sylvain thévoz

24/04/2017

Macron – Le Pen : choisir malgré tout

18118607_10155064809066826_7906081813619339761_n.jpgUn choix ? Quel choix ont les français alors que débute la campagne présidentielle du deuxième tour ? Le choix entre la patriote et le mondialisé, entre la préférence nationale ou celle de l’argent, comme le prétend la frontiste ? Entre le rejet des étrangers ou celui des précaires,  entre la violence ou la vacuité ?

 

Il n'y pas de non-choix possible

Et pourtant, le 7 mai, il faudra choisir, et voter.

En se bouchant le nez, comme en 2002. Voter, pour faire barrage au front national, pour que jamais la rafle du Vél' d’Hiv ne revienne ni de devienne un détail de l’histoire. Risquer le Front au pouvoir, parti fascisant de ses racines jusqu'à ses bourgeons, ce serait le signal que le repli, le refus, le rejet seraient non seulement plébiscités mais montrés en exemple. Ce serait surtout un signal terrible de désinhibition pour les discours de la violence et des boucs émissaires faciles. La levée des derniers freins.  

Ne pas choisir n'est pas un choix. On peut refaire la première mi-temps autour d’une bière, se dire mon Dieu comment en est-on arrivé là et se rejeter les responsabilités ou regarder ailleurs, mais désormais, la question d’actualité, c’est faire barrage et choisir le moindre mal. Ce n’est pas le glorieux combat espéré, mais ce sera toujours le meilleur choix.  

La gauche désunie n’y arrive pas   

Ce qui est sûr, c’est que la gauche s’est plantée. Cumulés, les scores de Mélenchon, de Hamon, de Poutou et d'Arthaud auraient pourtant amenés la gauche autour de 27%, en tête de ce premier tour. Alors non, les idées, les programmes de gauche ne sont pas morts, loin de là.

Mais elle doit entendre, encore et encore, et jusqu’à ce que ça rentre bien, que désunie, elle ne gagnera pas, et laissera le terrain aux tendances fascistes ou ultra-libérales.

Qui a refusé l’union ? Mélenchon, dès janvier 2016 en refusant de se soumettre à quelque primaire de gauche que ce soit, ou Hamon, qui selon les insoumis, aurait dû se retirer in extremis quand la courbe des sondages pour Mélenchon prenait l’ascenseur dans la dernière ligne droite de 2017 ? Se battre uniquement pour avoir le leadership de gauche alors que le fascisme monte, c’est assumer une responsabilité historique grave, c'est comme se chamailler le gouvernail du Titanic. 

 

Le drame s’est joué en amont

Le drame s’est joué en amont pour la gauche. Par le retrait tardif de Hollande et l'incapacité, pour les frondeurs, de fédérer plus loin que leur groupe de suiveurs (qui a finalement glissé de Hamon à Mélenchon). Plutôt que de fédérer pour se distinguer, on aurait aimé qu'ils parviennent à se distinguer pour fédérer. Cela n'a pas été possible pour de multiples raisons.  

On va retenir quelques enseignements ce lundi avant de retourner au boulot, pour ne pas répéter encore et encore les mêmes conneries. 

Le premier, c’est que nous continuerons de toutes nos forces à lutter contre les inégalités, les précarités, pour la redistribution des richesses et que nous refuserons toujours le discours de la haine. Que nous continuerons à lutter pour une société ouverte, créative, celle des possibles, de la diversité, qui n'oppose pas les fragilités.

Le deuxième c'est qu'une gauche désunie qui se tire dans les pattes ne gagnera pas. Oui la rue c'est très bien, mais les urnes sont incontournables. Il nous faudra travailler ensemble, ou crever divisés.

 

Faire battre le coeur encore

Nous n'irons pas voter en courant le 7 mai, ni même en marchant, mais à contre-coeur. Afin que le coeur de la France continue de battre, même sous réa', même faiblement, même au bord de la rupture.

Nous irons voter, ça c'est sûr.

Bien plus que pour Macron, nous voterons résolument contre le FN et contre la haine.

 

 

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20/04/2017

Vélo : protégez-nous plutôt que de nous effrayer!

imrs.php.jpgC'est le printemps, la Suva a sorti un bon vieil épouvantail pour terroriser les cyclistes. Avec un clip choc, [1] elle vise, au nom de la prévention, à tétaniser les cyclistes. Or, ce n'est pas de prévention que les cyclistes ont besoin mais de protection.

 

Aujourd'hui, rouler dans le trafic, c'est risquer sa peau, et c'est cela qui est criminel. Lâcher des vélos sur des routes toujours et encore inadaptées pour eux. C'est cela qui devrait faire réagir. "Dans 50% des accidents les vélos sont fautifs" on aimerait bien savoir ce que la SUVA entend par là alors que 99% du trafic est motorisé et qu'en cas de choc 100% du risques est pour le cycliste. Et ça veut dire quoi "être fautif" quand vous roulez dans un environnement pensé par et pour les véhicules à moteur. Il n'y a pas d'égalité de responsabilité quand les conditions de trafic et d'exposition sont inégales. Et il faudrait aller rouler de bon coeur, exposé aux bagnoles, sans prendre de trottoirs, ni se glisser entre deux voitures avant de se faire coincer ?

Dire que 50% des accidents sont crées par les cyclistes c'est dire à peu près la même chose que les enfoirés qui répètent : "100% des femmes qui se font harceler l'ont bien provoqué, arrêtez de mettre des jupes". Un raisonnement par l'absurde et la violence qui ne tient pas compte de qui est structurellement l'agresseur et qui est l'agressé. Dans le cas du vélo, de regarder pour qui les règles de la circulation sont posées, et qui en subit l'inégalité. 

 

Quand vous roulez à vélo en ville vous êtes une cible

Et une cible facile. Pas assez de bandes cyclables, des bouts de routes peinturés de jaune qui s'arrêtent abruptement, sans protection, pas de site propre. Vous êtes tassés contre les trottoirs, et faites office de piquet de slalom pour les scooters. En cherchant à y survivre vous seriez fautif ? Non. Jamais nous n'attendrons au rouge sur la ligne de départ pour nous faire rouler dessus par des voitures qui démarrent. C'est un fait. Et la SUVA pourra encore longtemps nous montrer des cyclistes morts ou tétraplégiques, elle ne changera rien au taux d'accidentologie tant qu'elle n'aura pas compris cela.

Le très sérieux Washington post, lui, l'a saisi. Dans un article intitulé "ne rendez pas les cyclistes plus visibles, faites en sorte que les voitures arrêtent de les écraser", et en pointant du doigt l'industrie automobile qui, avec des voitures toujours plus larges, plus grosses, agissent en véritables prédateurs, cet article  replace les responsabilités au bon endroit. [2]

 

Nous continuerons de chercher à survivre dans le trafic par tous les moyens possibles

Pour conclure, la SUVA peut aller se rhabiller avec ses clips qui conduisent au final à faire peur à ceux qui sont menacés et à décourager les autres de faire du vélo. Nous continuerons à risquer notre peau et à plomber le coût de la santé tant que les conditions structurelles de rouler à vélo en ville ne seront pas changées.

L'augmentation des usager à vélo va continuer, la part des ménages qui ont une voiture de diminuer. Alors, nous refusons les mesurettes de la prévention: d'être plus visible, plus scintillant, plus dociles, alors que c'est d'un changement radical de vivre la ville et de réduire la part dévolue aux bagnoles qui doit être mis en place.

On attend donc le clip de la SUVA prévenant les conducteurs de porter attention aux usagers vulnérables de la route, alors que le nombre de piétons fauchés sur les passages piétons est en constante augmentation. On attend le clip de la SUVA sur l'usage du téléphone au volant, pour sensibiliser les conducteurs aux parcages sauvages, aux vitesses excessives, aux ouvertures assassines de portière, etc, etc, et les motards sur l'effroi qu'ils causent en nous frôlant jusqu'à ce que certains d'entre nous ne veulent plus rouler sur la route ni s'arrêter au rouge. 

Nous attendons surtout définitivement, de la part des décideurs politiques, et comme la gauche le rappelle sans cesse, notamment au conseil municipal de la Ville de Genève, de mener une vraie politique pour la mobilité douce, avec une vraie mise en oeuvre au niveau cantonal de plans favorisant l'usage du vélo. 

Tant que cela ne se réalisera pas, nous ne considérerons jamais un cycliste fauché comme responsable, mais comme un martyre de plus de la jungle urbaine, et tiendrons pour responsables l'inaction des décideurs politiques et les lobbys pro-bagnoles qui, en maintenant la primauté d'un moyen de transport dépassé datant du siècle passé, tuent.  

 

Nous continuerons de chercher à survivre dans le trafic par tous les moyens possibles et, en attendant des jours meilleurs, à rire tristement des clips de la SUVA jusque sur nos lits d'hôpital si nous sommes frappés.  

 

[1] http://www.tdg.ch/suisse/accidents-velo-video-choc-eviter/story/28720445

[2] https://www.washingtonpost.com/posteverything/wp/2015/04/15/dont-make-bicyclists-more-visible-make-cars-stop-running-them-over/?utm_term=.dbd110f6670a

 

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19/04/2017

Et si la surprise venait de Benoît Hamon ?

présidentielles,france,hamon,surpriseSelon les sondages (mais que valent-ils?) un quatuor se détacherait en tête parmi les 11 candidat-e-s de l'élection présidentielle française : Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. L'issue du premier tour de l'élection présidentielle, ce dimanche 23 avril, se réduirait à ces 4 là, dans l'ordre ou le désordre.

 

Depuis des semaines maintenant, jusqu'à l'ennui, la nausée même, ça ressasse et ça joue au yo-yo. Un coup c'est l'un, un coup c'est l'autre, qui monte ou qui descend, c'est selon, et voilà l'espace médiatique saturé d'experts se muant en faiseurs de rois, suivant la courbe des sondages... comme si ceux-ci voulaient dire quoi que ce soit de plus que l'émotion d'un instant ou la réponse faussée de votes pas toujours assumés, sans aucune certitude même que la personne sondée se rende finalement à l'urne.   

Je ne crois pas une seconde dans les sondages. Sinon, Jospin n'aurait pas chuté au 1e tour en 1992, ni Giscard élu président, etc, etc.[1]  Il y a quelque chose d'étrange dans ces "tendances" qui finissent par créer une réalité parallèle sur laquelle se basent ensuite des articles pour bâtir l'opinion publique. Le tout ressemblant plus a un château de cartes en équilibre précaire qu'à des références étayées par des méthodes scientifiques. Et l'on se baserait là dessus pour asseoir un vote?

 

Un vote utile, pour qui pour quoi ?  

Je suis plutôt porté à croire que les français-es en ont marre des casserole ou des trompettes. Ils ont envie d'avancer avec une autre musique, plus sereine. Les extrêmes, si elles peuvent faire envie, ne font pas rêver, à moins de revenir à une politique surplombante, celle des grands récits et des trémolos réducteurs. L'histoire de France fait douter du grand soir ou de la fin de l'histoire. Il y aurait un vote utile et un vote inutile qui se cacherait quelque part dans tout cela? Mais où donc, et sur quoi le fonder ?       

