel les dimanches matins, ce n'est pas une fatalité.

La ville a une belle carte à jouer en ce lieu, sur cette jolie presqu'île. Le Canton, une responsabilité, vu qu'il a choisi de s'occuper de la politique du livre. Librairie, initiations culturelles pour petits et grands, lieu d'expression pour le fonds municipal d'art contemporain, les possibilités sont multiples.

La page Archigraphy se tourne, le projet culturel continue.

 

[1] https://www.lecourrier.ch/151064/archigraphy_c_est_fini

[2] http://halle-nord.ch/

[3] https://www.papiers-gras.com/accueil.html

[4] http://www.arv-ge.ch/content/visite-de-laxe-du-miel

 

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16/07/2017

La vie est un long trek tranquille

Ce n'est pas parce que c'est juillet que j'écris plus serré ou plus juste. Ce n'est pas parce que les enfants rient que je suis satisfait. Ce n'est pas quand les gens applaudissent que le mot est formé. Ce n'est pas sans la main que se forment les blés. Les paupières sont épaisses. Les voiles sur les têtes légers. Ce n'est pas sur l'écran qu'est le masque. Beaucoup de respirations au tuba dans le bus. Je peux écarquiller les yeux ou faire semblant. Les épis sont levés pour la moisson. C'est dans le silence que le silence est donné.

Ce ne sont pas les sourcils froncés qui rassemblent. Ce ne sont pas les yeux baissés qui composent la vérité. Dans les paumes, il y a l'encre et le nom. Ce ne sont pas ces mains là qui ont pesé. Ce n'est rien de visible qui soutient. Ce n'est rien d'innommable qui peut calibrer.

Ni bandeau ni balance, ni juge ni collier. Ce n'est rien de fragile qui pourra s'affaisser. Ce n'est pas à la douane que je peux demander. C'est à la clairière où se tiennent les ruches.   

Ce n'est pas cet été que je vais sautiller. Ce n'est pas cet hiver que le bois brûlera. Ce n'est pas dans la nuit que les chats se reposent. Le lait qu'ils lapent est de pluie et de mousse. Ce n'est pas la puissance qui fait rouler les dés. Ce n'est pas le hasard qui ordonne les biches. Ce n'est rien de dicible ou visible qui met en mouvement.

Ce n'est pas assis que l'on peut s'accorder. Ce n'est pas sans sourire que l'on peut découvrir. Les obstacles sont intérieurs. Ce n'est pas la vitesse qui fait tourner la roue. Le tapis roulant ne change rien au paysage. Ce n'est pas par le don que je peux recevoir. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Le vieil homme s'est levé.

Ce n'est pas dans le nom qu'est l'accent. Ce n'est pas à la source que la soif est crée. Ce n'est pas sur la photo qu'est le signe de l'oiseau. Ce n'est pas l'appeau qui appelle, le chasseur qui conserve la trace. Le dernier mot est celui qui s'efface. Le premier creuse le torse et referme le poing.

C'est l'image qui compte, c'est le sucre qui pèse, c'est la langue qui lie, le prix à payer.

La vie est un long trek tranquille.

 

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11/07/2017

Macron dans la lumière à Lausanne... les dictateurs dans l'ombre à Genève ?

IMG_9180.JPGC'était l'événement de ce mardi. Le président français Emmanuel Macron se déplaçait à Lausanne. Au final, pas pour dire grand chose, ni proposer quoi que ce soit, mais pour faire du lobby pour Paris en vue des Jeux olympiques de 2024 ou 2028 et faire en sorte que la ville lumière rafle la mise.

Pas grand chose donc qui concerne la Suisse non plus, ni nos liens avec notre voisin français. Rien pour retenir notre intérêt au final, si ce n'est l'opportunité du côté people de la visite permettant de prendre la température de notre attrait provincial, un brin idolâtre, pour la chose parisienne. Parce que si les Suisses adorent se comparer aux Français, ce qu'ils aimeraient par-dessus tout serait d'en être les égaux dans le faste et le décorum. Peut-être? Pas sûr? Pas si simple.

 

Rochebin aux genoux d'Hidalgo   

On a donc eu droit à un gros plan au 19:30 sur le président français, par où il passait et où il dormait, à qui il serrait la main (à Gorrite plutôt qu'à Leuthard, oh dis donc le scoop). Et allez que ça se bousculait sur les photos pour pouvoir dire j'y étais, j'ai serré la main du prince, du puissant, à se demander si ça allait encore se laver les joues et les chagnottes après ce moment de gloriole. 

Ceux qui ont pu l'approcher ne pouvaient que reconnaître qu'ils n'avaient pas vraiment discuté d'autre chose que ... de rien. Bref: on était dans une pièce de Beckett, dans l'absurde. Mais à l'inverse de Godot, on n'attendait rien. Macron était bien là, mais il n'y avait rien à en dire ni en penser, et nous... rien à en faire.

C'est peut-être ça le moment médiatique : l'absurde magnifié et l'événement auto-célébré portant sur... rien. Si au moins, pendant que l'entretien Rochebin-Hidalgo tournait à une platonique ronronnade convenue, Macron avait fait du pédalo à Ouchy, on aurait pu en rigoler. Mais non, même pas! Macron ne connaîtra jamais rien du pâté de féra de la jetée de la Compagnie et de ses petits sirops de fruits rouges, c'est grand dommage pour lui (et tant mieux pour nous).   

 

Et les avions des dictateurs en marge des visites officielle : on en parle ?   

En même temps, ce n'est pas comme s'il y avait des pourparlers à Genève sur la Syrie, des manifestations devant les ambassades de Turquie pour demander la libération des militants des droits humains emprisonnés, ni que le festival de Montreux ne drainait son lot d'artistes engagés portant un discours radical sur la société (Casey), ou que l'actualité ne nous plaçait pas au coeur d'enjeux et de luttes fondamentales.

Jetez un oeil au profil twitter GVA dictator alert qui permet de voir en temps réel le nombre d'avions des régimes autoritaires se poser sur le tarmac de Cointrin. On aimerait bien avoir un peu plus de caméras sur ces visites aussi... [1] 

 

Cette agitation médiatique donne au final un sentiment de provincialisme abouti

Mettre tant de moyens pour accompagner la visite d'un chef d'Etat voisin, cela illustre peut-être aussi le fait que les plus grands admirateurs de la monarchie ne sont peut-être pas ceux qui en ont encore une (les anglais), ni ceux qui ont réussi à s'en débarrasser (les français), mais éventuellement ceux qui, comme nous, n'ont jamais pu en faire l'expérience. [2] 

Une à deux fois par an alors, nous jouons à une sorte de Ballenberg live-show, Ode aux people pour accueillir un roi étranger (chinois ou français), et voir ce que ça fait de mettre les petits plats dans les grands, tourner des hélicos dans le ciel, des navettes de police sur le lac, monter en épingle des interviews, faire crépiter flashs et caméras, avec nos édiles locaux qui se bousculent tous pour en être. Comme si le musée olympique était Versailles, et l'avenue de la Gare les champs Elysées... quitte à ce que ce soit... pour rien. 

Quant à imaginer que cela puisse, au final, servir à faire diversion face aux vrais enjeux de notre temps, il faudrait vraiment être un gâcheur de fête pour croire cela n'est-ce pas? 

Car le véritable bonheur serait que Justin Trudeau vienne prochainement à la pêche aux perches au bord du lac Léman avec Melania Trump.

 

[1] http://www.tdg.ch/economie/entreprises/Un-site-repere-les-avions-de-dictateurs-a-Cointrin/story/28750390

[2] http://www.tdg.ch/monde/brigitte-macron-adore-lausanne/st...

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07/07/2017

Le creux de l'été

FullSizeRender.jpgElle est jolie cette expression du creux de l'été. On remarque, d'une semaine à l'autre, que les trains sont moins plein, les trottoirs semblent plus larges, la cadence de la circulation ralentie, les voitures naviguent presque au rythme d'une valse (image idéalisée, sur le pont du Mont-Blanc c'est techno plutôt, ou danse figée).

Surtout,  on n'entend plus chanter dans les préaux: les classes sont fermées. Un peu de silence, plus d'espace. Cela suffirait-il au bonheur? On ne sait pas trop quand il commence à se creuser le creux du creux de l'été. Pourtant on le sent venir à des petits signes, et l'on sait qu'il est pour bientôt quand déjà on est dedans.

Le creux de l'été, on le décèle aussi quand les journalistes commencent à courir après les sujets, se demandent avec un brin d'anxiété ce qu'ils vont bien pouvoir écrire durant les prochaines semaines, et comment meubler, remplir donc. Peur du vide? 

C'est aussi le début du règne des envies et donc des envieux : - quand est-ce que tu pars toi ? En juillet? C'est l'heure déjà pour les chanceux de prendre leur envol : premiers départs en vacances.  Alors quand certains sont déjà à la mer, d'autres bossent pour dix. Injustice!

Arrivent les premiers messages sur  fonds de carte postale (nécessairement ré-haussés de filtres de couleurs pour faire saliver davantage) avec odeurs de vahiné, de ristretti serrés sur des piazza de carton pâte. Et en avant pour les longs clichés des couchers de soleil saisis au creux des vagues, dans le reflet des piscines de Spritz et de rosés.

Pendant ce temps, les laborieux se consolent avec le souffle des ventilos, ou de l'air conditionné pour les mieux équipés, exposés aux rayons ultraviolet et l'infrarouge de leur ordinateur en guise de bronzette.

Nous n'ouvrirons pas ici le chapitre de l'ancestrale lutte entre juillettistes et aoûtiens, entre ceux qui regardent le tour de France au camping, vont tâter de la boue de Paléo, ou marquent d'une pierre blanche le début de Wimbledon pour le contempler le plus loin possible de chez eux.   

On ne sait pas trop quand le creux de l'été commence (certains disent à la fermeture des classes), on ne sait par conséquent pas non plus quand il finit (avec le festival de la Bâtie affirment certains)...il se pourrait bien que pour d'autres le creux de l'été signifie prolonger la farniente jusqu'au début de l'été indien... mais au final on se demande même s'il existe finalement. Tout le monde ne vit pas au rythme des vacances scolaires.

Quand le creux fait naître de l'appréhension chez certains, pour d'autres c'est la délectation : joie du ralenti, et jouir du silence. Qui fera l'étude des hyperactifs nerveux de devoir ralentir, forcés de lever le pied, de ceux qui renoncent aux vacances ou ne peuvent s'en payer, se décident à des travaux ménagers longtemps repoussés ou à des marottes occupationnelles afin de ne pas voir le temps passer ?

