sylvain thévoz

05/06/2018

Bye bye Conseil Municipal, bonjour Grand Conseil

topelement.jpgAprès 7 ans passés au Conseil municipal de la Ville de Genève, je quitte celui-ci ce mardi 5 juin à 19h. Je pars avec une pointe d’émotion mais surtout une grande satisfaction, celle d’avoir donné de mon temps et de mon énergie pour le bien de la collectivité. Dans toutes les commissions où j’ai pu siéger, durant les séances plénières, je me suis toujours efforcé d’honorer la confiance que les habitant.e.s de notre ville m’ont faite en m’y portant.

Siéger à 80 élu.e.s, avec les conseillers administratifs et conseillères administratives, 7 groupes politiques, et des indépendants, est un bel exercice de dynamique de groupe, une exigeante école de vie, qui oblige à une forme de modestie et de relativisme, à dialoguer avec d'autres personnes qui n'ont pas toujours, voire rarement les mêmes idées, tentant de trouver, y parvenant parfois, souvent, des convergences, des points communs, obtenant des résultats, se voyant opposer des objections, tentant de travailler les consciences, en se confrontant aux logiques et idéologies de chacun.e.

La politique municipale c'est du concret, une belle illustration que rien n'est facile ni ne va de soi. Il ne suffit pas de mettre des gens ensemble pour qu'ils soient d'accord, ni n'obtiennent des résultats. Regardez bien votre famille, vous y êtes 5 ou 6? Eh bien imaginez, en étant 80 à chaque repas où il faudrait décider de quelque chose, ce que ça donnerait... Alors bien entendu, il faut s'armer de patience, avoir un brin de philosophie et une louche de bonne volonté pour durer, accueillir victoires et défaites en continuant à travailler.

J'ai aimé ce rôle de lien avec des associations, les habitant.e.s individuel.le.s, afin de formuler et porter des enjeux à travers la voie délibérative (pour le sport, la culture, pour une ville plus accueillante, plus en phase avec son époque en terme de mobilité douce et de place pour les piétons et vélos dans la ville; pour des repas végétariens dans les écoles, des espaces plus inclusifs pour les diverses minorités, pour défendre les moyens d'une collectivité prospère mais avec de grands écarts en terme de revenus individuels, et de grandes zones d'ombre où s'exercent les discriminations ; ayant le pouvoir de favoriser la redistribution des richesses au maximum, luttant contre la précarité et le sans-abrisme.

J'ai eu beaucoup de plaisir à être ce relais critique, d'être à disposition (nos numéros sont accessibles à chacun.e.sur le site de la Ville) des celles et ceux qui portent des idées, des plaintes et des combats : les associations, des habitant.e.s engagé.e.s, les magistrats. Ce n'est pas un engagement facile, mais c'est une chance aussi. Il se fait certes en plus d'un engagement professionnel, sur le temps que l'on rêve parfois d'employer pour des loisirs ou la détente, de la lecture, mais il est terriblement gratifiant et nourrissant.

Certains disent parfois qu'un mandat politique est une forme de formation continue. C'est aussi vrai. C'est en tout cas une belle manière de découvrir le pouvoir que l'on peut avoir comme citoyen.ne, et saisir le système dans lequel on baigne pour mieux l'utiliser et le mettre au service de la collectivité. C'est surtout un bon antidote au défaitisme ou aux mouvements dépressifs de type: "de toute façon on est foutu", "ils ne font que ce qu'ils veulent", "on n'a aucun pouvoir". C'est à mes yeux, au contraire, l'apprentissage limité et tonifiant de constater que l'on obtient le pouvoir que l'on conquiert et qu'on a besoin d'aller le chercher collectivement. Mauvaise nouvelle : il ne tombe pas du ciel, il faut aller le conquérir. Bonne nouvelle : une fois que l'on est en route, il n'y a pas de limite à ce que l'on peut obtenir, et les possibles sont immenses. Tout dépend, au final, de l'énergie déployée et de la force des collectifs.       

Aujourd’hui, je me réjouis qu’une socialiste reprenne la place que je quitte dans ce Conseil. Elle défendra avec la même ardeur des politiques publiques incisives pour atteindre la justice sociale et renforcer la lutte contre les discriminations et inégalités frappant les habitant.e.s de notre belle ville. Je prolongerai pour ma part désormais ce combat à une autre échelle, mais d’une manière identique sur le fond, au sein d'un autre groupe socialiste, au Grand Conseil.

J’aimerai, pour conclure ces quelques lignes, remercier chaleureusement le groupe socialiste du Conseil municipal, ma section, mon parti, pour l'engagement sans faille que nous avons porté ensemble au cours de ces années pour nos idéaux et notre projet de société. Remercier aussi chaleureusement les collaborateurs et collaboratrices de l’administration qui garantissent la qualité des prestations municipales et font un travail essentiel pour le vivre ensemble et la lutte contre les inégalités à Genève. 

Bye bye Conseil municipal, bonjour Grand Conseil.

Mon engagement, lui, reste le même.  

 

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28/05/2018

Hommage à toi Loris Karius

9805542-3x2-700x467.jpgLors de la finale de la champion's league entre le Real Madrid et le club anglais de Liverpool, le gardien de cette équipe, Loris Karius, 25 ans, s'est trouée, offrant deux buts sur un plateau à l'équipe espagnole. Une relance hasardeuse et un ballon savonnette lui échappant des mains ont précipité la perte de son équipe. Les critiques ont fusé : faute professionnelle, inacceptable à un tel niveau, sabotage. Des insultes des fans ulcérés allant jusqu'à exprimer de menaces de mort suite à cette défaillance du gardien de but anglais. Cet événement fait remonter le souvenir d'Andres Escobar, défenseur colombien assassiné en juillet 1994 à Medellin, suite à un but contre son camp lors du mondial de football.  

Hommage à toi Loris Karius

Dans ce monde du football imbibé d'argent et gorgé d'attentes de perfection, tu as été l'humain faillible et maladroit, la figure de celui qui fait vivre un scénario dramatique et presque comique à cette finale. De la pompe grandiloquente de l'ultra compétition, tu as révélé la pression que subissent les sportifs et sportives d'élite, et illustré le fait qu'il n'y a pas de geste simple et qu'échec ou réussite tiennent à un fil. Dégonflant la baudruche rutilante du sport-business et marquant la différence entre l'humain et la machine, tu as illustré malgré toi la violence pure des "fanatiques", en fait monsieur et madame tout le monde, qui, sitôt assis sur leurs sofas, sont prêt.e.s à tuer pour un résultat, à pleurer toutes les larmes de leur corps quand leur équipe perd, cherchant des coupables, comme s'il s'agissait de vie ou de mort. Or, il ne s'agit pas de vie ou de mort. Et si le président Macron pense que les deux métiers les plus difficiles sont Président de la République et sélectionneur de l'équipe de France, il se trompe lourdement. Car l'un décide concrètement par ses décisions de la vie et de la mort de millions de gens, alors que l'autre orchestre un jeu de ballon. Ce qui est inquiétant, c'est que les frontières se troublent, que la politique devient spectacle, et le football affaire de vie ou de mort. Le sport déclenche des émotions, oui, et c'est un merveilleux et inégalable catalyseur, mais au final, quand un jeune gardien de but se loupe, nous devrions plutôt sourire, et rire avec lui de sa boulette comme d'un fantasque clin d'oeil de l'histoire, et un antidote espiègle aux fièvres des bookmakers. Hommage à toi Loris Karius.   

Le bourreau

Une autre figure émerge de cette finale, celle du bourreau. Sergio Ramos, joueur athlétique, toujours à la limite de la régularité (et souvent au-delà). S'il s'est malencontreusement enroulé le bras avec celui du joueur étoile Mohamed Salah, d'autres disent plutôt qu'il lui a fait une vicieuse clé de bras, effectuant une redoutable prise de judo, l'entraînant au sol et le propulsant surtout directement à l'infirmerie. Résultat: insultes sur les réseaux sociaux, contrat mis sur la tête du sieur Ramos, et re-menaces de mort. Les sentiments les plus négatifs se canalisent sur lui. Pas nouveau. Avant lui Harald Schumacher, gardien de but allemand, était traité de nazi, de SS, et recevra lui aussi des menaces de mort suite à une sortie aérienne qui envoya le joueur français Battiston à l'hôpital, en 1982. On se rappelle aussi de Gabet Chapuisat, qui avait démonté la rotule de Lucien Favre, l'affaire s'était terminée devant les tribunaux civils. Alors : engagement ou agression ? Lutte à la régulière ou acte vicieux pour éliminer un adversaire? Le football est un champ économique avec des figure dignes de Série B pour l'animer. Il interroge chez chacun.e. le sens de la justice et si la fin justifie les moyen. Et puis, à partir de combien de francs d'enjeux, le fair-play devient-il un luxe surnuméraire? 

 

Le héros

A ce tableau épique, ne pouvait manquer un héros. Il s'est incarné par un buteur gallois, attaquant véloce, auteur d'un retourné spectaculaire, faisant tourner la tête de toute l'Europe du football (et les millions du sport-business). Incarnant la figure d'Icare rayonnant, du succès, il suscite envie et admiration. Pour sûr, il aurait eu droit à ses menaces de mort s'il avait par exemple raté un penalty ou commis un autogoal. Etre monté aux nues ou vouée aux gémonies, jeté en pâture à la presse, le football spectacle ressemble à s'y méprendre aux jeux du cirque romains, à une usine de boucherie.

 

Victime, héros, bourreau

Amoureux de football, je ne regarderai les matchs de coupe du monde que d'un oeil critique, pour soutenir les plus petits et chanter les louanges des perdants. Le football est et sera toujours une magnifique école de vie, et le sport plus généralement une incroyable aventure humaine, mais les rôles intimés aux joueurs sont devenus paroxystiques, et les états pourris utilisent le sport comme une vitrine nationaliste. Alors très peu pour moi de ces scénarios hollywoodiens, occultant la dimension ludique et amicale du football, pour jeter en pâture des sportifs à la masse. Au match d'inauguration du mondial Russie-Arabie Saoudite, je préférerai toujours celui du Lancy Fraisier FC contre FC Compesières ou le CS interstar de Varembé.     

Plutôt que crier Vae victis comme les romains, je chanterai gloire aux vaincus. Ils ont une grandeur et profondeur que les gagnants n'ont plus. Et tant pis pour les contrats publicitaires et les sourires Pepsodent, ce sont les applaudissements pour les beaux gestes, l'humilité dans la  victoire comme dans la défaite que je préfère, car cela nous ramène au jeu et à sa dimension fondamentale : sa fragilité.

Hommage à Loris Karius.

 

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23/05/2018

Jean Ziegler, Genève reconnaissante!

33326901_10156194052966826_3245755305832742912_n.jpgCe n'est pas Genève qui doit me remercier, c'est moi, petit immigré bernois, qui doit remercier Genève. Ce furent les mots de Jean Ziegler au moment de recevoir la médaille Genève reconnaissante.

La Ville récompense l’engagement d'un homme durant des décennies pour la justice sociale et la lutte contre la faim dans le monde. Ancien conseiller municipal en Ville de Genève, puis conseiller national, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, Jean Ziegler a toute sa vie oeuvré comme intellectuel, citoyen engagé, élu du peuple. Il n'a jamais cessé de se révolter, de contester l’ordre du monde, rappelant inlassablement que toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim et que cela n’est nullement une fatalité mais un crime cynique signé par le pouvoir économique et spéculatif mondial qui a ses relais et ses agents identifiables. 

Parmi les premiers, il a dénoncé le banditisme du système bancaire helvétique (la Suisse lave plus blanc,1990, Le bonheur d'être Suisse, 1993), ses secrets, les lobbies actifs sous la coupole, essuyant les injures et les procès. C'est lui aussi qui, en pleine crise des fonds en déshérence, en 1997, dans La Suisse, l'or et les morts soulevait le voile d'un passé coupable rempli d'accointances entre les banques suisses et le pouvoir nazi durant la seconde guerre mondiale. Jean Ziegler fait partie de ces intellectuels comme Max Frisch, Fritz Zorn, Niklaus Meienberg, qui n'ont jamais confondu patriotisme et complaisance, mais au contraire appuyé fort là où ça fait mal pour nous réveiller de nos complaisances bien helvétique des "y'en pas comme nous" pour confronter nos tabous et suffisances, dénonçant inlassablement les sources troubles de la prospérité helvétique.