Dans les échappées cyclistes, ce n'est pas toujours celui qui se prend le vent de face qui va au bout. Et s'il y en a un qui a su avancer sans renier qui il était ni d'où il venait et quelle était son équipe, c'est bien le petit Benoît, qui s'est mis dans l'échappée et a continué de pédaler, à l'abri du vent, alors que le temps de l'emballement final pointe. Pourrait-il bénéficier de l'effet saturation et lassitude d'entendre toujours parler des mêmes candidats?

Car si Mélenchon, selon les sondages, incarne désormais un "vote utile" (paradoxal pour un insoumis) ; et si donc l'insoumis s'est métamorphosé en service utilitaire (mais de quoi et pour qui?), qui peut affirmer que par un mouvement de balancier, le vote contestataire ne change lui aussi de camp, et qu'il n'emporte dans la bascule, une jeune génération dont on n'est pas sûr qu'elle s'identifie aux rhétoriques lyriques.

   

Et si la surprise venait de Hamon?

Avec sa proposition d'un futur désirable, il reste l'un des candidats qui ne regarde pas vers le repli ou le monde d'hier, qui ne désigne pas de cibles toutes faites non plus, ne s'engage pas dans une dénonciation outrancière, mais avance des idées, des propositions faisant débat (revenu universel d'existence, transition écologique, lutte contre l'évasion fiscale, fin de la loi travail, légalisation du cannabis), avec une volonté de construire une nouvelle possibilité viable de faire société. L'ancien se meurt - pourquoi mettre toute son énergie à l'abattre- mettons notre intelligence pour construire ce qui vient après, maintenant.[2] 

Hamon a fait le choix de la simplicité et de la sincérité. Il incarne une nouvelle génération. Cela peut-il accrocher l'électorat, ou arrive-t-il trop tôt ? Peut-être qu'il faut toujours une plus grande gueule, un maximum de populisme pour faire adhérer... ou que l'étiquetage PS post-hollande sera trop lourd à porter, et que ça ne passera pas. Peut-être, peut-être, mais l'engagement de Hamon ne s'arrête pas à la présidentielle.

Un engagement qui va au-delà de la personnification du pouvoir

La simplicité, l'innovation et l'intelligence collective peuvent l'emporter sur l'individualisme. Il y a de la fidélité aussi à demeurer au sein de ce PS français décrié, pour le réformer, le vivifier, quand tant d'autres s'en barrent (Valls) ou s'en sont barrés (Macron, Mélenchon).

Est-ce que les français-es sortiront du syndrome des grands hommes et des sauveurs patentés pour prendre un autre chemin? Sauront-ils répondre à l'urgence sociale et démocratique, écologique, en refusant les solutions démagogiques ou prémâchées  ?

Au final quelle passionnante campagne, quel exercice de démocratie. Et, quoi que l'on en pense, quelle débauche d'énergies, de propositions, de distinctions, de programmes[3], et un choix à faire désormais.  

Rendez-vous dimanche donc pour le premier verdict, puis le 7 mai, pour voir si tout va se jouer selon la partition des institutions de sondage, ou si une surprise sera de mise...  

 

 

[1]http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/03/...

[2]https://www.benoithamon2017.fr/le-projet/

[3]http://www.europe1.fr/politique/presidentielle-voici-le-programme-des-onze-candidats-3144713

 

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17/04/2017

A quel prix jouer au football ?

Mardi, Dortmund. Trois bombes explosent sur le passage du bus des joueurs allemands. Une quatrième bombe n'ayant pas explosée est retrouvée par la suite. Bilan : un joueur blessé.[1] Le choc de découvrir des joueurs pris pour cibles de cinglés ou de terroristes, et que la dimension sportive, festive, du sport, est totalement renversée pour être utilisée comme une caisse de résonance médiatique. Aucune revendication n'est posée. Pas de messages, ni de pistes sur les auteurs de l'attentat. Le match Dortmund-Monaco est alors reporté au lendemain. Et les joueurs allemands, 24h après avoir failli sauter dans un attentat, sont priés de remonter leurs chaussettes, mettre leurs shorts, et retourner divertir les foules, en s'accommodant de leurs traumatismes.

Jeudi, Lyon. Le match européen entre les français de Lyon et les turcs de Besiktas débute avec 45mn de retard. Les supporters de Lyon ont envahi le terrain pour y trouver refuge suite à des bombardements de projectiles par des supporters adverses.[2] L'avant-match avait déjà été émaillé de bagarres. De nombreux supporters sont venus au match sans billets. N'ayant pu entrer, ils ont commis des violences. Des femmes, des enfants ont été pris à parti. Bilan : 12 interpellations et 7 blessés légers. Le match débute avec des joueurs qui font cercle ensemble pour appeler au calme. Les impératifs de l'argent et du calendrier poussant à maintenir le match malgré une atmosphère de guérilla.

Dimanche, Bastia. Des supporters du club Corse entrent sur le terrain et s'en prennent au joueurs.  L'entame du match est lancée quand même, sur pression des présidents, et malgré les avis des joueurs et des entraîneurs. A la mi-temps, nouveaux incidents, le match est définitivement annulé. [3]A l'issue du match aller, l'entraîneur corse avait menacé : «Après, il va falloir venir chez nous. Il ne faut pas avoir la grippe. Quand il faudra venir à Bastia, il ne faudra pas avoir la grippe, ni la gastro. Parce que cela va se régler comme d'habitude, comme des hommes, comme des Corses et voilà».[4] Comme des hommes, c'est-à-dire : par la violence?

Dimanche, les supporters de Saint-Etienne et de Bordeaux sont interdits  de se rendre respectivement à Marseille et à Nantes. [5],[6]. En cause, les risques de violences et le manque d'effectifs des policiers liés à la période de Pâques, et surtout les passifs entre les supporters de ces clubs faisant redouter des violences. L'état d'urgence a beau dos, la violence est chronique. Jouer au football devient, bien plus qu'un jeu, un exercice de gestion du risque et des foules, pour éviter que les supporters se croisent, même en dehors des stades, même loin des matchs, avec des joueurs qui devront bientôt se déplacer en bus blindés pour que leur sécurité soit assurée. Un vrai casse-tête.

Samedi, en Suisse, le bus du Servette FC s'est fait caillasser sur une air d'autoroute près de Zürich par des supporters du ... FC Sion [7] ! Des joueurs professionnels sont donc pris à parti uniquement en fonction d'une appartenance et d'une couleur de maillot... Le FC Sion a émis un communiqué pour se distancer des violences et les condamner. Salutaire. Communiqué toutefois peu repris dans la presse et sur les réseaux sociaux.

A quel prix faut-il jouer au football ?

N'importe quel abruti peut-il donc mettre un maillot d'une équipe et prétendre en son nom insulter, caillasser, ou bastonner en toute impunité?

Quels sont les rôles de modèles, et les messages que font passer les dirigeants, les joueurs, les présidents ?

Comment épurer le football de la violence gratuite et de la culture viriliste, machiste, homophobe ayant encore de beaux jours à venir si des campagnes plus énergiques ne sont pas menées?

Cela fait des années que ces questions sont sur la table. On devrait aller plus loin, par exemple, en instaurant une taxe sur les transferts pour alimenter des fonds de prévention, et surtout que de nouveaux messages plus positifs soient transmis en marge des matchs par les responsables de ce sport. Quels messages sont donnés aux jeunes au-delà de la gagne à tout prix? Il ne s'agit pas que du football, le hockey est touché aussi. 

A chaque match, des sommes faramineuses sont dépensées par les collectivités pour sécuriser les lieux. Est-ce un bon investissement de mettre le plus gros de l'investissement sur des forces policières pour contenir les fauteurs de troubles alors que les violences ont lieu de plus en plus en marge du match ? Ne faudrait-il pas travailler avec plus de moyens sur la prévention et l'éducation en s'appuyant sur les clubs et les ultras ?

On aimerait entendre davantage le rappel au fair-play et les moyens que les clubs engagent pour lutter contre les violences. S'ils n'ont pas ces moyens, les collectivités publiques doivent les aider. Au final, ce sera toujours moins cher que de mobiliser des cars entiers de policiers les soirs de matchs.

 

25 mai : une finale de coupe de suisse à Genève entre flics et vandales ?

Le 25 mai prochain, la finale de la coupe de Suisse aura lieu à Genève entre le FC Sion et le FC Bâle, équipes dont les supporters respectifs n'ont pour le moins pas la meilleure réputation de Suisse.

Si, pour certains, la question est déjà: de combien de billets disposera-t-on?[8] Pour d'autres, le compte à rebours pour la baston a commencé. Le traditionnel match entre vandales et policiers aura-t-il lieu ?

La vraie question à poser est celle de la prévention et du contact avec les clubs afin que ce match soit une fête, pas une nouvelle occasion d'éructations et de violences par des gens qui n'ont rien à voir avec le sport. A quel prix jouer au football ? Pas à celui de la peur en tous cas.

Et s'il est bien commode de dire, par déni ou pour se dédouaner, que le football n'est que le reflet de la société, il est urgent que cette société prenne acte du reflet sale que le football lui tend, et agisse, pas uniquement par la répression, mais surtout par la prévention et l'éducation, afin d'assainir durablement la situation et passer de nouveaux messages que ceux de la société capitaliste du spectacle et de la domination, créatrice de violences et d'inégalités. 

 

[1] http://www.lemonde.fr/ligue-des-champions/live/2017/04/11...

[2]  http://www.ouest-france.fr/sport/football/ligue-europa/ligue-europa-lyon-besiktas-retour-sur-les-incidents-d-avant-match-4928916

[3]http://sport24.lefigaro.fr/football/ligue-1/actualites/ba...

[4] http://sport24.lefigaro.fr/football/ligue-1/actualites/ba...

[5] http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cot...

[6] http://www.sudouest.fr/2017/04/10/les-supporters-des-giro...

[7] http://www.tdg.ch/sports/sfc/agression-servette-fc-dernie...

[8] http://www.lenouvelliste.ch/dossiers/fc-sion/articles/fin...

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13/04/2017

Le Pape en prison : un acte de bisounours?

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Le fait que le Pape se rende en prison pour laver les pieds des détenus ce jeudi est un acte fort.[1]

Les mots du pape sur les détenus le sont aussi: «Je le répète encore une fois, tous ont le droit de se tromper. Nous nous sommes tous trompés d'une manière ou d'une autre». Le pape rappelle au passage le manque de cas qui est fait de la réhabilitation et de la réinsertion dans la société. C'est un acte politique fort.

Il ne marque pas une séparation entre les détenus et les autres, mais place tout un chacun sur le même plan de la responsabilité et de l'erreur, avec la possibilité d'un amendement pour chacun. Surtout, il s'abaisse littéralement au niveau des pieds de personnes condamnées, sans juger, se plaçant même au-dessous des condamnés. Déjà laver les pieds de ceux que l'on aime : combien de fois le faisons-vous? Mais alors de ceux qui ont commis des crimes ou que nous méprisons: qui le ferait?   

Cela fait-il du pape un bisounours? Non. Il ne s'agit pas ici de nier la réalité, ou l'horreur des actes commis, mais d'entamer un chemin de reconnaissance, de non-jugement, et éventuellement de pardon. Et il faut pour cela pas mal de courage.   