Le creux de l'été, c'est découvrir une autre manière de vivre les saisons et les rythmes : rencontrer la joie du ralentissement en s'adonnant à une sorte de spéléologie estivale. Et pour ceux qui en ont le temps : s'y perdre un peu... pour autant que l'on s'en autorise la liberté, bien entendu.

 

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25/06/2017

Cyclistes, bas les pattes ?

C'est quand même épatant que la police municipale de la Ville de Genève, ressortant ses vélos qu'elle avait rangés au garage durant l'hiver dans l'attente de la belle saison, se mette en piste pour chasser prioritairement les cyclistes. Pas plus tard qu'avant hier, alors que je circulais au ralenti dans un joli parc de la ville, sans âme qui vive ni piéton proche de moi, arrivent trois pandores à vélo qui m'intiment de ranger mon téléphone que j'avais posé sur mon oreille pour écouter mes messages.

Ils étaient fiers, ils étaient sûrs de leur bon droit les pandores municipaux. Ils me sont tombés dessus, comme je ne les ai jamais vu faire avec un automobiliste téléphonant au volant, avec une volonté claire de me faire ranger mon téléphone dans ma poche. 

Or, nous avions bien posé une fois la question au conseil municipal pour savoir pourquoi il y avait si peu de dénonciation d'automobilistes utilisant leur téléphone au volant. La réponse d'un gradé de la police municipale faisait peur : c'est parce qu'il est difficile de les saisir sur le fait. Sous-entendu : les municipaux à vélo ciblent les cyclistes plutôt que les automobilistes parce que c'est plus simple. La loi n'est donc pas la même pour toutes et tous. Elle est uniquement appliquée en fonction de l'opportunité de cibler les contrevenants. Cela s'appelle l'arbitraire. Les automobilistes qui téléphonent au volant risquent de tuer des gens. Les cyclistes qui conduisent d'une main en écoutant leurs message, se casser leur figure uniquement. Les rails de trams sont mille fois plus dangereux pour les cyclistes que leur téléphone. Et si les policiers municipaux chassaient plutôt ceux qui enfreignent la loi que ceux qui roulent à vélo ?

Là où cela se corse encore, c'est que le policier qui me demandait de ranger mon téléphone connaissait mal la loi. Comme le rappel un article de la Tribune de Genève du 22 octobre 2012[1], ainsi que le service Interroge de la Ville de Genève :" il n'y a pas d'articles qui interdise spécifiquement de téléphoner à vélo", informe Guido Bielmann, porte-parole de l'office fédérale des routes (OFROU). Or, à défaut, c'est l'alinéa 3 de l'article sur la conduite du véhicule qui est utilisée pour sanctionner les cyclistes : "Les conducteurs de véhicule automobiles, de cyclomoteurs et de cycles, ne lâcheront pas l'appareil de direction". Bref, il faudrait, selon cette interprétation de la loi, que le cycliste aie toujours un contact avec son guidon (mais une main, deux mains?). Cela semble être une interprétation très extensive de la loi. Beaucoup de cyclistes conduisent momentanément d'une main durant leur journée. Mais surtout : comment alors indiquer des changements de direction  ?

Conformément à l'ordonnance sur la circulation routière (OCR), article 3 alinéa 3, "les cyclistes ne doivent lâcher ni le guidon ni les pédales, sauf pour indiquer un changement de direction. Ils doivent en outre vouer leur attention à la route et à la circulation, sans se laisser distraire."

Bref, un cycliste peut bien lâcher son guidon (et donc se mettre en danger) quand il est dans le trafic, car il n'a pas d'autre choix, vu que les infrastructures routières sont construites pour les véhicules motorisés avant tout.

Alors, si un cycliste n'est pas amendé quand il indique changer de direction, ne devrait-il pas l'être aussi quand il se passe la main dans les cheveux, quand il mange une glace, se passe du labello sur les lèvres, quand il lève la main pour saluer un ami, quand il lève le poing pour exprimer sa colère envers un véhicule qui l'a tassé contre le trottoir, ou ne respectant pas le mètre cinquante recommandé pour le dépasser, quand il réajuste sa veste, quand elle réajuste sa robe pendant qu'on y est ? Selon cette interprétation de la loi, oui. Haro sur les cyclistes donc, qu'ils mettent bas les pattes sur leurs guidons. 

Pour conclure, avis aux policiers municipaux qui s'acharnent sur ce qui semble à leur portée plutôt que de combattre les véritables risques mortels de la circulation -c'est-à-dire, les comportements des automobilistes envers les usagers les plus vulnérables- ; que l'on ne vous voie pas parler en radio à vos collègues, réajuster votre casque, ou indiquer de la main une direction quelconque, sinon, en effet miroir, on dégainera nos téléphones pour vous prendre en photo, pour rire (jaune) de votre partialité et sélectivité dans les délits qui conduisent à pointer du doigt des contrevenants mineurs et des usagers vulnérables plutôt que de lutter contre les vraies causes d'insécurité.        

 

[1]www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Il-telephone-a-velo-et-e...

[2] http://www.ville-geneve.ch/index.php?id=16358&id_deta...

 

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07/06/2017

Des petit coqs du Grand Conseil aux roitelets du Conseil Municipal

Il y a un peu moins d'une semaine, la Tribune de Genève faisait une étude des députés qui parlent le plus au Grand Conseil. Cette étude, pertinente, mettait en exergue les rapport de genre dans l'arène cantonale et démontrait que ceux qui tenaient le plus le crachoir étaient majoritairement des hommes quinquagénaires ou sexagénaires. Une partie des explications données par les intéressés justifiaient ces écarts avec des explications psychologisantes ou essentialistes : "Je pense qu’une femme ne s’exprime que si c’est utile. Les députées n’interviennent pas moins souvent, mais de façon plus brève. Elles ont moins besoin de s’étendre et ont souvent moins d’ego" estime ainsi une élue PLR.[1]

Mais ces explications manquent leur cible. Le décalage est avant tout politique. Il y a toujours beaucoup plus d'hommes dans les arènes législatives ; car le cadre politique les sert et justifie ces agissements. Il y a en moyenne seulement 30% de femmes dans les parlements cantonaux. La diversité y est grandement sous-représentée.

Comment changer cela ? En modifiant par exemple les horaires avec lesquels les parlements siègent, en améliorant la capacité à articuler vie professionnelle, vie privée et mandat politique, en contenant  l'agressivité croissante du débat politique, et la trop faible représentation des femmes dans les médias et le domaine public. Enfin que les partis politiques s'imposent une juste représentativité, par le biais des quotas, notamment.     

Car les hommes se royaument encore trop facilement dans des espaces faits pour les hommes par les hommes. Ils héritent d'un pouvoir qui leur est difficilement contestable, car ils usent multiples stratégies pour le conserver allant des discriminations, aux dénigrements en passant par la cooptation.

Dans les faits, les députés masculins parlent aussi 27% plus longuement que les femmes en moyenne. Non, ce n'est pas la timidité qui est en cause, mais les mécanismes constants de discrimination et de délégitimisation.

Illustration de ce pouvoir masculin ? Au conseil municipal de la Ville de Genève ce mardi, la plénière devait renouveler son président. Exit Rémy Burri (PLR) qui avait succédé à Carlos Medeiros (MCG). Et ô, mais quelle surprise, la droite présentait pour truster les places de la présidence trois hommes de plus de 50 ans : Jean-Charles Lathion (PDC), Eric Bertinat (UDC) et Pascal Spuhler (MCG), laissant aux femmes les postes de...  secrétaires.  

Des petits coqs du Grand Conseil aux roitelets du conseil municipal, une constance s'affiche, celle de la domination masculine d'un autre siècle, soutenue par la droite qui, la tradition à bon dos, refuse de céder un pouce de son pouvoir, au détriment des valeurs de représentativité et de démocratie.

Dans les faits, 50% de la population se voit tout bonnement privée de toute représentativité aux postes de pouvoir. Ce n'est pas la psychologie ou un quelconque essentialisme qui l'explique, mais des rapports de pouvoir et de domination, qui laisseraient entendre qu'en 2017, il serait acceptable d'imposer à la société une direction uniquement composée de mâles, et cela sans aucun lien avec des compétences ou des qualités spécifiques, mais uniquement par le fait d'un argument mineur : leur sexe masculin.

Contre les petits Trump en herbe, qu'ils soient des coqs ou des roitelets, nous n'avons qu'un mot: apprenez à partager le pouvoir, ou on vous rasera la crête. 

 

[1] http://longforms.tdg.ch/grandconseil/

 

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05/06/2017

Moi, François Hollande, ex-président de la République

Qu'est-ce que je fais faire maintenant? C'est la question que tout le monde me pose. Bon, c'était déjà celle que l'on me demandait pendant que j'étais président. Tout le monde alors semblait se foutre de ma réponse. Mais maintenant, il y a une importance folle à ce que je dise si je vais planter des pivoines à Trouville, me chercher un appartement à Tulle, ou finalement habiter avec Julie Gayet. Peut-être donner des conférences, créer ma fondation, ça ce serait dans mes cordes (même si les journalistes semblent en douter); ce que tout chef d'état bien constitué fait. J'ai démontré que le pouvoir on peut s'en détacher. Il n'y en a pas beaucoup qui y arrivent. Angela, tout le monde veut la garder, elle n'arrive pas à décrocher. Vladimir on aimerait bien s'en débarrasser mais on n'y arrive pas. Franchement, ils n'ont jamais été mes modèles.

Je vais peut-être vous étonner, mais pas de retraite anticipée pour moi. Je vais écrire un livre pour dire ma vérité. Certes, j'aurai dû le faire il y a longtemps. Ce mauvais livre écrit par des journalistes durant mon quinquennat m'a plombé. Rien que le titre "un président ne devrait pas dire ça"... ridicule, alors que, au final, je n'ai pratiquement jamais rien dit.

Maintenant que je suis certain que personne ne lira mes mémoires, c'est le bon moment pour les écrire. Je n'ai jamais aimé aller avec le courant. Ce qui a fait mon style, c'est toujours d'avoir un temps de retard. Certains disent: "en marche", moi ça a toujours été, résolument : "à reculons". J'aurai essayé d'imposer ma marque à la France, mais c'est allé trop vite. Je n'ai pas été compris. Pas sûr qu'un livre va me relancer, mais un bouquin me permettra de laisser ma trace dans l'histoire. Et tant pis si c'est celle d'un animal blessé. Chasseur ou gibier, il fallait choisir son camp. Je n'ai jamais aimé les fusils. Mitterrand a laissé une bibliothèque, je laisserai 200 pages. C'est ainsi. 