Cette médaille Genève reconnaissante honore Jean Ziegler et honore notre ville. Elle signifie aussi que Genève n’est pas une cité tout à fait comme les autres. Le Conseil administratif, en parallèle de la remise de la médaille Genève reconnaissante, a d'ailleurs ouvert un livre de condoléance pour les victimes des crimes commis à Gaza par l’armée israélienne. Ce livre de condoléance, ouvert en réponse au massacre de femmes, d’enfants et d’innocents, tout comme la présence de Leila Chahid et Michel Warschawski auprès de Jean Ziegler au moment d'être récompensé, est un signal politique fort que la dénonciation des crimes et des injustices, que la lutte pour la défense des droits humains est un travail incessant  et n'a pas de frontières.

Bien sûr, il y aura toujours des gens pour vouloir nous replonger la tête dans le sable. Mais dans un monde où le commerce est globalisé, la solidarité doit forcément l'être d'autant. Nous ne vivons et ne militons pas dans une ville comme les autres. Genève est le siège de grandes organisations internationales, le berceau de conventions fondamentales dans le domaine du droit international humanitaire. Nous y avons donc une responsabilité singulière.

Jean Ziegler l'a rappelé : parce que nos conditions d’existence sont enviables, que nous bénéficions de la liberté d’expression, de mouvement, et jouissons de conditions matérielles nous assurant une existence digne, nous avons une responsabilité particulière.

Bien entendu, Jean Ziegler a ses détracteurs, qui lui reprochent des proximités avec des chefs d'état peu fréquentables, des luttes trop radicales, un antiaméricanisme forcené. Le monde n'est pas binaire, ni ne se découpe en noir et blanc. Le pouvoir, l'engagement sont des lieux complexes. Jean Ziegler s'est sali les mains, au sens Sartrien du terme. Sa trajectoire nous invite aussi à nous interroger sur ce que le pouvoir fait aux hommes, et comment la volonté de puissance peut tenter chacun. 

Au moment où Jean Ziegler, infatigable (84 ans!), sort un nouveau livre Le capitalisme expliqué à ma petite fille (en espérant qu'elle en verra la fin), il était touchant de voir sa petite fille remuer sur son siège durant la cérémonie de reconnaissance de Genève à son enfant terrible.

Ce signal de transmission d'une génération à une autre, ce printemps de la relève est celui de l'herbe qui pousse, des fissures qui se forment dans les murs les plus solides. Un symbole pour poursuivre les luttes pour la justice et le partage des richesses; luttes qui sont aujourd'hui plus violentes et indécises que jamais, et pour lesquelles Jean Ziegler nous donne une grille d'analyse, une boussole, et une espérance s'inspirant du poème de Pablo Neruda : ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront jamais le printemps.

L'histoire a un sens, celui de la justice sociale.

 

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17/05/2018

Tolérance zéro pour les grillades ... et les matraques pour les fumeurs de chichas ?

2-26.jpgDans le journal 20mn, Monsieur Barazzone, par la voix de son porte-parole, annonce que la Ville va "serrer la vis face à de nombreux abus" concernant les grillades "sauvages". Il s'en suit une explication fumeuse sur le fait que des débuts d'incendie de bosquet ont été déclenché après que des gens y aient vidé leurs braises, et que des groupes occupent des grils municipaux, les privatisant de fait. C'est en effet une explication improbable, car le fait  que les grills soient squattés découle précisément du fait qu'ils sont installés en nombre insuffisants, et précisément de l'interdiction de la Ville de laisser la liberté à chacun.e. d'amener son propre grill. Si la Ville veut interdire les grills individuels, qu'elle établisse au moins un nombre suffisant de grills collectifs pour celles et ceux qui souhaitent s'adonner à cette pratique populaire.

Malheureusement, ce n'est pas la voie suivie. Aujourd'hui : tolérance zéro pour les personnes qui veulent juste griller un petit bout de viande ou de tofu en été. Et gel des nouveaux grills collectifs. Avec une seule logique : celle de la répression et de la mise à l'amende. Quand on n'a pas vraiment de position, l'intolérance peut vite devenir une norme.

Et si on sortait de la logique de la répression et de l'amende ?

Il existe pourtant des solutions. Tout d'abord des zones de grillades libres et encadrées, afin que chacun.e. puisse amener son propre matériel. Ou alors, établissement de grills électriques collectifs, qui ne produisent aucune fumée, fonctionnent sans braise ni production de déchets après la grillade. Cette solution permettrait à chacun.e. de griller ses saucisses et ses mets végétariens sans nuire à la qualité de vie dans les parcs et pacifierait le sujet.[2]

Cette solution de grills électriques augmenterait aussi la convivialité. Puisque ce n'est ni un tel ni tel autre qui a allumé le grill, ce dernier se partagerait plus librement. Fin de l'appropriation. La convivialité augmenterait d'autant. Installé en nombre suffisant, ces grills seraient une véritable alternative à la fumée et aux nuisances que peuvent occasionner les grills à charbon. Ils pourraient même être utilisés durant plusieurs saisons et être un mode attractif de faire vivre les parcs aux saisons moins ensoleillées et une alternative à l'enfermement chez soi. Ces grills électriques sont aujourd'hui installés dans plusieurs communes de suisse romande, notamment Nyon, Yverdon, Montreux et Lausanne bientôt.

Belle idée que d'augmenter l'appropriation citoyenne dans les parcs, et populariser la grillade en automne ou en hiver, avec des grills collectifs. Ces derniers pourraient même être solaires. Il faudrait pour cela équiper les parcs et sortir de la logique de parcs sanctuaires et du réflexe de la mise à l'amende pour ce qui ne respect pas la rigidité des règlements. 

Et si, plutôt que d'une position intolérante voulant éteindre un mouvement populaire, on passait à une position de tolérance pour le vivre ensemble en amenant des solutions ?

Avec un peu d'imagination et de créativité, c'est possible.

Genève mérite beaucoup mieux que des policiers chassant aux cris de tolérance zéro les gens qui pique-niquent dans les parcs. 

 

 

[1] http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Grillades-dans-les-parcs--la-Ville-va-serrer-la-vis-cet-ete-25217494

[2] http://www.greenplategrill.ch/

19:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/05/2018

Gandhi à Gaza

1522432572_gaza-12-morts-ensanglantent-la-grande-marche-du-retour.jpgIl s’est mis sur le petit rocher. Il voit la foule avancer. La foule de celles et ceux qui vivent dans une prison à ciel ouvert. La foule de celles et ceux qui n’ont plus rien à perdre, de celles et ceux qui ont été chassé de leur terre il y a 70 ans, qui ont le droit et la justice pour eux, et des fusils sur la tempe. 

 

Il secoue la tête pendant que la foule avance vers les barrières de sécurité et que les soldats chargent leurs armes pour viser celles et ceux qui sont devant. Il regarde mieux. Ce n'est plus une foule qu'il voit, mais des femmes et des enfants, des avocats et des médecins, monsieur et madame tout le monde, un vieillard qui marche courbé, un homme en chaise roulante que son frère pousse. Ils se dirigent vers les barrières de sécurité. [1] 

Il voit l’arrogance du pouvoir, cette toute puissance crasse du pouvoir colonial, de la force pure et de l'abus. Il sait qu’à quelques kilomètres de là, de l'autre côté de la  barrière, des officiels, triomphants, fêtent, protégés par des centaines de soldats et de policiers. Ils trinquent, gorgés de pouvoir à l’établissement d’une humiliation supplémentaire. Ce sont des petits blancs qui sont là, de jolis blonds américains, des occidentaux venus faire la loi et poursuivre l'état des colonies. Du sang sur les mains. Du sang sur les mains. 

Au moment où certains commémorent la Nakba, l'exode palestinien de 1948 en agitant les clés et criant leur droit au retour, d'autres rajoutent une humiliation de plus à une très très longue série. Ils trinquent, en appuyant de leur bottes sur les visages de celles et ceux qui sont placés sous eux. Qui pour protester devant cette injustice?

De l’autre côté de la barrière, enfermés à double tour, les boulangers et les ferrailleurs, les pécheurs et les balayeuses continuent de marcher vers les barbelés. 

Gandhi reconnaît la profonde résolution de celles et ceux qui ont un droit et qui sont prêt à mourir pour. Il voit les fusils s'abaisser et les soldats tirer sur les boulangers, les enseignantes, les enfants, à les tuer les uns après les autres, comme des lapins, comme des pipes en plâtre à la foire, comme à Sabra et Chatila les sinistres exécutants, comme s'ils en avaient le droit, comme si ces vies là n'avaient pas d'importance, leur appartenaient, et qu'ils pouvaient en couper les fils comme ils le voulaient. 

Les soldats sont bien protégés derrière leurs casques, intouchables derrière leurs remparts, riant de l'éclat intouchable des lâches que la domination a placé du bon côté de la barrière.

Impossible de plaider la légitime défense, aucun inconscient ne le ferait. Gandhi est avocat de formation, il sait distinguer un assassinat d'une bavure, la légitime défense d'une exécution.     

Gandhi est venu à Gaza, il y vu la marche non violente du peuple de Gaza pour obtenir ses droits et briser ses chaînes. Il a vu le sang de ceux qui subissent les vexations racistes, les préjugés, l'enfermement, les rationnements, et l'assassinat.

Et il a entendu les gouvernements qui plaident la paix et la démocratie s'accommoder d'un massacre immonde et se taire honteusement. Et il a entendu les états amis ronchonner un peu mais continuer de s'accommoder de l'innommable comme s'ils n'avaient aucune responsabilité là-dedans et comme s'ils ne jouaient aucun rôle. 

Gandhi se rappelle d'Amirtsar, en 1919 lorsque les troupes britanniques avaient tiré sur son peuple, femmes et hommes réunis dans les jardins de Jallianwallah Bagh. Plus de 379 morts et 1200 blessés, un général anglais acclamé à son retour en Angleterre devenant un héros. Ce fut le début d'une grande lutte d'indépendance.

Aujourd'hui, les soldats israéliens tirent dans la foule démunie comme hier les anglais tiraient sur les indiens et les français sur les algériens.

Seront-ils arrêtés avant d'avoir supprimés 1,9 millions de gazaouis ?

Gandhi se lève et va saisir un drapeau noir rouge vert et blanc. Il avance vers les barrières.

Il y a plein d'enfants qui courent autour de lui. Ils rient de ses petites lunettes et de son drôle de costume qui flotte au vent.

Ils s'en amusent, comme des cerf-volants qu'ils voient danser au dessus de leurs têtes.   

 

 

 

[1]http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/15/des-palestiniens-abandonnes-et-deshumanises_5299183_3232.html

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13/05/2018

Ciel, ma grillade !

Le retour des beaux jours appelle ce plaisir sans pareil de profiter d'un parc ou du bord du lac pour sortir son petit grill et y tourner quelques aliments. L'art de vivre qu'est le pique-nique permet de renouer avec quelque chose de l'art ancestral du chasseur-cueilleur et de la cuisson au grand air. Une activité conviviale, source de bien être collectif, mais qui n'est pas sans susciter des nuisances et doit nécessairement être régulée.

Ce plaisir, en Ville de Genève, est gâché par un règlement rigide, et surtout une inadaptation des infrastructures existantes. Les grillades sont en effet interdites partout, sauf aux espaces spécifiquement dévolus et identifiés comme tel pour y faire rôtir son pilon de poulet ou son bloc de tofu: soit 6 ou 7 lieux.[1] Sur ceux-ci, 4 à 5 grills installés en moyenne. Le hic,  c'est qu'une petite trentaine de grills pour 200'000 habitant-e-s, c'est insuffisant. Ces infrastructures sont également prises d'assaut par des personnes qui viennent de bien au-delà des frontières communales. Durant la belle saison, ça ne suffit pas. L'un des charmes et la liberté du pique-nique c'est de choisir son lieu, pas de se le voir assigné.   

Depuis que le magistrat en charge de l'environnement urbain et de la sécurité a eu la mauvaise idée d'interdire les grills à l'exception des quelques postes dédiés, l'insuffisance de ces derniers est criante. Elle a beau s'inscrire dans le cadre d'un "projet pilote", cette dimension évolutive n'enlève rien à son inadéquation.

On attend donc de voir comment le projet pilote débouchera sur une véritable prise en compte des besoins et des nuisances de la grillade en plein air pour amener de véritables solutions.

Les grills installés à l'année sont peu esthétique, ruinent le gazon autour d'eux et sont victimes d'appropriation par ceux qui s'y ruent dès l'aube sur le mode : "premiers arrivés, premiers servis". Les plus lestes s'installent et s'en est fini des volontés harmonieuses d'un partage qui permettrait à tout le monde de griller en bonne intelligence son steak.

Nos pauvres policiers municipaux se retrouvent désormais, à l'heure de l'apéro, devant des citoyen.ne.s maniant le coutelas à cervelas, pour les obliger à partager le grill municipal. Ou alors ils sont confrontés à ceux qui s'en sont vu exclu et ont amené leur grill portatif, devant alors sortir leur carnet d'amende pour douiller celles et ceux qui ouvrent leur poulet. 

