sylvain thévoz

17/11/2018

Attention, si vous ne respirez plus vous risquez de mourir

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1. La fin du capitalisme est programmée. On a perdu la télécommande

2. Si vous montez sur une échelle vous pouvez tomber 

3. Quand vous dormez, votre pensée est hors contrôle

4. Lorsque vous êtes éveillé, l’usage de votre carte bancaire est possible. Ne la laissez pas sans surveillance. 

5. Si vous ronflez, c’est incommodant 

6. Si vous êtes incommodant, vous ne pouvez plaire à tout le monde 

7. Si vous ne plaisez pas à tout le monde, vous risquez d’avoir moins d'amis

8. Avoir moins d’amis ne signifie pas que personne ne vous aime

9. Si personne ne vous aime cela ne signifie pas que vous devez vous en prendre à vous même

10. Mourir est une expérience unique. Pourquoi ne pas l’immortaliser par un selfie ? 

 

 

B.

1. Quand vous  fermez les yeux, ils ne sont plus ouverts

2. Quand vous êtes fatigués, vous risquez de dormir

3. Offrez des fleurs ou du chocolat. Pas vos emmerdes

4. N’offrez pas vos emmerdes à n’importe qui. Les cadeaux entretiennent l’amitié

5. Si vous déconnez n’essayez pas de relativiser avec des choses plus graves encore

6. Vous pouvez penser ce que vous voulez, du moment que vous n’en parlez à personne

7. Si la majorité vous donne raison, ayez le triomphe modeste. C’est peut être une majorité de cons

8. Traverser au feu rouge peut nuire à votre santé

9. Jouer à la roulette russe peut provoquer des dommages irréversibles à votre santé 

 

C.

1. Attention, vous êtes responsable de tout, même de votre irreponsabilité 

2. La direction décline toute responsabilité si vous mettez vos doigts dans la prise

3. Si vous vous jetez sous un train, vous risquez de mourir

4. Étalez votre fric pas vos prières 

5. La laïcité est à l’opium comme l’orgasme est à la religion 

6. Ne faites pas de l'équilibrisme sur un toit ne prenez pas de la drogue sans une biscotte, faites toujours comme si tout était interdit 

7. Ne confiez pas vos codes secrets à quelqu’un d’autre qu’un inconnu 

8. Donnez toujours le change affirmez toujours que tout va bien

9. Utilisez la langue de bois. Personne n’ira vérifier si c’est du chêne

10. Qui ne recule pas n’est pas certain d’avancer

 

 

D.

1. S'abriter sous un arbre durant un orage ne rend pas le pépiniériste responsable du foudroiement

2. Si vous souffrez d’allergies ne mangez pas de cacahuètes pour oublier

4. Si vous n’etes pas à la direction : déclinez toute responsabilité 

5. Attendez un sauveur, fabriquez des bourreaux, plaignez les victimes

6. Répétez : on vit une époque formidable 

7. Déclinez toute responsabilité avant d’être tenu pour responsable

8. La confession est à la mode. Soyez hypocrites, demandez pardon, payez vos indulgences. Imitez

9. Rampez s’il le faut.

 

E.

1. C’est scientifique : 100% des accidentés ont eu un accident

2. Ne vous jetez pas au lac sans savoir nager 

3. Le tandem est l’avenir de l’homme. La trottinette vaincra

4. Soyez capitalistes ! exigez un profit maximal croissant et continu

5. Soyez déraisonnables : exigez le possible 

6. Nos salades sont coquettes. On achève bien la planète

7. Les carottes sont bouilles, les pissenlits sont en solde

8. Le capitalisme est mort. Les charognes mangent du big-Mac 

9. Ça sent de plus en plus mauvais. Vive Hermès vive Chanel et Gucci

10. Vae Victis. Vive la comm’ Vive Maudet Barazzone et Madoff, Infantino et les pyramides de Ponzi.

 

 

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08/11/2018

Décès d'une piétonne : commémoration aux Eaux-Vives

45558766_10156586412336826_6955616694542794752_n.jpgCe vendredi 9 novembre dès 07h30 se tiendra une commémoration à l’avenue William-Favre, à l’entrée du parc de La Grange, pour rendre hommage à une piétonne de 27 ans tuée samedi passé après avoir été renversée par une voiture à l’avenue William-Favre.[1] Merci d’amener vos bougies, fleurs et témoignages. Ce moment est important pour, individuellement et collectivement, rendre hommage à cette jeune femme, ainsi qu’à toutes et tous les autres piéton.ne.s, cyclistes, qui ont perdu la vie ou ont été blessé.e.s à Genève ces dernières années. Leur nombre est en constante augmentation et cela nous est totalement intolérable.[2] 

Ce moment de commémoration se veut donc également un appel aux autorités locales pour : réduire les limites de vitesse sur les routes principales du quartier, y compris l’avenue William-Favre, et à Genève ; améliorer l’infrastructure routière pour la sécurité des piéton.ne.s ; mettre en place des campagnes de sensibilisation du public et des conducteurs à la sécurité piétonne et à la conduite responsable, car le décès sur la route n'est ni une fatalité ni un drame qui n'aurait pu être évité.  

Des habitant.e.s avaient déjà attiré l'attention des autorités sur la dangerosité de cette avenue William Favre, et sur la nécessité d'un aménagement pour qu'une zone à vitesse limitée avec davantage de lumières soit réalisée, afin que la sécurité des piéton.ne.s, des cyclistes mais aussi des automobilistes soit garantie.

L'avenue William Favre, en pente, est peu éclairée en raison des frondaisons du parc qui opacifient les luminaires. Les autorités reconnaissent que plusieurs luminaires n'éclairent pas avec une efficience suffisante car ils se trouvent parfois dans le feuillage des arbres et élaguent régulièrement ces derniers. Le grand nombre de voitures parquées, ainsi que le peu de passages piétons et de feux pour sécuriser l'avenue expose les piéton.ne.s s'aventurant sur la route à des dangers accrus et reconnus par les autorités. 

Pour les autorités, l'avenue William Favre fait partie du réseau secondaire de la hiérarchie du réseau. A ce titre, cet axe doit pouvoir assurer des échanges, notamment entre divers quartiers. Pour les autorités, l'avenue William Favre est donc sortie de la zone 30 des Eaux-Vives, et n'est de fait pas soumis à une limitation de vitesse qui demeure donc à 50km/h. 

Pour les autorités, l'aménagement d'un seuil à un croisement avec la rue de Montchoisy modère la vitesse à cet endroit. Mais ce dernier n'enlève rien à la dangerosité des voitures en amont et qui déboulent finalement à plus de 50km/h à l'arrivée de ce seuil, et mettent mortellement en danger les enfants, familles, aîné.e.s, qui sortent de ce parc apprécié et fréquenté par les habitant.e.s du quartier et des genevois.es pour déboucher sur une route dangereuse.

Les autorités reconnaissent tout de même que ce ralentisseur est insuffisant, notamment la nuit, lorsque le trafic est peu important, la topographie en pente de la rue induisant des vitesses trop élevées. Les autorités municipales reconnaissent que leurs marges de manoeuvres sont limitées. L'avenue William Favre est pourtant identifiée dans la stratégie cyclable de la Ville de Genève comme un axe prioritaire devant faire l'objet d'aménagements sécurisés. Ces aménagements participeraient à la modération des vitesses et réduiraient les risques. Néanmoins, la faisabilité technique de cette mesure la rend difficilement réalisable pour les autorités, tout du moins à court terme, car elle nécessite la suppression de 150 places de stationnement, faute de gabarit nécessaire ! 

Une telle suppression de places n'est donc pas envisageable pour les autorités, au regard de la loi sur la compensation du stationnement car le nombre de places qu'il est possible de supprimer en une année est limitée. Mais surtout, vue la forte pression de stationnement pour les habitant.e.s du quartier, des Eaux-Vives, ces places sont importantes pour les habitant.e.s du quartier qui possèdent une voiture et qui ne peuvent souvent pas faire autrement que de la parquer sur l'espace public. Les autorités regrettent de ne pouvoir envisager d'intervenir rapidement sur cet axe pour améliorer encore la modération du trafic et ainsi transformer l'avenue William Favre en zone à vitesse limitée.

Il faudra à un moment se poser froidement la question de savoir si nous voulons défendre des êtres humains ou des places de parc. Nous pensons que ce débat doit urgemment être mené et tranché.  

 

Habitant.e.s des Eaux-Vives, ce vendredi dès 7h30 nous fleurirons le portail du parc La Grange pour signifier  plus jamais ça, demander aux autorités de sortir de leur torpeur pour agir. et sutout rendre hommage à une vie trop tôt fauchée. 

 

[1]https://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Deces-d-une-pie...

[2] https://www.tdg.ch/suisse/230-morts-routes-suisses-2017/story/19644613

 

 

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26/10/2018

Comment laisser l'art nous bouleverser en période d'allergies ?

art,culture,préventionAprès avoir franchi la grande porte du musée, je suis tombé sur un petit écriteau qui indiquait sobrement: "cette pièce contient des oeuvres que certains visiteurs pourraient trouver bouleversantes".

Le message invite à parler à un membre de l'équipe du musée pour plus d'informations. Cela m'a rappelé les achats de disque soumis à avis parental sur l'emballage, aux annonces sur les bateaux avant de partir en haute-mer, rappelant de bien prendre son gilet de sauvetage et se soumettre en tout temps aux ordre de l'équipage.

Ce qui semblait réservé aux libations verbales du rap et aux roulis de la haute mer semble désormais avoir atteint les salles feutrées des expressions picturales du XIXe et XXe au coeur même de la quiétude muséale. 

Je suis alors entré dans cette pièce un peu comme dans un champ de mine, regardant où je mettais les pieds. Mais j'eu beau en faire le tour, observant les oeuvres de loin, les scrutant de près, de loin encore, rien ne semblait mériter particulièrement cet avertissement.

Ou alors étais-ce ce nu là (j'y retournais) ou éventuellement cette scène de pendaison -croquis large et aux silhouettes estompées-, ou alors ce tableau de Modigliani, qui sait? - vraiment?- Un regard si trouble et transparent, certains en sentiraient-ils le sol vaciller sous leurs pieds? Mais bon, en regard de ce qui déroule sur les écrans au quotidien, cela semblait pourtant bon enfant.

Pourquoi cet avertissement ? Un mouvement de protection pour les âmes sensibles ? Certes les musées accueillent tous les publics. Il n'y a pas de limite d'âge pour aller voir un Picasso ou un Dali. Faudrait-il? 

Les tableaux n'ont pas changé depuis le début du siècle, mais la société qui les regarde, oui. Si les tableaux ne sont pas devenus plus bouleversants, ou qu'ils le sont toujours autant, les publics qui s'y frottent ont-ils de nouvelles allergies? On ne regarde définitivement plus la mise à mort d'un saint du IVe siècle en 2018 comme on le faisait en 1800, ni ne le commente pareillement.

 

Le bouleversement de l'art, deviendrait quelque chose dont il faudrait en quelque sorte se prémunir. Le moindre symbole, coup de pinceau, pouvant déclencher une crise suivie d'un emballement sur les réseaux sociaux. La prévenance institutionnelle s'impose.

Peut-être alors, à l'avenir, avant toute exposition, des affichettes rappelleront le danger de l'art, son potentiel choquant, offensant; comme sur les couvercles en plastique contenant du café chaud. Attention Art : contenant brûlant. Watch out  : Andy Warhol : Handle with care !   

A la manière de ces cartes de restaurant qui invitent avec diplomatie le client à annoncer ses possibles allergies (gluten, noix, fruits, etc) aux serveurs qui se feront un plaisir de répondre à toute question, il y aura peut-être bientôt, à l'entrée des musées une liste à cocher des possibles artistes suscitant allergie ou urticaires. Si vous ne supportez pas Egon Schiele ou Basquiat, mettez une croix, le staff vous indiquera le chemin le plus sûr pour les éviter. Supportez-vous Pollock ? Vous reprendrez bien une dose de Soulages, et si cela vous pèse sur le moral, il y a une cellule psy à disposition au premier étage.

Peut-être faudra-t-il signer un certificat médical prouvant que l'on est prêt à encaisser le choc avant d'aller se confronter à un tableau de Frida Kahlo ... la direction déclinant toute responsabilité en cas de trouble émotionnel. 

N'est-ce pourtant pas le rôle de l'art, que de nous soumettre à des hauts le coeur, nous renverser, faire vivre des expériences aussi fondamentales et profondes que celle de la fascination, l'effroi, la subjugation?

Voir une oeuvre d'art était auparavant un événement sacré, qui ébranlait d'office l'être. C'est devenu un acte suave de consommation. Le client ne doit pas en être affecté. 