Je demanderai à Manuel d'écrire la préface, lui aussi tire le diable par la queue. Mais pas de regrets, ni remords. Si vous étiez à ma place vous sauriez ce que c'est que de diriger la France. Maintenant je vais devoir affronter plus compliqué : gérer ma vie. Je ne sais pas quel défi est le plus grand, mais si j'ai loupé le premier, je me sens capable de réussir le second. Faudrait juste que j'arrête la politique. Bien que personne ne me le demande, et que personne n'aimerai m'avoir dans les pattes, je suis quand même obligé de dire que je reste dans la course. J'aimerai continuer, parce que sans la politique, qu'est-ce qui va me rester? Je pourrai bien, sur un malentendu, réussir quelque chose.

Pourquoi insister ? Par peur de m'ennuyer c'est clair, mais surtout parce que je crois que j'ai de réelles compétences pour aider mon pays à se redresser. Mes meilleurs amis me disent que si je veux assister au redressement de la France, la meilleure chose à faire ce serait de m'en tenir éloigné. C'est vache. C'est beaucoup de cruauté la politique. Mais je dois bien reconnaître qu'ils ont un peu raison, les rosses.

Comme j'ai toujours fait l'inverse de ce que je pensais juste et ne me suis jamais écouté, je vais quand même l'écrire ce bouquin. Peut-être que, en 2023 qui sait, ma chance reviendra. Après tout, j'avais la place pour passer face à Emmanuel, et si je ne m'étais pas retiré, je serai encore à l'Elysée (ils m'ont tous dit ça, ceux qui m'ont poussé à jeter l'éponge).

Revenir à l'Elysée ? Pour y faire quoi? Je ne sais pas. Mais pour sûr, mes mémoires seront plus épaisses et se vendront mieux, ce qui compte quand même. Je pourrai aussi mieux me faire comprendre, même si je n'ai jamais eu grand chose à dire.

Et si les français-es ne me comprennent toujours pas, malgré ma pédagogie, mon sens politique, je n'ai qu'une explication : c'est le temps de bien me faire comprendre qui m'a manqué.

Peut-être que je suis lent, peut-être que j'avance au ralenti. Mais franchement, sans me chercher d'excuses, tout ça est allé très vite. Une petite pause me fera le plus grand bien.

Je promets de revenir. Je ne suis pas comme Lionel, qui a choisi de disparaître, la France a besoin de moi, tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir. Enfin, c'est mon flair politique qui me le dit. Moi, François Hollande, ex-président de la République.    

 

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28/05/2017

Ma rencontre avec un coucou de l'apocalypse

Tu es sous une tente rouge et devant toi une table. Et sur cette table des papiers et devant un jeune homme qui te regarde fixement, tout droit, et sans bonjour ni salut, dit : le monde est pourri, il n'y a rien de bon qui en sortira. Regarde, des attentats partout, des enfants qui meurent partout, et les religions qui foutent le bordel entre les gens partout, et ça c'est à cause des migrants surtout et des gens qui viennent d'ailleurs et nous prennent notre boulot et notre sécurité, et des gens comme vous qui ne dites rien et quand vous dites quelque chose, c'est pour ne rien faire. Les musulmans, les arabes, les pédés, c'est ça qui nous fout en bas, et la finance mondiale et le coca tiède et l'impérialisme chinois et les pizzas surgelées, il dit.

Il assène cela comme un fanatique au noviciat, un mec sous drogue mais pourtant sans ciller, pareil à un coucou qui sort sa tête de sa cabane pour piailler, que l'on aurait remonté jusqu'à ce que le ressort soit prêt à péter mais qui va toujours tout droit, toujours dans la même direction, inflexible, sûr de ce qu'il dit (qui semble pourtant la vérité d'un autre), certain de ce qui sort de sa bouche (même s'il ne semble pas la contrôler) avec une responsabilité du monde toujours dans les bras d'un autre, jamais de la sienne. 

S'il ne t'avait pas parlé, peut-être bien que quelque chose en lui aurait cédé ou explosé, tellement ça semble comprimé sous ses côtes et dans sa tête. Il sort le cou de sa cabane et le rentre vite dedans. Comme s'il avait peur aussi. Très remonté. Très effrayé. Il parle encore, jusqu'à ce que le mécanisme ralentisse petit à petit. Alors, ça file moins droit, et il y a de l'espace qui se fait. Tu l'écoutes, cherches à placer un peu de silence et comprendre. Comme il a pu se vider, peut-être est-il possible de dialoguer maintenant.

Tu as cette image du robinet que l'on ouvre après un long moment sans utilisation. Il en sort de l'eau rouillée et sale durant un bon moment avant que l'eau potable ne revienne.

Hé, mais pourquoi ce jeune gars dit tout cela. Hé, mais pourquoi il a besoin de te le dire à toi, si tout est pourri, que le monde dont il parle il ne le connait pas  - de toute évidence, on n'en fait pas le tour en 10mn- , et que ceux qu'il évoque, il les a à peine rencontré (à part ce qu'en disent les écrans qui lui en donnent une image déformée). Ce qu'il connaît de première main est effectivement vaseux mais se trouve sur ses yeux : la crasse que les écrans charrient, l'éloignant de lui, incriminant d'autres. 

Son image déformée et catastrophiste du monde, il s'engage à te prouver scientifiquement qu'elle est exacte, que c'est comme ça, que c'est pourri et foutu, accusant les sodomites, les moutons noirs, les nez crochus, le mauvais vin, les heures de fermeture des magasins, et surtout, avant toute chose, les Migrants (en gros : tous ceux qui ne sont pas d'ici mais quand même pas en provenance d'un pays avec un gros PIB, faut pas déconner). Parce que c'était mieux avant, quand le monde était intact et pur et préservé (juste après l'extinction des mamouths), beaucoup mieux lyophilisé.

Il empile des colonnes de mauvaises nouvelles et de chiffres tronqués sur son boulier d'apocalypse, formant une structure plus précise et complotiste que la plus parfaite des oeuvres de Michel Ange. Il parle des fémurs de vieilles dames brisées, des enfants à qui on coupe des bras pour mendier, et même des arrêts cardiaques au moment de l'orgasme... pour dire combien le monde est cruel.

Mais pourquoi a-t-il tellement besoin de le dire, pourquoi sa vérité ne lui suffit-elle pas pour vivre? Il commence à s'essouffler. Tu glisses : 

- Hé, mais tu parles de quoi en fait ?

- Eh mec je te parle de la misère du monde et de tous ces enfoirés là qui me laissent de côté.

- Hé, mais pourquoi tu commences pas par ça : "ces enfoirés là qui me laissent de côté", et cherches où toi tu veux aller, plutôt que de délirer sur le chemin des autres?

Il repart pour une boucle, répétant ce que disent ses sites de prédilection, fait du copié coller avec des vérités, du pliage et des origamis avec Closer, l'Equipe et 20mn mixés. A part son copain Abdel, tous les autres sont pourris délinquants ou criminels, et le moindre geste d'entraide semble s'être définitivement retiré de ce monde, ne laissant qu'un horizon carbonisé sur lequel on se demande encore comment le soleil peut se lever et le soir basculer sans que le feu ne se répande partout, et surtout comment lui peut encore respirer, se savonnant le matin avec un discours de l'UDC, pour s'endormir le soir avec un prêche de Dieudonné en guise d'oreiller.

- Parce qu'il faut que l'on soit en insécurité pour être bien cadré ?

- Quoi ?

- Parce qu'il te faut une menace extérieure, que l'hostilité la pourriture et le mal soient toujours ailleurs qu'en toi ?

- Tu déconnes mec, tu es un cinglé et je vais te casser la gueule si tu continues à m'insulter.

 

Mais hé, il lui vient une idée. Si pour sûr on va vers l'apocalypse, la destruction généralisée, il se pourrait bien, oui, il se pourrait quand même, voire, il se pourrait malgré tout, qu'il y ait encore un été et des cerises et du basilic sur le marché, et même des piscines ouvertes, allez, et de la bière fraîche l'été dans les parcs, et ça, ça le fait sourire largement. Oui ça, ça le fait rêver ...

 

- Hé, mais pourquoi tu parles toujours des autres et jamais de toi, de ce que tu veux faire, et de ce qu'il te manque dans ta vie pour désirer ? 

- Mec, j'aimerai posséder ce que je crois que mon voisin a, ou retrouver ce que je croyais avoir, c'est mon droit. 

- Et pourquoi tu me le dis à moi, et commences pas à le chercher ?

- Parce que je ne sais pas par où commencer, bordel, ni comment, ni même avec qui. Parce qu'à part Abdel, avec qui je dors le soir collé - et encore il ronfle- je n'ai pas de proche, et que c'est quand même plus simple à vivre blindé, qu'exposé en affrontant cette vie là en l'empoignant sans savoir ce qui va arriver ni même le contrôler, okay? Au moins les murs, ça permet de cacher l'horizon. L'ouverture, ça fait flipper.

- Et si tu restais un moment pour boire un café et en discuter? Je trouve pas mal ce que tu racontes.

- Hé mec ouais, je veux bien. De toute façon, là, je n'ai rien d'autres à faire que de te parler, et si ça peut t'apprendre quelque chose et t'aider, je veux bien essayer... 

 

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27/05/2017

Un mémorial en mémoire de Nelson Mandela à Genève qui nous fait honte (ou devrait nous encourager à agir)

index.jpgNous avons, à Genève, un fort épuré mémorial tout neuf (2015) en hommage à Nelson Mandela voulu par le Grand Conseil Genevois. Ces jours, pourtant, nous en avons honte. Et pourquoi en avons-nous honte ? Parce que Nelson Mandela a toujours répété :  "Nous savons trop bien que notre liberté n’est pas complète sans la liberté des Palestiniens" Et alors que nous vénérons quotidiennement l'icône du prix Nobel (en oubliant le condamné à perpétuité pour 'terrorisme'), à ce jour 7000 palestinien-ne-s sont en prison, leur détention violant de règles de droit international, et plus de 1000 en sont au 40e jour de leur grève de la faim. Ces derniers risquent leurs vies pour dénoncer des abus de droits et dénis de justice, défendant des valeurs qui sont les nôtres : la liberté, le respect du droit, l'indépendance et la justice. Un mémorial de Mandela à Genève ? Sommes-nous vraiment dignes d'honorer la mémoire d'un tel homme si nous sommes incapables d'endosser ses combats?