 

Loin de moi le fait d'être papiste. L'église catholique, sur la question des moeurs, n'a pas encore travaillé sa théologie pour la mettre en phase avec l'évangile et son message d'amour inconditionnel, ni fait travailler la rigidité de sa structure pour servir les hommes plutôt qu'elle-même; mais  devant l'acte qu'opère le pape de se mettre à genoux devant les enfermés, comme le Christ l'avait fait pour ses apôtres, oui, je suis admiratif. Si tous les jours l'actualité amène son lot de geste dégradants et de crimes, voilà pour le moins un geste beau, qui relève. Et si tous les jours la vision d'une société de plus en plus binaire, verticale, avec les bons et les méchants bien séparés, des structures de plus en plus rigides ou impuissantes semble l'emporter, la traversée des murs faisant sauter ces catégorisations et amène est salutaire. 

Des mauvaises langues diront que c'est là un effet de communication, qu'il ne faut pas être naïf. Peut-être. Mais ce serait trop facile de balayer ainsi ce mouvement d'abaissement et de rapprochement pour en faire un effet de manche. Ce serait oublier aussi que le pape est allé et retourne régulièrement en prison et qu'en faisant cela il interroge directement aussi les enfermements individuels de chacun.

Ce faisant, il perpétue un appel qui est au coeur de l'évangile (Matthieu 25.31-40) appelant à s'abaisser et à se mettre au service des affamés, des sans-papiers, des encagés, des étrangers, ne préjugeant pas qui est où et de quel côté de la barrière il se trouve, mais appelant chacun à se positionner face à cet appel.

Au final, je me fous du pape, mais je retiens l'acte.

Celui d'un homme qui ouvre des portes, franchis des murs et des barbelés, va rencontrer des taulards pour une manucure spirituelle, et imite par là à la perfection un geste posé par un va-nu-pied d'origine juive il y a plus de 2000 ans, qui allait mourir abandonné de tous, après avoir été trahi, moqué et torturé par une armée coloniale, mais en montrant, au-delà de la souffrance, par l'exemple, un chemin de libération et de joie.  

 

 

 

[1] http://www.tdg.ch/monde/pape-laver-pieds-repentis-mafia/s...

 

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10/04/2017

Décalages de Pâques

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Dire, c'est décaper.

C'est être décentré par le décalage entre ce qui est montré et ce qui est vécu, ce qui est articulé et ce qui est mâché; entre ce qui est cherché et trouvé, ce qui est mis sur la porte et ce que les invités y lisent, ce qui est commandé et ce qui est livré, entre le départ du mot et le temps qu'il prend pour passer, d'une bouche à une oreille, et qui sait: avec l'écoute... 

 

 

Rien ne suppose que quoi que ce soit puisse être lisse harmonieux, à tout le moins audible. Et rien ne laisse croire qu'une traduction puisse se passer sans ratures, raccrocs, reprises, rehaussement. En un mot : sans dialogue...       

Dire vient, par défaut, en boitant bas, avec un manque de moyens et un refus du masque, pour amplifier l'écho du monde. Non pour établir quoi que ce soit, s'afficher ou glorifier, mais pour entrer dans l'intime et le fragile dans un mouvement qui ressemble à celui des vents, de déplacements sans véritable progression, refusant d'envisager autre chose que de glisser, encore, et de ce mouvement, se miniaturiser et se déployer à la fois.    

Dire, pourtant, c'est agir dans ce décalage entre ce qui est nommé et ce qui se tait, entre l'agir et le penser, la courbe et l'arrivée; entre le son et le souffle, là où se trouve encore logé le soupir ou le bégaiement. 

 

Décalages entre la réalité des êtres, profondeur et complexité, et les images que l'on s'en fait; les petites cages et cadres serrés.

Décalages entre l'être et l'objet, entre ce qui les rend absolument distinct. Et résistance à toutes les forces qui cherchent à les confondre.

Décalages entre les bouts de soi et le soi entier, entre un mot et la phrase. Entre l'immédiateté du vouloir et la part du phrasé, entre une victoire ou la défaite, le désir et la contrainte.

Décalages poussant à exprimer, tout simplement, ce qui n'a pas de nom et ne peut en avoir, ce qui invite à prendre et à laisser et qui, sitôt désigné, à peine effleuré, repart ailleurs, d'un bond, comme un animal de la forêt se glisse hors du faisceau des phares.

Décalage entre le bond et le surgissement, entre ce qui est dit et ce qui appelle, encore.

Décalages entre les palmes et le sang des rameaux.

Décalages.

Conditions de l'être. 

 

 

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02/04/2017

Au-delà du voile

En voyage en Iran, quand je demande aux femmes ce qu’elles pensent du voile dont le port est obligatoire, la réponse oscille entre : on en est très fières, ou : ce n’est pas très important, ce qui compte pour nous c’est l’égalité des droits, de pouvoir nous marier avec qui l’on veut, avoir un bon travail.

Globalement, elles comprennent que ce thème questionne en Europe, et demandent pourquoi. Elles trouvent que c’est un point mineur. Pourquoi certains les perçoivent comme asservies ou soumises parce qu’elles portent un bout de tissu à géométrie variable, plutôt utile pour séduire, suivant sa longueur et sa position sur la tête, dévoilant mèches ou cheveux décolorés, voire une jolie tresse à l’arrière de la tête? L’essentiel serait d’avoir des droits politiques et un gouvernement qui les respecte. L'essentiel n'est pas le voile. 

D’autres ne parlent pas. Elles n’ont pas d’opinion sur ce sujet. Mais ce silence et cette retenue laissent penser aussi qu’elles ne se sentent pas tout à fait libre ou en confiance pour exprimer leur point de vue.

Les plus enhardies pourraient répondre du tac au tac : mais qui êtes-vous pour nous donner des leçons ? Les femmes, en occident, sont-elles si libérées, alors qu'elles dépensent des centaines de dollars pour s’habiller, mettre des vernis sur les ongles, les enlever à l’acétone, ajoutant de la graisse de chat sur les lèvres, s’ébouillantant à la vapeur pour s’ouvrir les pores, s’arracher des poils à la cire pour coller à la mode et être toujours moins payée pour des boulots moins considérés ?

En occident, les femmes seraient émancipées ? Et parce qu’en Iran, les femmes mettent un carré de tissus sur la tête comme elles le veulent, se riant ici et là des gardiennes de la foi et des mégères de l’ordre, elles seraient cataloguées comme soumises ? Dans les rues de Téhéran ou d'Isphahan, le voile se porte sur un large spectre par la championne de Taekwondo tatouée aux cheveux blonds décolorés, passant par l’étudiante en design urbain aux cheveux ondulés, à la surveillante des mœurs dont l'œil unique dépasse de son tchador noué comme un garrot à son cou.    

Le maquillage est ici porté avec allégresse. La chirurgie esthétique bat des records ; nez refaits et chirurgies intimes dans les chambres des docteurs. Il n’y a pas lieu d’idéaliser. Les mécanismes de domination seraient plutôt cumulatifs. Mais il serait intéressant de voir les statistiques si l’on veut vraiment comparer et savoir de quoi l'on parle si l'on cherche à évaluer l'égalité entre hommes et femmes.

En Europe, certaines s’épuisent à courir seules dans des fitness sur des tapis, se serrent à bloc la ceinture à l’approche de l’été. Est-ce par plaisir du sport et pour s’affirmer dans un corps émancipé, ou pour correspondre pile-poil à des critères de beauté, souvent cadenassés par un ordre masculin et mercantile dominant ? Redoubler d’ardeur et de sueur pour être soi-même quand on s’approche en tous points du zénith des canons des magazines de mode, que ce climax esthétique durera tout au plus quelques années avant la décrépitude de l’âge et l’angoisse qui l’accompagne... quelle sinistre forme d’émancipation.

 

Bien sûr, en Iran, comme ailleurs, ce que signifie être une femme, son devenir, est une balance délicate de pouvoirs entre ce que la société exige et ce que chaque femme désire, ce que la société autorise ou condamne. Comme homme, il est toujours délicat de se positionner sur ce sujet. Mais quoi : demeurer silencieux serait préférable ?

Le voile, pour revenir à notre sujet, relève aussi de tout autre chose. Il demeure l’expression d’une foi, d’une singularité, et d’une appartenance. Plutôt que de juger et condamner, il serait positif de croiser les points de vue, d’ouvrir la discussion, et de s’intéresser vraiment à ce que les femmes qui le portent ou le refusent en disent. Ce n’est bien sûr pas du tout la même chose de porter un voile en Europe ou en Iran, ni d’être une femme ou un homme se positionnant sur ce sujet.

Quoi qu’il en soit, il serait bon de sortir des discours dogmatiques binaires opposant domination à affirmation de soi. Le dernier mot, sur ce sujet, revient à celles qui le portent ou ont fait le choix de s’en passer, et de respecter leur choix, dans le degré de liberté qu’elles affirment. Pour le reste, une certaine retenue dans le jugement serait bienvenu.  

Il y a plusieurs manières d’être voilée. Il y a des voiles d’ignorance, de honte, de soumission et d’arrogance. Certains sont visibles, d’autres non. Il y a aussi des voiles qui protègent, émancipent et libèrent, des voiles imposés et des voiles qu’on s’impose.

Pour comprendre, le dialogue et l’échange sont incontournables, afin de saisir, si l’on veut parler de domination, les ressorts qui la sous-tendent, la manière dont elle s’exerce, et les stratégies développées pour y résister, et qui eux sont universels. 

Pour conclure, avant de prétendre libérer l’autre, il est utile d’avoir déjà mis un pied hors de ses propres schèmes de domination. Le féminisme réalise cet effort de compréhension et d’effort sur soi. Les courants qui court-circuitent cette démarche me semblent porteurs d’un fanatisme et d’une présomption égale à ce qu’ils projettent sur un morceau de tissu qui, au final, dévoile bien plus l’identité des intolérant-e-s et ignorant-e-s, qu’il ne dissimule celle de quiconque.

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01/04/2017

Le 1e avril de Donald Trump

Il faut imaginer Donald Trump au pied de son lit se réveiller après une nuit sereine, à qui un employé zélé annonce entre les nouvelles de menues importances (évolution du conflit en Syrie, niveau de la dette américaine, rapprochements entre la Russie et l’Iran), que ce 32e jour du mois de mars est en fait le 1e du mois d’avril et qu’une petite blagounette du président serait bienvenue à cette occasion – c’est de coutume-, afin de détendre une atmosphère mondiale plutôt crispée.

Il faut imaginer le cerveau de Donald Trump se mettre immédiatement en branle, bouleversant ses plans de la journée, pour chercher quel bon tour il pourrait faire à ses followers sur twitter. Mais quelle blague pourrait faire Donald Trump un 1e avril qu’il n’ait pas déjà faite ? Et quelle plaisanterie semblerait suffisamment loufouque pour être plus drôle que celles qu’il fait sérieusement tous les jours ?