Au panneau d'information succède donc désormais le panneau de prévention. Manière de se protéger, de se couvrir ou d'éviter la confrontation pour les institutions culturelles. Ou manière perverse d'aguicher la curiosité, aiguiser l'appétit du visiteur, paternelle aide de proposer un accompagnement. Mais ce sont des chocs bruts que nous voulons, que nous cherchons !

 

Que reste-t-il de la subversion de l'art en période d'allergies ?

- Malgré les panneaux d'avertissement ? Tout. L'art est une allergie dont on se prémunit difficilement et dont on ne guérit pas.

Quel type d'art doit être annoncé comme bouleversant, qui décide où mettre les avertissements?

- Je ne sais pas. Mais je reprendrais volontiers une petite contemplation de Louise Bourgeois, la baffe d'une lecture d'un conte de Grimm, mille fois préférable à toute soupe préventive ou bouillon d'un service de communication briefé par son département juridique.

Je suis retourné à ce panneau invitant à faire appel au staff en cas de bouleversement. J'y ai cherché une signature, parce que cela était génial, une incroyable création, écho parfait à l'esprit du temps. Mais il n'y en avait pas. Personne n'avait signé. Aucune griffe. Aucun artiste derrière.

 

J'avais pourtant reçu le coup.

Et de cela avait besoin de parler. 

 

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22/10/2018

La religion qui ne dit pas son nom

Certains pensent encore que la religion est l’opium du peuple. Ils n'ont jamais dû prendre le bus le matin et voir la série de visages courbés sur leurs téléphones, possédés comme des déments, rire tout seuls ou jouer à des jeux répétitifs et niais, l’air content. La religion, en regard de la technologie, c'était un bonbon pour la gorge. 

Je me rappelle très bien d’une conférence où Blaise Matthey patron de la FER, en mode grand pape avait levé bien haut son i-phone et louait la technicité de ce jouet affirmant que c’était là rien de moins qu'une perfection de l’humanité, son progrès ultime. On aurait dit qu'il tenait une relique du Christ ou une hostie sainte, rien de moins. C'était Moïse sur la montagne ayant reçu les tables de la loi. L'illumination. 

Sauf que son jouet crée de l’addiction à tout de bras et que dans le sillage de l’intelligence artificielle se trouve la connerie mercantile de l’aliénation et son métallique jus financier. De manière aussi certaine que derrière les chalutiers qui rejettent des carcasses de poissons se trouvent des requins ou sur les décharges publics des rapaces, dans les mines africaines où des multinationales swiss made extraient les précieux métaux, se répand le sang des ouvriers spoliés et exploités. 

 

Pénétrer les cerveaux 

En marchant dans la rue, au bout de la rue du Rhône, j'ai été arrêté devant la vitrine d'une grande banque. Des écrans de 2 mètres sur 1 balancent en continu des petits films (public cible : les enfants, d'ailleurs l'écran est à peu près à hauteur de leurs yeux) avec des personnages joyeux et bêtes mettant des noisettes plus grandes qu'eux dans un panier en souriant, se tapant dans les mains dans ce qui est censé être la plus belle des harmonies. 

En voilà une magnifique éducation au capitalisme sauvage et suave. A l'arrêt de bus, l'air de rien, direct dans les yeux et dans les cerveaux des enfants. Même pas besoin d'allumer un écran, c'est dans la rue directement, dans l'espace public dans les petits cerveaux que ça rentre comme dans du beurre et fait tout son effet.  Pendant ce temps, à l'autre bout de la ville, on emmerde une librairie qui a des bacs à livre pour empiétement sur l'espace public...   

La nouvelle grand messe, c’est la technologie, et la divinité du capitalisme l'utilise avec avidité. Tous à plat ventre. Tous à quatre pattes. Elle a ses prêtres et ses papes. Ils répètent blockchain comme d’autres avant le pater noster et placent des écrans surpixellisés à tous les coins de rue comme avant on y plantait des croix ou des madones. De l’intelligence artificielle à la connerie mercantile : où comment chérir ce qui nous asservit et en redemander en payant le prix fort.

La vacuité de la réflexion sur le sens que l’on veut donner à ces outils n’a d’égal que notre incapacité à se rappeler que l’outil doit être mis au service de l’humain, pas l’inverse. Elle fait de son public cible des ouailles plus soumis et bêlants que des convertis à la sainte trinité. Doigts tendus, ça clique à fond pour accepter n'importe quel cookies et valider des contrats numériques que personne ne lit d'ailleurs, puisque ces textes s'étirent sur un menu déroulant, long comme un jour sans pain, dans une langue plus incompréhensible que le latin. 

Le capitalisme impose de plus en plus sa novlangue spiritualisante. Récemment dans la Tribune de Genève un banquier se déversait sur le supplément d'âme qu'il fallait insuffler à son institution pour en assurer la bonne marche. Suivait un gloubi-boulga ésotérique sur l'esprit, la communion, charabia digne des plus obédientes et rigides sectes religieuses.

En lisant les revues économiques spécialisées, on croit lire un récit de prophéties ou l'apocalypse. Vous avez remarqué, plus le capitalisme devient brutal et violent, plus il lui faut se parer d'atours joyeux annonçant l'Eden sur terre ou la cohabitation sereine à tous les étages de la tour de Babel, et évacuer les rapports de force et de domination. 

Certains ont pensé bon de faire une loi sur la laïcité, car disent-ils, l'Etat entretient des rapports avec les communautés religieuses et il faut les réguler. Ils retardent de quelques siècles dans leur volonté de séparer l'Etat de ce qui pourrait lui nuire. Ce que l'on appelle la religion n'est pas une menace, c'est une idéologie, comme tant d'autres. 

Par contre, ce qui s'appelle capitalisme, et qui n'assume même plus d'être une idéologie pour se prétendre être devenu l'air que l'on respire, s'est dématérialisé au point de se retrouver être la plus nocive des religions : celle qui n'a même plus besoin de dire son nom. La vraie menace.

On peut désormais pointer du doigt un voile, un crucifix ou invoquer la loi afin de bannir une kippa pour trouble à l'ordre public. La belle affaire. La belle excuse. Et surtout le bon prétexte. Pendant ce temps, les affaires continuent. Les marchands du temple ont trouvé leur bouc émissaire. La religion qui ne dit pas son nom va elle pouvoir continuer à faire ses affaires avec la bénédiction de l'Etat.

On n'a pas beaucoup évolué en terme de croyances depuis le Moyen-âge. Simplement muté. Les habits des grands prêtres ont changé, guère plus. Les princes qui s'acoquinaient avec le clergé au XVIIe vont désormais au moyen-orient. Les trajets ne se font plus en fiacre mais en jet, ils font pourtant toujours les mêmes courbettes. 

 

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17/10/2018

Une bibliothèque, pour quoi faire ?

Sur un pan de mur, j’ai entassé des cageots, fixé ceux-ci à la paroi avec de petites pièces de métal. J'ai rassemblé les camarades de route, les auteur.e.s aimé.e.s, les découvertes d’un instant, ceux qui promettent une évasion, de nouveaux horizons. Les offerts, les prêtés, un volé même -mais je ne pourrai même plus dire exactement en quelle circonstance-, ça remonte à bien longtemps. Certains transbahutés plusieurs fois, ayant subi les déménagements comme des divorces, passé des frontières, fait quelques allers retours. D'autres encore mis en pension comme on laisse un chat chez un ami cher, quand on pense qu'il y sera mieux que chez soi : mieux nourri, mieux soigné, un peu pour s'en débarrasser - eh oui certains font cela-.

J'ai recueilli des livres blessés comme on accueille des bêtes. J'en ai sauvé des boîtes d'échange entre voisins, par pitié avant que ne vienne la pluie, ou par refus des bennes à ordures, des collectes de papier. Des pas jolis, des mal écrits, mais parfois à la SPA c'est le pire matou qui vous fait de l'œil, et même avec une oreille en compote et son incontinence, et sans que vous sachiez très bien pourquoi c'est LUI ou c'est ELLE que vous recueillez. Il en va de même des livres. Bien évidemment un coach ou un connard expert en marketing vous déconseillera toujours de faire cela. 

Pourquoi construire une bibliothèque? De la même manière que l'on commence un pont ou une cathédrale. Pierre à pierre. Livres à livres. Et si vous me dites : est-ce que notre humanité a encore besoin de pont, de cathédrale ou de bibliothèque? Je préfère ne pas répondre. Je crois que poser la question, c'est montrer combien l'on est déjà mal barrés.

Les livres là : pas bien classés, pas du tout rangés,  un tout petit peu répertoriés quand même : ici la sociologie, là la politique, les romans dans cette zone. Pas d’ordre alphabétique. Pas d’étayage par taille, pas même de regroupement par auteur. La verticale d'abord, puis l'horizontale pour caser les derniers. Certain.e.s auteur.e.s se baladent aux quatre coins des cageots, d’autres forment des couples dans les coins des planches. Angot s’accole à Baldwin, Tsetaieva s’acoquine avec Sylvia Plath. Et pour moi Tirabosco ne doit jamais être loin de Joe Sacco. Pasolini est toujours avec Erri de luca. Il est évident que Chalamov est un cas à part, il côtoie le code pénal et des livres sur les ours. Allez savoir pourquoi.

Je n’ose plus trop les déranger. Je les laisse ensemble, se reposer tranquilles. Parfois même je mets un autre livre devant eux pour leur offrir un surplus d’intimité, paravent pudique pour les laisser préparer leurs actions secrète ou conciliabules privés. Je les imagine conversant tranquillement, préparant quelque sabotage ou lignes de fuite. Deleuze n'est jamais trop loin et avec lui vient Spinoza.

On ne fait pas une bibliothèque, c'est la bibliothèque qui vous fait ou vous défait pour paraphraser Bouvier, et si l'habit ne fait pas toujours le capucin, assurément on connait un bon bout de la personne que l'on a en face de soi quand on découvre ses livres, lesquels elle conserve et empile, comment.

Certains diront peut-être : à quoi bon une bibliothèque, tu as des tablettes maintenant, tu peux mettre ta bibliothèque dans un carré phosphorescent ou même dans un nuage. Tu peux dématérialiser Marx, atomiser Einstein, faire léviter Mahomet. Mais... l'odeur du papier, le plaisir de feuilleter un livre, ou le donner, ça la tablette ne le permet pas. Se passer d'électricité non plus, ou mettre des fleurs à sécher entre deux chapitres, écorner des pages, écrire dans la marge, laisser des miettes ou du sable dedans. Une odeur. Un parfum.  


A un moment donné, les cageots ont débordé. Les plus hauts ont même commencé à dangereusement pencher, se décollant du mur au risque de l'avalanche. J'ai monté en urgence une deuxième bibliothèque dans la cuisine  : uniquement des romans; et hop dans la chambre à coucher : la poésie. Maintenant, les livres sont partout. Il faudra construire une nouvelle bibliothèque sur un autre mur. Virer le canapé.  

Pourquoi construire une bibliothèque ? Par plaisir de mesurer les planches et tracer sur celles-ci avec un gros et gras crayon anthracite quelques chiffres et lignes avant coupes, puis saucissonner le bois et le clouter pour offrir un refuge aux ermites, aux lunatiques, aux poètes qui ne doivent jamais être mis dans les caves, dans les bennes ou au pilon, car aujourd’hui plus que jamais, on a besoin d’eux. Surtout quand des connards d'extrême droite attaquent à coup de bouche d'égout la vitrine de la librairie du Boulevard. 

Pourquoi construire une bibliothèque ? Pour faire vivre les libraires, les auteur.e.s, faire barrage aux fachos, reculer l'obscurantisme, gripper la machine technocratique. Parce que si l'on manque de temps pour penser, pris dans nos trépidations épileptiques, certains y ont passé une vie. Nous sommes assis sur des trésors. Ce sont nos guides et balises pour demain. Pourquoi construire une bibliothèque? Pour maintenir vivante la petite flamme de l'intelligence, se la passer d'une bouche à l'oreille en chuchotant puisque des ténèbres bruyants semblent s'annoncer sur nous.  

Une bibliothèque pour quoi faire ? Pour la construire d'abord, en buvant une bière bien fraîche avec mon ami Paul en lui demandant ce qu'il pense du dernier livre de Maylis de Kerangal,  l'entendre parler de Saviano ou Wazem…. et prendre du temps avec lui, avec les renégats et les poètes obscurs, ouvrir ensemble des caisses à merveille comme on le fait de matériel de contrebande ou de survie en des temps incertains et obscurs.  

 

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12/10/2018

Toujours plus intelligent après qu'avant ?

Cela vous est-il déjà arrivé ? Sûrement. Une prise de parole, un choix à faire et, dans l'après coup, le sentiment que cela aurait pu tourner autrement, qu'il aurait été possible de rendre plus précise ou plus vive l'interpellation, ou juste d'éviter de se prendre les pieds dans le tapis, voire d'éviter la chute de quelqu'un. 