 

 

Les tortures se poursuivent contre les prisonniers en grève de la faim

Les droits des prisonniers sont bafoués. Leur vie ne tient qu'à un fil. Un grand nombre d'entre eux sont actuellement transférés des prisons vers d'autres centres, pour être nourris de force ou isolés afin de casser le mouvement.[1] La répression s'abat avec force sur les prisonniers. Des témoignages répétés de torture et d'abus sont relayés. Est-ce que l'on en parle ? C'est silence radio dans les media. Pourquoi?

Mandela s'est toujours tenu aux côtés du peuple palestinien qui s'est toujours engagé aux côtés du peuple sud africain. Genève a un joli monument à la mémoire de Mandela mais ne se prononce pas sur ce que Mandela a dénoncé toute sa vie. Troublant.

 

Afrique du Sud - Palestine : même combat

Aujourd'hui, la condition des prisonniers palestinien est pire que celle des détenus en Afrique du Sud dont faisait partie Nelson Mandela. C'est Sunny Sigh qui l'affirme. Ancien détenu, il a passé dix ans à Robben Island pour son engagement au sein de l'aile militaire de l'ANC.[2] Que dit-il aujourd'hui ? Que les demandes des prisonniers palestiniens sont les mêmes que celles des prisonniers de l'ANC à l'époque. Ils mènent une lutte pour des habits, des couvertures, des médicaments, le droit à avoir des visites. Bref, ils luttent pour leur dignité humaine. Il ajoute : "nous étions battus par nos gardes, mais nous n'avons jamais expérimentés le type de torture et d'abus que dénoncent les palestiniens." Il accuse le comité international de la croix rouge d'avoir fermé les yeux sur des pratiques en Afrique du Sud, et redoute que la même chose n'arrive aux prisonniers palestiniens aujourd'hui.

Avoir un mémorial en mémoire à Nelson Mandela à Genève devrait nous faire honte, ou plutôt nous encourager à agir, en demandant des comptes au CICR pour sa passivité et son silence sur la question des prisonniers palestiniens (oui oui, je sais on nous dira que le CICR se tait pour agir en sous-main... ). Le CICR, aujourd'hui, est mutique sur les tortures et déplacements de prisonniers palestiniens et les violations des droits des prisonniers. Parce que les USA, soutien d'Israël, sont l'un de ses plus grands pourvoyeurs de fonds?

Enfin, ce mémorial devrait nous encourager à agir sur le Grand Conseil et le Conseil d'Etat, pour que, s'ils n'osent se prononcer sur ce qui est en train de se passer en Israël, avoir un peu de courage politique et qu'ils retirent ce mémorial. Car si eux l'ont voté, il nous couvre de honte, par son décalage avec l'action de ce Canton en regard des valeurs qu'il prétend honorer.   

Le deux poids deux mesures n'a jamais apporté la paix

Nous aimons la liberté, nous aimons la vie, et nous en jouissons. Comment pouvons-nous accepter qu'elle soit niée et foulée aux pieds par un Etat qu'il faut bien appeler "ami", puisque nous lui achetons des drones, lui déroulons le tapis rouge et y envoyons notre ballet du Grand Théâtre en parade? Mais que vaut cette amitié avec un Etat qui ne respecte pas les conventions de Genève ni les droits humains ? Et si elle vaut tripette, comment rappelons-nous cet ami à ses obligations? Se taire alors que les droits humains sont foulés aux pieds n'est qu'une triste conjonction d'intérêt, de logique économique, ou de croyance dans la loi du plus fort où éthique, engagement et droits humains passent à la trappe.

Se taire maintenant, c'est être indignes de l'héritage de Nelson Mandela

Alors soit nous arrêtons de prétendre honorer la mémoire de Madiba, en reconnaissant que l'on ne comprend rien à sa lutte, aux moyens qu'il a employé pour la faire triompher, - alors qu'ils sont exactement les mêmes que ses frères emploient aujourd'hui en Palestine -, soit nous agissons pour peser dans la balance et demandons des comptes aux institutions dont nous sommes si fiers à Genève pour qu'elles agissent en faveur des prisonniers de la paix et de la justice.

18739842_10155165115336826_5436370362299452000_n.jpgPour conclure, cela fait réfléchir d'observer le mémorial  offert par l'Afrique du Sud à l'autorité Palestinienne à Ramallah et de constater deux choses. 1) Son incarnation 2) Son caractère engagé. Et de le comparer avec l'oeuvre éthérée et anonyme de Genève. Parfois l'art raconte aussi beaucoup de choses...

Alors il n'y a pas mille chemins. Il y en a deux. Celui du silence et de la complicité ou celui de la parole et de l'action. Soit on s'inspire du combat de Mandela pour le mener à sa suite, soit on s'en fout. Et si l'on s'en fout, virons ce mémorial qui nous rend ridicule en plus de nous faire honte.

Un arbre à la place, ce sera mieux, et plus vivant. 

     

 

 

 

[1] http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.791766

[2] https://electronicintifada.net/blogs/adri-nieuwhof/israel-treats-prisoners-worse-apartheid-says-robben-island-veteran

 

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25/05/2017

Pourquoi Donald Trump a posé un lapin à la basilique de la Nativité

palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlL'événement est passé inaperçu dans la presse. En visite officielle en Israël, Donald Trump avait annoncé qu'il visiterait la basilique de la Nativité à Bethléem ce mardi. Au dernier moment, il y a renoncé. Pourquoi ? Parce que des familles de prisonniers palestiniens actuellement en grève de la faim (plus de 1000 parmi les 7000 détenus dans les prisons israéliennes) se tiennent sous une tente depuis le début de ce mouvement initié par Marwan Barghouti (17 avril 2017, 39e jour aujourd'hui) à deux pas du parvis de la basilique.[1]  

Les revendications des grévistes sont basiques. Les détenus réclament la fin de la torture, la fin des traitements dégradants et de la négligence médiale. Ils demandent de meilleures conditions de détention, l'abandon de la détention administrative, l'augmentation du nombre de visites (réduites à une par mois depuis un an), l'accès aux soins, à des livres, à des téléphones publics afin de pouvoir communiquer avec leurs proches. Ils demandent la liberté et la dignité à laquelle ils ont droit.[2]

Les proches de prisonniers dorment sous tente, proche de la basilique de la Nativité. Ils offrent le café à ceux qui viennent les voir, expliquent leur combat et sensibilisent les touristes à la lutte du peuple Palestinien pour le respect de leurs droits.

Donald craignait de les croiser, même de loin, et leur donner une visibilité.

 

Donald Trump, miroir du monde?

Donald Trump visite les pires criminels du temps dans une tournée de l'immonde, mais croiser des familles de prisonniers, des gens comme vous et moi, c'était trop. Il a préféré, lâchement, éviter de le faire, pour maintenir autant que possible la cause palestinienne hors champ, hors caméra, qu'elle demeure silencieuse et cachée.

Trump refuse de soulever le rideau de fer, se faisant collaborateur officiel d'un régime de colonisation. Si nous nous taisions, ou allions en vacances à Tel-Aviv sans rendre compte de l'arrière-boutique, nous lui serions pareils, préférant regarder ailleurs plutôt que là où des hommes ont besoin de notre voix pour relayer la leur.   

 

 

IMG_7223.JPGPour ne pas laisser le monopole de la parole aux lâches et aux violents

Nous sommes allés à la basilique de la Nativité rencontrer et écouter celles et ceux qui se tiennent sous cette tente. Mohamad est devant la photo de son père, qu'il n'a pas vu depuis 11 ans, et dont il est interdit de visite. Son père a été condamné a 24 ans d'emprisonnement, pour un crime qu'il n'a pas commis. Son fils ne l'a plus vu depuis ses 14 ans. Il en a 25 aujourd'hui, et lutte pour la justice, soutenant le mouvement des grévistes de la faim qui entre désormais, au 38e jour, dans une phase critique pour la santé des prisonniers.[3]

Le frère de Marwan a été enfermé depuis 16 ans. Marwan ne l'a jamais revu depuis son kidnapping. Son père et sa mère ont pu lui rendre visite en prison, lui non. C'est parce qu'ils sont vieux, qu'ils peuvent y aller dit-il. Lui est jeune. Alors l'état israélien lui interdit le déplacement. Qui pourrait supporter d'être privé de la visite de ses proches ?

 

Leur domination, leur lâcheté, seraient notre domination, notre lâcheté ?

Sous cette tente, la mère du frère de Mohamad nous offre le thé et le café. Donald Trump a-t-il eu peur de boire ce thé ou ce café ? Pensait-il qu'il était sale, ce café pur de la saleté de l'oppression? 

Le Président voulait donc se rendre au lieu de naissance de l'homme accouché dans une étable, mort crucifié, des mains d'une puissance occupante, sans avoir commis de délits. Quelle ironie. Trump voulait aller dans une église voir les reliques de ce qu'il avait bien vivace sous les yeux. Il a préféré les fermer et poser un lapin à la basilique de la nativité.

 

palestine,grève de la faim,occupation,apartheid,israëlCe n'est pas là où Trump va qui nous intéresse, mais là où il refuse d'aller

Et nous, sommes-nous fidèles au rendez-vous, où posons nous également un lapin à ceux qui nous informent sur leur condition ?

Face à ceux qui bafouent les droits humains, le silence et la neutralité ne sont pas une option. De nombreux détenus ont annoncé qu’ils avaient arrêté de boire de l’eau en raison du refus d’Israël de négocier avec les prisonniers. La grève est entré dans une étape critique.[4]

Quelle doit être notre réponse?

Trump a pris son avion pour être reçu au Vatican.

Solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens et leurs familles.  

 

 

[1]https://www.nytimes.com/2017/04/16/opinion/palestinian-hu...

[2]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/greve-generale-en-palestine-pour-soutenir-les-prisonniers-en-greve-de-la-faim_1910612.html

[3]http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orien...

[4]http://chroniquepalestine.com/prisonniers-palestiniens...

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19/05/2017

Trump en goguette : gare aux dégâts

Donald Trump se rend pour un voyage de 8 jours au Moyen-Orient et en Europe. Qu'en attendre? Pas grand chose. Si ce n'est, malheureusement, des dégâts.