Ces agent.e.s se retrouvent dans des situations délicates et peu satisfaisantes. Ils doivent gâcher la joie simple d'habitant.e.s se faisant un plaisir de pique-niquer à petit prix, à cause de décisions administratives peu en phase avec la réalité, ou alors ils passent leur chemin en fermant les yeux, assumant le côté inadapté du règlement, ce qui n'est pas très glorieux pour une municipalité. Peu de policiers municipaux ont envie de jouer les casseurs de convivialité, ce n'est pas leur rôle.   

Une proposition constructive? Organiser des zones de grillades (on a bien des parcs à chien). Où chacun pourrait amener son grill et disposer d'un espace librement. Finies alors les tensions autour des grills municipaux, chacun.e se débrouillerait dans des espaces délimités, soigneusement choisi et préservant les sols, à l'écart des habitations, et étant appelé à s'y responsabiliser, plutôt que se battre pour 4 ou 5 emplacements.

Pour que les grills ne soient pas une patate chaude que la police municipale gère en bûchant les malheureux voulant profiter de l'incroyable qualité de vie de nos parcs, on aurait besoin d'un peu de clarification et de courage de la part du magistrat en charge de ce dossier.

Pour que nul ne soit obligé d'aller se faire cuire un oeuf ailleurs, pour que ce ne soit pas au final des food-truck commerciaux qui remplacent la joie de manger au sol avec ses proches, il est important que des espaces gratuits, conviviaux et dévolus à la grillade soient ouverts... si possible avant l'hiver, svp, merci. 

 

[1] http://www.ville-geneve.ch/themes/environnement-urbain-espaces-verts/espaces-verts/comportements-recommandes/espaces-grillades/

 

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08/05/2018

Manifeste cycliste

Alors que toujours plus de cyclistes meurent sur les routes, victimes du manque de réactivité des pouvoirs publics qui continuent à vouloir faire cohabiter des véhicules de plusieurs tonnes avec des personnes vulnérables exposées sans aucune protection.

Alors que le nombre de cyclistes augmente sans cesse mais que les infrastructures et pistes cyclables ne suivent pas.

Alors que trop souvent, un simple trait de peinture jaune est tracé sur le sol, et que très souvent, même un peu de peinture, c'est encore trop demander.

Alors qu'aucun trait de peinture n'a jamais empêché quiconque de mourir quand une voiture zigzague sur lui.

Des pistes cyclables sécurisées partout, voilà ce qui arrêtera de faire mourir les cyclistes sur les routes.

 

Alors que les véhicules sont plus gros, et ceux qui sont dedans plus isolés, avec des gadgets toujours plus attractifs pour les distraire.

Alors que les cyclistes se font shooter comme des lapins pour une seconde d'inattention.

Alors que certains continuent de nommer cycloterroristes ceux qui essaient de survivre sans moteur dans un espace routier pensé toujours pour la voiture uniquement.

Des pistes cyclables partout, voilà ce qui mettra fin aux transgressions des cyclistes.

 

Alors que la voiture est un mode de déplacement du siècle dernier voué à disparaître.

Alors que de nombreuses personnes aimeraient se déplacer en vélo mais n'osent pas car ils estiment cela trop dangereux.

Alors que des questions de santé publique (pollution sonore et pics de pollutions) plaident pour une accélération du passage à des modes de transport ni dangereux ni nocifs.

Alors que la loi sur la circulation routière est dépassée et souffre d'un anachronisme grave.

On ne trouvera plus aucun cycliste pour violer la loi routière quand celle-ci sera pensée également pour lui et à son avantage

Ce n'est pas le vélo qui est dangereux c'est les véhicules qui le serrent.

 

Alors que nous sommes placés devant un choix : voir toujours plus de cyclistes mourir parce que les infrastructures et les mentalités ne changent pas ou changer les mentalités et les infrastructures.

Pour partager l'espace il existe une solution évidente: que chacun.e puisse disposer du sien d'une manière sécurisée.

 

Pour toutes celles et tous ceux qui risquent leur vie tous les jours dans la jungle urbaine. En mémoire de toutes celles et de tous ceux qui l'ont perdue dedans.

Construisons des espaces en zone propre pour les vélos et les piétons exclusivement.

Et arrêtons de repousser les cyclistes sur la part congrue des routes mais ramenons-les au centre.

Par tous les moyens nécessaires. 

 

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05/05/2018

Le dernier stand

élections,suisse,démocratie,participationLe dernier stand, le dernier flyer transmis, le dernier rappel à voter dimanche. La campagne des élections cantonales touche à sa fin. Vous les voyez ces candidat.e.s qui sont allés au bout de l'effort, exposés, évalués, critiqués, devant encore et encore se positionner, expliquer leur point de vue, convaincre, malgré des vents contraires, ou au risque de l'euphorie, et dont la vie va basculer ce dimanche 6 mai ?

La campagne : temps forts de notre démocratie. Cette campagne qui commence quand tout le monde pense qu'elle n'a pas lieu, et se termine arbitrairement quand on pense qu'elle ne cessera jamais.

Cette campagne où chaque candidat.e, placé  devant le peuple, met en avant son programme, ses arguments, sa bobine, sa personnalité tout entière, où le pouvoir du citoyen s'exprime à fond. Ce dernier a le pouvoir de faire ou de défaire, de garder ou de renvoyer, de sanctionner ou pardonner. Cela lui donne la capacité d'exercer une pression, d'exiger des engagements, des garanties pour l'avenir. Il y a quelque chose de jubilatoire dans la force de ce bulletin de vote, dans la puissance du choix, à exercer sans modération. Et bien sûr, la fragilité liée à ce qu'il en restera, une fois le dernier bureau de vote fermé. 

Pour un temps, véritablement, chaque citoyen.ne. décide et tranche, tient le couteau par le manche. Demandez voir aux candidat.e.s comment ils se sentent ce soir. Je vous jure, quel qu'ait été leur score du premier tour, ils ne font pas les malins.

Pour ceux qui ressentent la puissance de ce vote, on peut comprendre qu'il y ait quelque chose de désolant d'imaginer les enveloppes de vote qui finissent à la poubelle, sont oubliées entre le coop magazine et le ghi pour finir à la benne. Crève coeur de voir ce pouvoir d'agir se diluer dans l'abstention.

Au dernier stand, on se rappelle aussi que moins de 40% des citoyen.ne.s ayant le droit de vote l'exercent. S'il y a un défi constant, c'est bien d'augmenter cette participation. Pas pour donner plus de légitimité aux élu.e.s, ils s'en foutent, ils continueraient même de gouverner et pour certains se penser les rois du monde, même avec 2% de votant.e.s, mais bien parce que l'élection est une formation continue à la citoyenneté, au pouvoir d'agir, aux manière de l'exercer, et que rien ne forme mieux qu'une campagne à comprendre les rouages, les biais, les zones d'ombre et les impensés de notre démocratie qui n'est de loin pas aisément accessible.

Il y a tant à faire en terme d'éducation populaire, à nous de rappeler à l'Etat de mener des programmes ambitieux destinés aux populations les plus éloignées du vote, et pas seulement des campagnes de pub pour faire voter "les jeunes", groupe non homogène dont le vote n'est pas spécifiquement le plus bas. Il faut relever dans ce sens le bon travail qui a été mené par le Bureau d'intégration des étrangers au sujet du vote des personnes étrangères résidant depuis plus de 8 ans en Suisse, visant à leur rappeler leurs droits. Bien évidemment, par souci de cohérence et de lisibilité, nous allons nous engager pour que ce droit puisse également s'exercer au niveau cantonal.

Trop peu d'efforts sont fait pour faire véritablement d'habitant.e.s des citoyenne.e.s. Il est illusoire de penser que l'helvète a la démocratie directe dans le sang. Cela s'apprend, s'acquière, durement, et nécessite des moyens. Car si la presse, du fait de son regroupement en trust, fait chichement office de contre-pouvoir, c'est et ce sera toujours plus au peuple de faire entendre sa voix. La campagne qui s'achève aura joliment démontré qu'on ne peut ni l'acheter ni lui faire prendre des vessies pour des lanternes; mais que la cruauté demeure aussi, et que la politique n'applique de loin pas les principes du salaire au mérite.

Il faut redouter, bâché le dernier stand, connu le dernier résultat, que les citoyen.e.s s'en retournent à leurs moutons. L'adrénaline, la tension de la campagne diminuant, il est à craindre que le peuple oublie que les élu.e.s ont des comptes à rendre tous les jours de l'année, pas seulement au moment de repartir pour un tour, et omettent de maintenir constamment la pression.

On entend souvent des voix railler le côté électoraliste ou racoleur des campagnes. Mais quoi de plus normal que la nécessité de rendre des comptes ? Mais c'est toute l'année que les élu.e.s doivent sentir le petit feu doux du jugement populaire sous leurs fesses, et saisir qu'ils sont des représentant.e.s, des délégué.e.s, élu.e.s pour servir et pas pour se servir, en dégonflant la place démesurée des egos.

Oui, c'est toute l'année que les élu.e.s devraient être soumis.e.s aux questions, interpellations et remis.e.s en cause. Pas seulement par les médias, mais par le travail des autres élu.e.s, des groupes de pression, des associations organisées, qui, après avoir donné leur voix, doivent continuer clairement à se faire entendre clairement des décideurs et décideuses. C'est finalement à tout un chacun.e que, continuellement, revient la responsabilité de ramener chaque élu.e. à la réalité et aux défis du quotidien plutôt qu'aux soucis des possibles dégâts d'image. 

Car en glissant son bulletin dans l'urne chacun.e donne bien plus qu'une voix, bien plus qu'un accès à un siège, mais véritablement engage à une charge impliquant une responsabilité ; et chacun.e reçoit en retour le droit d'en exiger le plein accomplissement.  

Le dernier stand, le dernier bulletin glissé dans l'urne. Et après? Après bien sûr, on recommencera. Votations du 10 juin, élection de la cour des comptes, et puis dans un peu plus d'une année, renouvellement du parlement fédéral et puis une année après, celui des cénacles municipaux. Cela peut donner le tournis. Mais c'est surtout là une des grandes joies de notre démocratie, qui pousse à dire que même quand il n'y en a plus, il y en a encore.

Peut-on se lasser qu'une campagne chasse l'autre, qu'une votation succède à la précédente? Je ne crois pas. On doit y lire plutôt le succès de notre système politique, qui invite véritablement chacun.e. à prendre sa place, donner sa voix, exprimer son point de vue, et faire par là une différence.

Savourons ce dernier stand. ce dernier flyer transmis, dernier rappel à voter dimanche, ces dernières heures de campagne. Savourons pleinement ce dernier bulletin glissé dans l'urne... avant de lancer la prochaine campagne.

 

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12/04/2018

Dites-leur bien que nous sommes des hommes, pas des animaux

La connaissance de la misère humaine est difficile au riche, au puissant, parce qu'il est presque invinciblement porté à croire qu'il est quelque chose. Elle est également difficile au misérable parce qu'il est presque invinciblement porté à croire que le riche, ou le puissant, est quelque chose. (Simone Weil, la pesanteur et la grâce)

Dans la prison se tisse un lien étrange entre les détenus et ceux qui viennent les visiter. Une relation faite de nécessité et de fragilité, mais aussi de pouvoir, de domination et de peurs. Peur du vertige, du jugement et de la liberté d'un côté, de l'agressivité et de l'inconnu de l'autre. Visiteurs, nous sommes là pour un temps, de passage sur le territoire de l'autre qui y est retenu contre sa volonté.

Un premier homme dit : "Je n'ai plus rien à perdre, c'est fini..."

Que peut-on attendre de quelqu'un qui n'a plus rien à perdre ? Quoi qu'il fasse, il passera les trente prochaines années de sa vie derrière les barreaux.

"... mais je veux vous montrer ma cellule".

Hans, petit homme condamné à 20 ans, nous ouvre la porte de son monde 2x2.

Il nous montre ses quatre mètres carrés et s'exclame : 15 ans que je suis là. 15 ans : une vie. Les livres sont partout, pour être lus ou soutenir un lit fragile. Au mur, des photos du Ché, de Tania, révolutionnaire allemande des années 60. Cadeau d'une amie avec laquelle il correspond depuis des années, un drapeau basque suspendu signifie la lutte solidaire pour toutes les minorités. C'est comme si le temps s'était figé, que la révolution était juste pour demain, et que les ombres des camarades disparus signifiaient encore la possibilité d'un changement radical et immédiat de la société.