On est toujours plus intelligent après qu'avant, c'est en effet ce que dit le dicton, et que l'on se répète parfois comme un mantra, un lot de consolation, une manière de s'encourager à... ne pas se décourager, effacer une amertume ou une déception. 

Toute action, ou inaction, prise de parole ou bouche cousue, reste pourtant un exercice d'humilité et d'engagement. On réalise bien vite que le monde réel est bien éloigné du monde idéal et que si l'on ne fait pas d'omelettes sans casser d'oeufs, il arrive aussi souvent que des oeufs se brisent dans le panier sans même faire d'omelette, et qu'il n'y a pour cela ni culpabilité ni regrets à avoir. C'est la vie, alea jacta est et inch allah, ou à Dieu vat, et elle nous dépasse totalement.  

Ce petit texte pour dire donc pédale douce sur les exigences finissant par actionner la broyeuse à humain, conduisant certains à vouloir tout contrôler et régenter, ou d'autres à ne plus rien risquer du tout, voire à tout subir. Pédale douce donc sur les mortifications et les jugements, les attentes irréalisables et le perfectionnisme conduisant à l'inaction ou aux espaces anxiogènes des tableaux  statistiques, aux sentiments de toute puissance ou d'extrêmes vulnérabilités, à la violence: contre soi ou d'autres. Tolérance zéro, risque zéro, compréhension zéro: risque maximal de scier des existences. 

On est toujours plus intelligent après qu'avant. Vraiment? Pourtant si l'expérience nous enseignait vraiment, il faudrait lui accorder beaucoup plus d'attention, enseigner la sagesse et consulter les anciens, et leur donner beaucoup plus de temps et de place, plutôt que d'aller, en mode vision tunnel, vers une accélération constante dans l'abêtissement.   

Il arrive aussi souvent que l'on soit plus intelligent avant qu'après. Les enfants, par exemple: regardez-les bien et vous constatez que l'on a d'évidence beaucoup à apprendre d'eux. Dans de nombreux domaines, ils nous enseignent et nous apprennent l'essentiel de la vie. On gagnerait peut-être aussi à être un brin plus idéaliste qu'intelligent, ici et maintenant.

Avec le temps va tout s'en va. Peut-être notre volonté de persister dans la durée est-il un facteur d'abêtissement. Avec le passage du temps, le risque augmenterait de devenir un vieux con. Bon, certains diront peut-être que soit l'on est con soit on ne l'est pas, et que le temps ne fait rien à l'affaire, le temps ne distinguant au final que les jeunes cons des vieux cons. Peut-être. On ne serait alors intelligent ni avant ni après.   

Plutôt que de dire : on ne m'y reprendra plus, ne devrait-on pas dire : j'y retournerai avec plaisir. Puisqu'il est impossible de tout maîtriser, et parce que la chance, le hasard  jouent un rôle décisif, puisque ce qui s'est passé devait se dérouler et que les facteurs d'influence sont multiples, ne serait-il pas important de l'accepter? Sans regrets. Sans dicton. Sans coupable. C'est là l'idée du fatum, du destin. Une certaine idée anti-individualiste et peut-être stoïque ou spirituelle voulant que le centre de gravité de l'existence ne réside pas seulement dans ce que l'individu peut faire ou non, ni ne dépend totalement de lui ou d'elle. La vie n'étant pas une courbe linéaire et progressive visant par une sorte d'automatisme à accumuler de l'expérience ou du capital pour se prémunir de l'accident, de l'erreur, mais bien une existence fractionnée, vulnérable, exposée, et donc nécessairement friable et totalement dépendante de celle des autres.  

Peut-être donc nous faudrait-il surtout, plutôt que de vouloir être plus intelligents après qu'avant, oeuvrer à être plus amoureux, tendres, collectifs et prévenants avant qu'après ; et en un mot plus humains et collectivement solidaires, afin d'éviter de devoir se résoudre à être toujours plus ou moins intelligent tout seul, dans l'angoisse de ne jamais l'être assez.  

 

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09/10/2018

Ce qui fait peur...


Ce qui fait peur: 

La camionnette blanche montant deux roues sur le trottoir.

Un pétard, un sac plastique claqué dans les doigts

Tout ce qui fait Bang ou Paf désormais

Et surtout ce qui ne fait plus de bruit et disparaît dans la nuit.

 

Ce qui fait peur: 

la craie la cendre les os et le sel

tout ce qui a le goût de la moelle ou du miel

Un fût de bière vide à changer. Un frein à main dur à tirer. 

Une poignée de main qui se refuse. 

Un regard croisé trop insistant ou fuyant 

Tout ce qui ne se résume pas à la norme

à l’artificialité du mimétisme ou du cadre.

 

Ce qui fait peur : 

Les lieux de culture sans personne

Les cultes de la personnalité sans limite 

Etre approché dans la rue. Que plus personne ne se retourne sur elle

La hausse des primes d’assurance maladie.

Foirer dans son tri. 

 

Ce qui fait peur :

La présentation des gestes qui sauvent avant le décollage de l’avion.

L'absence de présentation de gestes qui sauvent par les hôtesses.

Le lait caillé. L’évier bouché. Cette douleur sous le coude. 

Trop de sourires à la douane. 

 

Ce qui fait peur : 

Tous les gestes qui sauvent quand il n’y a plus personne à sauver.

Le naufrage de l’Aquarius.

La propriété privée défendues par des haies.

Jouer en se chamaillant comme si on avait trois planètes et cinq vies.

 

Ce qui fait peur:

Les policiers dans la rue. 

L'état de s,iège, les robots, les abris et les caves 

Un petit chien sans collier. Un gros chien sans petit maître.

L’oiseau bleu dans un sac papier.

 

Ce qui fait peur: 

Une paille avec un palmier translucide, ou pire une sirène au bout. 

Retrouver un numéro de téléphone

Ne plus se souvenir de qui c’etait. 

 

Ce qui fait peur:

La perte de son i-phone. L'oubli des codes. L'absence de marques au sol. 

Le wifi qui fléchit, le manque de mémoire vive.

L’article manquant au catalogue la rupture de stock

La fonte de la chaîne du froid 

Les soldes à 50% sans acheteur.

Le crédit sans débiteur.

 

Ce qui fait peur:

La viande découpées sous vide.

Les cerises de Bulgarie.

L'usine d’incinération à l’arrêt

L’hésitation entre la déglutition ou la sieste

chez ceux qui portent la cravate, la culotte ou la corde au cou.

 

Ce qui fait peur: 

Quitter Facebook pour toujours à jamais

y revenir 1h après.

La disparition de l'humour et du jeu 

La mort des abeilles et du feu 

Les photos instagram de son ex, un bouton d’acné sur les fesses.

 

Ce qui fait peur:

Fumer davantage d’herbe que de tabac 

Prendre des patchs de nicotine paraît que c’est tendance 

Mâcher son chewing-gum des molaires, ronger ses ongles aux canines.

Croire que le sorbitol est un corticoïde

Naviguer sur doctissimo pour se doper avant une course populaire. 

Perdre son boulot. Manger des pruneaux. 

Chercher un boulot : le perdre à nouveau

Economiser chaque mouvement et chaque mot. 

 

Ce qui fait peur 

Aller chez le médecin. Attendre un diagnostic.

Recevoir un diagnostic. Ne plus aller chez le médecin

En Afrique les enfants meurent encore de dysenterie. 

 

Dresser des listes de ce qui fait plaisir 

Arriver au bas de la liste

Recommencer encore 

Sans envies et sans peurs.

 

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27/09/2018

La poésie (ne) sauvera (pas) le monde

ca62b4a1-3b2c-44e6-ba45-5dfecb4c96b5.JPGJe ne sais pas si vous l'avez vue, mais depuis quelques semaines il y a cette inscription dans la rade : la poésie sauvera le monde. Depuis les bains des Pâquis, on la voit inversée, et depuis le pont du Mont-blanc, on ne la remarque pratiquement pas.

Peut-être parce qu'il faut être immergé, avoir de l'eau jusqu'au cou, pour l'avoir droit devant les yeux en n'ayant rien que les yeux hors de l'eau, pour pouvoir la lire vraiment.

La poésie sauvera le monde ne s'adresse pas aux terriens, mais aux discrets aux absents, à ceux que l'on ne croise plus sur facebook.  Elle s'adresse avant tout aux truites, aux nageurs en détresse, aux bateaux échoués, aux monstres des profondeurs. A ceux qui remontent en un éclair à la surface avant de se couler à nouveau dans les profondeurs. Aux disparus et aux mutiques. 

La poésie sauvera le monde s'adresse à ceux qui boivent la tasse. Et qui a bu boira, c'est vieux comme le monde. Tant  que l'on se croit sur la terre ferme, que l'on ne s'est pas emberlificotés les pied dans les algues, noué le coeur au écailles des brochets, on s'en moque un peu. Tant que l'on a pas bu le calice jusqu'à la lie, éclusé ses overdoses, on peut se penser quitte de la poésie, et s'en tirer très bien sans elle. C'est humain.

Les poumons gonflés comme une éponge, le coeur ratatiné par le diabète et confit par le cholésterol, répéter : jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien... ne venez pas m'emmerder avec votre littérature.

La poésie sauvera le monde. On dirait une phrase biblique, messianique ou de série B américaine. Un brin désuète, une phrase utopique, avec des enluminures et des licornes dessus, devenue presque illisible, à force d'être lue sans avoir l'âme déglinguée d'un mystique ou les mains noires et innocentes d'un repris de justice.

Qui veut croire encore au salut unique ? Et si quoi que ce soit ressemble encore au salut dans ce monde, qui ne l'échangerait pas contre un ticket de rento ou une partie de cartes ? Qui, avec son hypothèque sur la tête, son bracelet électronique à la patte, poussé au bord du précipice, ne demanderait pas comme dernière faveur un tendre steak plutôt qu'un poème amoureux de Pablo Neruda ? Qui plutôt que la grâce ne demanderait pas de pouvoir participer aux soldes, relancer la roue? 

Est-ce qu'elle parle aux traders, aux pressés du trafic, aux impatients du bus 10 cette phrase: La poésie sauvera le monde? Non. Mais peut-être aux cygnes et aux chiens.

Rien ne sauvera le monde, diront les cyniques. D'ailleurs le monde ne mérite plus d'être sauvé ricaneront-ils après s'en être bien gavés. Il est foutu. Au tas de fumier Ronsard. A la benne Pavese. La poésie de Pasolini, Antoine Emaz ou René Char a décoté devant les excités du numérique et la vitesse des addicts du clic qui passent d'un site de cul à celui de l'Equipe sans même lever un sourcil. La poésie n'a pas échappé à la consommation de masse. Baudelaire se royaume aux caisses du Prisunic. Rien ne sauvera le monde, diront les cyniques. D'ailleurs : qui croit encore que quoi que ce soit puisse sauver le monde ? Allez: qui lève la main, qui se jette à l'eau ?

Les chefs d'état font des mimiques, la technologie accélère la chute. L'histoire fait des fausses routes. Aucun médecin ne maîtrise plus la méthode de Heimlich... quand l'électricité sera coupée à quoi serviront les scanners et la résonance magnétique?

J'ai un cancer : la poésie me sauvera ?

Je suis foutu, la poésie me sauvera?

Hors de la poésie, point de salut ? Je crois plus en rien. Vous dites?

Quand vos enfants crieront : eh vieux cons, c'est vous qui avez coulé tout ce béton et rendu la planète pire qu'une rôtisserie, vous leur lirez Virgile ? Quand les gamins, hamburgers entre les dents, demanderont des comptes en hurlant : c'est vous qui vous êtes envoyés en l'air au moins 10 fois par an pour nous condamner aux mini-drones en plastique, vous leur murmurerez, comme Dante dans la Divine comédie : Nul effet provenant de la raison ne peut durer toujours, parce que les désirs des hommes changent suivant les influences du ciel? Mmmmh?

Et alors qu'une étincelle sera sur le point de tout embraser. Pendant que les derniers se presseront encore aux pompes à essences pour remplir de pétrole les réservoirs des bagnoles, alors que plus personne ne regrettera le feu d'artifice dans la rade, parce que quelque chose de bien plus grand de bien plus cataclysmique et cosmique se préparera, alors quelques fous seulement resteront sur terre.

Tous les gens sains d'esprit, sachant proche l'embrasement général se déverseront dans la rade et faisant des gestes dérisoires de grenouille, ces gestes de naufragés un peu vains et pareils à ceux que faisaient les humains ayant essayé quelques années auparavant de franchir la Méditerranée sur des canots de fortune en criant dans le vide. Alors tous répéteront, comme des dingues, des possédés, un mantra face au panneau émergé alors que le feu ne cessera de brûler et l'eau de monter :  la poésie sauvera le monde : la poésie sauvera le monde la poésie sauvera le monde La poésie sauvera le monde... avant de faire glouglou ou pschit.