 

Un éléphant déboule dans des magasins de porcelaine. Ryad, Jérusalem, Bethléem, Rome, Bruxelles, la Sicile. Le président américain va rencontrer au pas de charge le roi Salmane, le pape François, Netanyahu, Mahmoud Abbas. Il promet un appel à l'Islam depuis la capitale saoudienne devant une cinquantaine de dirigeants de pays musulmans, une visite au mur des lamentations à Jérusalem au passage et une rencontre à Bethléem avec le responsable du Fatah. Enfin, une viste au Vatican pour l'ascension.

Un redneck en roue libre

Le président va enchaîner les lieux symboliques et chargés d'histoire, lui dont l'ignorance crève l'écran et dont la sensibilité et la finesse semblent faire cruellement défaut. Il évite au passage soigneusement l'Iran, alors qu'un nouveau président y sera élu ce vendredi et que le pays oscille dans sa révolution.[1] De toute façon, les américains n'ont jamais rien compris à l'Iran. Il n'y a aucuns espoirs que cela ne change avec Trump.

Le président américain va, à la vitesse de l'éclair, faire le tour des problèmes du moyen-orient, y mélanger allègrement business, politique et religion. Il faut se préparer au pire. Au mieux il suscitera de l'incompréhension, si tout va pour le mieux, de l'indignation. Le pire ? Personne ne peut l'envisager.

La tentation du pire

En difficulté aux Etats-Unis, Trump va-t-il chercher, par une provocation supplémentaire, de la surenchère, ou alors, par maladresse, à faire oublier ses déboires intérieurs avant de revenir à Washington? Le bonhomme nous a habitué à ne plus pouvoir distinguer entre choix ou hasard : stupidité et maladresse étant intimement liés chez lui.

Alors que l'été arrive, que les trajets des bateaux de réfugiés cherchant refuge en Europe vont augmenter, que les inégalités migratoires et éco-sociales demeurent l'enjeu majeur de notre siècle, nous n'y trouvons pas de solution viable. Qu'un président adepte de murs et de frontières bouclées s'élance pour traverser en avion en 8 jours dans un sens puis dans l'autre la Méditerranée, en jouant à saute mouton d'un pays à l'autre, fera transpirer tout son staff, pour notre part ça nous glace.   

8 jours pour faire le tour des principaux problèmes du monde. Insuffisant pour prétendre régler quoi que ce soit, mais bien suffisant pour en créer de nouveaux. Trump en goguette : gare aux dégâts.

Il ne nous reste plus qu'à espérer que le vilain farceur loupe son vol au départ de Washington ou qu'il demeure coincé à quelque frontière. Qu'il trouve son chemin de Damas, que quelque chose lui tombe dessus : bref, un miracle quoi.

C'est bien maigre, face à l'état du monde, qu'espérer un miracle pour la tournée de Trump.  Il nous reste à écrire, à agir, pour une limitation des dégâts...

 

[1]http://www.liberation.fr/planete/2017/05/18/rohani-contre-raisi-le-pragmatisme-face-a-l-ordre-ancien_1570572

 

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09/05/2017

On a refait le monde. Et si maintenant on changeait notre quotidien?

Au sortir de la présidentielle française, après avoir lu quantité de messages et d'analyses sur les réseaux sociaux, porté par la passion de refaire le monde, la France, l'Europe, on a vu passer les anathèmes, les provocations et les enthousiasmes qui ont  traversé cette élection présidentielle, où les noms de Macron ou Mélenchon étaient prononcés plus souvent que bonjour ou au-revoir.  

 

On a refait le monde, et si on changeait notre quotidien?

Alors certes, on peut continuer à se passionner pour les législatives françaises, se positionner sur la présidentielle sud-coréenne (aujourd'hui!),  iranienne (19 mai), sur les élections fédérales allemandes du 24 septembre, mais ce serait pas mal aussi de se rappeler qu'il y a une enveloppe annonçant les votations du 21 mai 2017 en Suisse et à Genève qui attend sur la table de la cuisine, et que si l'on peut toujours refaire le monde virtuellement, on a aussi le pouvoir de le changer concrètement.

 

Irez-vous voter le 21 mai ?

C'est peut-être moins sexy que de faire barrage au Front National, de rêver la révolution avec Mélenchon, de réanimer la France avec Hamon ou de se mêler des intrigues de Palais et de qui sera le nouveau vizir de l'Elysée; de commenter les taux d'abstention dans l'hexagone et le vote blanc... mais quoique... dans un cas, on rêve en grand une politique individualisée à l'extrême, de l'autre on vote sur des enjeux concrets, réalisables et qui dépendent de nous. Dans un cas on vit la politique par procuration, comme les pétitions en ligne sur lesquelles on clique, de l'autre on se la coltine concrètement.

   

Trois enjeux "bien de chez nous"

Le 21 mai, on aura donc le pouvoir, ici et maintenant[1], de décider directement de la politique énergétique suisse, en votant oui à la loi du 30 septembre 2016 sur l'énergie (LEne), développant la production d'énergie propres et respectueuses de l'environnement, et en choisissant, à terme, de couvrir entièrement la consommation par des énergies renouvelables.

Au niveau cantonal on votera pour valoriser la diversité associative, en acceptant l'initiative populaire pour la valorisation et l'agrandissement de la Maison internationale des associations, lieu de rencontre et d'échange central pour toutes les associations de notre Canton.

Enfin, dernier objet, et pas des moindres, on vote à nouveau pour maintenir des transports publics genevois accessibles à toutes et tous en refusant un projet qui vise à augmenter les prix des transports publics, et afin que la mobilité à bas prix, soit maintenue. 

Cela semble terre à terre? Oui, ça l'est, et local, assurément. On aimerait vraiment qu'un centième de l'énergie mise à refaire le monde ou se battre contre des trolls sur les réseaux sociaux soit mise pour convaincre ses voisin-e-s, ses proches, sur des objets qui directement, rapidement, dans les jours ou mois qui suivent modifieront radicalement notre quotidien.

Cela nous éloigne de l'Elysée? Tant mieux. On a suffisamment donné sur ce sujet. 

Car aux intrigues de palais lointains, on préfèrera toujours améliorer le quotidien par des projets concrets.  

 

 

[1] http://www.ps-ge.ch/votations-du-21-mai-2017/

 

 

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24/04/2017

Macron – Le Pen : choisir malgré tout

18118607_10155064809066826_7906081813619339761_n.jpgUn choix ? Quel choix ont les français alors que débute la campagne présidentielle du deuxième tour ? Le choix entre la patriote et le mondialisé, entre la préférence nationale ou celle de l’argent, comme le prétend la frontiste ? Entre le rejet des étrangers ou celui des précaires,  entre la violence ou la vacuité ?

 

Il n'y pas de non-choix possible

Et pourtant, le 7 mai, il faudra choisir, et voter.

En se bouchant le nez, comme en 2002. Voter, pour faire barrage au front national, pour que jamais la rafle du Vél' d’Hiv ne revienne ni de devienne un détail de l’histoire. Risquer le Front au pouvoir, parti fascisant de ses racines jusqu'à ses bourgeons, ce serait le signal que le repli, le refus, le rejet seraient non seulement plébiscités mais montrés en exemple. Ce serait surtout un signal terrible de désinhibition pour les discours de la violence et des boucs émissaires faciles. La levée des derniers freins.  

Ne pas choisir n'est pas un choix. On peut refaire la première mi-temps autour d’une bière, se dire mon Dieu comment en est-on arrivé là et se rejeter les responsabilités ou regarder ailleurs, mais désormais, la question d’actualité, c’est faire barrage et choisir le moindre mal. Ce n’est pas le glorieux combat espéré, mais ce sera toujours le meilleur choix.  

La gauche désunie n’y arrive pas   

Ce qui est sûr, c’est que la gauche s’est plantée. Cumulés, les scores de Mélenchon, de Hamon, de Poutou et d'Arthaud auraient pourtant amenés la gauche autour de 27%, en tête de ce premier tour. Alors non, les idées, les programmes de gauche ne sont pas morts, loin de là.

Mais elle doit entendre, encore et encore, et jusqu’à ce que ça rentre bien, que désunie, elle ne gagnera pas, et laissera le terrain aux tendances fascistes ou ultra-libérales.

Qui a refusé l’union ? Mélenchon, dès janvier 2016 en refusant de se soumettre à quelque primaire de gauche que ce soit, ou Hamon, qui selon les insoumis, aurait dû se retirer in extremis quand la courbe des sondages pour Mélenchon prenait l’ascenseur dans la dernière ligne droite de 2017 ? Se battre uniquement pour avoir le leadership de gauche alors que le fascisme monte, c’est assumer une responsabilité historique grave, c'est comme se chamailler le gouvernail du Titanic. 

 

Le drame s’est joué en amont

Le drame s’est joué en amont pour la gauche. Par le retrait tardif de Hollande et l'incapacité, pour les frondeurs, de fédérer plus loin que leur groupe de suiveurs (qui a finalement glissé de Hamon à Mélenchon). Plutôt que de fédérer pour se distinguer, on aurait aimé qu'ils parviennent à se distinguer pour fédérer. Cela n'a pas été possible pour de multiples raisons.  

On va retenir quelques enseignements ce lundi avant de retourner au boulot, pour ne pas répéter encore et encore les mêmes conneries. 

Le premier, c’est que nous continuerons de toutes nos forces à lutter contre les inégalités, les précarités, pour la redistribution des richesses et que nous refuserons toujours le discours de la haine. Que nous continuerons à lutter pour une société ouverte, créative, celle des possibles, de la diversité, qui n'oppose pas les fragilités.

Le deuxième c'est qu'une gauche désunie qui se tire dans les pattes ne gagnera pas. Oui la rue c'est très bien, mais les urnes sont incontournables. Il nous faudra travailler ensemble, ou crever divisés.

 

Faire battre le coeur encore

Nous n'irons pas voter en courant le 7 mai, ni même en marchant, mais à contre-coeur. Afin que le coeur de la France continue de battre, même sous réa', même faiblement, même au bord de la rupture.

Nous irons voter, ça c'est sûr.

Bien plus que pour Macron, nous voterons résolument contre le FN et contre la haine.

 

 

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20/04/2017

Vélo : protégez-nous plutôt que de nous effrayer!

imrs.php.jpgC'est le printemps, la Suva a sorti un bon vieil épouvantail pour terroriser les cyclistes. Avec un clip choc, [1] elle vise, au nom de la prévention, à tétaniser les cyclistes. Or, ce n'est pas de prévention que les cyclistes ont besoin mais de protection.