Hans nous parle de l'ancien régime de la prison. Tous devaient être au matin au pied du lit pour répondre à l'appel. Les gardes contrôlaient la propreté, passaient leur doigt sous les commodes. Une trace de poussière : une faute. Trois fautes : l'isolement. "Nous étions traités comme à l'armée, les conditions de vie étaient infectes. Il y avait partout des caméras de surveillance, une interdiction de se rassembler à plus que trois et nous ne pouvions sortir qu'une heure par jour de notre cellule. Des miradors en nombre et des soldats qui, au travers de mégaphones, nous criaient de nous disperser si nous transgressions le code de conduite."

Système absolu de surveillance panoptique. Personne ne peut voir ceux qui voient tout. Personne ne peut savoir ce que voit ceux qui peuvent tout voir. Un truc à devenir fou. Et même plus la possibilité de tourner une clé ou actionner une poignée. 

Avant, la prison était dans la vieille ville, maintenant elle a été déplacée à l'extérieur. Il n'y a même plus les bruits de la ville, les cris des enfants. Juste un bout de ciel et quelques arbres.

Les prisonniers ont fait une grève de la faim, puis une mutinerie. Il  ont brûlé un bloc. Détruit des caméras. Il en reste quelques fils pendant aux murs et puis de la suie au plafond, c'est tout. Le régime de la prison a changé. Il y fut contraint. Ainsi, les pauvres, les moins que rien ont pu déployer une puissance suffisante pour faire plier l'autorité. A l'extérieur, personne n'en parla. Ce qui se passe là-dedans reste là-dedans. Mais les rapports de force sont complexe. Ils doivent, à partir d'un certain niveau, être basé sur des rapports d'équilibre, d'acceptation réciproque, être négociés, et chèrement parfois. Pouvoir, peur, prison. 

Le négoce des choses

Un homme nous demande de lui acheter un pull dès que nous serons dehors. D'ailleurs, chacun, a tour de rôle vient nous trouver avec ses demandes et veut nous faire participer à des plans illégaux en nous testant, toujours sur le ton de la blague, mais avec un oeil curieux, toujours. Marchera ou ne marchera pas? Au début, le regard est scrutateur, puis devient observateur et peut-être ensuite, complice.

L'humour est salvateur pour louvoyer, se dégager, placer le discours en un autre lieu, faire comme si... sans rien rejeter ou promettre. Ici, les attentes sont énormes, rien ne s'oublie d'un projet, d'une promesse. La confiance est fragile, les mots essentiels, et un rien les brise. Le langage est tout ce qui reste, avec le corps, d'une puissance exprimable. Chacun a été trahi et semble guetter le moment de la prochain faillite, avec un mélange de crainte et de certitude face à la réalisation de la prophétie négative, la confirmation de leur nullité... et cela conduit à la rage ou à la résignation.

Nous travaillons à ne pas susciter d'attentes, de désirs excessifs. Pourtant, des désirs, il y en a toujours, de toute façon. On baigne dedans, du moment que l'on met un pied en prison. Alors, à la limite : Agrandir encore. Tourner les choses en dérision. -Si on peut amener une fille la prochaine fois ? Mais oui bien sûr. Une brune ou une blonde ? - Rires. Fantasmes, évasion, rêves. Tout plutôt que rester collé là-dedans, entre quatre murs.

Les rires montent. Pour s'éloigner à vitesse supersonique de la pesanteur du quotidien. Impossible néanmoins d'échapper au manque, au vide, à l'impasse. Il se glisse partout et prend toute la place.

Les familles, souvent, pour des raisons de distance, de honte, d'argent, de peur, de colère, ne viennent plus visiter les leurs qu'elles ne considèrent plus comme tels. Reste les femmes souvent; les mères, les soeurs, surtout.

Parfois la tentation de Dieu surgit. Celle de la violence ou de la mort, pour donner au vide une teinte accomplie, se réapproprier son histoire jusqu'à sa négation. Les grilles  alors, ni même les cachetons, bien qu'ils aient pu jouer un temps cette fonction, ne suffisent plus à contenir l'angoisse intérieur. A se taper la tête contre les murs alors.

L'enfermement dans l'enfermement. Alors, à la fin, tout est égal, s'aligne sur un même horizon. Quelle descendance rêver en prison, quelle suite? Vie et mort semblent tisser une trame indistincte, quand une vieille parole chargée de la poussière des siècles remonte : "j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité".

Tout est égal et pourtant : une salade de fruit, un avion dans le ciel, quelques brins de tabac. Une fête. Tout est égal, et pourtant : une promesse de partie de football dans trois jours au préau central, ça c'est quelque chose. Personne n'aimerait le manquer, c'est un événement inédit.

Hans referme la porte de sa cellule comme on ferme un livre. Il range son couteau, nettoie sa tasse, se frotte la bouche du revers de la manche.

On se dit au-revoir, on s'en va, mais c'est certain, on se retrouve dans trois jours sur le préau central, pour cette partie de football.

Le rendez-vous est pris, pour se mesurer, avec ses fragilités et ses forces.

Pour rien au monde, de part et d'autre, on ne voudrait manquer cela.

Hans dit encore, au moment ou la porte se referme : dites-leur bien que nous sommes des hommes, pas des animaux.

 

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11/04/2018

A quoi ressemblera votre vie si la droite gagne dimanche?

csm_Armut_in_der_Schweiz_CH_f_1_1300x547px_c47bcfa5c2.jpgLa pauvreté augmente en Suisse et à Genève. Elle peut frapper chacun.e. Le filet social est d'autant plus important. Pourtant, on peut lire dans le Temps la grande déclaration de l'Entente (les cinq candidats PDC et PLR) qui annonce que son seul objectif pour la prochaine législature serait, en cas d'élection de couper et couper encore dans les budgets.[1]

Pour ce programme d'austérité, ils veulent "une majorité nette" le 15 avril. Pierre Maudet susurre: "on compte sur le vote de dimanche pour pouvoir faire ce que l'on avait dit que l'on ferait et que l'on nous a empêché de faire : des coupes". C'est incroyable quand même. Voilà une droite qui a disposé d'une écrasante majorité au Conseil d'Etat et au Grand Conseil durant 5 ans et qui, à quelques jours de l'élection, piteusement, demande que l'on reparte pour un tour afin qu'ils puissent réaliser ce pour quoi ils ont été élu le coup d'avant. Il faut rappeler à Monsieur Maudet que si la droite majoritaire n'a pas réussi à mener aussi loin qu'elle l'entend son projet d'austérité, elle ne le doit qu'à elle-même et à sa propre faiblesse. En guise de "programme politique", c'est un sacré constat d'échec que reconnaît l'Entente.

 

Ce Conseil d'Etat, à l'écrasante majorité de droite, a été inefficace durant 5 ans

Il faudrait dimanche leur redonner une majorité pour que le coupe-coupe fonctionne encore? Non. Mieux vaut renverser cette majorité et retirer immédiatement tout objet tranchant de ses mains.

En Ville de Genève, l'Entente s'est trouvée empruntée. Elle ne savait pas où couper ni comment, se heurtant à la réalité : une Ville bien gérée, avec des charges maîtrisées, des budgets à l'équilibre et des comptes bénéficiaires. Quand l'Entente a réussi à trouver là où elle voulait couper (culture et social, toujours!), elle s'est heurtée deux fois en votation populaire à un refus très net (plus de 60%) de la part de la population (en 2016 et 2018).[2] Les coupes ne sont pas une voie à suivre. La population n'en veut pas. 

 

Refusons de couper l'aide publique pour engraisser les privés

L'argument de la droite pour sortir le coupe-coupe est de dire qu'à Genève, "les coûts de l’aide sociale ont explosé de 37% lors de la dernière législature, alors que les revenus ont crû de 12%". Il faut contrer cet argument fallacieux. Si l'on veut baisser les coûts de l'aide sociale, il faut appliquer des modèles créatifs et dynamiques,  afin de sortir les gens rapidement de l'aide sociale.

Par exemple, en facilitant la rente-pont[3] pour les personnes qui perdent leur emploi passé 60 ans; en se donnant les moyens de réduire le nombre de dossiers traités par travailleur social; en favorisant le retour à l'emploi rapide, la formation, en augmentant le nombre de places de crèche afin que tout parent puisse travailler. Voilà ce qui nous motive. Pas de précariser encore davantage les personnes vivant seules, dans un ménage monoparental avec des enfants mineurs, ou celles sans formation post-obligatoire, ou vivant dans un ménage sans aucune personne active occupée, etc.[4] 

 

Les coûts de l'aide sociale augmentent parce que la pauvreté augmente, malgré une conjoncture économique favorable.

Le raccourcissement des délais cadre et la diminution des moyens pour lutter contre le chômage, provoque mécaniquement une augmentation des sommes liées à l'aide sociale. La précarité est le révélateur d'une économie où les salaires sont toujours plus faibles et incertains pour une frange de la population. Un tiers des gens qui obtiennent une aide sociale travaillent! Ils n'arrivent tout simplement plus à joindre les deux bouts.

Il faut le marteler, il n'y a pas d'augmentation en Suisse du nombre de personnes à l'aide sociale en regard de la population globale, mais une augmentation du coût de l'aide sociale, lié principalement à l'augmentation des primes d'assurance maladie et au coût du logement !

La gauche l'a compris, en s'attaquant au coût de l'assurance maladie et aux loyer prohibitifs. Là dessus, il y a des économies à faire afin d'arrêter d'engraisser les privés sur le dos de la collectivité, et cela passe par des changements de lois. Le coupe-coupe de la droite ne va lui qu'enfoncer toujours plus les personnes précaires dans la pauvreté, ne permettant nullement de faire des économies, bien au contraire.

Ayant fait aboutir ce printemps deux initiatives réunissant plus de 7700 signatures pour renforcer l'emploi et la réinsertion socioprofessionnelle, le Parti socialiste agit.[5] Personne n'est par plaisir ou choix à l'aide sociale[6] et personne ne doit y rester. Cela demande un vrai engagement et une vraie politique publique dotée de moyens.  

 

A quoi ressemblera votre vie si la droite gagne?

Si la droite gagne dimanche, nous repartirons pour 5 ans d'une même bouillabaisse créant toujours plus d'inégalités. Nous aurons des entreprises privées toujours plus prospères, et des Genevois-e-s toujours plus pauvres. Pendant que l'économie du Canton continuera à croître, ce seront toujours les mêmes qui en paieront le prix. 

La droite aura beau jeu de taper sur les plus fragiles "ceux à l'aide sociale" pour cacher l'incohérence de sa politique et son manque de vision, cela n'amènera en aucune manière plus de prospérité.

Conclusion : retirons dimanche le coupe-coupe des mains de la droite. Celle-ci a déjà trop largement fait preuve, durant les 5 dernières années, de son incompétence et de son manque de vision pour affronter les défis actuels de notre société.

 

[1] https://www.letemps.ch/suisse/economies-coupes-programme-lentente-genevoise

[2]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/peuple-refuse-no...

[3]https://www.vd.ch/themes/social/prestations-assurances-et...

[4]https://www.tdg.ch/suisse/La-Suisse-compte-600-000-pauvre...

[5] https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/7700-signatures-...

[6] https://www.rts.ch/info/suisse/9005618-sans-l-aide-...

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09/04/2018

La démocratie s'achète-t-elle?

politique,genève,élections,ploutocratie,medias,libertésC'est la question qui se pose en ouvrant un journal dominical qui offre une double page à un magistrat de droite pour qu'il y fasse sa publicité, sans aucune question critique ni remise en cause politique de la part de la journaliste. L'arrogance, encore elle, peut s'étaler, sans frein. A la question : votre réélection passera comme une lettre à la poste, c'est trop facile ? Réponse du magistrat : je regrette cette absence de campagne. La suffisance du pouvoir s'étale sans vergogne pour celui qui a mis un certain nombre de media à sa botte pour qu'ils lui servent de commodes publireportages.

Allez pourtant demander aux policiers ce qu'ils pensent de leur direction, et aux syndicats de l'action du chef... ce sera une autre tonalité que celle donnée dans ce publireportage. Il n'y a là pas un mot sur le bilan, pas un mot sur ce qui a été réellement fait en... 6 ans de pouvoir. Et c'est là une des fragilités de cet homme: être depuis bientôt 11 ans élu à un exécutif ou un autre à Genève, et donner pourtant toujours l'impression qu'il va enfin réaliser quelque chose, que le travail va débuter, qu'il est au coeur de l'action, sans que jamais l'on ne parle de véritable réalisation, sans que jamais on ne creuse vraiment ces chantiers reportés.

Une élection chasse l'autre, une ambition dépasse l'autre, mais avec quel bilan ? On a lu récemment le récit d'une tentative d'intimidation et de menaces envers un député de gauche qui se retrouve attaqué en justice pour avoir émis des critiques et questionné l'action du magistrat en question.[1]  Ces méthodes, on les a connue en Ville de Genève aussi. La menace, toujours, pour ceux qui défendent la démocratie.   