Il réfléchit (si si). Prétendre construire un mur entre les Etats-unis et le Mexique, le faire payer par les mexicains ? -Déjà fait. Affirmer que le climat va bien, qu’il faut rapidement faire de nouveaux forages dans le grand nord ? -Done. Affirmer vouloir déplacer l’ambassade US de Tel-Aviv à Jérusalem… elle est bien bonne celle-là, faut la faire durer quelques mois encore. Alors peut-être affirmer que l’ambassade des US en France sera désormais située à Berlin. Mmmmh… Interdire d’entrées aux Etats-unis les résidents de sept pays musulmans, énorme, mais les ingrats n’ont pas ri, c’est fait aussi, peut-être l'étendre à sept autres pays? Une grosse pitrerie : ne plus parler à la presse et faire des faits alternatifs une vérité absolue. Faire l’Amérique grande again, personne n’y croira, mais on peut essayer. Bref que ce soit le 1e avril toute l’année : plus c’est gros mieux ça marchera.     

 

Vient l’heure du petit-déjeuner, Donald n’a pas avancé. Il jette un œil sur sa mallette nucléaire d’un air malicieux, bon, pas sûr que ça fasse rire tout le monde, mais en choisissant bien le pays, ça pourrait être cocasse. Son employé zélé fronce les sourcils. Pas sûr.

Envoyer Ivanka sur la lune ? Melania à Moscou, fermer Wall-Street ? Construire un mur dans l’Atlantique, pour éviter que des bateaux n’entrent dans les eaux territoriales américaines sans contrôle. Pas drôle. Un petit clopet d'abord, on verra bien pour la suite.   

Après-midi. Donald n’a pas bougé de son lit. La dépression guette. Faire de Cuba le 52e état US ? Pas besoin de se presser, ça viendra, chaque chose en son temps… Soutenir l’indépendance du Tibet, les résolutions de l’ONU condamnant la politique coloniale d’Israël? Mouais... petit sieste, on verra bien ensuite.

Soir. Donald tourne bourrique dans son bureau. En désespoir de cause, rappelle son employé qui lui annonce qu’un bon poisson d’avril doit posséder trois qualités : être crédible, concerner tout le monde, être connecté au quotidien.

 

- Annoncer ma démission ?

- Par exemple

- Sans blague

 

 

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30/03/2017

Au premier abord

Il faut imaginer un couple d’iraniens arrivant en touriste à Genève pour quelques jours. Et des genevois qui leur proposeraient immédiatement, après les salutations d’usage, et de joyeuses propositions de selfies, de venir partager le temps d’un soir un repas chez eux, puis de rester dormir pour la nuit, et si leur cœur leur en dit, de jouer à des jeux de cartes ou de dés à n’en plus finir, avec une petite raclette à partager, tout simplement. Pour leur faire plaisir, ils seraient même allés chercher un peu d’eau de rose ou de cardamone, afin d'agrémenter leur thé, pensant que cela leur rappellerait leur pays : délicate attention.   

Il faut imaginer notre couple d’iraniens se faisant interpeller sans cesse par des Genevois curieux leur demandant : que pensez-vous de nous, de notre gouvernement, quel regard portez-vous sur nous ? Quelles sont les raisons qui vous portent à la défiance, lesquelles au rapprochement ? Pour nous, les peuples c’est une chose, les gouvernements une autre. Et vous : qu’en pensez-vous ? Des enfants viendraient tester leur anglais et aussi leurs rudiments de farsi, des étudiants diraient fièrement : je fais des études d’anthropologie, je rêve d’aller étudier à Shiraz pour mieux connaître vos traditions.    

Il faut imaginer des Genevois curieux, sans jugements, s’intéressant fièrement au regard que porte l’autre sur eux, essayant de mettre en avant ce qu’ils connaissent de la culture de l'autre, par exemple, en vrac : Persépolis, la révolution de 1979, la culture ancestrale des dattes, l'inégalé savoir-faire iranien en matière de tapis. Et… ah oui, cette équipe nationale de football avec ce fameux Ali Daei, quel buteur ! L’équipe nationale se qualifiera sûrement pour la prochaine coupe du monde en Russie, avec la Suisse on espère !

Quelques généralités bien sûr, des clichés aussi, voire des erreurs manifestes. Certains penseront que les perses sont des arabes, pas des chiites mais des sunnites. Ils auront autant de peine à situer Qom ou Kerbala sur une carte qu’ils seraient choqués qu’un perse ne puisse pointer Paris ou Marseille sur une mappemonde, ou confonde Switzerland avec Sweden, quand pour eux le Kurdistan est uniquement une affaire interne turque.  

Ils se souviendront de quelques vieilles images de la guerre Iran-Irak du début des années 80 jusqu’à la fin de celles-ci -plus d’un million de morts- mais auront la retenue de ne pas trop insister dessus, se rappelant vaguement le rôle que l’Europe y a joué, armant Saddam Hussein jusqu’aux dents, pour le lâcher sur son voisin. Ils n’auront pas forcément envie qu’on leur rappelle les têtes des martyres qui jalonnent sur des kilomètres les entrée des villes perses avec les bouilles de bambins et d’adolescents s’étant fait démembrer dans les tranchées d’Abadan.

On préférera évoquer Winkelried et Guillaume Tell, en  rappelant les épopées de Nicolas Bouvier et son usage du monde, les lacis de la route de la soie, ou que la Mésopotamie a été le berceau de l’humanité et la Perse son biberon, que de nombreux Suisses : Anne-Marie Schwarzenbach, Ella Maillart ont traversé ce pays charnière pour aller en Orient, et l’ont loué.   

Il faut imaginer les Genevois s’interrogeant sur les coutumes de leurs hôtes : pourquoi les femmes mettent le voile chez eux, que pensent-il d’un pays de 8 millions d’habitants : est-il plus facile à gouverner qu’un de 80, sachant que la population de la Suisse entière n’atteint pas la moitié de celle de Téhéran… comment survivre au désert, irriguer la terre ? Il faut imaginer ces Genevois habité d’une curiosité discrète, et d’une modestie simple devant la culture de l’autre.

Il faut imaginer notre couple d’iraniens assailli de questions sur les quais du Mont-Blanc, esquissant des réponses politiques, sportives, religieuses, jusqu’à se perdre entre les bains des Pâquis et la gare de Cornavin, jusqu'à ce qu’un inconnu, toute affaire cessante, n'abandonne son programme de l'heure suivante pour les remettre sur le bon chemin, les accompagnant sans rien attendre en retour, au temps nécessaire de l'hospitalité. 

Oui, il faut imaginer les Genevois accueillants, comme des iraniens quand on arrive chez eux.   

 

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29/03/2017

Live music

La foule déambule, achète des glaces, se prend en photo, baguenaude, minaude presque. Dans le parc de cette grande ville, il fait beau. Vacances. On a envie de s’approcher des autres en curieux, en êtres hospitaliers qui se connaissent peu mais partagent une même curiosité. Malgré les difficultés de la langue, on arrive toujours à se faire comprendre. Il y a des écoliers, des étudiants, des docteurs. Avec l'aide des mains on arrive à communiquer.    

La foule est composée de gens qui viennent de partout. C’est un grand brassage. Certains viennent rendre visite à leurs proches - ils se réunissent une fois l’an à cette période- d’autres : touristes que l’on reconnaît à leur air un peu hagard et habillement singulier, ont effectué quelques heures d’avion pour venir ici. Tous vont au grand marché pour négocier quelques boîtes ouvragées, des bijoux ciselés, des herbes aromatiques ou des douceurs au miel pour ramener à leurs proches.

Un groupe s’est réuni derrière la fontaine. On s’en approche par curiosité. De son cœur, une musique s’élève. On se sent obligé de s’approcher, comme à la fête de la musique quand ça joue juste dans un coin. Le cercle est resserré. Des enfants sont assis au premier rang. Trois hommes sont posés dans l'herbe en tailleur, jouent: l’un du tambour qu’il serre sous le bras, les deux autres agitant des sortes d’hosties géantes où pendent des grelots. La main, agitée en variant rythme, tempo, porte la percussion. De ces trois-là, je veux dire qu’ils sont habités.

Trois autres hommes sont debout. Dès que quelqu’un veut filmer ou prendre une photo, ils placent leur corps devant l’appareil pour interrompre le film, s’en excusant presque, mais imposant cette mesure avec fermeté à tous ceux qui essaient de prendre une image. On se croirait dans une secte, une tribu aux rites étranges.

Le cercle grandit autour des musiciens. Dire que c’est beau, ce ne serait pas assez. Cette musique prend aux tripes, raccroche à quelque chose d’archaïque et profond. On revit la scène de la nuit des temps: des hommes frappent sur des peaux de bête, chantent des paroles mystérieuses pour des dieux, l’amour, les récoltes à venir ou la mort.

Ces musiciens, personne ne sait d’où ils sortent, ni à quoi ils jouent, pourtant personne ne s’en étonne. Avec leurs gueules d’hashshashins, de poètes, de musiciens errants ; de loubards ou de saints, ils sont au cœur de quelques chose qui rayonne. Ils font de ce moment unique un moment qui ne sera gravé nulle part, ni conservé sur aucun autre support que la mémoire de ceux qui y étaient et n’auraient bougé pour rien au monde. Le cercle grandit encore.  

Un homme aux cheveux gominés portant lunettes noires prend la parole. On ne comprend pas ce qu’il dit. On ne parle pas sa langue, pourtant on s’y sent lié. Après une longue tirade tressée d’alcool, il ouvre l’étui noir d’un instrument, tend au public cette sacoche pour y recevoir une obole : quelques billets bleus et verts chiffonnés, certains déchirés, re-scotchés, rapidement jetés.

La musique reprend. Le rythme est saccadé, hypnotique, et puissamment calme aussi. Les veilleurs, les vigiles, chantent en coeur. Un enfant danse, le public lui lance de l'argent. Il prend un billet dans sa bouche, en souriant, se déhanche. Rires. Les femmes sont présentes. Elles frappent des mains pendant que d’autres hommes chantent. Certains font les fiers, se prennent par l’épaule. Le centre du cercle fonctionne comme un aimant. Les enfants zigzaguent entre les adultes pour en être.

Un homme, à 50 mètres, ne pourrait deviner ce qui se passe là. Il penserait peut-être qu’un marchand a étalé au sol des lunettes de soleil ou des pendentifs, qu’une foule de chineurs se presse pour négocier des breloques.   

Un des vigiles n'a de cesse de tourner la tête de droite à gauche. Oui, c’est pour empêcher quiconque de filmer, mais son regard porte aussi plus loin, comme s’il cherchait de quelle direction allait venir le danger. Il surveille ses petits, tout proche, mais aussi ce qui peut venir de menaçant en lisère. Il a  le teint pâle, les yeux cernés. Un air de chouette chevêche, et demande tout à coup au public de s’asseoir, d'arrêter de taper dans les mains. Les deux premiers rangs s’exécutent. Les autres suivent mollement. Les musiciens continuent à jouer, comme si de rien n’était. Ni plus fort ni plus vite. Ils laissent simplement passer ce qu’ils ne peuvent retenir.

Pourquoi joueraient-ils dans une cave quand ce parc est si beau et le public attentif ?   

Un mouvement, un mot : police. Les musiciens serrent leurs instruments, filent en zigzaguant entre deux rangées. Un vigile va au-devant des hommes à moustache qui le regardent fixement, marchant droit sur lui, talkie-walkie à la main. Comme si parmi toute la foule, c’est à lui seul qu’ils en voulaient. Le public se disperse dans toutes les directions pour faire à nouveau partie de la foule. Quelques-uns restent autour du vigile pour l’appuyer, ou le dénoncer, qui sait….  