 

Aujourd'hui, rouler dans le trafic, c'est risquer sa peau, et c'est cela qui est criminel. Lâcher des vélos sur des routes toujours et encore inadaptées pour eux. C'est cela qui devrait faire réagir. "Dans 50% des accidents les vélos sont fautifs" on aimerait bien savoir ce que la SUVA entend par là alors que 99% du trafic est motorisé et qu'en cas de choc 100% du risques est pour le cycliste. Et ça veut dire quoi "être fautif" quand vous roulez dans un environnement pensé par et pour les véhicules à moteur. Il n'y a pas d'égalité de responsabilité quand les conditions de trafic et d'exposition sont inégales. Et il faudrait aller rouler de bon coeur, exposé aux bagnoles, sans prendre de trottoirs, ni se glisser entre deux voitures avant de se faire coincer ?

Dire que 50% des accidents sont crées par les cyclistes c'est dire à peu près la même chose que les enfoirés qui répètent : "100% des femmes qui se font harceler l'ont bien provoqué, arrêtez de mettre des jupes". Un raisonnement par l'absurde et la violence qui ne tient pas compte de qui est structurellement l'agresseur et qui est l'agressé. Dans le cas du vélo, de regarder pour qui les règles de la circulation sont posées, et qui en subit l'inégalité. 

 

Quand vous roulez à vélo en ville vous êtes une cible

Et une cible facile. Pas assez de bandes cyclables, des bouts de routes peinturés de jaune qui s'arrêtent abruptement, sans protection, pas de site propre. Vous êtes tassés contre les trottoirs, et faites office de piquet de slalom pour les scooters. En cherchant à y survivre vous seriez fautif ? Non. Jamais nous n'attendrons au rouge sur la ligne de départ pour nous faire rouler dessus par des voitures qui démarrent. C'est un fait. Et la SUVA pourra encore longtemps nous montrer des cyclistes morts ou tétraplégiques, elle ne changera rien au taux d'accidentologie tant qu'elle n'aura pas compris cela.

Le très sérieux Washington post, lui, l'a saisi. Dans un article intitulé "ne rendez pas les cyclistes plus visibles, faites en sorte que les voitures arrêtent de les écraser", et en pointant du doigt l'industrie automobile qui, avec des voitures toujours plus larges, plus grosses, agissent en véritables prédateurs, cet article  replace les responsabilités au bon endroit. [2]

 

Nous continuerons de chercher à survivre dans le trafic par tous les moyens possibles

Pour conclure, la SUVA peut aller se rhabiller avec ses clips qui conduisent au final à faire peur à ceux qui sont menacés et à décourager les autres de faire du vélo. Nous continuerons à risquer notre peau et à plomber le coût de la santé tant que les conditions structurelles de rouler à vélo en ville ne seront pas changées.

L'augmentation des usager à vélo va continuer, la part des ménages qui ont une voiture de diminuer. Alors, nous refusons les mesurettes de la prévention: d'être plus visible, plus scintillant, plus dociles, alors que c'est d'un changement radical de vivre la ville et de réduire la part dévolue aux bagnoles qui doit être mis en place.

On attend donc le clip de la SUVA prévenant les conducteurs de porter attention aux usagers vulnérables de la route, alors que le nombre de piétons fauchés sur les passages piétons est en constante augmentation. On attend le clip de la SUVA sur l'usage du téléphone au volant, pour sensibiliser les conducteurs aux parcages sauvages, aux vitesses excessives, aux ouvertures assassines de portière, etc, etc, et les motards sur l'effroi qu'ils causent en nous frôlant jusqu'à ce que certains d'entre nous ne veulent plus rouler sur la route ni s'arrêter au rouge. 

Nous attendons surtout définitivement, de la part des décideurs politiques, et comme la gauche le rappelle sans cesse, notamment au conseil municipal de la Ville de Genève, de mener une vraie politique pour la mobilité douce, avec une vraie mise en oeuvre au niveau cantonal de plans favorisant l'usage du vélo. 

Tant que cela ne se réalisera pas, nous ne considérerons jamais un cycliste fauché comme responsable, mais comme un martyre de plus de la jungle urbaine, et tiendrons pour responsables l'inaction des décideurs politiques et les lobbys pro-bagnoles qui, en maintenant la primauté d'un moyen de transport dépassé datant du siècle passé, tuent.  

 

Nous continuerons de chercher à survivre dans le trafic par tous les moyens possibles et, en attendant des jours meilleurs, à rire tristement des clips de la SUVA jusque sur nos lits d'hôpital si nous sommes frappés.  

 

[1] http://www.tdg.ch/suisse/accidents-velo-video-choc-eviter/story/28720445

[2] https://www.washingtonpost.com/posteverything/wp/2015/04/15/dont-make-bicyclists-more-visible-make-cars-stop-running-them-over/?utm_term=.dbd110f6670a

 

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19/04/2017

Et si la surprise venait de Benoît Hamon ?

présidentielles,france,hamon,surpriseSelon les sondages (mais que valent-ils?) un quatuor se détacherait en tête parmi les 11 candidat-e-s de l'élection présidentielle française : Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. L'issue du premier tour de l'élection présidentielle, ce dimanche 23 avril, se réduirait à ces 4 là, dans l'ordre ou le désordre.

 

Depuis des semaines maintenant, jusqu'à l'ennui, la nausée même, ça ressasse et ça joue au yo-yo. Un coup c'est l'un, un coup c'est l'autre, qui monte ou qui descend, c'est selon, et voilà l'espace médiatique saturé d'experts se muant en faiseurs de rois, suivant la courbe des sondages... comme si ceux-ci voulaient dire quoi que ce soit de plus que l'émotion d'un instant ou la réponse faussée de votes pas toujours assumés, sans aucune certitude même que la personne sondée se rende finalement à l'urne.   

Je ne crois pas une seconde dans les sondages. Sinon, Jospin n'aurait pas chuté au 1e tour en 1992, ni Giscard élu président, etc, etc.[1]  Il y a quelque chose d'étrange dans ces "tendances" qui finissent par créer une réalité parallèle sur laquelle se basent ensuite des articles pour bâtir l'opinion publique. Le tout ressemblant plus a un château de cartes en équilibre précaire qu'à des références étayées par des méthodes scientifiques. Et l'on se baserait là dessus pour asseoir un vote?

 

Un vote utile, pour qui pour quoi ?  

Je suis plutôt porté à croire que les français-es en ont marre des casserole ou des trompettes. Ils ont envie d'avancer avec une autre musique, plus sereine. Les extrêmes, si elles peuvent faire envie, ne font pas rêver, à moins de revenir à une politique surplombante, celle des grands récits et des trémolos réducteurs. L'histoire de France fait douter du grand soir ou de la fin de l'histoire. Il y aurait un vote utile et un vote inutile qui se cacherait quelque part dans tout cela? Mais où donc, et sur quoi le fonder ?       

Dans les échappées cyclistes, ce n'est pas toujours celui qui se prend le vent de face qui va au bout. Et s'il y en a un qui a su avancer sans renier qui il était ni d'où il venait et quelle était son équipe, c'est bien le petit Benoît, qui s'est mis dans l'échappée et a continué de pédaler, à l'abri du vent, alors que le temps de l'emballement final pointe. Pourrait-il bénéficier de l'effet saturation et lassitude d'entendre toujours parler des mêmes candidats?

Car si Mélenchon, selon les sondages, incarne désormais un "vote utile" (paradoxal pour un insoumis) ; et si donc l'insoumis s'est métamorphosé en service utilitaire (mais de quoi et pour qui?), qui peut affirmer que par un mouvement de balancier, le vote contestataire ne change lui aussi de camp, et qu'il n'emporte dans la bascule, une jeune génération dont on n'est pas sûr qu'elle s'identifie aux rhétoriques lyriques.

   

Et si la surprise venait de Hamon?

Avec sa proposition d'un futur désirable, il reste l'un des candidats qui ne regarde pas vers le repli ou le monde d'hier, qui ne désigne pas de cibles toutes faites non plus, ne s'engage pas dans une dénonciation outrancière, mais avance des idées, des propositions faisant débat (revenu universel d'existence, transition écologique, lutte contre l'évasion fiscale, fin de la loi travail, légalisation du cannabis), avec une volonté de construire une nouvelle possibilité viable de faire société. L'ancien se meurt - pourquoi mettre toute son énergie à l'abattre- mettons notre intelligence pour construire ce qui vient après, maintenant.[2] 

Hamon a fait le choix de la simplicité et de la sincérité. Il incarne une nouvelle génération. Cela peut-il accrocher l'électorat, ou arrive-t-il trop tôt ? Peut-être qu'il faut toujours une plus grande gueule, un maximum de populisme pour faire adhérer... ou que l'étiquetage PS post-hollande sera trop lourd à porter, et que ça ne passera pas. Peut-être, peut-être, mais l'engagement de Hamon ne s'arrête pas à la présidentielle.

Un engagement qui va au-delà de la personnification du pouvoir

La simplicité, l'innovation et l'intelligence collective peuvent l'emporter sur l'individualisme. Il y a de la fidélité aussi à demeurer au sein de ce PS français décrié, pour le réformer, le vivifier, quand tant d'autres s'en barrent (Valls) ou s'en sont barrés (Macron, Mélenchon).

Est-ce que les français-es sortiront du syndrome des grands hommes et des sauveurs patentés pour prendre un autre chemin? Sauront-ils répondre à l'urgence sociale et démocratique, écologique, en refusant les solutions démagogiques ou prémâchées  ?

Au final quelle passionnante campagne, quel exercice de démocratie. Et, quoi que l'on en pense, quelle débauche d'énergies, de propositions, de distinctions, de programmes[3], et un choix à faire désormais.  

Rendez-vous dimanche donc pour le premier verdict, puis le 7 mai, pour voir si tout va se jouer selon la partition des institutions de sondage, ou si une surprise sera de mise...  

 

 

[1]http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/03/...

[2]https://www.benoithamon2017.fr/le-projet/

[3]http://www.europe1.fr/politique/presidentielle-voici-le-programme-des-onze-candidats-3144713

 

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17/04/2017

A quel prix jouer au football ?