Influencer un vote en donnant une double page à un magistrat tout en en roustant d'autres à 7 jours d'un scrutin, ce n'est pas le reflet d'une démocratie sereine.

Permettez-moi donc ici de contre-balancer.

Je ne peux croire que les Genevois.e.s se laisseront rouler dans la farine, eux qui se font traiter d'anesthésiés par ce magistrat, qui valide au passage la question d'une journaliste comme quoi ils et elles seraient endormi.e.s dans leur confort.

Mais quel confort ? Depuis 6 mois que je bats la campagne et la rue, j'entends des gens qui, arrivés à la retraite, sont contraint.e.s de quitter Genève parce qu'ils n'arrivent plus à y vivre décemment. Ils laissent leurs enfants et petit-enfants derrière eux pour aller vivre ailleurs. Est-ce cela l'endormissement dans le confort ? Ou serait-ce plutôt le taux de plus de 5% de chômeurs à Genève -record national- et l'implacable exclusion des personnes de plus de 50 ans qui témoignent du calvaire et de l'humiliation de devoir faire des offres d'emploi et de se faire traiter comme des moins que rien après s'être fait virer comme des torchons?

Ce serait donc cela l'endormissement dans le confort? Celui de cet homme qui, dans la rue, me dit avoir fait mille, oui:  1000 offres d'emplois sans aucune réponse positive. Ou cet autre qui, à la retraite, continue de bosser sur des chantiers pour compléter sa maigre retraite, ou celles et ceux qui sont baladé.e.s d'emplois précaires en emplois précaires, tout en étant sommés de payer leurs primes d'assurances maladies? Ce serait cela l'endormissement? Ou serait-ce encore plutôt celui des 17% de jeunes de 25 ans qui n'ont ni diplôme ni formation professionnelle, des working-poor, de toutes celles et ceux qui sont à l'aide sociale quand bien même ils travaillent, étant encore malgré tout sous les barèmes du minimum vital? Il ne faut en effet jamais oublier que parmi les bénéficiaires de l'aide sociale, seuls 26% sont sans emploi, et parmi eux on compte les enfants, les malades! 

Aujourd'hui, ce n'est pas l'endormissement qui guette, c'est celui de la précarisation généralisée, à cause de politiques publiques qui favorisent les plus riches et le toc au détriment des travailleuses et travailleurs, des retraité.e.s et des jeunes.     

La démocratie s'achète-t-elle ? C'est la question qui nous sera posée ce dimanche 15 avril, et aucune autre. Tout au long de cette campagne, une bande politique, née de rien, s'est payée des pans entier de visibilité médiatique. Un groupement qui a déposé plus d'un million de francs sur la table pour s'offrir des espaces médiatiques et marteler sur un maximum de supports, d'écrans, de pages, un message qui se limite à : voter pour moi. Ils ont certes essayé de faire aboutir une initiative populaire qui promettait de raser gratis, mais elle a échoué, manquant de réunir le nombre de signatures prescrites. Cela illustre le manque d'ancrage et de militant.e.s. L'esbroufe, les effets de manche, et encore plus d'argent pour vendre une image, cela fonctionnera-t-il? Pas sûr du tout que l'argent permette de tout acheter.    

Pouvoir des media, pouvoir de l'argent et de l'intimidation : il est vital de se mobiliser contre ce nivellement par le bas, cette dénaturalisation de la démocratie, et de voter et faire voter sans relâche contre ces forces obscures, afin de renforcer une vraie démocratie, celle liée à des projets politiques, des débats de fond et de défense d'idées pour le bien collectif.  

La démocratie s'achète-t-elle ? Si celles et ceux qui en ont le pouvoir, les citoyennes et citoyens ne s'engagent pas pour sa défense, il est à craindre que oui. Réponse : dimanche 15 avril dès 12h.

Et d'ici là, à chacun.e. de faire un usage précieux de son  bulletin de vote pour lutter et contester l'hégémonie de l'argent, en votant pour l'Alternative.

A 7 jours du scrutin, seul 15% du corps électoral a voté...

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Rumeurs-sur-des-ecoutes-deux-plaintes-sont-deposees/story/16751754

Photo : Eric Roset 

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05/04/2018

Conseil d'Etat: renversons la majorité et sa méthode !

conseil d'etatL’échec de la législature cantonale qui se termine aura été celui de la volonté centralisatrice et technocratique du Conseil d’Etat à majorité de droite. Incarnée par un François Longchamp en bout de course dans son Département présidentiel fantôme. Il aura servi, au final, à couper des rubans, essuyer par derrière les maladresses de ses collègues, et tenter de faire bonne figure au moment de rendre les clés du pouvoir. Guère plus.

 

Un bilan ? Les projets de lois se sont entassés. Pour quels résultats ? Loi sur la police, loi sur la restauration, les débit de boissons, l'hébergement et le divertissement, loi sur la laïcité. Les Genevois-e-s auront savouré durant 5 ans le velouté technocratique et caporaliste du conseil d’Etat. Résultat : plus de cacophonie et d’incompréhension. En rigidifiant le système, en légiférant à bloc plutôt que de chercher des solutions pragmatiques, donner davantage des moyens aux travailleurs, et mettre de l’huile plutôt que du cadre, le Conseil d’Etat a fini par rendre le système plus lourd et moins efficace. Pour une droite qui parle toujours de réformes et d'austérité, quel paradoxe!

 

La fameuse loi sur la répartition des tâches entre les communes et le canton est un exemple parfait de ce qu’il ne fallait pas faire

Le Conseil d’Etat s’y est engouffré avec un enthousiasme napoléonien. Au final : Berezina. Au nom de la lutte contre les « doublons », d’une idéologie de la « bonne gouvernance », le Conseil d’Etat a cassé des savoir-faire qui fonctionnaient en complémentarité. Et au nom de la clarification d’échelons différents, brisé des relais et des compétences qui se renforçaient.

Le Conseil d’Etat a mis sur un même niveau canton et communes pour les opposer. Cela est contreproductif et a conduit à passer à côté de ce qui a fait la richesse de Genève depuis toujours : la complémentarité des niveaux de décision. Que l’un réalise d’une certaine manière, ce que l’autre parachève, c’est souhaitable, et intelligent. Au diable les étiquettes et la volonté régalienne que tout soit « propre en ordre ». Cette manière hygiénique et maniaque de vouloir délimiter des petites cases pour les remplir, prétendant y caser la réalité est révélateur d’une idéologie carrée qui aurait davantage dû inspirer le Conseil d’Etat à gérer une entreprise de lego, plutôt que de conduire l’Etat pour 5 ans de plus.

 

Un gros problème d'humanité

Ce gouvernement a traité les humains comme des pièces, en faisant sauter des travailleurs comme des fusibles, et payer les lampistes (Affaire Adeline, renvoi de Christian Cudré-Mauroux, la trentaine de bagagistes virés de l’aéroport par P.Maudet. etc.,), mettant toujours celles et ceux qui sont en bas de l’échelle sous pression pour que d'autres conservent leur poste ou bonne figure.

Ce Conseil d’Etat a failli, parce qu’il a tellement cru dans l’idéologie des petites boîtes qu’il en est devenu une lui-même, pas très subtile et reproduisant les mêmes erreurs, en fonctionnant sur un même logiciel, manquant d’âme et d’engagement, proposant de gérer Genève à coup de normes plutôt que de négociations et pragmatisme.

 

Assez de technocratisme !

1) Assez des lois inutiles qui, plutôt qu'encadrer une réalité sociale complexe, la rendent plus nouée.  Assez de technocratisme et de rigidités idéologiques qui se font sur le dos de la république mais en son nom, et qui, au nom d’appliquer les mêmes lois pour toutes et tous, inventent des textes inapplicables en regard de la réalité du terrain, constituant de nouvelles inégalités.

Au final, les plus fragiles ou trop honnêtes sont punis. Soit parce que l’Etat les a sous la main, soit parce qu’ils ne sont pas assez organisés pour se défendre, ou parce que l’usure et la fatigue fait son travail. L’Etat alors cognera encore sur eux,  prétendant que la lassitude de se défendre et l’abandon de la bagarre est un signe de manque d’adaptabilité et de sveltesse. A l’iniquité de mauvaises lois sera rajouté alors la punition de les avoir subies de plein fouet.  

2) Assez du désengagement de l’Etat au profit des bénévoles et des associations sans moyens supplémentaires. Par exemple dans le domaine des assurances sociales, les gens sont découragés d’exercer leurs droits, et parfois volontairement maintenus dans l’ignorance. Les pauvres sont fliquées, et la chasse aux précaires est organisée (loi contre la mendicité). Monsieur Poggia n'a fait pas son travail jusqu’au bout. Il a laissé des « dossiers » être ventilés ici et là parce que les travailleurs sociaux n’ont plus les moyens de les gérer. La « subsidiarité » voulue au profit des associations devient un mot vertueux pour une sale pratique, celle de dire « bon débarras » de la part de l’Etat en direction du monde associatif fonctionnant d’une manière bénévole usante en regard des charges imposées.

2) Assez de traiter les gens comme des ressources inertes, des fusibles que l’on fait sauter, pour un oui ou un non. Ce conseil d’Etat est en échec, parce qu’il a oublié de travailler avec les gens et pour les gens, se souciant avant tout de sauver son arrière train, sans panache ni courage. On ne fait pas de politique avec le trouillomètre à zéro, juste pour éviter de se faire des ennemis ou pour finir conseiller fédéral en slalomant médiatiquement et méthodiquement en direction de Berne. Cette manière-là de fonctionner, c’est toujours sur le dos des citoyen.ne.s qu’elle se fait.

3) Assez d’un Etat déconnecté du terrain. Sans les communes, l’Etat n’est rien. Sans la proximité du local, sans le travail et la connaissance des réseaux locaux, les décrets et les grands plans quinquennaux, les belles déclarations de principe et le projet de traversée du lac à 5 milliards pour 2060 si tout va bien, c’est juste du vent ou de la com’ opportuniste. Il s’agit de renforcer le pouvoir des communes, le pouvoir des travailleuses et travailleurs de proximité, d’accentuer les collaborations et transversalité avec l’Etat. Le temps des silos a vécu, le temps des mammouths est fini depuis longtemps. Il est temps de changer de manière de faire. Et pour cela, renverser la double majorité de droite (Conseil d'Etat et Grand Conseil). 

A gauche !

Ce conseil d’Etat à dominance de droite a vécu. Il a eu sa chance. Il a échoué. Renversons-le à gauche, pour changer de majorité et de méthode, afin que le nouveau Conseil d'Etat travaille enfin de manière véritablement concertée, collégiale, pour les genevois.e.s, et pour le bien public! 

 

[1]https://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/inter...

 

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29/03/2018

Passer à l'Action

csm_ACTIONS_logo_low_e88433c644.pngLa maison de quartier des Eaux-Vives m’a proposé de participer au projet Actions de Yan Duyvendak[1]. Ce projet de théâtre action a pour objectif de constituer une arène démocratique où des acteurs différents : requérants d’asile, politiques, fonctionnaires, travailleurs sociaux, sont réunis et ouvrent en présence d'un public le débat de la migration durant presque deux heures.[2]

Je ne savais pas à quoi je m’engageais, mais j’ai accepté, immédiatement. D’abord parce que j’habite à quelques centaines de mètres du foyer Frank Thomas, qui accueille des requérants d’asile, et que la maison de quartier me semblait être un lieu parfait pour ouvrir ce genre de débat, ensuite parce que la question de la migration, les conditions pratiques avec lesquelles sont accueilli.e.s celles et ceux qui arrivent à Genève est primordiale, et l’urgence d’en débattre manifeste.

Mais surtout, parce que si l’on parle de migrations et de migrant.e.s, quand est-ce que concrètement l’on s’en parle, face à face, et cherchons ensemble des solutions pour réduire les distances entre nos vies, contenir le rythme de celles-ci qui repousse certains dans les marges de l'indifférence. 

Participer à Actions était une bonne manière d’élever le niveau de conscience politique et éthique concernant la responsabilité envers autrui pour faire émerger des moyens concrets, ensemble, pour améliorer concrètement les situations de vie de, celles et ceux qui sont accueilli.e.s, et la compréhension de celles et ceux à qui il revient d'accueillir.

  

index.jpgUne méthode de travail

Le projet Actions est efficace. Il propose, à l’aide des outils du théâtre (production, dramaturgie, direction), un cadre pour poser et faire avancer un débat dynamique. Il permet, à l’image du dispositif des chaises placées en cercles concentriques, de progresser d’une manière circulaire, sans tomber dans l’opposition ou les contradictions conduisant aux blocage usuels.