A quelques mètres, les marchands continuent de proposer leurs boîtes ouvragées, des bijoux ciselées, des herbes aromatiques et des douceurs au miel pour ceux qui en ramèneront à leurs proches.

Des touristes sourient presque bêtement, léchant des glaces à la vanille ou au safran en commentant le prix qu’ils ont payé, inquiets de savoir s’ils se sont fait arnaquer d'un ou deux francs...

 

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12/03/2017

Pourquoi je l'aime

poésie,écriture,silenceJe l'aime, parce qu'elle ne cherche pas à parler la première, ni ne s'oblige à terminer une conversation.

Elle n'a pas besoin de clôture ou de panneaux d'orientation.

Je l'aime, car elle ne se sert pas de la parole comme d'un burin ou d'un marteau, mais comme si elle en était travaillée. Elle est l'outil de la parole, sa propre finalité. Elle ne communique pas, elle délivre. Elle ne convainc pas, elle offre.

Je l'aime, parce qu'elle se laisse travailler par celui qui s'en approche, s'affine à son contact, agrandit celui qui la cherche. Pour sa confiance, sa quête d'authenticité. Parce qu'elle sait se laisser trouver, je l'aime.

Je l'aime, parce qu'elle me donne le sentiment d'être toujours au commencement du commencement, au tout début, et que la source est toujours de biais. 

Je l'aime, parce qu'elle ne cherche ni à dominer ou contrôler, à rameuter ou refuser. Parce qu'elle n'a rien de chiche, de comptable, de rétréci ou rabougri; rien de la meute ou du clan, du badge, du code-barre, ou code d'entrée.

Je l'aime, parce qu'elle n'a ni nation, ni drapeau, ni troupes à son service, mais sert les plus détraqués et démunis: les lunatiques, les sensibles, les rêveurs, les épuisés: nous tous. Parce qu'elle est toujours un don, une gratuité, une présence et une option.  

Je l'aime, parce que la parole ne lui appartient pas. Elle l'accueille seulement, la relaie. Quand elle en est parcourue, tout le monde le ressent, c'est un frisson. La parole la traverse simplement. Elle va son chemin. Elle n'accapare rien.

Elle ouvre sa maison comme si elle s'étonnait qu'on puisse s'arrêter chez elle, y trouver un intérêt quelconque. Elle illumine tout, le plus simple le plus quotidien. Elle a sûrement préparé la table, pris soin de son intérieur, décoré joliment les choses, déposé quelques fleurs sur le rebord de la fenêtre, mais la parole aurait aussi pu ne jamais venir. Parfois elle se moque des maisons trop bien rangées.

Je l'aime, parce qu'elle peut attendre sans impatience et donner sans recevoir. Elle est un souffle, un nid pour l'innomé. Parfois rien ne vient. Ce n'est pas cela qui importe. Elle permet de retrouver ce qui est perdu.  

Je l'aime, parce qu'elle reconnaît les larmes, les rires, les silences, les prières et les insomnies comme le pouls du monde. 

Je l'aime, parce qu'elle sait accueillir et dire au-revoir à la parole sans s'y attacher, comme si elle la connaissait depuis longtemps et ne s'étonnait plus qu'elle vienne ainsi, à petits pas, à bas bruit, comme un oiseau, un animal de la forêt, bouleverse tout parfois. Je l'aime parce qu'elle connaît la profondeur de la perte. Je l'aime parce qu'elle peut tout reprendre, chambouler.

Elle découvre ce qui la visite, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, avec l'innocence de l'enfant. Elle sait que les horloges des humains n'ont pas le dernier mot sur le temps. Je l'aime, parce qu'elle ne retient rien, ne contrôle pas, ne planifie jamais.

Je l'aime, parce qu'elle connaît la liberté, le vertige et le désir, et qu'elle refuse l'imposition. Elle sait de quoi est faite la peur. 

Je l'aime, parce qu'elle sait dire l'amour, le silence et la mort, qui sont toute la vie.

Je l'aime parce qu'elle sait se passer des mots aussi, se faire note, oscillation, arbre, couleur, ou simple son.

Je l'aime, enfin, parce que je crois qu'elle nous survit, nous dépasse et nous agrandit; parce qu'elle est l'absence la plus présente qui soit. 

La poésie.

 

http://printempspoesie.ch/wordpress

 

Photo : Eric Roset www.eric-roset.ch

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06/03/2017

Répondre présent

MANIF_PERSONNEL_VILLE_GENEVE__05.JPG.jpgCertains pensaient que le temps des idéologies était fini, que l'on pouvait se passer du politique, que la vérité ne comptait plus, qu'une histoire en valait une autre, que le relativisme allait tout emporter. A quoi bon nourrir du sens, puisque le marketing peut tout redorer? Pourquoi assurer la qualité, puisque la qualité coûte cher, passe même pour un luxe?

 

La société entière s'est vue soumise au rabot néo-libéral : économiser sur le sens, couper sur les marges, faire mieux avec moins, faire au mieux avec rien, traiter les gens comme des consommateurs, et les robots mieux que des gens. Taxer les robots? Oui, pourquoi pas, mais si on s'occupait avant tout de prendre soin des humains? Nulle fatalité ne préside aux rapports de domination.

 

Le retour de la quête de vérité

Le story-telling, la mise en scène de soi, les selfies à gogo, seraient une ressource pour créer du sens? C'est un échec. On voit monter un nihilisme écoeuré ou un repli dans les tanières et l'on croit de moins en moins aux histoires qu'on nous raconte. Des citoyens accrochés à des réseaux sociaux comme des hamster à leur roue, attendant miraculeusement que rentre un père ou une mère nourricière, ça ne formera pas société. 

Certains pensent pouvoir vendre des projets de société comme des boîtes de sardines? Ce sera un échec. Il y a quelque chose dans l'humain qui résiste et désire autre chose que d'être traité de la sorte.

 

La violence quotidienne

C'est à l'école, à l'hôpital, dans l'économie, les transports, que le dogme libéral s'applique, tout le temps, avec la violence d'une loi implacable. Et cela fait des décennies que nos cerveaux, nos corps, nos imaginaires sont soumis à ce régime. Et cela, jusqu'au jour où ça craquera. Alors, le train aura une heure de retard et plus personne pour informer. Il n'y aura plus de journaux à lire, à peine des magazines publicitaire à feuilleter. Votre enfant attendra 3 heures aux urgences, sans personne pour en prendre soin ; et vous hésiterez à y aller, de peur que le patron ne vous vire, à moins que la perte de votre téléphone ne vous donne des envies de suicide...

La lutte des egos est une impasse. L'individualisme poussé à l'extrême, son sentiment de toute-puissance attaché, est une sinistre vulnérabilité... avec des paillettes et des filtres à couleur, certes, mais bon, pour quelle finalité? 

Dans un système où l'angoisse du perdant-perdant domine, où chacun craint que l'autre ne soit un loup pour soi, avec la hantise de devenir dévoreur ou dévoré, la seule garantie de ne pas contribuer à faire advenir un siècle cannibale est le renforcement d'un cadre suffisamment bon.

Pas celui vanté par les pseudos sauveurs : les Trump, Le Pen, Blocher, dopés à la nécessité des sempiternelles boucs émissaires. La présent nous échappe, quand ceux-ci font miroiter un passé perdu, le retour d'un Eldorado disparu (make america great again), se nourrissant des crises qu'ils contribuent à créer, désignant toujours d'autre comme responsable. Or, s'il suffisait de balancer des mousses et des marins par-dessus bord pour prétendre savoir piloter un navire, ça se saurait. 

 

Ce qui se dessine à bas bruit

Le cadre collectif avec les mêmes règles pour toutes et tous, avec des limites claires et de lois justes doit être renforcé; avec des personnes responsables et garantes du collectif, mais qui n'en sont pas au-dessus. Il y a aujourd'hui des mouvements de plus en plus profonds qui cherchent à construire un autre rapport au sens et à la vérité. Au temps des crises, du basculement et de l'instable, la peur et le désespoir nous guettent, nous testent. C'est là aussi où l'espérance devient plus forte et nous trouve, pour répondre présent.

Il nous revient de nous positionner. De ne pas céder sur la quête de sens, de vérité. Ne pas être dans la résignation, mais dans l'émulation, l'irréductible relance. Ne pas croire que c'est d'un tel ou d'une telle que viendra la différence. Il n'y a pas de sauveur unique, mais des caps harnachant des pilotes à leurs équipages et des équipages à leurs bateaux.

Une sortie des egos

Continuer de travailler, de parler, d'écrire, de créer des liens les uns avec les autres, quartier par quartier, familles par familles. C'est préférable à rentrer dans sa coquille. C'est contrer la logique des tanières ou de marquer son monde avec des selfies.

Enfin, c'est surtout une découverte enthousiaste : seul nous ne pouvons rien, unis nous sommes tout. Si la guerre des egos est une impasse collective, l'entraide nous laisse percevoir d'autres possibles. Ces possibles sont innombrables. Ils nous réclament, sans faire grand bruit, mais tous les jours.

A nous de répondre présent.   

 

 

Illustration photo Eric Roset  www.eric-roset.ch

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20/02/2017

Toxicité des rapports de domination

634007338.jpgLe 2 février, le jeune Théo, 22 ans, passionné de foot, animateur pour les jeunes, était violé à Aulnay-sous-bois. Un policier introduisait sa matraque dans son anus lors d'une interpellation. 

Des vidéos de surveillance corroborent les propos de Théo. Le policier se défend en prétextant un geste "accidentel", voulant simplement faire fléchir le jeune homme pour le mettre à terre. Le rapport médical est explicite. Il parle d'une plaie longitudinale sur près de 10cm de profondeur du canal anal et du bas rectum qui justifie deux mois d'arrêt complet de travail. Le 16 février, un reportage d'envoyé spécial retrace l'ensemble des faits, et donne la parole à Théo.[1]  

Aujourd'hui, quatre policiers sont mis en examen. L'un pour viol, les trois autres pour violences.

Justice pour Théo

Le viol est encore marqué par la honte sociale et un silence oppressant. On n'a pas vu de hashtag #jesuistheo. Il y a des violences qui cherchent à humilier et rabaisser l'être jusqu'à l'isoler. Cela illustre aussi combien il est difficile de s'identifier, dans sa chaire, au viol... et c'est justement le rôle du tabou : figer les chaînes des reconnaissances et des empathies.  

Mais un cri de ralliement a été lancé : justice pour Théo, repris jusque dans des travées de stades de football allemand. L'indignation grandit, l'écoeurement devant le viol et les violences policières. Au moment où Théo est toujours hospitalisé, dans l'incapacité de se lever, se déplacer, avec une poche pour faire ses besoins, la première justice à rendre ne serait-elle pas déjà de nommer ce qui s'est passé avec des mots clairs? Or, ce qui frappe c'est la difficulté à entendre le mot explicite de viol (qu'il soit présumé ou non) de la bouche des politiques, des journalistes.