Mardi, Dortmund. Trois bombes explosent sur le passage du bus des joueurs allemands. Une quatrième bombe n'ayant pas explosée est retrouvée par la suite. Bilan : un joueur blessé.[1] Le choc de découvrir des joueurs pris pour cibles de cinglés ou de terroristes, et que la dimension sportive, festive, du sport, est totalement renversée pour être utilisée comme une caisse de résonance médiatique. Aucune revendication n'est posée. Pas de messages, ni de pistes sur les auteurs de l'attentat. Le match Dortmund-Monaco est alors reporté au lendemain. Et les joueurs allemands, 24h après avoir failli sauter dans un attentat, sont priés de remonter leurs chaussettes, mettre leurs shorts, et retourner divertir les foules, en s'accommodant de leurs traumatismes.

Jeudi, Lyon. Le match européen entre les français de Lyon et les turcs de Besiktas débute avec 45mn de retard. Les supporters de Lyon ont envahi le terrain pour y trouver refuge suite à des bombardements de projectiles par des supporters adverses.[2] L'avant-match avait déjà été émaillé de bagarres. De nombreux supporters sont venus au match sans billets. N'ayant pu entrer, ils ont commis des violences. Des femmes, des enfants ont été pris à parti. Bilan : 12 interpellations et 7 blessés légers. Le match débute avec des joueurs qui font cercle ensemble pour appeler au calme. Les impératifs de l'argent et du calendrier poussant à maintenir le match malgré une atmosphère de guérilla.

Dimanche, Bastia. Des supporters du club Corse entrent sur le terrain et s'en prennent au joueurs.  L'entame du match est lancée quand même, sur pression des présidents, et malgré les avis des joueurs et des entraîneurs. A la mi-temps, nouveaux incidents, le match est définitivement annulé. [3]A l'issue du match aller, l'entraîneur corse avait menacé : «Après, il va falloir venir chez nous. Il ne faut pas avoir la grippe. Quand il faudra venir à Bastia, il ne faudra pas avoir la grippe, ni la gastro. Parce que cela va se régler comme d'habitude, comme des hommes, comme des Corses et voilà».[4] Comme des hommes, c'est-à-dire : par la violence?

Dimanche, les supporters de Saint-Etienne et de Bordeaux sont interdits  de se rendre respectivement à Marseille et à Nantes. [5],[6]. En cause, les risques de violences et le manque d'effectifs des policiers liés à la période de Pâques, et surtout les passifs entre les supporters de ces clubs faisant redouter des violences. L'état d'urgence a beau dos, la violence est chronique. Jouer au football devient, bien plus qu'un jeu, un exercice de gestion du risque et des foules, pour éviter que les supporters se croisent, même en dehors des stades, même loin des matchs, avec des joueurs qui devront bientôt se déplacer en bus blindés pour que leur sécurité soit assurée. Un vrai casse-tête.

Samedi, en Suisse, le bus du Servette FC s'est fait caillasser sur une air d'autoroute près de Zürich par des supporters du ... FC Sion [7] ! Des joueurs professionnels sont donc pris à parti uniquement en fonction d'une appartenance et d'une couleur de maillot... Le FC Sion a émis un communiqué pour se distancer des violences et les condamner. Salutaire. Communiqué toutefois peu repris dans la presse et sur les réseaux sociaux.

A quel prix faut-il jouer au football ?

N'importe quel abruti peut-il donc mettre un maillot d'une équipe et prétendre en son nom insulter, caillasser, ou bastonner en toute impunité?

Quels sont les rôles de modèles, et les messages que font passer les dirigeants, les joueurs, les présidents ?

Comment épurer le football de la violence gratuite et de la culture viriliste, machiste, homophobe ayant encore de beaux jours à venir si des campagnes plus énergiques ne sont pas menées?

Cela fait des années que ces questions sont sur la table. On devrait aller plus loin, par exemple, en instaurant une taxe sur les transferts pour alimenter des fonds de prévention, et surtout que de nouveaux messages plus positifs soient transmis en marge des matchs par les responsables de ce sport. Quels messages sont donnés aux jeunes au-delà de la gagne à tout prix? Il ne s'agit pas que du football, le hockey est touché aussi. 

A chaque match, des sommes faramineuses sont dépensées par les collectivités pour sécuriser les lieux. Est-ce un bon investissement de mettre le plus gros de l'investissement sur des forces policières pour contenir les fauteurs de troubles alors que les violences ont lieu de plus en plus en marge du match ? Ne faudrait-il pas travailler avec plus de moyens sur la prévention et l'éducation en s'appuyant sur les clubs et les ultras ?

On aimerait entendre davantage le rappel au fair-play et les moyens que les clubs engagent pour lutter contre les violences. S'ils n'ont pas ces moyens, les collectivités publiques doivent les aider. Au final, ce sera toujours moins cher que de mobiliser des cars entiers de policiers les soirs de matchs.

 

25 mai : une finale de coupe de suisse à Genève entre flics et vandales ?

Le 25 mai prochain, la finale de la coupe de Suisse aura lieu à Genève entre le FC Sion et le FC Bâle, équipes dont les supporters respectifs n'ont pour le moins pas la meilleure réputation de Suisse.

Si, pour certains, la question est déjà: de combien de billets disposera-t-on?[8] Pour d'autres, le compte à rebours pour la baston a commencé. Le traditionnel match entre vandales et policiers aura-t-il lieu ?

La vraie question à poser est celle de la prévention et du contact avec les clubs afin que ce match soit une fête, pas une nouvelle occasion d'éructations et de violences par des gens qui n'ont rien à voir avec le sport. A quel prix jouer au football ? Pas à celui de la peur en tous cas.

Et s'il est bien commode de dire, par déni ou pour se dédouaner, que le football n'est que le reflet de la société, il est urgent que cette société prenne acte du reflet sale que le football lui tend, et agisse, pas uniquement par la répression, mais surtout par la prévention et l'éducation, afin d'assainir durablement la situation et passer de nouveaux messages que ceux de la société capitaliste du spectacle et de la domination, créatrice de violences et d'inégalités. 

 

[1] http://www.lemonde.fr/ligue-des-champions/live/2017/04/11...

[2]  http://www.ouest-france.fr/sport/football/ligue-europa/ligue-europa-lyon-besiktas-retour-sur-les-incidents-d-avant-match-4928916

[3]http://sport24.lefigaro.fr/football/ligue-1/actualites/ba...

[4] http://sport24.lefigaro.fr/football/ligue-1/actualites/ba...

[5] http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cot...

[6] http://www.sudouest.fr/2017/04/10/les-supporters-des-giro...

[7] http://www.tdg.ch/sports/sfc/agression-servette-fc-dernie...

[8] http://www.lenouvelliste.ch/dossiers/fc-sion/articles/fin...

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13/04/2017

Le Pape en prison : un acte de bisounours?

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Le fait que le Pape se rende en prison pour laver les pieds des détenus ce jeudi est un acte fort.[1]

Les mots du pape sur les détenus le sont aussi: «Je le répète encore une fois, tous ont le droit de se tromper. Nous nous sommes tous trompés d'une manière ou d'une autre». Le pape rappelle au passage le manque de cas qui est fait de la réhabilitation et de la réinsertion dans la société. C'est un acte politique fort.

Il ne marque pas une séparation entre les détenus et les autres, mais place tout un chacun sur le même plan de la responsabilité et de l'erreur, avec la possibilité d'un amendement pour chacun. Surtout, il s'abaisse littéralement au niveau des pieds de personnes condamnées, sans juger, se plaçant même au-dessous des condamnés. Déjà laver les pieds de ceux que l'on aime : combien de fois le faisons-vous? Mais alors de ceux qui ont commis des crimes ou que nous méprisons: qui le ferait?   

Cela fait-il du pape un bisounours? Non. Il ne s'agit pas ici de nier la réalité, ou l'horreur des actes commis, mais d'entamer un chemin de reconnaissance, de non-jugement, et éventuellement de pardon. Et il faut pour cela pas mal de courage.   

 

Loin de moi le fait d'être papiste. L'église catholique, sur la question des moeurs, n'a pas encore travaillé sa théologie pour la mettre en phase avec l'évangile et son message d'amour inconditionnel, ni fait travailler la rigidité de sa structure pour servir les hommes plutôt qu'elle-même; mais  devant l'acte qu'opère le pape de se mettre à genoux devant les enfermés, comme le Christ l'avait fait pour ses apôtres, oui, je suis admiratif. Si tous les jours l'actualité amène son lot de geste dégradants et de crimes, voilà pour le moins un geste beau, qui relève. Et si tous les jours la vision d'une société de plus en plus binaire, verticale, avec les bons et les méchants bien séparés, des structures de plus en plus rigides ou impuissantes semble l'emporter, la traversée des murs faisant sauter ces catégorisations et amène est salutaire. 

Des mauvaises langues diront que c'est là un effet de communication, qu'il ne faut pas être naïf. Peut-être. Mais ce serait trop facile de balayer ainsi ce mouvement d'abaissement et de rapprochement pour en faire un effet de manche. Ce serait oublier aussi que le pape est allé et retourne régulièrement en prison et qu'en faisant cela il interroge directement aussi les enfermements individuels de chacun.

Ce faisant, il perpétue un appel qui est au coeur de l'évangile (Matthieu 25.31-40) appelant à s'abaisser et à se mettre au service des affamés, des sans-papiers, des encagés, des étrangers, ne préjugeant pas qui est où et de quel côté de la barrière il se trouve, mais appelant chacun à se positionner face à cet appel.

Au final, je me fous du pape, mais je retiens l'acte.

Celui d'un homme qui ouvre des portes, franchis des murs et des barbelés, va rencontrer des taulards pour une manucure spirituelle, et imite par là à la perfection un geste posé par un va-nu-pied d'origine juive il y a plus de 2000 ans, qui allait mourir abandonné de tous, après avoir été trahi, moqué et torturé par une armée coloniale, mais en montrant, au-delà de la souffrance, par l'exemple, un chemin de libération et de joie.  

 

 

 

[1] http://www.tdg.ch/monde/pape-laver-pieds-repentis-mafia/s...

 

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16:29 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/04/2017

Décalages de Pâques

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Dire, c'est décaper.

C'est être décentré par le décalage entre ce qui est montré et ce qui est vécu, ce qui est articulé et ce qui est mâché; entre ce qui est cherché et trouvé, ce qui est mis sur la porte et ce que les invités y lisent, ce qui est commandé et ce qui est livré, entre le départ du mot et le temps qu'il prend pour passer, d'une bouche à une oreille, et qui sait: avec l'écoute... 

 

 

Rien ne suppose que quoi que ce soit puisse être lisse harmonieux, à tout le moins audible. Et rien ne laisse croire qu'une traduction puisse se passer sans ratures, raccrocs, reprises, rehaussement. En un mot : sans dialogue...       