 

La poésie a échoué.

Le secret pour voyager d'une façon agréable consiste à savoir poliment écouter les mensonges des autres et à les croire le plus possibles.

Dostoeïvski est le dernier qui puisse encore quelque chose pour nous.

 

http://www.ville-ge.ch/culture/poesie

 

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21/09/2018

Un peu de courage Monsieur Maudet

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Cher Pierre Maudet,

Je constate que vos affaires, vos mensonges continuent de prendre une place démesurée, dans la presse, dans les conversations des gens, et qu'elles commencent sérieusement à lasser, assurément à agacer, voire créer des conflits entre les citoyen.ne.s.

 

Vous en êtes pleinement responsable. Vous entretenez de ce fait un climat impropre à la bonne gestion du Canton. Un Conseiller d'Etat doit servir la collectivité, pas la déchirer. Vous avez certes vos groupies; une poignée de ceux-ci vous défendront certainement jusqu'au bout, mais la grande majorité ne vous comprend plus.

Vous pouvez vous barricader, nier une partie de la réalité, vous comportant comme ces militaires assiégés qui s'enferment dans un bunker avec leurs proches, spéculant sur un joyeux renversement de situation. Vous pouvez continuer de croire à une réalité parallèle. Est-ce du courage ? Je ne crois pas.    

Je ne suis pas un vautour, je ne crie pas avec les hyènes. Je suis un citoyen lambda, élu député pour une durée limitée, travaillant à côté de cet engagement pour la collectivité, ayant prêté, tout comme vous, serment de servir la République et les institutions. Chaque jour qui passe, nous découvrons le lourd coût pour la collectivité de votre combat personnel.

Le respect que certains pouvaient avoir pour vous s'est étiolé devant ce que vous imposez à la collectivité pour votre propre salut. Votre peau n'intéresse pas les Genevois.es. Nous souhaitons simplement que l'Etat fonctionne d'une manière adéquate et transparente. Menez votre combat de votre côté, laissez la collectivité tranquille. Avec vous au milieu, aujourd'hui, ce n'est plus possible. 

Ce n'est pas une élection qui vous a amené au pouvoir, mais un serment pris devant le peuple: votre main levée et une promesse de le servir plutôt que de vous servir et de protéger la République plutôt que de vous en protéger. Il y a une force de ce qui est juré devant la collectivité qui nous lie. Vous avez brisé ce lien. 

Comme la presse en a rendu compte, l'ensemble du Grand Conseil a voté ce jeudi soir votre levée d’immunité pour les besoins d’une enquête pénale. Vous êtes désormais soumis à la justice. C'est déjà mieux que d'être entre les mains de vos "amis libanais" qui vous tenaient par les roubignoles et vous ont peut-être fait chanter, sachant tout de votre voyage officiel à Abu Dhabi sur invitation du prince hériter Mohammed ben Zayed Al Nahyane, voyage que vous avez prétendu être privé, au mépris de la vérité, car vous y avez officiellement été invité comme Conseiller d'Etat et que vous avez été payé pour cela. Ce sont des faits, que vous avez finis par reconnaître. 

Vos "amis libanais" savaient tout de tous vos petits arrangements et dissimulations en marge de ce voyage sur lequel vous allez maintenant vous expliquer devant la justice. Sur ce point vous n'avez toujours pas pris soin de dire la vérité aux Genevois.es: qu'êtes-vous allé faire là-bas, il y avait-il des contreparties à ce voyage, avez-vous favorisé vos amis, quel était votre deal avec l'ancien président du Conseil d'Etat François Longchamp ? Peut-être avons-nous échappé au pire, mais peut-être le pire est-il encore à venir. Le temps qui passe n'est pas le temps de la normalité. Il est le temps de la suspicion, du trouble et des insondables conséquences de vos mensonges que vous continuez à accroître, encore et encore. 

Vous vous accrochez au pouvoir et nous ne savons pas qui vous tient, et nous ne savons pas jusqu'où vos mensonges vous ont rendu servile et redevable. 

Certains disent que c'est maintenant à la justice de faire toute la lumière. Certes. Mais c'est aussi à vous, au nom de votre serment de dire enfin la vérité si vous en êtes capables, et c'est à chacun.e de l'exiger de vous. Si vous ne le pouvez pas : démissionnez. La justice doit pouvoir travailler sans que l'un des hommes encore puissant de cette République, ne garde, au bénéfice de son poste, ses réseaux, ses contacts, ses informateurs et moyens de pression au coeur même de l'Etat. Vous ne pouvez prétendre en même temps être Conseiller d’état et prévenu. Ce mélange des genres est intenable et nocif pour la république, destructeur pour la confiance qu’ont encore les gens dans les institutions. 

Vous pouvez certes vous accrocher au pouvoir. Vous pouvez même agiter vos troupes pour qu'elles vous laissent entendre que vous êtes irremplaçable. Vous pouvez, seul contre tous refuser la transparence, et la clarté, utiliser vos réseaux pour sauver votre carrière politique. Vous montrez par là clairement le peu de valeur que vous accordez à notre système démocratique. 

Vous pouvez être animé par un esprit de revanche et de reconquête. Personne apparemment ne peut vous obliger à changer pour devenir un homme nouveau, ayant fait place nette de ce mélange des genres que vous affectionnez encore aujourd'hui. Vous pouvez mettre vos forces et votre énergie à assurer et organiser votre défense face aux lourdes accusations pénales qui pèsent à votre encontre, plutôt que d'essayer encore de vendre un bilan politique.

Devrons-nous attendre que vous connaissiez votre timing judiciaire et que vous ayez évalué vos chances de rebondir ou pas pour que vous démissionniez ? Un peu de courage Monsieur Maudet, arrêtez de vouloir tout contrôler en entraînant l'Etat dans vos turpitudes.

Le vrai courage, ce n'est pas d'essayer de tirer tout le monde par le bas, pour prétendre que, même à terre, vous maîtrisez encore votre sujet.   

 

Illustration : Patrick Chapatte @LeTemps

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15:15 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : maudet, politique, collectivité, bien commun, pouvoir, mensonge, abu dhabi, pénal, inculpation | |  Facebook |  Imprimer | | |

16/09/2018

La sieste : discipline amoureuse

La sieste demande un entraînement de fond et une pratique constante pour atteindre à l'excellence. Tout d'abord, l'échauffement est important: étirement, décontraction. On ne s'engage pas à froid dans une sieste.

Il faut bien préparer son oreiller pour poser sa tête dessus. Pas n'importe comment mais délicatement, en relâchant une à une les vertèbres du cou. Un amateur de la sieste posera sa tête n'importe comment, comme on dépose un sac trop lourd rapidement et avec soulagement. Mais cela ne va pas. Car on risque de se réveiller soit avec un torticolis, soit une crampe, ou même les deux. Méchante blessure de l'amateur, signature du novice. L'apprenti du roupillon qui pense qu'il suffit de s'effondrer et sombrer à n'importe quelle heure du jour pour penser faire une sieste ne fera guère plus que s'assommer un peu.

Un siesteur expert saura se couler dans l'oreiller avec délicatesse, s'y creuser un petit nid moelleux pour son occiput, se réveillant ainsi avec un cou aussi tonique et souple que celui d'un girafon. Quelque soit le lieu, il saura entraîner une sieste de qualité : un bout de banc, la vitre d'un wagon de train, une banquette quelconque ou même le sol brut, qu'il pleuve ou qu'il neige. 

Le plus beau sport, c'est la sieste. Il est étonnant qu'elle ne soit pas encore admise comme une discipline olympique. Eh, quoi, les boules, le bridge, l'automobilisme sont bien reconnnues par le CIO, pourquoi pas le petit roupillon alors ?

Réussir un petit somme demande d'importantes compétences techniques. La nage, le football, le cyclisme, n'importe qui peut y exceller, c'est à la portée de chacun.e. Mais la sieste non, c'est autre chose. C'est d'un autre niveau, c'est l'un des sports le plus technique et pointu. La Formule 1 ou la descente à ski ne demandent qu'à se laisser glisser. Et si n'importe qui sait faire tournicoter un volant entre ses mains, il est bien plus difficile d'orienter son souffle et le faire tourner dans son corps en soulevant doucement sa cage thoracique puis son ventre, bien reposer ses jambes, et savoir se relâcher avec souplesse. Essayez pour voir. Respirer doucement, non seulement par le nez, mais chaque narine en alternance, et sans ronfler, qui peut en dire autant ! 

Se crisper, tout le monde y parvient automatiquement, grincer des dents aussi, serrer des poings, mais se détendre jusqu'à l'abandon, c'est bien plus select.

 

  

S'endormir, c'est facile, mais siester c'est autre chose

Bien sûr, le siesteur amateur dormira une heure et même deux parfois, d'une traite, brutalement, ce qui n'est plus une sieste mais presque de l'hibernation. On change totalement de catégorie à ce moment là. Or, tout l'exercice d'une sieste est de contrôler à quel moment on se réveillera. Tous les médecins l'affirment : une sieste c'est 15mn maximum. Au delà c'est contre productif, c'est raté.

Mettre un réveil pour s'alarmer et se réveiller en sursaut? Ruine de l'âme. Autant siester en se chronométrant ou en se dopant en prenant un quart de somnifère. Là encore, cela effacerait tous les bénéfices de la sieste.

Non, une vraie sieste de compétition, une sieste de médaille d'or,  hors catégorie, ressemble à l'abandon. On y entre comme on en sort, comme un nageur qui rentre dans l'eau après une première brasse papillon avant d'y replonger, tout en décontraction et maîtrise.

Parvenu à ce niveau de pratique, on touche à la perfection. A quoi cela servirait-il finalement de militer pour l'abaisser à en faire une indiscipline olympique, alors qu'elle est une discipline amoureuse? 

Et en y réfléchissant bien, et après avoir dormi un peu dessus, je crois que le plus beau, c'est de partager sa sieste. Oui : une sieste pratiquée avec l'être aimé, en double, devient même bien plus qu'un sport : un art de vivre.

Eté comme hiver, à toute heure et en toute saison: si on faisait la sieste plutôt que la course?

 

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06/09/2018

Affaire Maudet : crash-test pour notre démocratie

Toute l'énergie que Pierre Maudet a mise pour se hisser au pouvoir - et il  faut lui reconnaître qu'il en a mis beaucoup- va être mise désormais au service de s'y maintenir à tout prix. Il n'y a ni surprise ni choc dans le fait qu’il cherche à préserver sa position. Qu’il refuse de s'appliquer à lui-même les règles et lois qu'il a appliquées sans pitié aux autres achève toutefois d’enterrer l’image du monsieur propre au service de la République que ses mensonges ont détruits. Cela démontre que ce n'est pas l'intérêt général qui était poursuivi mais la satisfaction de l'ambition d'un seul. Or, l'ambition et la volonté de puissance d'un homme, si grandes soient-elles, ne peuvent pas primer sur les institutions, surtout quand il est prouvé que ce dernier leur fait du tort comme jamais auparavant aucun politicien ne l'a fait. Pierre Maudet restera a-minima dans l'histoire comme le premier président du Conseil d'Etat inculpé.

Cet enfermement découle de choix assumés, de compromissions torves, de mensonges finement élaborés et répétés depuis des mois et des années pour tromper tout son monde. La justice fera certes toute la lumière sur la profondeur et les véritables motifs et bénéfices de ceux-ci. En attendant, le politique doit tenir son rang, assumer ses responsabilités, sans se décharger de celles ci sur le ministère public, au risque d’en sortir durablement affaibli. 

Il est inimaginable aujourd’hui que les institutions puissent fonctionner avec un homme qui sera inculpé sous peu, et qui n'incarne plus l'Etat. Maudet maintenu à sa tête, ce serait une preuve, la signature que quelque chose est définitivement corrompu dans la République. Aucun Etat démocratique ne peut l'accepter sans être mis en danger dans sa nature et son fonctionnement. Des mois et des années de mensonges ne peuvent se balayer avec un : faites-moi confiance pour solde de tout compte. Cela ne tient pas. 

La contrition tardive et forcée de Pierre Maudet, face caméras, sonne faux. Du choix de ses mots visant à se dédouaner, à la nouvelle réinvention d'une enième version, en jouant cyniquement de la carte affective, de sa famille, mettant ses enfants en avant, est une triste instrumentalisation et provoque le dégoût. Sa volonté de sauver sa place se fait sur le dos de la transparence et de la vérité. 

Pierre Maudet va s'accrocher. Il va utiliser tous les moyens pour rester au pouvoir: les mêmes que ceux qu'il a utilisés pour y parvenir, quitte à entraîner tout le monde et les institutions avec lui.