 

Les euphémismes hallucinants

On peut entendre, lire, du boulanger au ministre en passant par les journalistes, les mots suivants : acte de barbarie, brutale interpellation, l'accident, l'événement, l'humiliation, la bavure, l'acte dément, le dérapage... En fait, mille et un mots pour dire ce qu'il s'est passé, mais sans le dire vraiment, pour évoquer quelque chose de "dégueulasse", tout en euphémisant et donc trahissant ce qui s'est déroulé.

Un viol avec une matraque sur un jeune homme de 22 ans.

Est-ce parce que l'acte est si violent qu'il doit être passé sous silence ? Ou parce que le tabou d'une violence sexuelle sur un homme est tenace et ne peut être dépassé ? 

En Suisse, on ne peut pas violer un homme

En Suisse, pour rappel, le viol d'un homme n'existe pas dans le code pénal, puisque l'article 190 considère uniquement comme viol la contrainte sur une personne de sexe féminin à subir l'acte sexuel. Un homme ne peut lui être soumis qu'à des contraintes sexuelles et la peine en est subséquemment plus faible. En cas de viol la sanction est obligatoirement une peine privative de liberté d'un an au minimum, de dix ans au maximum. En cas de contrainte sexuelle, la sanction est une peine privative de liberté de dix ans au maximum... ou une peine pécuniaire.[2]

Théo n'est pas un cas isolé ou un accident. Il est le révélateur brutal de violences, de tabous, et de silences complices. Le décalage entre la manière dont il nomme ce qu'il a subi, et la manière dont le pouvoir policier, politique ou médiatique le décrit nous interpelle sur les rapports de domination à l'oeuvre et les tabous qui persistent.

Toxicité des rapports de domination

Il nous appartient de nous opposer à toutes les violences, tacitement ou implicitement institutionnelles, qui se portent encore majoritairement sur les femmes, mais également sur des hommes, en dénonçant les cocktails toxiques composés de sexisme, de racisme, d'homophobie, et traquer, au quotidien, tabous, silences et ambivalences, qui les perpétuent.

La toxicité des rapports de domination est d'autant plus forte qu'elle se prétend inodore et incolore.

Et personne ne peut prétendre en être immunisé, tant que les viols et violences ne sont pas nommés comme tel... et politiquement, socialement, condamnés.  

 

[1] http://television.telerama.fr/television/regardez-l-enquete-d-envoye-special-sur-les-abattoirs,154261.php

[2] https://francoischarlet.ch/2014/le-viol-dun-homme-nexiste-pas-en-droit-suisse/

11:55 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : violences, discriminations, viol, théo | |  Facebook |  Imprimer | | |

18/02/2017

Le MEG : Disneyland de l’ethnographie ?

meg,musée,culture,genève,expositions,socialQue fait-on le premier dimanche du mois ? On va au musée bien entendu ! La gratuité qu’offre la Ville ce jour-là permet de découvrir les expositions temporaires, mais aussi permanentes, qui enrichissent le patrimoine culturel de la ville. Ce dimanche, on se rend au musée d’ethnographie.

Plus de communication, moins de contenu ?

Tenté par l’article du Temps qui annonçait une exposition pour dépassionner le fait religieux, on pensait que le MEG allait empoigner un sujet politique.[1] Or, d’expo, il n’y en a pas. Il s’agit simplement d’un parcours interactif au sein de la collection permanente proposé par la Plateforme interreligieuse de Genève[2].

Joli coup de pub donc, mais rien de nouveau sur le fond. Passée la déception, on slalome dans les collections en s’aidant du dossier : « objets du sacré, au cœur des pratiques religieuses », publié aux éditions Agora par la plateforme interreligieuse. On se demande alors pourquoi il faudrait dépassionner le religieux, quand le thème de la laïcité anime fortement la République. Qu’est-ce qui fait si peur dans la religion ? Le fait religieux est-il tabou, à prendre avec des pincettes ? Il serait intéressant d’y réfléchir. Mais l’appât du parcours interactif ne le fait pas. Dommage.

Le MEG : Disneyland de l’ethnographie ?

Les vitrines sont décidément bien froides pour rendre vivant quelque débat que ce soit. Certes, on a renouvelé l’étiquette sur les collections, et le MEG sait très bien communiquer, mais dans le fonds pas grand chose à se mettre sur la dent, hormis un esthétisme hipster évoquant une ethnologie postcoloniale.

La dimension apolitique de l’exposition permanente, bien loin de dépassionner les débats, les évacue. On feuillette Totem, le magazine du Musée ethnographique. Les prochaines activités portent sur le 14  février, la drague, des poncifs sur le tour du monde, ou l’initiation à la batucada, la chasse aux oeufs. Le MEG est-il devenu le Disneyland de l’ethnographie ? Certes non, le FIFDH (festival international des droits humains) apportera une projection-discussion le 18 mars autour du film « The opposition », sur la construction d’un complexe hôtelier en Papouasie-Nouvelle-Guinée- sur des terres autochtones. Il semble qu'il y ait ici et là des occupations de salles possible...

Une exposition temporaire ? Revenez dans 3 mois !

Pas d’exposition temporaire en ce dimanche pluvieux. L’exposition Amazonie, le chamane et la pensée de la forêt s’est achevée au MEG le 8 janvier. Elle mettait en avant une sélection d’objets provenant de l’aire caraïbo-guyano-amazonienne avec force artefacts et céramiques. L’exposition suivante, l’effet boomerang, les arts aborigènes d’Australie débutera… mi-mai. Des thématiques toujours rassembleuses, dont on finit par craindre de ne pas trouver d’ancrage avec le quotidien ou les dimensions sociales actuelles des personnes qui vivent dans ces territoires. L’ethnologie façon MEG, une euphémisation des enjeux sociaux ?

Le nombre de visiteurs augmentent ? Mais au-delà des nombres, quel sens ?

On se rend alors à l’exposition permanente : « les archives de la diversité humaine », titre grandiloquent en regard de ce qui est montré. Quelques travaux de maintenance rendent des espaces inaccessibles jusqu’à mi-février. Au final, l’espace d’exposition est réduit comme peau de chagrin. Dans ce nouveau bâtiment, on se retrouve devant les vitrines du MEG classant par aire culturelle les objets comme dans les souterrains du château de Moulinsart. Le joyeux tohu-bohu dans les couloirs du MEG fait certes oublier un instant les interrogations chagrines. Les familles sont nombreuses, les enfants joyeux. Mais est-ce vraiment l’un des succès du musée, que d’en faire l’équivalent d’une maison de quartier ?

Un panneau l’annonce à l’entrée : les habitant-e-s- (sic) du Centre d’Anière nous font le plaisir de venir partager leurs traditions. Danse et musique de Guinée, danse et musique d’Afghanistan, Danse et musique du Sri Lanka, Danse et musique d’Erythrée animent tout au long de la journée les espaces en continu. La salle est pleine et les enfants s’amusent à faire des rondes, avec un DJ qui fait danser son monde. Mais rien ne sera dit de plus sur la situation de ces personnes, ni de leurs quotidien dans les foyers de l’Hospice Général...on aurait pu souhaiter une dimension relationnelle plus marquée.

Pour un Musée d’ethnographie empoignant les enjeux du monde

Arrivé au bout de la visite, on a l'impression d’un rapport superficiel, apolitique, du rapport à l’autre. Et on ne peut s’empêcher, en méditant sur les artefacts kanaks, malgaches ou maoris, d’être surpris du manque d’informations sur leurs combats, la dimension sociale de leur quotidien. Placé devant ces artefacts ramenés d’autres siècles, on ignore tout de ces peuples actuels, de ce qu’est leur diversité. Pourquoi ?

Certainement il faut des danses et de jolis objets pour égayer un dimanche pluvieux, intéresser les enfants. Mais si ces animations devenaient la raison d’être du musée, il nous semblerait manquer cruellement d’ambition et de vision, et donc trahir sa raison d’être. A trop aseptiser et esthétiser le discours sur l’autre, que reste-t-il au final de la diversité, de l’altérité et de ses difficultés ?

Alors, à quand des expositions au MEG sur le monde ouvrier, le capitalisme, le pouvoir, la lutte féministe, le terrorisme ou les migrations, par exemple ? A quand des expositions qui nous chamboulent et nous rendent à nos responsabilités de citoyen-ne-s, d’êtres politiques, et nous interpellent sur les rapports de domination du quotidien ? On aimerait du sens, de l’engagement, on en a besoin, vite. Et tant mieux s'il y a des jeux pour petits et grands pour faire vivre tout cela !  

 

 

Une version de ce texte est parue dans la journal Gauche Hebdo du samedi 18 février

[1] https://www.letemps.ch/suisse/2017/01/12/une-expo-depassionner-religieux

[2] http://www.interreligieux.ch

 

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24/01/2017

Le Temps met la cagoule

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 Avant, les journalistes protégeaient leur sources, maintenant ils protègent leurs fesses.

C'est à prime abord ce que l'on peut penser en découvrant la dernière rubrique du Temps signée Emilie Sombes, pseudonyme pour une chroniqueuse masquée, le 24 janvier.

Voilà que Le Temps, hier quotidien Suisse de référence, est devenu gazette des rumeurs en inaugurant une "chronique masquée genevoise" qui lui permet de répandre ragots et rumeurs sur la vie politique,[1]  sans avoir de compte à rendre à personne, puisque le journaliste devient un fantôme. Mais est-ce seulement un journaliste? Peut-être cet anonyme est-il même un politique, un excité ayant des comptes à régler. Payé pour rédiger cela ? Mystère. Est-ce une manière différente de faire du journalisme? Bienvenue alors dans la nouvelle ère du journalisme spectral.

 

Une drôle d'éthique journalistique

Le procédé met mal à l'aise. Le climat est lourd de suspicions. On observe d'un air critique le Temps avancer masqué. Difficile de comprendre ce qui conduirait des journalistes à publier dissimulés des articles sur la politique locale. Des pressions, des menaces s'exerceraient sur les journalistes? On se souvient que par "magie" un article d'Olivier Francey sur Pierre Maudet avait rapidement disparu des écrans, sans jamais arriver dans l'édition papier.[2] Mais pourquoi alors ne pas informer sur ces dérives? Parler pouvoir, argent, défendre l'indépendance de la presse. Ou alors, le nouveau journalisme spectral est uniquement un outil publicitaire, une recherche du buzz par des articles osant tout car ne rendant plus compte à personne? Drôle de conception du débat démocratique et du travail d'information. Et jeu risqué surtout. Car ce qui donne sa qualité à la presse, c'est la transparence, les codes de déontologie qu'elle se donne. S'anonymiser, c'est pour elle se ramener au niveau des forums de trolls sur facebook.

 

Les cagoules dans les salles de rédaction

Il y a une dimension politique aussi. Car après tout, n'importe quelle personne ouvrant un blog dans un journal est tenu de rendre compte de son identité. Le courrier de lecteur de la moindre gazette exige des citoyen-ne-s qui y écrivent de s'identifier. Le site d'information alternative et anticapitaliste Renversé s'est vu priver d'hébergement internet en Suisse, car il refusait d'identifier les personnes qui animaient le site.  

Il est bien interdit de se cagouler lors de manifestations, pourquoi le valoriser dans les salles de rédaction ? En fin de journée le Temps frappait encore avec un autre article, sur le PLR cette fois.[4] On devrait attendre désormais un communiqué de presse du Temps pour être sûr qu'il revendique l'article?