La puissance de ce projet est celui de contraindre à croiser les divers points de vue, sans attribuer à quiconque de monopole de la parole ni céder à la tentation d’un locuteur tout puissant. Cela permet ainsi à chacun.e de s’exprimer de là où il, elle, se trouve et mettre ainsi le spectateur face à un déroulement qui, certes est un spectacle, mais plus réel que la réalité, est surtout une sorte de condensé de celle-ci.

Celui qui participe réalise alors que, s’il est un spectateur, il est profondément, comme humain, un acteur responsable. Il est alors amené, à la fin de la soirée, à s’engager, en remplissant une fiche sur laquelle il va poser ses propositions, ses disponibilités, pour réaliser des actions concrètes.

 

C'est le face à face qui nous change

Participer à Actions m’a permis de mieux comprendre la situation des migrant.e.s. Lorsque l’on est confronté à la parole de l’autre, à son corps et son visage, on ne peut s’y dérober. Les fantasmes ou les allégories sur les migrant.e.s disparaissent sous la force du témoignage de celles et ceux qui se lèvent pour parler de leur vécu. Elles nomment alors l’incompréhension, les blocages de la langue, l’éloignement, la souffrance, le rapport kafkaïen aux règles et règlements, le sentiment d’avoir quitté une prison pour une autre, et l’inhumanité des mécanismes administratifs.

Ces paroles sont de celles qui transpercent. Le dispositif d’Actions permet de constater que chacun.e, selon là où il est placé, fait de son mieux (ou au moins pire). Autant le travailleur de l’Hospice général que le fonctionnaire du bureau de l’intégration des étrangers assument leur position, qui est loin d’être simple, et jouent leur rôle, au sens propre comme au sens figuré.

Il n’y a pas ici des victimes et des bourreaux, des situations binaires, mais des humains embarqués dans une histoire.

D’une manière complexe, et peut-être tragique, nous sommes au final toutes et tous placés dans un système qui, à partir de notre place dans celui-ci, oriente nos conduites et nos paroles, limite nos choix ou les oriente. Vous avez beau faire le même voyage en autobus, selon que vous êtes assis ou debout, ou avec quelqu’un qui vous écrase le pied, ce ne sera clairement pas le même trajet. Qui refuserait de soulever son pied si on lui disait clairement qu'il pèse sur celui d'un autre?

 

Pas une posture morale, mais un chemin éthique

Nous sommes responsables des systèmes que nous constituons et donc alimentons, passivement ou activement. Il s’agit donc de mieux comprendre les enjeux structurels et collectifs pour les changer concrètement.

Si nous bénéficions de la force des systèmes, pourquoi leur donner tant de puissance quand ces derniers contraignent fortement d’autres êtres humains ? Nous sommes responsables des alliances que nous tissons avec celles et ceux qui subissent le plus durement des inégalités. Qu’est-ce qui fait que nous nous sentons liés, ou pas, à la souffrance d’autrui? 

Le projet Actions permet de passer d’une position distante et/ou indifférente à une position responsable. Ce projet place chacun.e devant le visage d’autrui et oblige, comme l’énonçait le philosophe Lévinas, à y percevoir au-delà d'une simple image ou reflet, une existence et une exigence, celle de mon entière responsabilité envers cet autre comme moi-même. Et donc, selon ses paroles, ses attentes, ses besoins et les miens, de passer rapidement à l’action pour ne pas être spectateur et ultimement complice des injustices, mais bel et bien un acteur engagé et responsable.     

 

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=BQjvtdEZcqI

[2] http://www.duyvendak.com/index.php?/performances/actions/

17:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : théatre, actions, duyvendak, migrants, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

28/03/2018

Pourquoi je vote

politiqueDepuis les années 70, avec quelques variations, le taux de participation aux élections cantonales genevoises oscille autour de 40% pour les élections au Grand Conseil et de 45% pour le Conseil d'Etat. On était déjà passé sous les 50% au début des années soixante.[1] La voie la plus empruntée, aujourd'hui, dans notre démocratie, c'est donc celle de s'abstenir, subir et se taire. C'est en tout cas celle "choisie" - si l'on peut parler de choix, dans ce mécanisme d'auto-invalidation-, par la majorité des citoyen-ne-s ayant le droit de vote, soit grosso modo 50% de la population.

Au final, c'est donc moins de la moitié de la moitié qui s'exprime. C'est infime. Pourquoi je vote? Pour ne pas faire comme tout le monde. Je n'aime pas suivre la masse. Et la masse, aujourd'hui, laisse son expression s'effilocher. Pourtant, elle subit : primes d'assurance maladie trop hautes, montées des inégalités, pénurie de logement, mobilité en panne, etc. Quel animal accepterait de subir sans réagir?

Dans le cens caché, le politologue Daniel Gaxie montre qu'un des facteurs de l'abstention est le fait que certain.e.s ne se sentent pas compétent.e.s à voter. La durée d'éducation et le niveau socio-économique conduit au sentiment de compétence politique. Une majorité de la population aujourd'hui ne se sent pas habilitée à voter, par manque de compréhension, proximité avec les enjeux politiques. Ce cens caché dépend du niveau d'éducation et des inégalités. Comment changer cela? Il est important d'élargir la démocratie, en permettant à ceux qui n'ont pas le droit de vote de l'avoir plus facilement (j'y vis j'y vote!), en renforçant le sentiment de compétence (et d'appartenance) des citoyen.ne.s pour leur système politique. 

 

L'enveloppe : dans l'urne, pas à la poubelle

Nombreux ceux qui ont le droit de vote et ne l'utilisent pas. Parce qu'ils sont fatigués, dégoutés, trouvent dans le fait de chiffonner l'enveloppe une affirmation de refus, etc. Combien de fois m'a-t-on dit que cette enveloppe de vote passait de la boîte aux lettres au tas de papier (purgatoire), pour au final disparaître à la poubelle. D'autres, a contrario, se damneraient pour voter, mais n'en ont pas le pouvoir.

Je vote parce que mon choix se trouve entre la poubelle et l'urne, et que si l'urne permet de recueillir ma volonté, mon expression, la poubelle ne recueille que mon nihilisme, ma fatigue ou ma lassitude. Je refuse de devenir un être de nihilisme de fatigue ou de lassitude. Et c'est toujours la parole, l'écriture et les choix conscients, même mineurs, qui m'en tiennent éloignés. 

 

Voter par refus du nihilisme

Je vote parce que j'en ai le pouvoir. Parce que je sais et constate que cela change les choses, que ce n'est pas un exercice de style, mais un acte construisant des rapports de force, et des majorités qui auront une influence sur ma vie et celle de mes proches, leur quotidien.

Je vote, parce que je côtoie des gens qui, à partir du pouvoir qui leur a été confié, ont changé concrètement, et pour le meilleur, des pans entiers de notre société, en ont fait des choses belles. Alors que certains, a contrario, s'en sont servis pour la gloriole de leur ego. Ceux-là je ne voudrais pas les récompenser par mon abstention. Je ne voudrais pas que les incompétents, les poseurs ou les nuisibles se voient confortés dans le fait que l'on peut déchoir et gagner des élections en même temps.

Le vote est une arme radicale

Je vote, parce que j'en ai le droit, et que ce droit est une arme. Je vote, parce qu'un droit qui n'est pas utilisé se fossilise ou devient un objet de moquerie. Je vote parce que refuser de le faire, c'est faire le jeu de ceux qui pensent que l'Etat est un organe désuet face au libéralisme effréné et au capitalisme destructeur. Je vote parce que c'est une des armes que j'ai de contre-carrer celui de l'argent et les jeux d'influences. Je ne dis pas que c'est le seul. Mais que c'est l'un des moyens, efficace, de résister. Il y en d'autres : la rue, l'écrit, l'association, la fraternité. Je n'oppose aucun moyen. Je les cumule. Ils doivent tous être utilisés. Le vote, est une arme radicale et puissante. Pourquoi s'en priver?

Le vote est une arme de mobilisation

Dans la rue, on me dit parfois : j'ai voté comme vous, bravo, continuez ou : à quoi bon voter, tous les mêmes. Ce dernier argument de la similitude des engagements ou des défaillances, mettant tout le monde sur un même plan, m'attriste. C'est un des symptômes de l'éloignement de la chose commune et collective. C'est comme si on disait à un marin : vous ne vous ennuyez jamais en mer, ce doit être lassant de voir toujours tout ce bleu. Il ne faut avoir jamais navigué, n'être jamais entré dans le coeur des choses, pour ne pas percevoir les nuances, les changements, les mille et une variations de la mer suivant les vents, les courants, les circonstances.

Je vote, parce que le monde politique n'est pas différent de tous les autres groupes humains : les clubs, les familles, les associations. Dès qu'un groupe se réunit, dès qu'il se donne des règles, des objectifs avec des ressources limitées, des limites, et le fait avec d'autres ou pour d'autres, nécessairement, émergent des tensions, des rapport de pouvoir, de rivalité, allié à des élans enthousiastes et d'adhésion. Cela est le fait de tous les groupes humains. Regardez bien votre famille, comment se porte-t-elle. Pensez-vous que parce qu'elle n'est pas idéale vous en êtes délié? Comment vous sentiriez-vous si vous choisissiez de ne plus y participer ?

Je vote, pour que d'autres ne choisissent pas pour moi. Je vote, parce que je ne suis pas un individu tout puissant qui ne dépend de rien ni de personne et peut choisir de s'affranchir de ce qui le lie. Je vote, parce que c'est un des moyens, patient, tenace, de refuser d'accepter les forces telles qu'elles se donnent aujourd'hui.

Je vote, pour renverser les sinistres et les tristes, parce que c'est un pouvoir que donne notre collectivité, et qu'il la constitue en retour.

Aujourd'hui, je vote.

 

[1] https://www.ge.ch/statistique/graphiques/affichage.asp?filtreGraph=17_02&dom=1

 

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21/03/2018

Laïcité : Maudet dégoupille la grenade

laïcité, églises, débat, politique, lois, Conseil d'Etat

Le projet de loi sur la laïcité voulu par le magistrat Maudet est parti pour rendre tout le monde mécontent. Trituré en commission durant deux ans par les députés, avec quantité d'auditions et une dépense en temps et d'argent conséquente, il a perdu au passage ce qui en faisait sa fragile qualité: une volonté louable mais maladroite de clarifier la place du fait religieux dans la Cité, alors que celle-ci est mise à mal par les extrémistes de tout bord.  

 

Les Eglises se sont positionnées ce mardi pour critiquer la nouvelle mouture sortant de commission.[1] Elles rappellent qu'elles mettent à disposition des aumôneries plus de 40 postes de travail, entièrement financés par leurs soins, que plus de 5'000 visites sont effectuées chaque année par les aumônier.e.s en prison, et que plus de 10'000 visites le sont sur les 6 sites des hôpitaux de Genève. Le Temple des Pâquis accueille plus de 60'000 précaires chaque année, offrant sans véritable dimension confessante un lieu pour se poser et reposer, en bénéficiant de cours donnés par des bénévoles. C'est un lieu qui sert la cohésion sociale. Les aîné.e.s, les précaires, trouvent dans les lieux spirituels, gratuits, un refuge bienvenu. L'Etat est tout content de se délester sur les lieux spirituel d'un travail qui lui incombe. L'Hospice Général envoie sans vergogne vers eux et au mépris de la loi, pour fournir une aide administrative qu'il lui incomberait de fournir.

Les Eglises entretiennent sur leur propre budget l'ensemble des temples et églises. Ce sont des bâtiments patrimoniaux et historiques qui font la fierté de Genève, sont un atout touristique pour notre Canton. Ils risquent aujourd'hui d'être mis en péril.

Le nouveau projet de loi nie les services que rendent les Eglises, avec un accent liberticide et une tonalité anxiogène donnant pouvoir à l'Etat de restreindre la liberté religieuse en cas de besoin, sans expliciter ni décrire quels en seraient les critères. 

Agiter toujours, et d'une manière anxiogène, les montées du fanatisme de l'intégrisme et du communautarisme, revient à faire des croyant.e.s des parias ou des boucs émissaires alors que l'on serait plutôt en droit d'espérer un débat serein, équilibré, et que les églises, ashrams, pagodes et autres mosquées soient valorisés et traités comme toute autre association servant le bien commun. 

 

Vers une discrimination des croyances

Le nouveau projet de loi dit que "les communautés religieuses s'organisent selon les formes du droit privé". Or, l'Etat en vérité discrimine les églises puisqu'il définit de manière très stricte l'utilisation que les églises peuvent faire des biens patrimoniaux. Le projet de loi qui va sortir des débats du parlement risque de rendre encore plus inéquitable la gestion du patrimoine. L'Etat propose aujourd'hui, contre rémunération, de percevoir la contribution ecclésiastique volontaire au nom des églises, en reconnaissance des services rendus à la population. Or, dans la dernière version du projet de loi, elle veut supprimer cette possibilité, ce qui revient de fait à laisser aux lieux de culte supporter seuls des frais importants en leur retirant une source de revenus essentielle. Est-ce équitable d'imposer d'une main des charges, et de refuser de l'autre des revenus?

 

On passe insidieusement d'une volonté rigide de légiférer sur la laïcité à une position de discrimination envers les églises et les autres communautés religieuses. 

Ce jeudi, si le traitement en urgence demandé par le Conseil d'Etat est approuvé par les député.e.s, ces dernier.e.s entameront un débat sensible ayant déjà dérapé en commission, et qui a toute les chances de virer à la foire d'empoigne. Au final, il faut craindre d'aboutir à une loi mal ficelée discriminant les églises et autres mouvements religieux, qui sera probablement attaquable en justice,  ou un enième renvoi en commission. Genferei quand tu nous tiens.... 

Nous ne sommes plus au XVIe siècle... refaire un procès de la religion est un faux débat. Le souci des genevois.es n'est pas de savoir si la transubstantiation a droit de cité... mais plutôt d'avoir un Conseil d'Etat actif sur les enjeux de l'emploi, du logement et de la santé.

 

L'irresponsabilité de Maudet

Le magistrat Maudet tente encore péniblement de justifier son projet de loi. Mais quoi qu'il arrive, au final, il aura échoué à convaincre. Et cerise sur le gâteau, il annonce qu'il ne sera pas à Genève cette semaine pour mener son débat. Il file benoîtement en voyage en Afrique, laissant le pauvre François Longchamp gérer la situation derrière lui, en ne faisant pas là preuve du plus haut sens des responsabilités.

 

Un projet de loi boute-feu plutôt que pare-feu 

Décidément, François Longchamp aura été l'homme à tout faire de cette législature, essuyant les bourdes de Barthassat, encaissant les approximations de ses collègues et héritant d'un débat explosif qui dérapera immanquablement selon les pulsions islamophobes ou laïcardes des députés.

Pierre Maudet, après avoir demandé l'urgence pour l'ouverture de ce débat sur la laïcité, s'en retire. Prétendant que "la future loi sur la laïcité servira de pare-feu"- Il semble plutôt évident que cette grenade dégoupillée ne forme une boule de feu explosive, ce qui est regrettable sur un sujet sensible, à une période tendue. Le rôle de l'Etat devrait être de rassembler et de rassurer, plutôt que d'offrir sans cesse des perches aux plus extrémistes.

 

[1] https://www.tdg.ch/28021747

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12/03/2018

tu n’emporteras pas ton i-phone au paradis

Il a mis ses pieds nus dans ses chaussures vernies. Il n'aime pas la reconnaissance faciale, préfère les poignées de main. Il aime l'étranger, les enfants joyeux et le vol des oiseaux devant les barres d'immeuble.

Il ne comprend pas pourquoi quand il dit migrant, certains sortent leur revolver. Surtout que tous ont été accueillis ici comme les autres : à poil sur cette terre, avec un cordon noué au ventre d'une autre. Tout ce qu’ils ont, ils l’ont reçu. Ils sont encore mieux lotis que tant d'autres. Alors dire ici c’est chez nous et bye bye les amis... même il y a mille ans on ne se serait pas permis.  

Il se demande s’ils comprennent où ils seront tous dans cinquante ans, quinze ou deux ans, voire même demain... la cendre n’a ni cocarde ni passeport. Ton I-phone tu ne l’emporteras pas au paradis, ni ton application facebook dans la tombe, pour te tenir compagnie. 

Il est arrivé en Grèce par la mer, a marché sur l’Acropole, à Exarcheia, mais son lieu d’origine, c’est une petite colline. Il est ici incognito. Sa porte est toujours grande ouverte. Il vient de lancer une pétition pour que la ville soit piétonne. Il dit : dans 20 ans on se moquera de nous pour avoir supporté toutes ces bagnoles. À la place des routes on mettra du logement. Pourquoi perdre encore du temps, on en a déjà cédé tant.

Il dit: le problème de l’homme c’est se croire immortel et puissant, de ne croire en rien. Et quand il réalise qu'il est du vent, d'oublier son engagement, même son nom. C’est le même principe que l’eau : au delà d’une certaine température elle bout, puis c’est l’évaporation. Mais vas-y pour faire comprendre ça à un bloc de glace. C’est une toute autre histoire qui commence quand la température monte... 

Ce qui compte, ce qui est important, c'est ce qui est petit, tout petit, ce qui ne tient qu'a un fil, il dit. Et c’est de continuer à marcher avec une âme simple, malgré tout ce qui rampe.

Il dit que l'on ne voit pas l’entier du tableau, que l’on ne saisit pas bien les choses. Et que si personne ne voit le fouet, tous sont fouettés. Dans la douleur, on s’en prend au premier venu. Mais le premier venu c'est toi aussi. Frappé pareil. Alors, qui tient le fouet ?

On voit les conséquences mais pas la source. Lui, c'est la source qui l'intéresse. Et ce qui la nourrit : la source de la source.

Il a lu tout Lao Tseu, tout Machiavel et Angot. Il n'aime pas qu'on l'appelle sur son portable, ni qu’on le vouvoie par défaut. Il n'a pas de compte Facebook, pas de carte Migros. Il connait encore des numéros de téléphones par coeur. Pas que le 112 ou 144 je veux dire, mais des lignes directes, avec de vrais amis au bout. 

Il veut occuper la ville le 17 mars. Il y a une semaine d'actions contre le racisme et le festival du film et forum international sur les Droits Humains, en parallèle. Il n'a pas le don d'ubiquité. La révolution est une question de chaleur et de temps. Il sait que le grand retournement est proche. Il a clairement l’image d’une crêpe en tête. Une belle crêpe, ronde, cuite à point, qu’un léger coup de poignet suffira à détacher de sa base. Alors tout se renversera. 

Il a un tout petit peu d'eau dans son verre. Il a une manche retroussée. Il est le bouton et l’attache. Il raconte ses histoires debout. Sacrée hérédité. Debout. Il lève un doigt ou deux. Il est le majeur d'une minorité. Debout les damnés du système.

Il aime les ânes et les boeufs, n'a pas suffisamment d'ego pour se penser différent, ou de fièvre pour se croire unique. Il ne trouve pas enviable le sort de Rihanna ou Cristiano Ronaldo. Pourquoi s’attacher à l’image, à une marque de fabrique, et se passer la corde au cou après n’avoir rien mangé durant trois jours ? Etre dans les bouchons pour aller au salon de l'auto : cherchez l'erreur.

Il prend soin de sa forêt. Il aime désherber et semer. Faire son foin et sarcler. Pour le trouver, il faut aller dans les coins, varier les angles.

Il fait ses prières le matin au marché, le soir devant les abattoirs. La nuit, il est là où se trouve le gibier. Il dit : on brûle des tonnes d’animaux, des gens dorment sous les ponts, ceux qui n'ont rien sont chassés. Réveillez-vous les gens. Les barbares du 6e siècle étaient plus élégants. On n’a jamais fait pire, en terme d'humanité, depuis les microprocesseurs. Il voit les bagarres, sous la table, pour les chips, les miettes, des existences sous-traitées, et des gens assis sur de hautes chaises qui parlent comme Siri. 

Sa mère pense qu’il va mal finir. Il a de sacrés antécédents. 

Mais sa mère, est-elle vraiment dans le coup encore?

 

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08/03/2018

Féminisme : au boulot les gars !

Le 8 mars, c'est la journée de lutte pour les droits des femmes. Et cela fait toujours réagir. Que ce soit par des remarques amères "c'est une journée pour les femmes, il en restera toujours 364 pour les hommes", ou par le constat désabusé qui fait de cette journée l'équivalent d'une fête des mères ou d'une date anniversaire bidon pour se donner bonne conscience.

Mais cette journée est d'abord l'occasion importante d'une prise de conscience. Et bien au-delà d'une journée c'est, notamment en ville de Genève, une semaine entière d'actions pour l'égalité qui se poursuit ensuite par l'engagement d'associations et de militant-e-s toute l'année pour l'égalité. C'est une étape pour les femmes, mais surtout pour l'égalité entre les genres, pour toutes et tous. Si cela semble presque simple exprimé ainsi, on en est pourtant encore loin.  

Si certain-e-s pensent que c'est aux femmes uniquement de se libérer de l'oppresseur (le sexisme, le patriarcat), il est tout aussi urgent que les hommes remettent profondément en question leurs privilèges. Car il n'est plus possible  de dire que ces avantages sont inconscients ou structurels ou de les nier, pour en être quitte, ni de penser que ce seront aux femmes de faire le travail seules, avec des gars qui se débarrasseraient de cet enjeu, comme ils se délestent de la charge mentale, des double-standards, et du sexisme.

Au final, ces doubles standards, ces rôles de genre stéréotypés affectent l'être humain à partir de sa naissance et le marquent jusqu'à sa mort. Hommes comme femmes en sont marqué-e-s.

   

Féminisme : au boulot les gars!

Combien d'hommes demandent à travailler à temps partiel, combien se mobilisent pour un congé paternité digne de ce nom, ne ricanent pas aux blagues sexistes, haussent le ton ou s'interposent en cas de domination masculine, d'abus, de violence? Combien renoncent à leur carrière au profit de leur conjointe ? Expliquent à leur patron qu'ils ne pourront venir travailler parce que leur enfant et malade, et quand leurs proches aîné-e-s ont besoin de proches aidant-e-s, renoncent à un pourcentage de travail? Un certain nombre, certes; quelques uns, oui. Mais quoi qu'il en soit, trop peu encore. Car si c'était le cas, l'égalité serait déjà notre réalité à toutes et à tous. Or, on en est encore loin.

 

Les gars, si vous engager pour les droits des femmes ne vous semble pas relever de votre core-business. Luttez au moins pour sortir de votre propre aliénation.  

Puisque le féminisme est une lutte pour l'égalité entre femmes et hommes, il est urgent que les hommes y fassent davantage entendre leur voix. Pourtant, on les entend encore trop peu. Mais pire, on ne semble pas en attendre grand chose. Pourquoi? Soit parce que la domination est à leur avantage -donc pourquoi changeraient-ils ? car on a rarement vu un dominant renoncer librement à ses avantages, il doit nécessairement y être contraint. Soit, parce qu'il pense que cela ne le concerne qu'indirectement, et qu'au final, ce ne sont pas ses affaires. Là- dessus, il semble que l'on aie encore un gros travail à faire. 

Ce serait aux femmes d'assumer la défense de leurs droits par elles-mêmes? - Non!
- Penser que le féminisme serait uniquement l'affaire des femmes, ce serait pour un homme non seulement renoncer à l'égalité mais aussi à toute possibilité d'évoluer autrement dans son genre. Bref:  se condamner à l'enfermement.

Hé les gars, vivre c'est pas de continuer à bosser comme des cons à 100%, voir ses gosses de manière limitée, le faire d'une manière abrutie et aliénée, immobilisé dans son désir de sortir de l'expression de rapports de domination, avec quelqu'un en dessous à martyriser et quelqu'un au dessus à craindre, en restant toujours encastré dans la chaîne du pouvoir et de l'aliénation. 

Si le mouvement #metoo est devenu une vague de libération de la voix des femmes, pas sûr qu'il soit encore devenu, du côté masculin, un véritable mouvement d'ouverture des esgourdes avec déclic entre les deux oreilles pour changer radicalement les rapports de genre subis par les deux sexes, de manière diffuse et brutale, avec des intensités différentes.

Pas sûr non plus que les deux genres aient compris que l'ennemi ou l'adversaire ne soit pas l'autre sexe, mais quelque chose de plus tenace, diffus, et qui traverse largement le genre : les rapports de domination et de pouvoir, avec certain-e-s qui empilent les discriminations ( de genre, de classe, d'origine) et d'autres qui s'en trouvent plus épargné-e-s. Que font-ils alors de leurs privilèges?  

Hommes ET Femmes, ensemble, à nous de réfléchir et agir ensemble pour être plus responsables et agissant-e-s dans la lutte contre les inégalités. Il y a urgence.

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28/02/2018

Lettre à un défenseur de villas

Cher défenseur de villas, j’ai écouté attentivement ton point de vue concernant la votation de ce dimanche en Ville de Genève sur la modification de zone au Petit-Saconnex. Tu te plains que des groupes progressistes aient défendu ce déclassement de zone afin de pouvoir à terme construire du logement et faire évoluer ce quartier. Ce choix permet pourtant à celles et ceux qui veulent faire évoluer cet espace de pouvoir le faire ; autoriser par exemple l’église, qui souhaite pouvoir créer du logement à aller de l'avant, plutôt que d’avoir des locaux coûteux, partiellement vides et chauffés (pas très écolo).

Cette votation est une chance pour que ce quartier ait la chance d’évoluer, de manière respectueuse, pour l’environnement, pour le bien de toutes et tous. Trop souvent on entend qu'il est oublié de la collectivité, voilà qu'il va pouvoir se développer. Il règne aujourd'hui un enchevêtrement de petites maisons autour de la place du Petit-Saconnex, avec une pente très marquée couverte d’une végétation variée. 18 villas occupent le terrain. Ce n'est pas défendre un quartier entier que de béatifier quelques villas, ni un modèle très écolo d'usage du sol.

Je préfère les forêts aux parcs et les parcs aux jardins privatifs, c’est ainsi. Et j’aime mieux que l'on dispose d'espaces pour la collectivité plutôt que de plages de gazon pour quelques-uns, même si ces derniers défilent en criant « halte au béton ». En quoi les habitant-e-s du Petit-Saconnex profitent aujourd'hui des jardins privés des villas ? Réponse : en rien.

La modification de plan de zone au Petit-Saconnex soumis à votation le 4 mars préservera l’esprit du quartier actuel et permettra à terme d’utiliser les sols d’une manière optimale pour implanter 200 logements.

La modification de plan de zone valorisera cet espace en créant des venelles piétonnes, des chemins pour la circulation douce, préservant la quiétude du quartier. De nouvelles zones plantées seront ajoutées aux endroits qui visent à être assainis. La verdure sera préservée. Le grand Conseil, comme le Conseil municipal ont voté OUI au déclassement, à une très large majorité.

Cher défenseur de villas, tu joues sur la peur. Et la peur, comme la défense des intérêts particuliers, ne permet pas de relever les défis collectifs actuels. Contrairement à ce que tu prétends, rien ne sera saccagé. Tout ce qui pouvait avoir une valeur de patrimoine a été exclu du périmètre. Les villas Heimatstill, la place du Petit-Saconnex, le Café du Soleil, tout sera préservé. L’implantation future des nouveaux bâtiments reprendra en majorité l’emprise au sol du tissu urbain existant.

Il faut penser à celles et ceux qui doivent aller se loger loin de Genève, celles et ceux qui paient le prix sanitaire de la pollution lié au trafic. L’évolution de ce quartier se fera avec une légère densification, et un réaménagement maitrisé. Il n’y aura pas de saccage urbain, pas de perte d’espaces verts, pas de densification massive. Ton indignation est sélective. Elle vise à défendre 18 villas, pas à proposer une réflexion sur la croissance, ou un autre mode de développement. Le pseudo débat sur la densification ne dissimule pas les arguments racistes et xénophobes qui en suintent. On construirait là, selon toi, pour l'étranger. Et malgré les 74% de refus à l’initiative ‘Halte à la surpopulation - oui à la préservation durable des ressources naturelles’ par la population suisse (80% à Genève!), certains voudraient faire d'un vote de modification de zone un ECOPOP bis utilisant l'environnement pour faire triompher le quant-à-soi.

Si Trump veut construire un mur, d'autres ne veulent plus qu'un seul clou ne se plante.   

Certes, quel que soit le résultat de cette votation dimanche, les enjeux du développement et de densification sont sur la table et devront être traités. Mais pour que ce débat aie véritablement lieu, et pour que des projets de qualité ne soient pas pris en otage par des gens qui affirment: pas dans mon arrière-cour, pas chez moi, ou par des xénophobes qui hurlent la barque est pleine, ne confondons pas ce débat de fond sur le développement et la ville de demain avec la défense acrimonieuse d'un fond de commerce, qu'il soit électoral ou viager.   

 

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25/02/2018

Sans-abrisme : sortir de la charité saisonnière

HOLENWEGDSC4461.jpgD'habitude cela se déroule uniquement durant les fêtes de Noël. Les températures glaciales font prendre conscience que des gens dorment dehors, et un mécanisme humain et médiatique de compassion se met en branle.

Il semble alors que l'on découvre la précarité sociale comme un fait nouveau. Il y a une prise de conscience plus vive que celles et ceux qui dorment dehors risquent leur peau. Cela est alors suffisamment grave pour rédiger des articles, et faire bondir la courbe des volontés de bénévolat. Mais cela ne devrait pas nous faire oublier, que si le risque de mourir de froid dans la rue est réel par grand froid, il n'est pas moindre, voir même plus fort le reste de l'année (risques de déshydratation associé à d'autres facteurs : la chaleur, les vêtements inadaptés pour la saison, l'extrême fatigue, les noyades). On doit en fait penser que les risques de mourir en hiver sont... moindres qu'en été (ouverture d'abris de protection civil, maraude, déclenchements de plans d'alerte) et surtout qui-vive des pouvoirs politiques qui craignent un décès qui le reste du temps est dégagé comme un malheureux aléa de l'existence et non une responsabilité politique. Le reste de l'année, à bas bruit, la précarité sociale détruit des vies, toujours, avec ou sans regard médiatique. 

 

LEUENBERGERDSC2614.jpgOui, cette mobilisation ponctuelle et charitable, sur des périodes définies, et parce qu'il fait froid nous empêche finalement de penser que tout le reste de l'année la précarité sociale est la même si ce n'est pire. Elle nous aveugle. On s'en inquiète alors fortement deux semaines et puis... n'oublie-t-on pas ? Ceci dit, des articles de la qualité et profondeur de ceux de Thierry Mertenat méritent d'être relevés.[1] Mais l'indignation temporaire ne fait pas une politique publique et ne change pas la donne du fond du problème.

Les personnes qui se retrouvent à la rue sont de plus en plus nombreuses.  Elles font les frais d'une précarisation grandissante du monde du travail, de l'accès et de la conservation des droits aux logements et aux services sociaux, comme le rappelait le collectif La Genève escamotée en... 2013 déjà![2]

Les plus précaires se retrouvent facilement sans domicile. Plus de 400 personnes, selon les estimations de certaines associations cherchent quotidiennement un lieu chaud pour passer la nuit. La précarité sociale se fout du thermomètre, des vacances ou des fêtes religieuses.

L'accueil d'urgence n'est toujours pas adapté à l'augmentation croissante du nombre de personne en grande précarité. Malgré les efforts de la Ville de Genève et des associations spécialisées, encore trop seule dans ce domaine, où sont les autres lieux d'accueil pour les personnes à la rue ? Il faudra plus qu'un 144 pour sauver les personnes qui sont à la rue [3]

Il serait surtout grand temps d'entendre Monsieur Poggia, conseiller d'Etat coupable d'une inactivité et d'un silence terrible sur cette question, balayant chaque année des vies dans les bois sous les ponts, par grand froid ou par grand chaud en raison d'un manque de courage politique. Inactivité coupable du Canton de Genève sur ce sujet.

 

IRMINGERDSC2465.jpgUne politique d'urgence saisonnière

La politique du thermomètre est un échec. Les durées de séjour limitées ou payant dans les abris envoient des personnes toujours plus loin dans la forêt ou dans des abris cachés ou il devient plus difficile de nouer un contact avec eux, et donc leur fait courir de plus grands risques encore. Le nettoyage par les polices de la précarité sociales avec des mises à l'amende des pauvres est scandaleuse et devrait empêcher quiconque de verser une larme à la lecture d'un article sur la précarité sociale alors que le reste de l'année on ferme les yeux sur le fait que des pauvres se retrouvent en prison pour amendes de mendicité ou d'usage abusif de l'espace public (c'est-à-dire : dormir sur un banc par exemple)!

Il est urgent de sortir d'une forme de charité émotionnelle et ponctuelle pour lutter véritablement toute l'année contre le sans-abrisme qui détruit des vies. Il ne suffira pas de bonnes consciences et de bénévolat, -fut-il magnifique et à renforcer-, mais véritablement d'une volonté politique forte, de nouveaux moyens alloués, que ce soit en terme de lieux d'accueil, de personnel formé, et d'une meilleure concertation entre tous les services concernés. 

Et si cela n'est pas fait, on pourra certes toujours avoir des articles touchants, de la charité ponctuelle, mais rien ne changera, et l'on fera ce que l'on a toujours très bien su faire en Suisse et à Genève, avec plus ou moins de bonne conscience détourner la tête des problèmes de précarité et pauvreté et accepter que ce soit le thermomètre ou les matraques des pandores qui régissent grandement la politique sociale.

 

[1]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/grand-froid-souf...

[2]http://www.alcip.ch/menu-nouvelles/34-la-geneve-escamotee...

[3]https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Les-temperatures-chutent-priorite-aux-sans-abri/story/17836849

 

Photographies Eric Roset http://www.eric-roset.ch/

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21/02/2018

Pascal Holenweg, ou comment ne pas s'en débarrasser

DD24D652-52F3-4718-8944-87E5EDEB2E0F.jpegLe pragmatisme sans l'utopie, ce n'est très vite que du cynisme. Et l'utopie sans le pragmatisme, ce n'est très longtemps que de la branlette. Le ton est donné. Dans son dernier livre, le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser, qu'il présentera ce mercredi 21 février à 19h à la librairie le Parnasse[1], Pascal Holenweg rappelle non seulement les fondamentaux du socialisme, mais aussi l'utopie et la radicalité qu'il porte. Mâtiné d'un constat étayé sur l'état actuel de la gauche, il rappelle les périls d'un positionnement qui serait signes de défaite: converger vers un centre indistinct, s'efforcer à réformer ou recomposer, alors que la véritable ambition devrait être de retrouver une hégémonie culturelle.

Holenweg, insomniaque notoire et empêcheur de dormir tranquille, par ailleurs politologue, conseiller municipal, membre du parti socialiste genevois, sonne le réveil d'une écriture efficace, où il convoque tour à tour l'histoire et les grandes figures du socialisme, de Marx (Un spectre hante la gauche socialiste européenne : celui de son impotence), à Proudhon, en passant par Gramsci, tout en portant une critique sur le présent, et la manière dont la gauche s'y déploie, qu'elle soit au pouvoir ou cherche à y être. 

Holenweg invite à retourner aux sources et à une radicalité première. Il trace une première ligne rouge sur la question de la propriété, celle-ci étant pensée comme le lieu du clivage entre socialisme et ses adversaires. Pour Holenweg est socialiste toute organisation pour qui la propriété collective prime sur la propriété individuelle et la propriété sociale sur la propriété privée. Il trace une deuxième ligne rouge sur la question de l'égalité concrète des droits, la basant sur l'espace de la gratuité face à celui du paiement, du droit face à la marchandise. Seule la gratuité met le riche et le pauvre sur un pied d'égalité

Il renvoie dos à dos étatisme et capitalisme, ouvrant un chemin de créativité, et d'engagement libertaire. Il allume quelques mèches sur l'obéissance, la nature des conflits, le salariat, et on l'imagine très bien, de nuit, toujours, dans l'arrière-salle d'un café, faisant ce travail de lucidité et de réflexion, comme d'autres préparaient des bombinettes. -car il y a bien cette volonté subversive du résistant, du clandestin, dans le projet social et politique d'Holenweg, fut-il dévoilé au grand jour-

Bréviaire militant, essai philosophique et historique, avec un sens caustique et des punchlines mordantes, ce livre devrait ravir les militant-e-s de 9 à 99 ans qui veulent définitivement changer le monde avant qu'il ne soit trop tard. 

Le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser est le livre d'une des plumes les plus pointues et pertinentes de la République. Il sait comme personne tracer avec intelligence dans une lettre, comme il lui plait de le rappeler, à peu près quotidienne et assez généralement socialiste, CauseS Tousjours"[1] ainsi que dans un blog[2] les enjeux, les travers, et les ambitions du politique. La citation de Jean Sénac, poète libertaire algérien, indépendantiste solaire, qu'il porte en signature de son blog : si le socialisme est une pommade lénifiante sous laquelle demeurent les plaies, qu'éclate le socialisme, résume bien le projet du bonhomme. Tout Holenweg est là, dans sa démesure et sa volonté radicale, ancré dans le quotidien, la réalité telle qu'elle est à affronter, avec la responsabilité de n'y rien céder en respectant la liberté des autres et l'intégrité de chacun-e-. 

Pascal Holenweg ou comment ne pas s'en débarrasser.... mais en achetant et en lisant son livre et en venant le rencontrer ce soir au Parnasse pardi !

 

Pascal Holenweg, Le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser, édition de l'Aire, 2018.

Vernissage du livre mercredi 21 février à 19h, Librairie Le Parnasse, 6 rue de la Terrassière.

 

[1] https://www.facebook.com/events/144294662894825/

[2] https://www.facebook.com/Causestoujours/?hc_ref=ARQI6G4iY...

 [3]http://causetoujours.blog.tdg.ch/

 

 

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