Mentir à la justice, à une commission de gestion, à des élus, à la presse, bafouer son serment, comme Pierre Maudet l'a fait, aucun élu ne l'a jamais fait dans l'histoire de Genève. C'est inédit. L'enjeu n'est pas aujourd'hui de gloser sur l'immoralité du mensonge, ou de philosopher sur la culpabilité, il est de reconnaître qu'un élu soupçonné avec qui la confiance est totalement rompue n'est plus en état de présider notre République sans continuer de lui causer un tort énorme.

Le 31 mai 2018 Pierre Maudet jurait main levée en faisant le serment suivant : «Je jure ou je promets solennellement: - d’être fidèle à la République et canton de Genève, d’observer et de faire observer scrupuleusement la constitution et les lois, sans jamais perdre de vue que mes fonctions ne sont qu’une délégation de la suprême autorité du peuple; - de maintenir l’indépendance et l’honneur de la République, de même que la sûreté et la liberté de tous les citoyens; - d’être assidu aux séances du Conseil et d’y donner mon avis impartialement et sans aucune acception de personnes; - d’observer tous les devoirs que nous impose notre union à la Confédération suisse et d’en maintenir, de tout mon pouvoir, l’honneur, l’indépendance et la prospérité. » Ayant bafoué ce serment, il doit en tirer les conséquences, point. Il n'est plus digne de la délégation de la suprême autorité du peuple.

 

En tant que politicien de milice. Je donne du temps et de l’énergie pour faire avancer des enjeux pour le bien de la collectivité. Sur des stands, dans la rue, je rencontre et écoute des habitant.e.s qui ont perdu confiance dans la politique. Ils disent : tous pourris, tous les mêmes. Ce qui me fait peur, ce serait de devoir admettre un jour que l'histoire leur a donné raison : que le mensonge et la dissimulation à un degré inouï peuvent l'emporter sur la justice et la transparence, et leur confiance être sciemment abusée. 

Contre les taux d'abstention et la démobilisation nous nous battons pour refaire du lien et redonner confiance. Cette confiance se mérite et se conquiert au-delà du verdict des urnes. Monsieur Maudet doit maintenant démissionner pour que cette nouvelle législature puisse traiter des enjeux importants pour Genève, pas de sa petite personne. 

L’affaire Maudet est un crash-test pour notre démocratie.

 

 

 

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21/08/2018

Fais-moi la bise ou je te déchois de ta nationalité

La Ville de Lausanne a donc décidé de refuser la nationalité suisse à un couple pour "bigoterie".[1] Il y aurait eu refus de serrage de mains, et pire encore, refus de parler avec des personnes de sexes opposés. Je mets ici le conditionnel, car cette version est celle du magistrat PLR Hildbrand, homme blanc droit dans ses bottes ayant mené cette affaire avec deux autres élu.e.s.

Nous n'avons pas la version du couple soumis à l'enquête. Aucun.e journaliste n'est allé leur demander pourquoi ils ont agit de telle ou telle manière. Il serait pourtant intéressant de les entendre. En attendant, l'Europe entière regarde vers la Suisse se demandant si la proximité avec la France commence à contaminer nos esprits et nous faire perdre le sens des valeurs ancestrales de notre pays: accueil, paix confessionnelle, liberté individuelle, respect des différences.[2][3]

 

Une commission des naturalisation de sinistre mémoire

Je dis cela, parce que vu, de Genève, où la commissions des naturalisations en Ville a laissé de sinistres souvenirs : des élu.e.s allaient chez les gens contrôler leur suissitude, et en profitaient pour faire, pour certain.e.s, des remarques grivoises, racistes, sexistes, avec parfois même des avances sexuelles; où le racisme ordinaire et intrusif pouvait se donner à plein dans des relations dissymétriques. Cette commission a été supprimé avec soulagement. 

A n'importe quelle personne normalement constituée, voyant débarquer chez elle un.e de ces élu.e.s, j'aurai recommandé la prudence, le silence, la fuite, ou l'appel à la police, comme meilleures réponses à apporter au "questionnaire". Mais quel.le candidat.e à la nationalité, connaîtra suffisamment ses droits ou sera assez sûr qu'ils seront respectés sans qu'il se voit sanctionné, pour appeler la police quand un.e élu.e débarque chez lui ? J'ai entendu les récits de stress et de panique de celles et ceux soumis à la question des commissions de naturalisation, pour savoir que tout simplement certain.e.s ne savent plus comment se comporter, ni traiter avec le pouvoir qu'ils ont en face d'eux.

Comme rappelait il y a dix ans la commissions fédérale contre le racisme : "Les procédures de naturalisation actuelles comportent le risque que les décisions soient influencées par des stéréotypes ou des idées xénophobes, voire racistes. Plus les organes de décision découlent de la démocratie directe, plus les décisions sont politiques et plus le risque d’arbitraire et de discrimination est grand." Cela n'a pas changé. La cour des comptes a fait un audit de la commission des naturalisations en Ville de Genève et un rendu un rapport sans concessions : "Les faiblesses relevées notamment au niveau de l’impact de l’organisation communale, des délais et des durées de traitement, ou encore de l’inefficience des processus communaux mis en place en matière de traitement des dossiers de naturalisation entraînent des risques financiers, opérationnels et de contrôle."[4]

 

Je demeure donc naturellement suspicieux quand trois élus font un rapport pour bigoterie en 2018, car cela rappelle plutôt les procès en sorcellerie du 15e siècle qu'une société moderne du 21e. 

 

Ce que l'on a a vu en Ville de Genève a conduit à la suppression de la commission des naturalisations. On ne peut que recommander à toute commune soucieuse du droit et de l'égalité d'en faire de même et d'éviter que des élus se rendent au domicile pour contraindre ou soumettre à la question des individus. Ils n'en ont toute simplement pas les compétences.  On ne s'improvise pas psychologue ou médecin, pourquoi s'improviserait-on faiseur de suisse ?  

L'attribution de nationalité est aujourd'hui une roulette russe soumise à l'arbitraire plutôt qu'à des critères objectifs. Ce sont les pauvres et les migrant.e.s, et les croyant.e.s et plutôt musulmans qu'évangéliques, qui casquent. Les examinateurs reproduisant simplement des stéréotypes sociaux, un racisme moyen, et les obsessions du moment.  

Les ploutocrates ayant fait fortune en bafouant les droits humains n'ont aucuns soucis à obtenir la nationalité suisse. A-t-on déjà vu un millionnaire se faire refuser le passeport rouge à croix blanche? Non. Car notre nationalité ne s'obtient pas, elle se paie. Et ceux qui ont le plus de moyens ont le plus de chance de l'avoir.  

 

Le pouvoir de la question 

Evidemment, lorsqu'un élu a le pouvoir de donner ou non une nationalité,  la pression est maximale, donc le stress, donc la peur. Ce stress explique certains comportements. Pourquoi le refus de serrer une main serait-il obligatoirement vu comme un refus de "valeurs suisses", et pas comme une marque de respect ou de pudeur par exemple ? On peut saluer de la tête. On peut mettre la main sur le coeur. On peut s'incliner. Il y a mille façons de saluer.

De la même manière que l'on s'offusque lorsque des demandes de naturalisations n'aboutissent pas parce que la personne soumise à la question ne sait pas nommer trois noms de fromage à pâte molle où le nom d'une obscure rivière des Grisons ou les couleurs d'un drapeau communal, n'est-ce pas tout aussi absurde de refuser la nationalité par manque d'appétence physique ? [5]

 

Désormais si le serrage de main est une composante obligatoire de notre société on comprends mieux pourquoi des mecs, quand une fille ne leur répond pas ou pire leur disent non, se sentent autorisé à leur péter la gueule. 

Car, finalement, c'est le même machisme qui s'exerce, celui de la contrainte et de l'obligation de répondre, au nom de la "culture", qui devient alors plutôt le cache sexe de la domination. La sanction punitive qui s'exerce quand il y a refus de s'y soumettre étant un signe d'abus de pouvoir. Je ne savais pas que l'obligation de toucher était une valeur suisse. Et le consentement, on en fait quoi ? C'est quoi l'étape suivante: si tu me fais pas la bise, je te déchois de ta nationalité ?  

Pour revenir à Lausanne, et à ce blocage pour des raisons encore à éclaircir d'une accession à la nationalité d'un couple, et pour conclure : J'aimerai  que l'on parle de la vie de ce couple, savoir si ces gens, par leur comportement, leurs actions quotidiennes, leur travail ou leur regard sur le monde, l'éducation qu'ils donnent à leurs enfants, s'ils en ont, sont des gens vivant en paix, contribuant à leur échelle à une société respectueuse des différences. Et un mot, s'ils n'emmerdent personne. Cela me semblerait être la meilleure preuve du respect de nos coutumes (certes, elles tendent à se perdre, vu la place grandissante que la connerie prend désormais chez nous).

Personnellement, que madame me fasse la bise ou non quand je la croiserai à la Migros, et que monsieur se pinte le vendredi soir comme un "suisse moyen" n'est ni nécessaire ni souhaitable.

Quand je les croiserai, c'est d'un clin d'oeil complice que je les saluerai avec plaisir, murmurant certes vive la Suisse, mais surtout vivent les gens qui n'emmerdent pas trop leurs voisins. 

 

 

[1]https://www.letemps.ch/suisse/lausanne-refuse-naturali...

[2]https://www.la-croix.com/Religion/Islam/En-Suisse-refus-s...

[3]https://www.theguardian.com/world/2018/aug/18/muslim-coup...

[4]http://www.ekr.admin.ch/pdf/Einbuergerung_F_version_web69...

[5] https://www.letemps.ch/suisse/faiseurs-suisses-sevissent-...

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16/08/2018

Le sexisme n'est pas un produit d'importation

Suite à la terrifiante agression de 5 femmes à Genève, des partis politiques de droite et d'extrême droite veulent amalgamer violence sexiste et étrangers. Ils essaient de vendre que le sexisme pourrait être limité à la rue et circonscrit à de hordes sauvages en rut, qui viendraient de l'extérieur. Rien n'est plus faux. En Suisse deux femmes sont tuées chaque mois par leur conjoint ou ex conjoint. Au total, une femme sur cinq a été victime de violences (physiques, sexuelles) au cours de son existence.[1] Les faits le démontrent. Le sexisme et les violences de genre sont largement répandues et touchent toutes les catégories sociales, professions, qu'elles que soient l'origine et la nationalité de leurs auteurs.

Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique dans notre pays. Il est estampillé swiss made et se cultive dans ce pays depuis des générations, se transmettant avec le naturel de l'air que l'on partage. 

 

Ayant fait toutes mes classes à Lausanne, effectué mon service militaire à Savatan comme mitrailleur de montagne, joué au football jusqu'aux espoirs du Lausanne sports, je peux témoigner qu'au vestiaire, à la caserne, dans les réfectoires, les bonnes valeurs suisses qui m'ont été transmises, celles bien de chez nous, étaient celles du sexisme, de la domination masculine, de l'injure décomplexée, et du virilisme mal placé.

Pas besoin d'avoir fait une longue migration pour être persuadé qu'en tant qu'homme on est le centre de l'univers, car on y est éduqué. Il m'a suffit de suivre une scolarité normale, faire des études standard, et passer mes week-end dans le gros de Vaud et dans des camps de sport alpins pour devenir un bon petit mâle sexiste, bien dans la norme.  

Moi, Sylvain T, mâle helvète 

Les modèles que j'ai eu (à quelques notables exceptions près): du caporal à l'entraîneur de football au joueur professionnel de football doté d'une femme potiche sexy à ses bras, m'ont appris principalement à m'alcooliser en groupe, être initiée au royaume du porno, aux joutes de celui qui à la plus longue et se rit du plus faible... etc.,

Mon père, médecin, fils de paysan de la Broye n'a pas été ce que l'on peut appeler un gentleman avec les femmes et encore moins avec la sienne. Il était reconnu en société et a mené une carrière remarquable. L'homme à la maison montrait parfois un autre visage.

J'ai été éduqué dans un monde où le masculin était dominant, parlait fort, prenait une place maximale, devait être capable d'imposer sa puissance ou la faire subir. J'en ai été imprégné, naturellement. Je parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Mais quand je regarde autour de moi, je ne crois pas qu'il ait encore fondamentalement changé. Considérant le sexisme, on est encore à l'âge de pierre en Suisse. Et le plus grand risque vient de l'intérieur de notre caverne, pas de l'extérieur. 