 

Fragilisation du rôle des journalistes

Deux jours après l'annonce de la fermeture de l'Hebdo, la profession n'avait pas besoin de ce nouveau coup tordu. Elle pâtit de la décision du Temps de la faire écrire sous pseudo. Son travail en devient plus difficile. Comment être dans la confiance avec un journaliste, dialoguer avec lui sans savoir si ce que l'on partage en off sera balancé ensuite dans un article anonyme? Comment, pour un journaliste, se faire une opinion, aller chercher de l'info, si sa profession devient synonyme de ragots et délations. La qualité d'information en souffrira. Au final, on risque d'avoir un journalisme fait par des mouchards ou des lâches. 

Il y a des pays où des journalistes risquent leur vie en écrivant. Il en est un autre désormais, le nôtre, où certains journalistes risquent la perte de leur identité professionnelle en écrivant des textes anonymes qui ne les exposent à rien d'autre qu'à la suspicion et à l'oubli. 

Le rédacteur en chef du Temps, Stéphane Benoit-Godet devrait rapidement tomber la cagoule, et s'expliquer sur le choix de ses étranges procédés au risque de décrédibiliser toute une profession. 

 

[1]https://www.letemps.ch/opinions/2017/01/24/primaire-ps-genevois-pari-risque-caroleanne-kast

[2]http://commecacestdit.blog.tdg.ch/archive/2016/03/12/pier...

[3]http://www.lecourrier.ch/141155/le_site_renverse_renait_e...

[4]https://www.letemps.ch/opinions/2017/01/23/logiciel-obsol...

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23/01/2017

La démocratie, c'est aussi le droit de dire non

 

La droite municipale, n'ayant probablement rien de mieux à faire, s'est fendue d'un communiqué de presse pour attaquer la diffusion d'un tout ménage de la conseillère administrative en charge des finances de la Ville de Genève Sandrine Salerno, appelant à voter NON à la 3e réforme des entreprises le 12 février, courrier co-signé avec Florence Germond, conseillère municipale en charge des finances de la Ville de Lausanne.

Selon la droite, le courrier incriminé (ci-dessous) viole le vote du conseil municipal du mercredi 18 janvier, au cours duquel la droite avait voté son auto-soutien à la réforme.

 

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Une droite qui veut faire taire les femmes

La droite municipale dénonce une propagande abusive de la part de Sandrine Salerno. Elle appelle la conseillère administrative à utiliser son temps et son énergie à ne pas se mêler de votation fédérale! Ben voyons, il semble bien que la droite regrette le "bon vieux temps" où les femmes donnaient leur bulletin de vote à leurs maris et s'occupaient avant tout de la cuisine et du foyer!

Plus grave encore, cette droite PLR et PDC laisse entendre, dans son communiqué de presse, que le courrier de la magistrate a été payé par le contribuable. Or, il n'en est rien! Pas un sou de la collectivité n'a été dépensé dans ce qui est tout simplement un positionnement politique d'une élue qui assume ses responsabilités et ses points de vue.

On cherchera en vain le logo de la Ville sur le courrier de Sandrine Salerno. Son courrier est porté par le comité unitaire du non à la réforme, dans le plus pur exercice de la démocratie directe. Dans le débat compliqué de la réforme des entreprises, c'est un signe de panique de la part de la droite que de se lancer ainsi dans des attaques factuellement fausse contre une magistrate en fonction.

Monsieur Dal Busco, grand argentier cantonal, a lui certainement dérapé lorsqu'il a utilisé les deniers publics pour faire de la pub à la réforme dans un courrier au contribuable.[1] Pourtant, aucune réaction n'était venue à droite concernant ce singulier usage de l'argent public....

 

Oui au débat d'idées oui à la liberté démocratique des élu-e-s!

Mais quoi qu'il en soit, et pour rappel, le conseiller administratif et conseiller national Guillaume Barazzone a pris position pour la RIE3, sans que personne ne crie au scandale. Il est sain, en démocratie, que chacun-e s'exprime. Et il est clair, au sein du Conseil administratif de la Ville de Genève que chaque élu-e ait un positionnement politique sur cette question fédérale, qu'il lui appartient de partager ou non.

Que le Conseil municipal de droite vote son soutien à la réforme est une chose. Mais cela n'implique aucunement qu'il oblige le Conseil Administratif, et encore moins que chaque élu-e de l'exécutif doive en faire de même en son nom propre. 

Au final, ce qu'il est important de retenir, c'est la très très petite idée qu'à la droite de ce qu'est la démocratie et la liberté d'expression. En attaquant la magistrate Sandrine Salerno sur son courrier co-signé avec Florence Germond, c'est clairement le signe du refus et de la peur du débat d'idées que montre la droite. 

 

Sandrine Salerno a le droit de s'exprimer

L'engagement de Sandrine Salerno a un contenu politique, c'est certain. Il rappelle le coût pour les collectivité publiques de cette réforme, et les risques pour les prestations publiques et les villes en cas de vote favorable le 12 février. Faisant cela, la magistrate est pleinement dans son rôle et son mandat, n'en déplaise aux aigris du municipal, qui devraient se rappeler que s'ils ont un pouvoir, c'est celui de s'exprimer et de servir la collectivité, pas de chercher à contraindre les autres à adopter leur point de vue.

 

La démocratie, en Suisse, c'est aussi le droit de ne pas être d'accord

La démocratie que l'on aime et sert en Suisse, c'est celle qui permet à chaque citoyen-ne de se faire son point de vue, sans se le faire imposer par quiconque.

La droite municipale veut-elle invoquer un devoir de réserve ou Dieu sait quoi pour faire taire celles et ceux qui ne pensent pas comme elle et au final empêcher les élu-e-s de s'engager et défendre leurs positions ?

Alors, cette droite totalitaire devrait réfléchir à sa volonté de museler les décideurs politique, et peut-être rédiger illico presto un autre communiqué de presse si elle pense que l'ancienne conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf devrait se la fermer quand, dans les colonnes du Blick ce lundi, elle estime que la troisième réforme de la fiscalité des entreprises qu'elle avait pourtant initié va trop loin et qu'il n'est désormais plus possible pour elle de la soutenir.[2]

Et si la droite y renonce, ce à quoi nous l'invitons, qu'elle amène alors plutôt des idées et des arguments au débat d'idée, plutôt que des chicanes et des tentatives d'intimidation. Car cela, face au peuple, ça ne passe jamais.

 

 

[1] http://commecacestdit.blog.tdg.ch/

[2]https://www.rts.ch/info/suisse/8330396-eveline-widmer-schlumpf-se-distancie-de-la-reforme-fiscale-des-entreprises.html

 

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17/01/2017

Serge Dal Busco, marathonien à l'arrêt

 

Cher Serge Dal Busco,

Tu étais pourtant un marathonien. Tu aurais dû savoir que dans une course il faut partir à son rythme, accélérer ensuite et finir à fond. Malheureusement, concernant la 3e réforme de l'imposition des entreprises (RIE3) c’est tout l’inverse que tu as fait. Tu es parti au pas pour ralentir ensuite et finir par y perdre ton souffle.

Des négociations avec les partis ? Tu as tout de suite perdu l’extrême gauche que tu n’as pas su prendre en compte. Le Parti Socialiste et les Verts ont essayé de te suivre un moment, mais à l’impossible nul n’est tenu. Tu as perdu toute possibilité d’obtenir l’accord de ces partis en essayant de leur faire avaler une convention mal ficelée dans un timing impossible à tenir, la chevauchant maladroitement à une votation fédérale brouillant toutes les cartes.

 

Mauvais timing, mauvaise négociation = pas de résultats

Imposant du début à la fin calendrier et contenu, tu auras finalement réussi à mettre tout le monde d’accord sur un seul point:  tu es un piètre négociateur. Là où il aurait fallu fédérer largement, tu as fait surgir des divisions de toutes parts. Tu pourras toujours invoquer le fait que c'est Genève et qu'à l'impossible nul n'est tenu. Il n'empêche, un ministre des finances devrait gouverner pour tous, pas seulement pour quelques uns. Et surtout, on attend de lui qu'il place l'intérêt collectif au-dessus de celui des grosses entreprises, pour créer vraiment de l'équité. 

Quant à la mollesse de la volonté s’ajoute la servilité aux milieux économiques, le résultat ne peut être que catastrophique. Et c’est bien ce qui s’est passé. Incapable de créer un front large sur un objet si important pour l'économie genevoise, tu as échoué là où nos voisins vaudois ont su allier doigté et négociation pour obtenir un plébiscite, d'abord des partis, puis de la population... il y a un an déjà.

 

Confusion générale

Sentant le vent tourner, tu t’es définitivement pris les pieds dans tes lacets. Le politique prenant le pas sur le ministre, dans un courrier accompagnant la déclaration d’impôts 2016 des contribuables, tu les as appelé directement  à soutenir la RIE3, principal enjeu de la législature et dont, dis-tu, « son succès bénéficiera à toute la population ».

Tu as fais alors peu de cas de la démocratie, prétendant benoîtement présenter uniquement des faits, te justifiant d’une manière ingénue de ne faire que ton travail de grand argentier, quand bien même tu influences directement réflexions et débats d'une manière partisane.[1]  

Bref, cher Serge, quand il faut être politique, tu agis comme un administrateur, et quand tu devrais agir comme un administrateur, tu te piques de faire de la politique (sans même l’assumer au final). Cela s’appelle courir à contre-temps, ou contre nature.

 

NON à une réforme mal ficelée

Pour toutes ces raisons, cher Serge, il serait grand temps de retrouver un rythme de course plus respectueux et plus doux afin de ne pas accentuer encore les cassures. Vu la manière dont tu as géré les "négociations" avec les partis et dont tu as mené cette réforme des entreprises au niveau cantonal, il semble pourtant bien tard pour espérer un revirement. Trop de temps et d'énergie ont été perdu à tourner en rond.

Les Genevois sont aujourd'hui dubitatifs concernant la RIE3. La différence entre le niveau fédéral et cantonal leur est difficilement perceptible. Comme ministre des finances, tu portes une lourde responsabilité dans cette confusion, que tu continues d'ailleurs d'entretenir. Certes, tu utiliseras le chantage au départ des entreprises, et menaceras tout le monde d'un effondrement de l'économie au lendemain du 12 février. Mais puisque tu nous as fait passer l'envie de soutenir quoi que ce soit, nous savons maintenant clairement à quoi nous voulons résolument échapper : une marche forcée en avant en mauvaise compagnie avec un pistolet sur la tempe.

La seule issue pour éviter la catastrophe annoncée, c'est désormais qu'un NON clair soit posé sur la RIE3 en votation populaire le 12 février, afin que nous n’ayons pas à subir à Genève les errances d’une course mal conduite, avec des accélérations et coups d’arrêt erratiques, dommageables pour la collectivité.  

 

Voter NON le 12 février à la RIE3 apparaît désormais comme un vrai bol d'air, le meilleur choix pour préserver les finances genevoises et notre liberté. 

 

 

[1]  http://www.lecourrier.ch/145921/rie_iii_le_message_qui_fache

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16/01/2017

Sauvons la librairie Le Parnasse !