Dire vient, par défaut, en boitant bas, avec un manque de moyens et un refus du masque, pour amplifier l'écho du monde. Non pour établir quoi que ce soit, s'afficher ou glorifier, mais pour entrer dans l'intime et le fragile dans un mouvement qui ressemble à celui des vents, de déplacements sans véritable progression, refusant d'envisager autre chose que de glisser, encore, et de ce mouvement, se miniaturiser et se déployer à la fois.    

Dire, pourtant, c'est agir dans ce décalage entre ce qui est nommé et ce qui se tait, entre l'agir et le penser, la courbe et l'arrivée; entre le son et le souffle, là où se trouve encore logé le soupir ou le bégaiement. 

 

Décalages entre la réalité des êtres, profondeur et complexité, et les images que l'on s'en fait; les petites cages et cadres serrés.

Décalages entre l'être et l'objet, entre ce qui les rend absolument distinct. Et résistance à toutes les forces qui cherchent à les confondre.

Décalages entre les bouts de soi et le soi entier, entre un mot et la phrase. Entre l'immédiateté du vouloir et la part du phrasé, entre une victoire ou la défaite, le désir et la contrainte.

Décalages poussant à exprimer, tout simplement, ce qui n'a pas de nom et ne peut en avoir, ce qui invite à prendre et à laisser et qui, sitôt désigné, à peine effleuré, repart ailleurs, d'un bond, comme un animal de la forêt se glisse hors du faisceau des phares.

Décalage entre le bond et le surgissement, entre ce qui est dit et ce qui appelle, encore.

Décalages entre les palmes et le sang des rameaux.

Décalages.

Conditions de l'être. 

 

 

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02/04/2017

Au-delà du voile

En voyage en Iran, quand je demande aux femmes ce qu’elles pensent du voile dont le port est obligatoire, la réponse oscille entre : on en est très fières, ou : ce n’est pas très important, ce qui compte pour nous c’est l’égalité des droits, de pouvoir nous marier avec qui l’on veut, avoir un bon travail.

Globalement, elles comprennent que ce thème questionne en Europe, et demandent pourquoi. Elles trouvent que c’est un point mineur. Pourquoi certains les perçoivent comme asservies ou soumises parce qu’elles portent un bout de tissu à géométrie variable, plutôt utile pour séduire, suivant sa longueur et sa position sur la tête, dévoilant mèches ou cheveux décolorés, voire une jolie tresse à l’arrière de la tête? L’essentiel serait d’avoir des droits politiques et un gouvernement qui les respecte. L'essentiel n'est pas le voile. 

D’autres ne parlent pas. Elles n’ont pas d’opinion sur ce sujet. Mais ce silence et cette retenue laissent penser aussi qu’elles ne se sentent pas tout à fait libre ou en confiance pour exprimer leur point de vue.

Les plus enhardies pourraient répondre du tac au tac : mais qui êtes-vous pour nous donner des leçons ? Les femmes, en occident, sont-elles si libérées, alors qu'elles dépensent des centaines de dollars pour s’habiller, mettre des vernis sur les ongles, les enlever à l’acétone, ajoutant de la graisse de chat sur les lèvres, s’ébouillantant à la vapeur pour s’ouvrir les pores, s’arracher des poils à la cire pour coller à la mode et être toujours moins payée pour des boulots moins considérés ?

En occident, les femmes seraient émancipées ? Et parce qu’en Iran, les femmes mettent un carré de tissus sur la tête comme elles le veulent, se riant ici et là des gardiennes de la foi et des mégères de l’ordre, elles seraient cataloguées comme soumises ? Dans les rues de Téhéran ou d'Isphahan, le voile se porte sur un large spectre par la championne de Taekwondo tatouée aux cheveux blonds décolorés, passant par l’étudiante en design urbain aux cheveux ondulés, à la surveillante des mœurs dont l'œil unique dépasse de son tchador noué comme un garrot à son cou.    

Le maquillage est ici porté avec allégresse. La chirurgie esthétique bat des records ; nez refaits et chirurgies intimes dans les chambres des docteurs. Il n’y a pas lieu d’idéaliser. Les mécanismes de domination seraient plutôt cumulatifs. Mais il serait intéressant de voir les statistiques si l’on veut vraiment comparer et savoir de quoi l'on parle si l'on cherche à évaluer l'égalité entre hommes et femmes.

En Europe, certaines s’épuisent à courir seules dans des fitness sur des tapis, se serrent à bloc la ceinture à l’approche de l’été. Est-ce par plaisir du sport et pour s’affirmer dans un corps émancipé, ou pour correspondre pile-poil à des critères de beauté, souvent cadenassés par un ordre masculin et mercantile dominant ? Redoubler d’ardeur et de sueur pour être soi-même quand on s’approche en tous points du zénith des canons des magazines de mode, que ce climax esthétique durera tout au plus quelques années avant la décrépitude de l’âge et l’angoisse qui l’accompagne... quelle sinistre forme d’émancipation.

 

Bien sûr, en Iran, comme ailleurs, ce que signifie être une femme, son devenir, est une balance délicate de pouvoirs entre ce que la société exige et ce que chaque femme désire, ce que la société autorise ou condamne. Comme homme, il est toujours délicat de se positionner sur ce sujet. Mais quoi : demeurer silencieux serait préférable ?

Le voile, pour revenir à notre sujet, relève aussi de tout autre chose. Il demeure l’expression d’une foi, d’une singularité, et d’une appartenance. Plutôt que de juger et condamner, il serait positif de croiser les points de vue, d’ouvrir la discussion, et de s’intéresser vraiment à ce que les femmes qui le portent ou le refusent en disent. Ce n’est bien sûr pas du tout la même chose de porter un voile en Europe ou en Iran, ni d’être une femme ou un homme se positionnant sur ce sujet.

Quoi qu’il en soit, il serait bon de sortir des discours dogmatiques binaires opposant domination à affirmation de soi. Le dernier mot, sur ce sujet, revient à celles qui le portent ou ont fait le choix de s’en passer, et de respecter leur choix, dans le degré de liberté qu’elles affirment. Pour le reste, une certaine retenue dans le jugement serait bienvenu.  

Il y a plusieurs manières d’être voilée. Il y a des voiles d’ignorance, de honte, de soumission et d’arrogance. Certains sont visibles, d’autres non. Il y a aussi des voiles qui protègent, émancipent et libèrent, des voiles imposés et des voiles qu’on s’impose.

Pour comprendre, le dialogue et l’échange sont incontournables, afin de saisir, si l’on veut parler de domination, les ressorts qui la sous-tendent, la manière dont elle s’exerce, et les stratégies développées pour y résister, et qui eux sont universels. 

Pour conclure, avant de prétendre libérer l’autre, il est utile d’avoir déjà mis un pied hors de ses propres schèmes de domination. Le féminisme réalise cet effort de compréhension et d’effort sur soi. Les courants qui court-circuitent cette démarche me semblent porteurs d’un fanatisme et d’une présomption égale à ce qu’ils projettent sur un morceau de tissu qui, au final, dévoile bien plus l’identité des intolérant-e-s et ignorant-e-s, qu’il ne dissimule celle de quiconque.

09:32 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voile, islam, féminisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/04/2017

Le 1e avril de Donald Trump

Il faut imaginer Donald Trump au pied de son lit se réveiller après une nuit sereine, à qui un employé zélé annonce entre les nouvelles de menues importances (évolution du conflit en Syrie, niveau de la dette américaine, rapprochements entre la Russie et l’Iran), que ce 32e jour du mois de mars est en fait le 1e du mois d’avril et qu’une petite blagounette du président serait bienvenue à cette occasion – c’est de coutume-, afin de détendre une atmosphère mondiale plutôt crispée.

Il faut imaginer le cerveau de Donald Trump se mettre immédiatement en branle, bouleversant ses plans de la journée, pour chercher quel bon tour il pourrait faire à ses followers sur twitter. Mais quelle blague pourrait faire Donald Trump un 1e avril qu’il n’ait pas déjà faite ? Et quelle plaisanterie semblerait suffisamment loufouque pour être plus drôle que celles qu’il fait sérieusement tous les jours ?

Il réfléchit (si si). Prétendre construire un mur entre les Etats-unis et le Mexique, le faire payer par les mexicains ? -Déjà fait. Affirmer que le climat va bien, qu’il faut rapidement faire de nouveaux forages dans le grand nord ? -Done. Affirmer vouloir déplacer l’ambassade US de Tel-Aviv à Jérusalem… elle est bien bonne celle-là, faut la faire durer quelques mois encore. Alors peut-être affirmer que l’ambassade des US en France sera désormais située à Berlin. Mmmmh… Interdire d’entrées aux Etats-unis les résidents de sept pays musulmans, énorme, mais les ingrats n’ont pas ri, c’est fait aussi, peut-être l'étendre à sept autres pays? Une grosse pitrerie : ne plus parler à la presse et faire des faits alternatifs une vérité absolue. Faire l’Amérique grande again, personne n’y croira, mais on peut essayer. Bref que ce soit le 1e avril toute l’année : plus c’est gros mieux ça marchera.     

 

Vient l’heure du petit-déjeuner, Donald n’a pas avancé. Il jette un œil sur sa mallette nucléaire d’un air malicieux, bon, pas sûr que ça fasse rire tout le monde, mais en choisissant bien le pays, ça pourrait être cocasse. Son employé zélé fronce les sourcils. Pas sûr.

Envoyer Ivanka sur la lune ? Melania à Moscou, fermer Wall-Street ? Construire un mur dans l’Atlantique, pour éviter que des bateaux n’entrent dans les eaux territoriales américaines sans contrôle. Pas drôle. Un petit clopet d'abord, on verra bien pour la suite.   

Après-midi. Donald n’a pas bougé de son lit. La dépression guette. Faire de Cuba le 52e état US ? Pas besoin de se presser, ça viendra, chaque chose en son temps… Soutenir l’indépendance du Tibet, les résolutions de l’ONU condamnant la politique coloniale d’Israël? Mouais... petit sieste, on verra bien ensuite.

Soir. Donald tourne bourrique dans son bureau. En désespoir de cause, rappelle son employé qui lui annonce qu’un bon poisson d’avril doit posséder trois qualités : être crédible, concerner tout le monde, être connecté au quotidien.

 

- Annoncer ma démission ?

- Par exemple

- Sans blague

 

 

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