Dévoilons ce sexisme que l'on ne saurait voir

Certains et certaines, notamment la présidente des femmes PDC Suisse, Babette Sigg, des leaders de l'UDC, aimeraient nous faire croire que la menace vient de l'extérieur, qu'elle est le fait de l'étranger et de migrant.[3]

Ce serait si "confortable" de protéger notre caverne patriarcale et penser que la menace vient d'ailleurs. Mais cette façon de penser revient à prolonger la durée de vie du patriarcat, maintenir un sexisme caché, et laisse entendre que le sexisme peut être circonscris à certains groupes exogènes.

Or, ce que les faits et l'affaire Weinstein, ou Dominique Strauss-Kahn parmi tant d'autres, ont mis en exergue, c'est plutôt que le sexisme touche tous les milieux. Bien souvent, les femmes étrangères sont victimes de violences de la part de bons petits mâles, suisses ou autres. Une violence institutionnelle s'exerce alors avec férocité sur ces femmes victimes de violences conjugales (crainte de porter plainte, obstacle au renouvellement du titre de séjour en cas de séparation, etc).[3]

 

Le couple : risque mortel

Le milieu le plus à risque est... le couple. La première question d'un.e docteur.e recevant une femme en en consultation devrait être : êtes vous en couple, comment cela se passe-t-il ? Avez-vous subi des violences durant les 6 derniers mois? Plutôt que de passer à côté des vrais enjeux en faisant comme s'ils se déroulaient ailleurs. La menace vient du conjoint, du voisin, de l'homme testostéroné et souvent alcoolisé, pas du passant dans la rue. Certain.e.s peuvent laisser la peur les envahir et les regarder du coin de l'oeil en serrant leurs poings ou leur son sac à main, mais croire que c'est là que se trouve le lieu du danger serait une erreur fatale. 

Etre en couple, pour une femme, est mille fois plus risqué que de sortir seule le soir dans la rue. Cela devrait nous alerter et inviter à adapter notre système en conséquence, même si nos mythes romantiques et autres odes à la vie privée en prendront un coup. Les violences de couple sont le fléau de notre société.

 

Que faire ?
Certain.e.s politicien.ne.s annoncent de nouvelles lois pour lutter contre le sexisme. Peut-être que cela peut-être utile, ou pas. Mais ce qu'il faut avant tout, et rapidement, c'est sortir de notre caverne et changer profondément les mentalités, les manière de se comporter et d'agir. C'est dans les têtes, dans les comportements, et dans les discours que le sexisme doit être dénoncé et éradiqué. C'est là que les violences se préparent, se tolèrent et se banalisent. 

Que faire ? Femmes comme hommes, augmenter la vigilance collective envers nos proches, nos voisin.ne.s, et nos sensibilités aux signaux d'alerte. Pas besoin d'attendre les bleus et les coups pour détecter, alerter, et se mobiliser collectivement, tout corps professionnels confondus : médecins, travailleurs sociaux, juges, infirmiers, politiciens, policiers, etc.,

Le sexisme n'est pas un produit d'importation. Il se fabrique et se cultive en Suisse avec méticulosité depuis la nuit des temps, alimentant et préparant le chemin de la violence psychologique, verbale, physique.

La violence sexiste est largement répandue aujourd'hui, est très largement banalisée encore.

Il est temps de faire ensemble, hommes et femmes, un ménage de fond dans notre caverne.

 

[1] https://www.rts.ch/play/radio/vacarme/audio/les-echos-de-...

[2]https://www.rts.ch/info/suisse/9778144-bisbilles-politiqu...

[3]https://odae-romand.ch/projet/femmes-etrangeres-victimes-de-violences-conjugales/

 

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08/08/2018

L'anonyme et le génocide du parc La Grange

IMG_4319.jpgTa connerie est sans limite, toi, qui a fait deux croix ciblées sur deux visages de survivants du génocide du Rwanda au parc Lagrange, Genève, en ce mois d'août. 

Mais elle montre aussi, à revers, et malgré toi, toute la beauté et la force de ces photos, et le profond travail de Lana Mesic, qui nous oblige à réfléchir à la violence, au pardon et aux raisons profondes de ceux-ci.

 

 

Tu es passé devant cette photo et as choisi de l'attaquer en faisant deux croix noires sur deux visages noirs. Tu n'as sûrement pas compris qu'il s'agissait là d'un bourreau et d'une victime, que ces deux-là, plus de 20 ans après le génocide du Rwanda, nous donnaient, par leur geste et leur présence, par le fait d'avoir accepté de se retrouver ensemble, une incroyable et troublante leçon de vie.

 

Des croix, au Rwanda, il y en a eu environ 800'000 entre avril et juillet 1994, mais tu l'ignorais peut-être. Tu as pensé qu'il fallait ajouter les deux tiennes. Ou alors tu n'as pensé à rien. Hannah Arendt a beaucoup parlé de la banalité du mal. Le mal qui peut être à la fois banal et extrême, alors que seul le bien est radical... mais tout ça pour toi c'est peut-être comme du chinois quand tu tiens, puissant, ton petit feutre dans ta petite main.

 

Avant ce travail, l'artiste Lana Mesic dit qu'elle n'avait jamais touché la main d'assassins. Par cette série de photos,  elle montre les survivant.e.s et les agresseurs, côte à côte, s'embrassant, buvant ensemble, l'un debout, l'autre assis. Par ses photographies, elle rend compte de la proximité tissé avec celles et ceux qu'elle a choisi d'immortaliser. Elle nous permet de réfléchir à ce que signifie vivre côte à côte, après un génocide, avec les bourreaux de ses proches, avec ceux qui ont attenté à votre vie, et toujours avec les morts qui bien que morts, continuent d'être présents, et de peupler les mémoires.

Tu es passé à côté de ces portraits et tu as fait deux croix sur deux visages. Je me répète peut-être, mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi. Par racisme, bêtise, ennui, volonté de nuire, méchanceté, inconscience? Plutôt que de chercher sans réponse les raisons stupides qui t'ont mené, je constate que malgré toi tu as réalisé une sorte de nouvelle oeuvre.

Oui. Malgré ta bêtise nihiliste, tu as crée une sorte d'égalité forcée entre le bourreau et la victime d'hier, qui se retrouvent encore presque davantage unis, soumis à ta même brutale stupidité. Ils deviennent des égaux, et toi seul, en intervenant, tu te distingues. Tu montres que le mal n'est jamais fixé sur une seule figure, mais qu'il la dépasse sans cesse, que ses racines sont si nombreuses et anonymes, qu'elles sont partout. Toi aussi, l'anonyme, tu joues ton rôle. 

Peut-être, certains diront que ce n'est rien. Juste deux croix noires sur une affiche rouge. Qu'il y a beaucoup de petites nuisances urbaines, petits tags et déchets divers, et qu'il ne faut pas monter sur ses grands chevaux pour si peu. Peut-être, oui, il y en aura ici pour dire cela et invoquer le hasard et demander de banaliser toute cela, hausser les épaules et regarder ailleurs.   

Moi, je n'y crois pas. Il y avait beaucoup d'affiches à griffonner. Pourquoi celle-là?

Que tu t'arrêtes pour biffer deux visages, dans un parc paisible d'un lieu de paix, montes bien haut ton bras, peut-être à la verticale pour, presque sur la pointe de tes pieds, être bien certain de barrer ces visages, comme pour les supprimer, cela ne devrait pas laisser indifférent. 

Je me demande si je te connais, si tu habites le quartier, es l'un de mes voisins.

Je me demande ce que j'aurais fait si je t'avais vu faire.

Comment je t'aurais traité. 

Et s'il y a eu des témoins, s'ils se sont tu ou ont essayé de t'interpeller.

Toi, passant anonyme, et sans visage.  

 

 

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https://www.lanamesic.com/work

 

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06/08/2018

Genève, été 2050

Les plus ancien.ne.s ont quitté la ville. Comme chaque année désormais, c’est la transhumance; le déplacement vers les montagnes dès le mois de février pour y trouver un peu d’air frais, afin d'échapper à la fournaise.

Genève, été 2050. On l'appelle désormais l'Addis-Abeba des Alpes. On tuerait pour une oasis. Plus un chat dans ce qui était une ville lacustre. Plus de chats du tout. On s'écharperait si par bonheur on tombait sur une boîte de whiskas. Plus d'eau du tout. Si on rencontrait un CEO de Nestlé, on lui ferait la peau. Désormais, tout est cramé. Les bureaux vides et les immeubles délabrés font penser à une exposition d'art paléolithique. Ceux qui sont restés vivent dans les caves, des tunnels CFF ou d'anciennes canalisations hydrauliques. Ils sortent prendre l'air entre 3 et 4 heures du matin. Plus besoin de briquet pour s'allumer une clope, ça s'enflamme tout seul en tirant une bouffée.   

Au tournant du 20e siècle, un Suisse sur cinq mourait des suites de la tuberculose. Pour contrer et prévenir la maladie, on avait construit des sanatoriums. On y envoyait les malades prendre air et soleil. En 2050: les plus fortuné.e.s montent en altitude se réfugier dans des grottes. Les terres basses sont devenues invivables. On fait du skate dans d'anciens barrages.  Joli le loop sur la Grande-Dixence. 

Le lac Léman est à sec dès le mois de février. Il se remplit à peine durant le court "hiver" (de fin novembre à décembre). Quelques gouilles ici et là, à peine de quoi ramasser quelques algues ou grenouilles. Le reste du temps, on le traverse à pied. Point positif: plus personne ne se dispute le nom "lac Léman " ou "lac de Genève" on l'appelle le petit désert du Lavaux. Les petites chamailleries locales ont été égalisé sous le souffle du sirocco.

Les enfants ventilent le sable gris de ce qui était auparavant un lac, pour chercher des objets du temps béni où il y avait encore une vie: une rame, une bouée, fragment de maillots de bain ou bris de lunette. Personne n'aurait pensé que ce lieu devienne si vite un lieu de fouille archéologique.

Genève, été 2050, 60 degrés Celsius.

Un bon petit foehn nous rafraîchirait. On l'espère comme avant on craignait la bise. On raconte des contes de glaciers et sorbets pour faire rêver et dormir les enfants.  

Ceux qui ont pu partir sont montés vers le nord, essayant de rejoindre la Suède la Norvège. Rapidement les frontières se sont closes. Les routes d’immigration sont bloquées. Pas de migrations climatiques pour ceux qui ont fermé leur frontières durant des décennies. Essaie maintenant de passer le détroit de Béring à la nage pour voir. Tu aurais mieux fait de ne pas louper tes cours d'aqua-gym aux Eaux-vives. 

Les Suisses ne peuvent plus que monter en altitude pour y construire une vie à l’année. Les glaciers ont fondu depuis belle lurette. Les rivières d’altitude ressemblent à des serpentins défraîchis d'après fête. On creuse des tunnels dans la roche, réhabilite d’anciennes routes romaines. Le tunnel du Gotthard est un immense dortoir. On vit sous terre comme des troglodytes. On suçote le peu d’eau qui sourd du granit comme de l'eau bénite. 

Plus de bêtes pour nous aider. Incapable de leur fournir du fourrage ou de l'ombre. Les reptiles sont rétifs à l'élevage. La présence de varans dans les Alpes amène un petit plus en terme de protéines, mais vas-y pour les chasser à la fronde. sinon c'est pissenlit et patates douces tous les jours, avec un petit complément de larves et d'araignées quand c'est jour de fête.

 

La technologie nous a bien niqué 

Elle devait pourtant nous protéger de tout, et nous assurer même contre nous-même. C'était notre nouvelle divinité. Notre précieuse. On lui avait fait de jolis autels, renoncé par avance à toute plainte possible en signant chartes, accords d'usage ici et ici et encore là, tout partout comme il fallait. S'engageant même à ne pas croquer dans son i-phone en cas de pénurie de blé.  

La technologie pour le profit est ruine de l'âme.

Plus d’électricité hydraulique. Plus d’électricité nucléaire, par incapacité à refroidir les réacteurs…. soit on arrêtait tout, soit tout fondait. Du solaire partout. La terre comme une plaque chauffante. Et nous dans des trous.

Genève 2050? Un bourg de plaine. Durant le mois d’hiver les plus téméraires y maintiennent ouvert l'aéroport en œuvrant à des températures dépassant les 60 degrés comme les liquidateurs le faisaient sur le toit de Tchernobyl. Ils sacrifient leur vie pour rendre viable une vie après la leur. Ils dégrafent le bitume, replantent des arbres, luttent contre tout ce qui a contribué à faire d’un lieu tempéré et agréable un enfer sur terre. Pour une fleur plantée, il y en a dix qui tombent. Pour un peu de terreau arrosé, dix poumons remplis de poussière. Mais ce n'est qu'ainsi que l'on regagnera du terrain. C'est le prix à payer. 

L’aéroport a été responsable durant des décennies d’émissions de particules fines. Les traînées blanches des avions contribuaient au réchauffement de l’atmosphère. Aujourd'hui, il n'y a plus de portance dans l'air. Seuls les plus petits drones se posent et décollent encore. Les autres tomberaient comme des pierres. Des gens de Suède et Norvège viennent quelques jours, amener un peu de vivre  et surtout de l'iode dans les Alpes, C'est le retour du crétinisme. Pas sûr qu'on y survive cette fois.     

Genève, 2050? On regarde des images de l'an 2000. On aurait des larmes dans les yeux si elles ne s'évaporaient pas tout de suite. Des avions striant partout le ciel et des bienheureux les regardants passer.  On pense à eux comme aux inconscients qui regardaient les essais nucléaires à Mururoa en tongs et chemise à fleur. Il y avait de beaux grands prix de Formule 1 pour que les sponsors puissent vendre leur merde, des voitures sur toute les routes pour être sûr que ça chauffe bien, mais la clim' était toujours en option, on pouvait payer.  

On se demande pourquoi nos ancêtres ont été aussi cons en mettant du bitume partout, bétonnant jusqu'aux falaises. On suçote des racines. Zinal a atteint le demi-million d'habitant-e-s. Zermatt est une mégapole. Les montagnes débordent. On finira par se battre pour le sommet du Cervin afin d'y dormir tranquille. La gestion des déchets est un grand problème. J'y reviendrai peut-être dans un prochain texte, si j'en ai le temps.

En attendant on flotte dans des hamacs suspendus sur le vide. Le prochain cycle de glaciations arrivera vers l'an dix mille et l'on se dit, bien sûr, que ça pourrait être pire. C'est dans notre nature de créer la catastrophe et de toujours penser qu'elle en frappera d'autres. 

D'ici là, nos enfants devront bien apprendre à vivre sans la clim'

 

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01/08/2018

Pourquoi fêter le 1e août?


722607F4-E693-4781-98B3-E1D69F0E3E42.jpegSi le 1e août peut être fêté, c'est pour rendre hommage à toutes celles et ceux qui par leur présence, leur énergie, leur travail, leur folie, ont contribué à l'élaboration d'un territoire où la liberté de parole est défendue, et à côté de la liberté d'entreprendre celle de ne pas se faire détruire par ceux qui entendent la libre entreprise comme le droit de s'approprier les biens et l'air du voisin.

 

Si le 1e août peut être fêté, c'est pour rendre hommage aux binationaux, aux apatrides, aux retraité.e.s aux oiseaux rares, aux borgnes et aux cyclothymiques, aux migrant.e.s et mineurs, aux enfants et aux fleurs, à toutes celles et ceux qui font que la Suisse fait plus qu'exister, mais qu'elle vit, avec une humanité diverse, métissée. 

 

Si le 1e août peut être fêté, c'est pour rendre hommage à celles et ceux qui passent quelques jours ou quelques années, y travaillent ou contemplent, offrant le meilleur de leur vie avant d’être parfois mis dehors comme des chiffonniers par des lois iniques, ou de partir d’eux-mêmes ailleurs, la planche leur ayant été savonnée. Si le 1e août peut être fêté c'est parce que nous avons l'espoir de changer les lois, et soutenir ceux qui entendent par liberté d’association non pas le pouvoir des lobbyistes et affidés, mais celui de l’engagement citoyen.  

 

Si le 1e août peut être fêté, c’est pour celles et ceux qui ont quitté un temps famille et enfants pour contribuer au bien être de notre société, s'y sont sentis assez de force, pour y rester. Nous leur devons reconnaissance et respect. Si le 1e août peut être fêté, c'est pour celles et ceux qui se sont occupés des ancien.ne.s, des enfants, des silencieux et des tristes.

Dit-on d’un humain qu’il est humain de 1e de 2ème ou 3ème génération? Non. On s’en fout. Et un passeport ne conditionnera jamais la valeur de quiconque. Ceux qui s’appuient dessus pour se valoriser ou en exclure d’autre sont davantage à plaindre qu’autre chose. ‘Y’en a point comme nous’ étant le comble de l’obscurantisme et du communautarisme.  

Si le 1e août peut être fêté, c’est pour tous les autres jours de l’année, pour les féministes et les colleurs d'affiches, ceux qui bondissent encore de leur siège, les anarchistes, les doux rêveurs, les empêcheuses de tourner en rond, les funambules, les insomniaques, les éditeurs, tous les chercheurs et chercheuses de possibles. 

Si le 1e août peut être fêté, c'est pour Agota Kristof, Georges Haldas et l'Ovomaltine, Max Frisch, Thomas Hirschhorn, Griselids Réal, Aloïse Corbaz, Maurice Bavaud, Niklaus Meienberg, Ruth Dreifuss et l'Eiger, Ella Maillard, Giacometti et Tinguely, Shaqiri et les faux monnayeurs, ceux qui ne font des plis, celles qui parlent fort et toujours davantage.

Nous leur devons quelque chose de fondamental : de continuer à vivre au lieu d'exister bêtement en ânonnant par atavisme le refrain éculé d'un cantique, mais de continuer à débattre et poser des critiques pour renforcer la Suisse de demain. 

Nous leur devons quelque chose de fondamental: de conchier le nationalisme berceau de toutes les étroitesses et préférences endogamiques, de reconnaître dans l’autre, dans tout autre, un égal de soi et même davantage :un supérieur, car il nous sort de l’esprit de cocon et confort, nous enseigne le relativisme, et que la chance de vivre dans ce pays s’accompagne d’une responsabilité : celle d'en être de simple récipiendaires et donc transmetteur.

Aux gens bien nés : le hasard de la naissance aurait pu vous envoyer ailleurs, au fond de la Méditerannée aussi.

Si le 1e août peut être fêté, c'est pour ne pas ressortir jusqu'à la nausée les vieux mythes fondateurs éculés, il y a suffisamment d'héroïnes et de héros modernes engagé.e.s au quotidien pour se passer d'une histoire militaire ou de légendes fantasmées. 

 

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La Suisse existe, comment vit-elle?

La Suisse existe, comment vit-elle ? Ses frontières sont solides, son franc suisse fait front, son espace aérien est bien défini, et son histoire peuplée de mythes avantageux qu'on exhibe une fois par an. Elle a tout ce qu'il faut : drapeau, lampions, langues nationales, représentation à l'ONU, son millionnaire au tennis, une équipe de football qui ne fait (presque) plus honte.

La Suisse existe, comment vit-elle ? Comment, jour après jour, démontre-t-elle qu'elle est plus qu'une somme économique, un assemblage politique ingénieux, et existe sur davantage que ses axiomes éprouvés, capitaliste et néo-protestants: dis-moi ce que tu consommes, je te dirai qui tu es; dis-moi ce que tu thésaurises, tu montreras ce que tu vaux, et arrive à dépasser les inégalités sociales qui placent dans notre pays 600'000 citoyen.ne.s en situation de pauvreté?

 
Je suisse-je donc je suis
Vous pouvez être rassuré.e.s, arrêtez de cogner sur celles et ceux : l'artiste Ben, la socialiste Ada Marra, et d'autres qui, avec une pointe d'humour et de provocation, soulèvent malicieusement le voile crispé de l'angoisse existentielle: suisse-je, donc je suisse? Chaque éruption de haine ou réaction paniquée ne fait que renforcer la pertinence piquante de leur propos: mais oui, la Suisse existe, pas besoin de sauter sur son valium. Ses vaches sont bien gardées, et Johann Schneider-Ammann a toujours le mot pour "rire".
 
Le niveau d'inquiétude identitaire et la forme de panique nationale ayant pris devant trois joueurs de foot mimant le symbole d'un volatile au mondial, se jugeant assez libre pour rappeler leurs multiples origines, prête à sourire. Il laisse toutefois percevoir, lorsque l'on retire du formol patriotique et du bric-à-brac composite des figures tutélaires fantasmées en voie de décomposition, que nos nouveaux héros sont plus métissés, créatifs et incontrôlables. Cela déplaît à certain.e.s. Dommage. Cela demandera un petit temps pour se mettre à jour, mais on y arrivera.
 
Pour paraphraser La Fontaine, selon que vous soyez puissants ou misérables, jeune ou vieux, suisse ou pas, les lois du marché vous rendront corvéables à merci. Vos droits seront plus ou moins respectés. En Suisse, 2% des plus riches possèdent autant que les 98% restants. Dans un pays où l'on est habitué à dire pardon avant de toucher quiconque, de rester à sa place et accepter son sort avant d'imaginer le changer; où malgré quatre langues nationales, une seule permet l'échange: l'anglais; et où les rapports de classes sont puissants et le vieillissement de la population un vecteur d'accroissement des inégalités ; où le sexisme, le racisme et l'homophobie sont profondément enracinés, voire érigés en modèle ici et là, où les campagnes ont encore un poids dément par rapport aux villes et imposent certains archaïsmes comme des normes nationale, autant que de regarder vers 1291 on devrait viser 2040. Un jour Shaqiri remplacera Guillaume Tell, et Lara Gut prendra le pas sur le général Guisan. C'est en route.
 
La Suisse se vit comme une forteresse dans la forteresse Europe. Or il n'y a pas de forteresse dans l'histoire qui n'aie tenu sans s'effondrer. Jusqu'à quand pourrons-nous nier les besoins et situations d'urgence des populations que les changements climatiques et les situations politiques mettent en danger de mort et obligent à se mettre en mouvement pour franchir la Méditerranée, au péril de leur vie. Bilan : plusieurs milliers de morts chaque année, une traversée toujours plus périlleuse et incertaine. Surtout, une fermeture des frontières voulues par les pays européens coinçant les migrant.e.s dans des espaces inhospitaliers et violents, les exposant à la torture, l'exploitation et la mort. S'étant mis en route vers ce qu'ils imaginaient des pays libres et accueillant, ils en sont rejetés. S'ils parviennent à s'y accrocher, ils y demeurent, marginalisés et relégués, sans possibilité de retour. Il ne faut pas imaginer Guillaume Tell en vacances au bord de la mer mais sur un canot pneumatique, s'efforçant de sauver son fils au risque de la noyade.
 
En 1918 la grève nationale exigeait que les femmes puissent voter et être élues (pour cela, il faudra attendre 1971), revendiquait la réduction de la semaine de travail à 48 heures, soit 6 journées de 8h), l'instauration d'une protection pour les travailleurs et travailleuses âgé.e.s et invalides, et proposait un impôt sur la fortune des gros contribuables pour éponger la dette publique. Il y a 100 ans, ce mouvement décisif plaçait la Suisse sur les rails d'un développement social luttant contre les injustices. Ce mouvement s'est poursuivi. Nous sommes les hériter.e.s des luttes du passé. Rien n'est tombé du ciel ni sans efforts. Hommage ici à celles et ceux qui ont construit les pans sociaux de ce pays et ont lutté pour y établir nos droits. Autant que 1291, nous fêtons aujourd'hui 1918.
 
A nous d'écrire la suite...

 

 

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22/07/2018

Le capitalisme veut ton sourire

Le capitalisme veut ton sourire :

jeune homme courant avec ton tapis sous le bras pour aller au cours de yoga 

trentenaire achetant tes produits bio acheminés en camion depuis la Pologne

famille râlant sur ton vol annulé, continuant chaque été à reprendre la même compagnie d'aviation

féministe refusant la domination masculine et t'épilant méthodiquement, parce que c'est quand même plus joli comme ça

travailleur précaire votant contre l'instauration du salaire minimum.

 

Le capitalisme veut ton sourire:

jeune femme, écouteur sur les oreilles, qui médite sur ton cours de pleine conscience, et traverse tout droit au milieu de la route sans voir les bagnoles

retraité dépassé par l'augmentation de tes primes d'assurance maladie, qui refuse la création d'une caisse publique d'assurance maladie

grand-mère effrayée que les riches partent si on fait sauter les forfaits fiscaux, et qui accepte de payer proportionnellement plus d'impôts qu'eux 

jeune avocat qui veut éradiquer le deal, et achète sa coke à l'étude

boucher qui se tue au travail et vote contre une semaine supplémentaire de vacances pour tous

médecin qui fume deux paquets de clopes par jour et recommande de faire de l'exercice

trentenaire qui trouve que la prostitution c'est mal et se branle sur youporn

étudiant qui refuse de payer 10ct le litre de lait plus cher, et qui bouffe au Mac do

diététicienne qui dit de manger 5 fruits et légumes par jour, quand on a même pas le fric pour aller chez Lidl  

 

Le capitalisme veut ton sourire :

quadra engagé qui trie méthodiquement ses déchets en regardant les camions de la Migros partir à l'incinérateur 

geek qui consomme son information sur Facebook et partage larme à l'œil l'avis mortuaire du Matin sur twitter 

autorité qui pose des bacs à fleur dans l'espace public en interdisant à quiconque d'y mettre un parasol 

autorité qui élargit les routes et interdit les grillades dans l'espace public, parce que cela sent trop mauvais 

vieillards qui râlent comme quoi c'était mieux avant, et continuent à faire que ce soit chaque jour pire

bobos qui aimeraient du silence et gueulent pour que les autres se taisent

décideur politique qui, au nom du respect de l'autre, impose sa loi à tous.

 

Le capitalisme veut ton sourire :

autorité qui invite les gens à se réapproprier l'espace public, puis colle des amendes à ceux qui le font sans autorisation et surtout sans le sponsor qui va avec 

adolescent qui trouve immonde de manger du chat, mais que le cheval ne dérange pas -Un petit lapin c'est si goûtu-

quinqua qui met "indigné" sur son profil facebook, puis retourne regarder le Tour de France après avoir "liké" le Mondial  

bon citoyen qui ne veut pas donner un centime aux mendiants, mais accepte de payer bonbon pour les placer en prison 

polytraumatisé des génuflexions pour qui la religion est encore l'opium du peuple, alors que l'on est passé au crack depuis l'informatique

connard qui dit je ne suis pas raciste, mais…

 

Le capitalisme veut ton sourire:

ingénu qui trouve les pays du sud corrompus et n'est jamais allé à la salle des pas perdus du Palais Fédéral.  

 

Le capitalisme veut le sourire, de tous, tout le temps.

Par des rapports de pouvoir qui sont devenus des habitudes. Par des habitudes de domination et de soumission qui sont devenus des secondes natures.

Par la capacité d'opposer les un.e.s aux autres en tirant structurellement sa manne de l'inaction et des disputes.

Par le nationalisme qui se maquille en folklore typique, par le sexisme qui se travestit en habile commerce. Par le racisme structurel qui se camoufle en distinction narcissique.

Par l'air que tu respires, doux très doux jusqu'à l'asphyxie, pendant que d'autres crèvent la bouche ouverte. Par l'interdiction de la contestation, ou alors seulement sur les T-shirt ou Facebook. 

Le capitalisme veut ton sourire. Par la complicité. Par la férocité de son appétit, par sa facilité à faire de tes désirs ses besoins; et de tes nouveaux besoins ses échanges monétaires.

Le capitalisme veut ton sourire.

Car de ton silence, de ta colère, de tes prières et lectures, il sait qu'il n'aura pas un sou.

 

 

 

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19/07/2018

Déraciner le racisme !

37197741_10156321900956826_2772716446893998080_n.jpgLa France a gagné la coupe du monde de football. Magnifique victoire d'une équipe solidaire, performante. Dans la foulée, des réactions racistes pathétiques ont fleuri sur les réseaux sociaux et dans la presse. En Italie, le Corriere de la Serra[1] a osé écrire que la France était une équipe: « pleine de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs face à une équipe seulement de blancs». Mais qu'est-ce que la couleur de peau vient faire là-dedans? Pogba est né en Seine-et-Marne, Mbappé à Paris, etc. Ces joueurs sont français. Ils sont nés en France, sont allés à l'école républicaine, font la fierté de tout un pays, étant des exemples de conduite pour diverses générations. Distinguer les joueurs de football en fonction de leur couleur de leur peau est une dégueulasserie sans nom. Leur coller une "origine" aléatoirement placée au sud ou au nord de la Méditerranée en fonction de leur pigmentation est purement et simplement raciste.

 

Le lieutenant-colonel se lâche sur les réseaux sociaux  

Certains sont allés plus loin. A Genève, un avocat en vue, lieutenant-colonel à l'armée, a publié, sitôt la victoire français connue, la photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial de football entre ses pattes.[2] Il a fallu une véritable tempête sur les réseaux sociaux, l'activisme et l'indignation de nombreuses personnes pour que l'affaire secoue les consciences, tirer la sonnette d'alarme. La presse (4 jours après quand même) a repris à son tour cette publication offensante et inacceptable.

La banalisation du racisme affichée par de gens bien en vue fait peur. Cela laisse entrevoir l'ampleur du phénomène du racisme en Suisse et le sentiment d'impunité que certains ressentent. 

 

Le racisme fleurit en Suisse

Cela m'interpelle que l'information aie d'abord dû sortir dans un journal national, le Blick[3], avant qu'il y ait reprise dans la presse romande. Seul Radio Lac s'était saisi de l'affaire. Son rédacteur en chef intervenait en son nom propre, invoquant le "travail journalistique", pour ne pas juger trop rapidement cette publication, entamant plutôt le procès des réseaux sociaux qui auraient, selon lui, lynché le triste auteur de la publication diffamante. L'indignation de Manuel Tornare, président de la Licra Genève y faisait fortement contrepoids.[4] La Commission fédérale contre le racisme a été également très claire. Pour elle, il est évident que sur la photo postée par le lieutenant colonel en question, les noirs y sont représentés comme des singes. «Ce n'est pas une caricature, c'est clairement raciste», a affirmé sa présidente Martine Brunschwig Graf. La publication d'une telle image est inacceptable.[2]

C'est inquiétant qu'il faille à ce point insister, hurler, pour que le racisme soit dépouillé de tout manteau de classe ou de prestige, pour apparaître tout nu pour ce qu'il est: une violence faite à autrui.

Cela illustre bien la banalisation du racisme en Suisse. Cela doit nous oblige à réagir pour contrer l'emprise du racisme, ses stratégies de dilution dans "l'humour" ou la banalisation, ses complicités dans toutes les classes sociales, et cette incroyable facilité, de toujours blâmer les victimes, stratégie pour les agresseurs de brouiller les pistes.

 

Le renversement de la preuve

Faire des agresseurs des victimes, et renverser le fardeau de la preuve est une stratégie éprouvée. Quand l'on dénonce des agissements de racistes, on se voit opposer les arguments de "chasse aux sorcières" ou de "lynchage médiatique", comme si la personne qui poste publiquement une photo d'un jeune orang-outan tenant le trophée du Mondial entre ses pattes ne mérite pas d'être identifié et dénoncé. On retrouve les mêmes mécanismes à l'oeuvre dans le sexisme. Au final, les victimes de sexisme doivent prouver, démontrer, contre vents et marées, et parfois médias ou pouvoirs politiques, que ce ne sont pas elles qui l'ont bien cherché mais qu'elles sont des victimes d'agissements inacceptables et pénalement condamnables dont une majorité silencieuse préférerait ne rien savoir ni entendre. 

 

Rappelons-le encore, et encore, le danger pour notre belle Suisse n’est pas sa diversité, mais bien la xénophobie, le racisme et le sexisme de certains locaux.

 

Déracinons le racisme avant qu'il ne nous enterre, car il ne cesse de progresser en Suisse[6] et ses armes sont bien développées : la "blague", l'humour, le renversement du rôle d'agresseur en victime, la banalisation généralisée, le déni.

Bravo à toutes celles et ceux qui haussent la voix, s'engagent et se mobilisent pour déraciner cette idéologie d'un autre temps.

Rappelons l'existence de la norme pénale contre la discrimination raciale (article 261bis du Code pénal).

Continuons de dénoncer, exposer et faire condamner les racistes et leurs nauséabondes productions.

 

 

[1]https://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conse...

[2]http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Un-officier-gene...

[3]https://www.blick.ch/news/schweiz/hetze-gegen-frankreichs...

[4] https://www.radiolac.ch/podcasts/club-radio-lac-17072018-...

[5]https://www.tdg.ch/suisse/officier-genevois-derape-photo-...

[6]https://www.rts.ch/info/suisse/9470235-le-nombre-d-actes-...

[7]http://www.ekr.admin.ch/themes/f154.html

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12:03 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : racisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/07/2018

Voiture à ras du sol

EA414663-F020-44BB-AB57-A70B202E736B.jpegOn entend souvent parler du grand chassé-croisé estival. Les protagonistes sont identifiés : juillettistes et aoûtiens. C'est vrai que cela fait du bruit quand ils se croisent. Sur des kilomètres, longs bouchons, colonnes de véhicules au ralenti, on en mesure la taille, les temps d'attente au tunnel du Gothard, aux péages. On lui donne des couleurs : rouges ou oranges, des noms d'oiseaux ou de bison, etc. Tout un folklore. Ce n'est pas de ce chassé-croisé que je souhaite parler, mais d'un autre qui est moins médiatique, plus discret.

 

 

L'été en fin de soirée...

Quelque chose attire parfois le regard. Une sorte de ballet autour de véhicules. Des personnes fument, d'autres empoignent une "dernière" valise - pas sûr qu'il n'y en aie pas encore une ou deux-, entament un casse-croûte sommaire, sur un coin de capot ou de trottoir. Voiture chargée de bagages, au ras du sol.

Ce théâtre de rue s'ouvre sitôt prononcées les vacances scolaires. Alors que pour certains la page de leur journée se clôt, pour d'autres un grand chapitre s'ouvre. S'allument les grands phares. C'est de ce chassé croisé là que je veux parler. Celui qui se passe entre ceux qui n'ont plus que quelques mètres à faire pour se mettre sous les plumes, alors que d'autres se préparent à une grande odyssée. Ce chassé-croisé qui durera tout l'été, dans l'anonymat des villes, des vies qui se croisent. 

 

Sur le départ

Ils contrôlent une dernière fois le niveau d'eau, d'huile. Ils vérifient qu'ils n'ont oublié ni triangle de panne, ni la petite couverture, pour quand il fera froid, pour la déposer dans l'herbe pour y pique-niquer tranquille sur l’aire d'autoroute.

Ils  font tourner le moteur. Ils font durer ce moment. Plaisir des ultimes préparatifs. Clôture du chargement. Ce qui est dans l'air avant le départ est bon, peut-être même meilleur, que le voyage lui-même.

Ce qui flotte dans l'air ? Le parfum du retour au pays. Impossible de savoir lequel. Toutes les valises se ressemblent. Les voyageurs aussi. Ils vont partir très longtemps. Et loin, cela se sent. Ils vont revoir des proches. Amener des cadeaux, en ramener aussi. Ils ne prennent pas un avion barbare et bon marché, qui vous catapulte d'un lieu à l'autre en quelques heures, vous laissant échoué et groggy. Non, ils prennent leur voiture, tous leurs bagages, un peu de leur maison d'ici pour la déplacer là-bas.

 

Tetris minutieux

Chaque espace du véhicule est le fruit d'un savant assemblage. Les places sont attribuées à chacun.e, parfois chèrement négociées. Personne ne veut se retrouver sur le siège central.

Ils savent qui conduira, pour combien de temps, qui le relaiera ensuite. Parfois, le conducteur refuse de transmettre le volant. Il en fait une affaire personnelle; ou alors prétend que cela a toujours été fait comme ça, le capitaine c’est lui. Il ne viendrait à l'idée de personne de lui disputer cette responsabilité : un privilège.

Il fera des siestes, biberonnera son red bull. Héros de la route, Ulysse des péages, il avalera les kilomètres : 1000 ou 2000, peut-être même plus. Les autres passagers seront réduits à l'intendance, condamnés à tour de rôle à refuser le sommeil comme des sentinelles. La nuque raide, l’oeil dans le vague, solidaires.

A ce chauffeur, on lui a préparé à manger : des sandwichs, faciles à emporter, enrobés dans du papier d'aluminium. Ses boissons préférée : thé vert ou thermos de café sucré, pour lutter contre le sommeil. Ce sommeil qui finira par emporter tout l'équipage juste avant le petit jour. Sauf lui, évidemment, gardant le cap, malgré la houle et les roulis du bitume. 

 

cycles de sommeil inversés 

C'est le grand départ. L’épopée. Tout le monde, au-delà de minuit, est en alerte, excité. Les enfants n'ont pas dormi les nuits précédentes. Ils ont littéralement piqué du nez à la piscine durant la journée.

C'est le dernier moment pour les derniers contrôles. Passeports, ok, pression des pneus, ok, carte grise rangée dans la boîte à gants, ok. Tout semble en ordre. Dernière bouffée de la dernière clope s'écrase du talon sur le trottoir. Et hop. Claquements de portes. Embrayage. Bye bye Genève, bye bye la Suisse. See you a la fin de l’été.

Parfois, quand on frotte deux cailloux l'un contre l'autre, une petite étincelle en jaillit. Parfois, il en est pareil du croisement de deux existences, il en jaillit alors un parfum, une image. On voit surgir des voitures au ras du sol les toits de villes du sud. On perçoit le parfum des cyprès, l'entêtante résine du mazout des stations essence ou de ports illuminés jour et nuit, le goudron fondu, la poussière sur les fruits trop mûrs.

Pendant que d'autres roulent, mes yeux se croisent.

Je m'endors. Ou plutôt : je rêve et je voyage avec eux.

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=MbjIWSTYFWs

 

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08:38 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vacances, chassé croisé | |  Facebook |  Imprimer | | |