14500607_1644524315838891_1622368717071911245_o.jpgLa Librairie Le Parnasse existe à Genève depuis 1978. Elle est installée à la rue de la Terrassière depuis 10 ans et n'a cessé depuis sa fondation de défendre avec foi et enthousiasme le monde du livre. Durant l'année 2014/2015, une rénovation de grande envergure a eu un sévère impact sur l'activité de la librairie, l'obligeant à exercer dans une surface réduite de plus de moitié.

 Contre vents et marées, la librairie a tenu bon, et depuis quelques mois recherche activement des fonds auprès de diverses sources de financement pour se remettre à flots et poursuivre son activité de librairie tout en innovant et lançant de nouveaux projets variés; conserver au centre-ville un espace de rencontre, de débat et d'échange, permettre à de nouveaux auteurs et d'autres confirmés de continuer à se faire entendre et nourrir une langue commune.

 

14463300_1641406209484035_7085427346997129408_n.jpgRôle et importance des librairies

Le Parnasse défend une offre en littérature et poésie suisse, italienne et autres, en psychologie. Une association de soutien a vu le jour en mars 2015, suivie suite à la première AG de mai 2016 de la constitution d'un petit groupe de soutien inspiré et militant: les Amis de la Librairie Le Parnasse [1].

Dynamique et joyeuse force d'action et de proposition, destinée à soutenir la librairie à laquelle ils sont attachés et qu'ils considèrent comme un lieu essentiel devant être défendu.

Pour rappel, le prix unique du livre en Suisse, malheureusement refusé au niveau national en 2012, a été plébiscité à Genève et dans toute la Suisse romande. Les librairies sont des lieux essentiels pour mettre en avant le travail des éditeurs et faire vivre une chaîne du livre qui passe par les imprimeurs, les auteurs, les diffuseurs de moyenne et petite taille.

A quoi bon défendre une littérature et fournir des soutiens à l'écriture en Suisse, si les points de vente disparaissent? Il n'y a pas de littérature sans livres, et pas de livres sans lieux pour les feuilleter, les acheter, c'est-à-dire, sans librairies.

 

 

14433055_1641405739484082_121424854665129537_n.jpgSoutien participatif!

Un weekend de soutien et de récolte de fonds pour la Librairie Le Parnasse a eu lieu les 24 et 25 septembre derniers[2]. Durant deux jours, de nombreux auteurs-autrices on lu, échangé, débattu et rappelé l'importance de la librairie.

Aujourd'hui, les amis du Parnasse lancent un projet de financement participatif, afin de donner un bol d'air à la librairie et lui permettre de continuer à jouer son rôle de poumon culturel.

Pour soutenir, et préserver cette librairie genevoise fondée en 1978, c'est très simple, il suffit de cliquer sur le lien suivant : https://wemakeit.com/projects/j-aime-ma-librairie et choisir des contreprestations ou faire un don pour la librairie.

 

On pourra ainsi acquérir un poster inédit de Tom Tirabosco, d'Aloïs Lolo ou de Pierre Wazem, recevoir des livres, ou disposer de la librairie le temps d'une soirée, pour marquer son soutien à un lieu, un esprit, de Genève! [3] 

 

[1]https://www.facebook.com/Les-Amis-de-la-Librairie-Le-Parnasse-1610123992612257/?fref=ts

[2]http://www.tdg.ch/culture/livres/La-librairie-Le-Parnasse-fait-la-fete-et-crie-a-l-aide/story/18767139

[3]https://wemakeit.com/projects/j-aime-ma-librairie

 

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03/01/2017

De Lascaux à la Servette...

15822678_10154717231176826_2177001069037110969_n.jpgC'est beau quand la créativité s'affiche !  En raison d’un changement d’exploitation, la plupart des 3000 panneaux publicitaires de la Ville de Genève ont été recouverts de blanc début janvier 2017.[1]

Les Genevois-e-s se sont alors spontanément  appropriés ces espaces vierges, démontrant que l’espace public peut être un lieu d’expression de créativité et de partage, et que si l’on retire un peu la publicité et ne sanctionne pas immédiatement la créativité, celle-ci donne lieu à de très belles manifestations.

 

Stop à la criminalisation des créateurs

Les restrictions sur l’affichage dit sauvage et les tags poursuivis d'une manière maniaque par Pierre Maudet d'abord puis Guillaume Barazzone ensuite ont tué une certaine créativité en Ville de Genève, faisant de l'espace dit public un espace privatisé au profit du vide, du lisse, du rien, du propret hygiéniste.

A force de vouloir sans cesse réprimer et criminaliser, jusqu'à la créativité, on en est arrivé à corseter toute expression, à refuser tout signe de manifestation. Désormais, même les amoureux semblent hésiter à deux fois avant de graver leur nom sur une écorce ou un bout de banc; les gamins hésitant à faire des traces de peinture sur le sol. Or, il y a pire que le fait de transgresser, il y a celui de ne même plus oser. 

L'espace public est devenu petit à petit l'espace de personne, de l'anonymat de l'interdiction et du vide, ou alors de la crainte de l'éruption massive et destructrice.

 

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De Lascaux à la Servette...

Pourtant, il y a une légitimité forte, humaine, basique, à vouloir créer, écrire, peindre, laisser une trace, et d'autant plus dans une société dématérialisée de manière accélérée. Il y a peu de société qui, au final, permettent aussi peu que la nôtre de toucher marquer, imprimer sur ses murs et ses pavés quelque chose de soi.

 

Il y a pourtant de nombreux bienfaits, pour une collectivité, d’avoir des lieux d’expression dans l’espace public. Après tout, si l'on veut sortir de la société de la consommation et de l'avachissement, ne faudrait-il pas ouvrir des espaces d'appropriation et de création, participatifs, accessibles à chacun et visibles par tous ?

 

Quand la créativité s'affiche...

Il serait tellement plus positif, et l'appropriation par les genevois-es de ces derniers jours l'illustre, de mettre à disposition des lieux et des espaces, les aménager, les valoriser, plutôt que de criminaliser d'une manière coûteuse les agités du stylo. Mais surtout, faire en sorte que cette créativité soit le fait d'une politique publique volontaire plutôt que d'un heureux hasard lié à une attribution de marché contestée.[2] 

 

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La plus-value d’une activité artistique et le sentiment d’appartenance à la collectivité qu'elle procure est mille fois plus positifs que les quelques désagréments que des graffitis peuvent occasionner à la cornée.

On peut y voir l'exploration de la liberté de faire ou de ne pas faire, celle de la découverte du cadre et de ses limites, enfin d'une possibilité de développer la capacité de s'approprier les choses dans une société qui souffre surtout de retrait massif, d'isolement et de désinvestissement collectif.

 

Ouvrir des possibles 

Il suffirait de presque rien, de toiles blanches, d'ouvertures de possibles, mais surtout de faire le pari de laisser place à l'inattendu, à l'inconnu, à la poésie, et aussi peut-être à la colère et à la rage, bref, à ce qui bout dans tout un chacun, plutôt qu'aux enseignes publicitaires et à la bonne gouvernance du vide ripoliné.

Et puis, quand un temps aura passé, après avoir soigneusement photographié et documenté les dessins, traces, théories, peintures, crachats (toujours mieux que de les ravaler) que les genevois-es auront librement déposés sur ces espaces, passer un joli coup de peinture blanche, afin de renouveler les possibles, ouvrir de nouveaux chapitres pour la fabrication commune d'une culture urbaine. 

C'est une utopie ?

Peut-être... peut-être pas. 

Si on faisait, pour l'éprouver, le pari de l'ouverture de quelques pages blanches dans l'espace public ?

 

 

[1]http://www.tdg.ch/geneve/genevois-s-approprient-espaces-p...

[2]http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Revolution-dans-l...

 

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31/12/2016

Il ne faut pas tourner la page

Ce samedi 31 décembre, fredonner la chanson de Nougaro serait bien approprié. Pourtant, non, on ne veut pas tourner la page, ni changer de paysage. On rechigne à faire comme si, par magie et dans les pétarades du soir, les fulgurances des cotillons, cette année écoulée magiquement se dissiperai... et hop les compteurs seraient remis à zéro pour repartir du bon pied? Non.

Il n'y a pas de grâce présidentielle pour l'année écoulée. Elle s'empile à la précédente qui s'empile à la précédente qui s'appuie sur un héritage qui se cumule. La magie du nouvel an est une crémeuse fumisterie. Rien n'est classé, liquidé, résilié. Non, de cette année 2016 nous ne serons pas quittes à minuit.

 

Dimanche 1e janvier : 366e jour de l'année 

On va s'y efforcer quand même? Faire sauter quelques bouchons, valser les bouteilles, trinquer, guincher, s'alka-seltzeriser? Et s'embrasser? S'embrasser, oui! Il nous faudra encore bien quelques jours pour ne pas dater de 2016 les premiers courriers de l'année. Mais enfin, si on y réfléchit, qui écrit encore des courriers aujourd'hui, et les date même ? Les courriels ont une mise à jour automatique, plus besoin de les dater, de remonter les pendules, de retourner les clepsydres, secouer les coucous. La machine se charge elle-même de se remettre à jour. Nous allons avec le mouvement, et n'avons pas avancé depuis les grecs : le champagne que nous buvons le soir du 31 est-il toujours le même ou chaque fois différent ? Héraclite a la gueule de bois.  

Le compte à rebours : ultime ringardise

Le domaine commun, aujourd'hui, c'est le changement, la fulgurance, le dépassement de soi. Le 31 décembre est devenu la fête la plus lente qui soit, la seule qui fait du temps son unique enjeu et ne célèbre que son passage dans une période où la fuite en avant est continue.

Or, quand le temps n'est plus qu'à la course, à quoi bon célébrer encore l'accélération? Le 31 se voudrait la fête du dépassement, elle devient paradoxalement celle du ralentissement, de la rétrospective, voire de la nostalgie; le seul moment de l'année où l'on fait encore un compte à rebours de 10 à zéro pour sourire béatement sur un zéro qu'on voudrait prolonger à l'infini. Alors qu'on ne fait même plus de compte à rebours pour envoyer des satellites dans l'espace, on continue à faire le compte à rebours pour les cotillons. Beau. 

 

Le temps n'est pas à la fête 

Pas de jour de repos, pas de trêve, pas de vieux cahier des charges à jeter, même plus d'agenda à changer, la mise à jour se met automatiquement à jour sur le smartphone.

Pas de silence à faire, tout continue comme avant, rien de neuf et de nouveau. Plus de résolutions, d'ailleurs, on y croit plus vraiment. A peine un nouvel abonnement de fitness à offrir, histoire d'y aller pour 3 semaines, on verra pour la suite... un promesse d'arrêter de fumer? ça devrait tenir les 3 premiers mois, après on se remettra à torailler.

Non, il ne faut pas tourner la page, rien ne change vraiment le 31 décembre, mais quel joli prétexte pour festoyer un peu quand même.

Il n'y a plus rien à fêter le 31. Mais avec un brin de distraction, on passe même à la nouvelle année sans s'en rendre compte. Hommage à ceux qui bossent ce soir, et ceux qui se couchent à 22h après un repas sommaire, réveillonnent avec une bande-dessinée.  Et à ceux qui s'embrassent, malgré tout, toujours!

 

www.sylvainthevoz.ch

 

 

 

 

18:02 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |