30/05/2016

La droite municipal craint le jugement du peuple, elle mobilise ses avocats

La droite municipale a donc lancé un recours pour invalider la votation populaire du 5 juin en Ville de Genève sur les coupes dans le social et la culture.[1] Pour la droite, les explications fournies dans la brochure par l'exécutif donnent l'impression que la majorité du conseil municipal est irresponsable d'avoir voté ces économies budgétaires, qu'il ne connaît rien aux finances, et va faire du mal aux jeunes, aux aînés, aux femmes battues.[2]

C'est donc parce qu'elle a le sentiment d'être mal comprise que la droite fait recours devant les tribunaux pour invalider un scrutin populaire. Le côté cocasse de ce recours est accentué lorsque l'on entend la cheffe de groupe PLR Natacha Buffet-Desfayes, à la télévision locale Léman Bleu [3], justifier son recours par la crainte d'être dépeint comme des sadiques. La droite prend très, très personnellement ce qu'elle interprète comme "une liste de griefs qui leur sont adressés... avec le sentiment d'être traîné dans la boue". Mais pourquoi donc la droite déserte-t-elle le champ du politique, de l'argumentation, et du débat ouvert, pour se réfugier dans une posture judiciaire victimaire ? 

Victimisation et personnalisation

Le journaliste écarquille les yeux et demande concrètement ce qui ne va pas dans la brochure présentant les votations du 5 juin. Il n'aura pas de réponse claire de la part de la cheffe de la droite, si ce n'est une succession de phrases à forte teneur émotionnelle et subjective : "on nous dit que l'on a mis la Ville à sang, nous sommes traînés dans la boue, on nous dit que tout le monde est affaibli, amputé, on n'a pas été entendu, on se sent insulté dans la brochure... nous ne voulons pas passer pour des méchants, nous voulons dire que parce qu'ils ne sont pas d'accord ils nous traitent de cette manière et il est mis dans la brochure que nous sommes des sadiques..." La cheffe de groupe finit dans un souffle: "enfin je vous dis là mon ressenti" Le mot est lâché, c'est donc, au final, de son sentiment que la droite parle et à partir de celui-ci qu'elle se sent autorisée à faire recours et encombrer les tribunaux. On a définitivement quitté le terrain du politique, pour naviguer dans l'espace infantile et régressif du: "je ne me sens pas compris, tu es très très méchant, je te coupe la paix... et ton budget avec".

 

La droite a peur de son image 

On a beau lire et relire la brochure des votations, on n'y retrouve aucun des qualificatifs offusqués employés par la droite. Sa blessure narcissique doit venir du fait que l'on déduise qu'ils sont les acteurs des coupes injustifiées pour 8 millions dans les finances publiques, avec des conséquences importantes pour le fonctionnement de la Ville de Genève et ses habitant-e-s: 

  • Réduction de 2.5% sur les mandats extérieurs et les achats de la Ville de Genève (Gérance immobilière, Service des sports, service des écoles, nettoyage des préaux).
  • Réduction de 2% sur les subventions accordées par la Ville de Genève à l'exception du sport, du Grand Théâtre et de la petite enfance.
  • Réduction de 10% sur l'ensemble des Fonds généraux culturels.
  • Réduction du budget du Fonds municipal de lutte contre le chômage de plus de 600'000.-
  • Diminution de 50% des subventions prévues pour le Fonds de soutien à l'innovation G'Innove.
  • Suppression de l'incubateur social Essaim et réallocation de sa subvention à la Fondetec.

 

Mais, de deux choses l'une : soit ces coupes de 8 millions sont anecdotiques, auquel cas, on peut se demander pourquoi, au final, la droite les a faites; soit elles permettent véritablement de trancher dans les dépenses publiques, et de faire des "économies"... on ne comprend pas alors pourquoi la droite s'offusque que leur impact soit relevé.

Serait-ce cette phrase, parmi d'autres, qui offusque la droite ? "La Ville de Genève jouit d'une excellente santé financière. Cela est rappelé par différentes études, qui saluent les performances de gestion de la commune. Depuis 2007, la dette municipale a baissé de 17,9% (soit de 330 millions). La moyenne d'autofinancement des investissements sur 10 ans atteint les 144%. Et les comptes 2015 affichent un boni de 39.5 millions." Il s'agit pourtant de faits avérés.

 

Un recours narcissique  

La droite a donc fait recours à la chambre constitutionnelle pour invalider une votation populaire, parce qu'elle se sent mal comprise! N'assumant pas d'avoir coupé pour 8 millions de prestations dans le budget de la Ville, elle envoie ses avocats. Comment ne pas avoir l'impression, au moment de passer devant le peuple, que la droite cherche à brouiller les cartes, menaçant d'une annulation de scrutin une votation qu'elle a pourtant elle-même provoquée... comme si elle n'avait pas confiance ni dans ses propres arguments, ni dans la souveraineté populaire.

 

La droite face à sa peur du désaveu populaire

En amont, la droite n'avait pas voulu examiner le budget de la Ville avant de le couper d'une manière linéaire et à l'aveugle, supprimant des prestations importantes pour la population. En aval, elle jette l'éponge, refuse de faire campagne, déclenchant une bataille juridique que, selon toute vraisemblance, elle perdra.

Ces choix sont regrettables, et donnent au final l'impression que c'est avant tout son image et ses postures que la droite défend, ayant peur du débat de fond, n'assumant pas devant le peuple ses coupes, voire pire: intimidant ce dernier, lui laissant entendre qu'au final, ce n'est pas lui qui décide mais les avocats et les tribunaux. 

Face à cette tentative d'intimidation, une seule réponse possible : aux urnes le 5 juin pour voter avec enthousiasme deux fois NON aux coupes et aux manoeuvres dilatoires d'une droite qui cherche à confisquer la liberté du vote populaire pour le réserver à ses avocats!   

 

 

[1]http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Votation-contre-...

[2] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/entente-veut-invalider-scrutin-5juin/story/14367373

[3]http://www.lemanbleu.ch/Scripts/Modules/CustomView/Lis...
 

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23/05/2016

Au nom de qui, au nom de quoi

Celui qui combat des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l'abîme regarde aussi en toi. (Friedrich Nietzsche, par-delà le bien et le mal)

 

Au nom de qui au nom de quoi invoque toujours, par définition, une puissance autre que la sienne pour intervenir et défendre ses intérêts. Au nom de qui, au nom de quoi, prend Dieu par la main, tire Allah par le collet, fait parler comme un ventriloque la sacro-sainte puissance de l’Etat, la cause, la démocratie, l’état d’urgence, un œil sur la presse et l’audimat.


Au nom de qui, au nom de quoi est fort, très fort, quand il invoque la sécurité et joue sur la peur ; difficile alors de lui opposer quoi que ce soit. Pourtant, la vague qu’il lève, la hantise dont il se sert, il la suinte. Sa violence est un boomerang qui le menace derrière la tête. Pourquoi alors se tenir à ses côtés pour scruter l’ennemi invisible et ânonner comme sidérés : crainte et soumission ? Alors que la liberté et la capacité de créer du nouveau nous mobilise tout autrement ?

Au nom de qui au nom de quoi agrandit ses prisons, aligne ses algorithmes ou pelotons, textes sacrés, détourne la religion, caricature ses adversaires et ajoute une remorque au bouc émissaire. Ce n’est jamais lui qui pose problème, pas lui l’intolérant, la source de violence. A croire que celle-ci tombe du ciel, qu’elle descend de nulle part, se perpétue uniquement par force d’inertie ou de pesanteur, insaisissable épouvante tapie dans l’ombre, sans cause ni raison.


Servilité de l'autoritaire

Au nom de qui au nom de quoi cherche une légitimité comme un vieillard sa canne. Mais dis, quand sortira-t-on du dyptique bourreau ou victime? Martyr, martyrisé, ou sauveur ?

Au nom de qui au nom de quoi va en Iran rencontrer des Mollahs, serrer la pince de princes Qataris, s’acoquine aux compères, corrompus en tous genre. Au nom de qui au nom de quoi ne prend guère la peine de se boucher le nez. Le cynisme est son déni de la violence, la realpolitik sa solution finale... et au diable les moyens.

Au nom de qui au nom de quoi auto alimente les conditions de la violence, défend le pouvoir par le pouvoir, contre ceux qu'il prétend servir. Au nom de qui au nom de quoi se cache derrière les oripeaux de la foi, les ors de la république... jusqu'à son reflet dans le miroir.


Au nom de qui au nom de quoi s’accommode de la violence, s’y fonde même. Disposé aux compromissions nécessaires pour faire tourner les opinions, son absolu est placé dans le rendement et sa perpétuation. Mais toi, dis, où places-tu ton absolu ? Et pour qui agis-tu, plutôt qu'au nom de quoi?

 


Bulletin de vote, gomina ou bâton

L’exercice de la violence, sans justice sociale, place le militaire, le policier ou le terroriste sur le même pied d’égalité. Cette tasse de café, ce litre de pétrole, ce quintal de coton, quelle sueur les rançonne ?


Quel visage montre Au nom de qui au nom de quoi quand il est ramené sur terre, au ras de celle-ci, en face à face ? Quelle contestation, quelle parole, modération lui oppose-t-on? Tout passage par la case prison, inutile et stérile, faisant ressortir des jeunes gars qui se feront exploser plus loin doit être abolie. Tout réveil dans les parcs de la ville à coups de pieds par la force publique, banni. Interroger, combattre toute violence ; toute inégalité, tout abus de droit, les dénoncer. Au nom de qui au nom de quoi a besoin de silences complices. Pourquoi les lui donner?

Au nom de qui au nom de quoi prive de liberté ceux qui avancent les mains vides. Nul ne doit entrer en prison parce qu’il n’a pas de papiers. Au nom de qui au nom de quoi se frotte les mains. Exacerber les tensions, radicaliser les fronts, c’est bon pour son prêche ou sa réélection. L’état d’exception ou la résignation, c'est son inspiration. Que répondre à la violence de l’autoritarisme quand il ne dit pas son nom ?

 

La parole est un énergie


Les hommes armés sont dans la rue. Certains les saluent, rassurés par leur présence. D’autres sont regardés du coin de l’œil, fouillés plus que de raison, et pourtant innocents, comme les autres.

Au nom de qui au nom de quoi aimerait nous faire croire qu’il parle en notre nom.
Ses clins d’œil complices sont, à mes yeux, et avant tout : un signe aggravé d’épilepsie.

Une décharge électrique alimentant la créativité et la contestation.

 

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09/05/2016

Le rodéo des motards: quelles responsabilités ?

"J'ai vu un coureur se faire réanimer aujourd’hui doit-on interdire le marathon ? Déplacera-t-on aussi les courses cyclistes et la Critical mass ».[1] Le Conseiller d'Etat Luc Barthassat, après avoir banalisé le grave accident qui a blessé 6 personnes dont une gravement samedi durant un rodéo de moto compare une fois de plus l’incomparable. Le magistrat fait le parallèle entre une course populaire : le marathon, admirablement encadré par des centaines de bénévoles, avec des routes fermées, des postes de samaritains à des emplacements définis, des secours mobilisés pour l’occasion, et un rodéo sauvage de 2000 motards samedi dans la ville sans sécurité, ayant dépassé le contrôle des organisateurs.

Avez-vous déjà vu un marathonien en blesser 6 autres?
Quand vous courez un marathon, vous assumez que votre corps peut lâcher. Vous engagez votre responsabilité, et uniquement la vôtre. L’excellence de l’organisation, si elle ne garantit jamais le risque zéro, permet de répondre aux défaillances. On ne voit pas bien comment un marathonien pourrait en blesser un autre. Il en est tout autre quand un motard pousse son bolide 2 à 3 fois la vitesse autorisée sur les quais bondés un samedi après-midi ! La comparaison du Conseiller d’Etat est stupide. Est-ce parce qu’il était lui-même dans le cortège qu’il cherche à banaliser les responsabilités ? Sa réponse est aussi une insulte au professionnalisme de ceux qui organisent des courses pédestres et cyclistes et qui doivent faire face à la lourde tâche de planifier et sécuriser des événements.

Deux poids deux mesures?

Comme se fait-il que certains soient astreints aux coûteuses et nécessaires mesures pour planifier leur événement populaire, alors que d’autres déboulent avec 2000 motos en pleine ville, avec à leur tête leur chef de bande ? Ce rodéo de motard aurait dû être empêché de démarrer. Au marathon, vous savez combien de personnes vous avez au départ. Au réunion des motards, non. C’est plus difficile à évaluer. 1400 personnes aiment l’événement sur facebook, 2000 motards sont à l’arrivée. Il se passe des événements étranges dans cette République qui interrogent le principe d'égalité de traitement.

Ce rodéo de motard aurait dû être empêché de démarrer.

Est-ce parce qu’un Conseiller d’Etat était sur sa moto que cette manifestation a été autorisée sans encadrement suffisant de police ni pose de barrières de sécurité ?  Cette équipée sauvage a mis la vie de gens en danger, des jeunes enfants qui couraient le samedi après-midi sur les quais, des piétons qui traversaient sur les passages piétons au petit bonheur la chance au milieu de la horde. Monsieur Barthassat a-t-il promis d’assumer seul la gestion de cet événement auprès de ses pairs du Conseil d’Etat ? Une enquête de police approfondie sur les événements doit rapidement avoir lieu pour tirer tout cela au clair. Seule une gestion responsable de tels événements sur le domaine public permettront d'éviter de tels drames. De telles négligences impliquant la vie d'être humains ne doivent plus se reproduire. Le bilan aurait pu être encore plus tragique ce week-end. 

 

 
Un témoignage de motard


"Ayant participé à la bénédiction, j’avais envie de témoigner de mes impressions. Tout d’abord j’ai été étonné de voir que la gestion du cortège avait été attribuée à un groupe facebook de motards. Ils sont très sympas d’avoir voulu prêter main forte aux policiers pour gérer la parade mais ils n’ont absolument aucune expérience dans la gestion d’événements. On a simplement distribué des dossards jaunes fluorescents aux membres lambdas du groupe facebook qui avaient décidé de répondre présents à l’invitation digitalisée sous forme d’événements facebook, sans sélection aucune. Ensuite, sur place, pendant la messe, les véhicules étaient garés n’importe où, prenaient une place pas possible, jusqu’aux trottoirs, empêchant les passants de circuler. Mais le plus gros problème a commencé avec l’allumage des 2000 véhicules…. Je vous laisse imaginer le boucan cacophonique, quand les poignées ont commencé à jouer dans le vide, juste pour faire vrombir les machines et leur pot d’échappement. Et puis l’odeur, provoquée par ces mêmes jeux totalement inutiles de poignée de gaz et celles des pneus brûlés à l’arrêt sur l’asphalte, uniquement pour épater la galerie. Quitter l’église des Eaux-vives était une libération. Enfin, c’est ce que je pensais jusqu’à ce que le cortège prenne la route. Certains roulaient à plus de 80 sur des routes habituellement limitées à 50km/h (sous le regard bienveillant des policiers présents, tandis qu’à d’autres passages, ça bouchonnait tellement qu’on avait de la peine à dépasser les 10km/h, faute à une mauvaise sélection du parcours. Les radars avaient tous été désactivés pour l’occasion, certains motards en ont bien sûr profité pour oser l’impensable en temps normal…..un wheeling ne se fait pas par accident, un excès de vitesse ne se fait pas par accident… je continue quand même à me demander comment, à une bénédiction de motards, c’est sous couvert de la légalité que l’on arrive à (se) mettre en danger."

 

[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/accident-cologny-...

 

 

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08/05/2016

Sortie de route de Barthassat : "6 blessés dont un grave... malgré cela la journée fut belle"

Franchement, fallait pas être malin pour rassembler en plein cœur de Genève, où la circulation était déjà compliquée pour cause de marathon, une masse de motards pour leur bénédiction à l'église des eaux-vives. Quel charme il y a-t-il à venir jouer du gros cube et défoncer les oreilles des passants en montrant qui a la plus grosse? Je l'ignore. On aurait au moins pu s'attendre à ce que ce rassemblement soit correctement encadré et des consignes de sécurité strictes données.

On aurait aussi pu imaginer une bénédiction des motards en proximité d'un circuit de course, à tout le moins d'une route fermée pour l'occasion, mais non, les joyeux drilles, montés sur leurs bécanes, ont trouvé beaucoup plus charmant de se rassembler en plein centre-ville, un samedi après-midi de printemps, puis d'envahir les quais en faisant exploser les décibels, et traversant la ville en tous sens.

 

La vie n'est pas un film américain

Certes, il ne fallait pas être très malin pour venir frimer au guidon de sa moto entre baby-plage et le jardin anglais, en escouade et avec des drapeaux pirates à tête de mort, jouant les gros bras en se croyant sur les longues routes désertes américaines. Mais il fallait être sacrément allumé pour essayer de faire un wheeling, le long des quais et embarquer dans sa chute un piéton et d'autres motards. Le drame a eu lieu au milieu de l'après-midi. Bilan: 6 blessés dont un grave.[1]  Le prêtre qui avait dit quelques heures avant : "Dieu aime la moto, car c'est un plaisir partagé, une communion, c'est quelque chose qui vous lie et vous unit" a dû se mordre la lèvre en fin de journée.  Il n'y a pas grand amour à se faire faucher par un motard tout à la joie de bomber le torse sa belle cylindrée qu'il ne maîtrise pas.[2]  

Barthassat à la masse

Ce n'est qu'à Genève que l'on peut voir un ministre des transports, Luc Barthassat, se pavaner au volant d'une moto avec sa tête de mort sur le cœur et commenter en fin de journée très légèrement : "malgré l'accident sur les quais, la journée fut belle de rencontres et d'amitiés", ce qui est choquant. Il aurait été souhaitable que le magistrat retire ses gants et ses œillères, prenne la mesure du drame, exprime une pensée pour les blessés et leurs familles, et si possible suspende sa virée à moto, plutôt que de continuer à faire des selfies à tête de mort.

Le mot "accident" à bon dos. Il faudrait dire plutôt : suite à des négligences coupables, des gens sont aujourd'hui en petits morceaux dans un hôpital, alors que d'autres finissent d'écluser leurs bières.

Une ville n'est pas un lieu pour faire des rodéos de motard.

Avoir cette conception de la ville, c'est avoir une époque de retard.   

Le Conseil d'Etat va-t-il interdire ces rassemblements dangereux?  

Quelle est la responsabilité du Conseil d'Etat considérant la légèreté avec laquelle la tenue de cet évènement a été autorisée ? Comment le Conseiller d'état responsable, Luc Barthassat, va-t-il s'expliquer devant ses collègues du Conseil d'Etat sur cette funèbre virée de bécanes, avec ou sans sa tête de mort sur le poitrail ?

Les rassemblements de motard doivent se tenir hors des villes, sur des routes sécurisées et surveillées. Même si, dans l'ensemble, les motards sont des gens responsables, l'excitation liée à ce genre de rassemblement, est une invitation à la catastrophe.  

Les organisateurs, lors des courses vélo, protègent le public et les coureurs lorsqu'ils entrent dans des villes. Lors de l'arrivée du Tour de Romandie dimanche passé, les balustrades étaient posées. Comment peut-on lâcher une horde de deux roues mécanisées en pleine ville sans protections ni avertissements à la population?    

 

Stop aux rodéos mortels des motards

Motards, plutôt que d'arborer des têtes de morts, des cuirs et des clous, mettez des fleurs sur vos motos, et allez rouler sur des circuits.  

Les enfants, les familles, les cyclistes et les piétons qui ont risqué leur vie aujourd'hui en croisant votre sinistre parade vous en remercient.

Quand à Luc Barthassat, les mots me manquent pour désigner la légèreté avec laquelle un ministre des transports joue avec la vie des gens. A force de vouloir mettre des motos partout, sur des voies de bus, dans des églises, elles finissent aussi par partir dans le décor. Ce qui s'est passé ce samedi quand 2000 motards ont roulé en bloc sur les quais n'est pas un accident. C'est de la bêtise crasse. Certains en ont payé le prix fort.  

  

 

[1]http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Un-accident-au-qu...

[2]http://www.tdg.ch/geneve/benediction-motards-attire-foule...

 

 

 

 

 

02/05/2016

Les éclusiers de la porte étroite

book-07210728.jpgComme de nombreux genevois, je ne suis pas né ici, n'ai pas fait mes classes à Genève. Je suis arrivé dans cette ville en cours de route, ai été touché par sa capacité à accueillir la différence, par sa dimension cosmopolite.

A un âge qui n'était plus celui de l'adolescence, je suis venu travailler à Genève, ai été marqué par la possibilité de m'y sentir bien, en un mot, comme chez moi (en fait, bien mieux). Non pas que j'avais grandi très loin, oh non, à une distance de soixante kilomètres, mais parfois ceux-ci sont plus difficiles à franchir que des milliers, sachant que les rivalités sont aussi cocasses que tenaces, et les barrières bien posées dans les têtes.

Ubi bene, ibi patria dit le proverbe latin : là où je suis bien, là est ma patrie. Genève a toujours été une ville de refuge, elle en tire sa grandeur, sa force et sa beauté.

 Comprendre Genève

Bien sûr, quand on n'est pas du cru, il manque des morceaux pour comprendre le récit local. Quand certains parlent des années des squats où de quelques scandales ayant émaillé la vie politique d'alors, du 25 rue du Stand en passant par les rapports complexes entre l'Etat et les communes; de grands projets ayant modelé ou défiguré Genève, on se rend compte du décalage.

Il y a certaines inimités (ou intimités) aussi que l'on n'explique pas et que mêmes les principaux protagonistes semblent avoir oubliées. Que s'est-il donc passé avant? Quelles Genferei a-t-on loupées? La mémoire vivante est parfois défaillante. Les récits sont contradictoires et l'histoire se réécrit sans cesse. Quelque chose s'est déroulé à Genève, durant les années passées, qui modèle le présent et auquel les nouvelles générations ou les nouveaux arrivants n'ont accès que par sourires entendus ou regards en coin. Il manquait un livre pour lever le voile. Albert Rodrik et Olga Baranova s'y sont attelés.

 

Mémoire vive

Les éclusiers de la porte étroite[1] d'Albert Rodrik et Olga Baranova est un livre généreux qui retourne les cartes. Tout d'abord, parce que tous deux ont ce parcours de migrants, qui leur permet d'avoir un regard distancé sur la réalité locale, mais aussi parce que, camarades socialistes, leur compréhension n'est ni complaisante ni liée à des liens ataviques. Ils sont libres ces deux! Ce recueil éclaire la réalité genevoise, suisse, avec perspicacité, sans pour autant être un livre d'histoire. On y découvre avec plaisir aussi l'excellent texte d'Eloisa Gonzalez Toro, fille de réfugiés chiliens, qui s'exprime sur la nouvelle constitution pour Genève. Pas de langue de bois ici. Les écritures sont tranchées, le parti pris affirmé.

 

Des parcours rythmés par l'engagement

Olga Baranova suivait il y a dix ans les cours d'une classe d'insertion scolaire à Genève. Elle est devenue suissesse juste avant son élection aux municipales de 2011. Aujourd'hui, elle termine ses études en management public, travaille à Berne au sein du parti socialiste en poursuivant son engagement politique à Genève.

Albert Rodrik, est arrivé à Genève en 1955, en provenance d'Istanbul, pour étudier le droit à l'université. Jeune fils d'une famille de commerçants juifs turcs passé chez les frères chrétiens, il ne connaît personne quand il débarque au bout du lac. "Pourquoi Genève? Paris n'était pas envisageable, car je me serais dévergondé, et Bruxelles était mauvaise pour mes bronches! Alors je me suis retrouvé à Genève et j'y suis resté" Syndicaliste, un temps comédien et employé de banque, adhérant au PS en 1975, l'homme a travaillé comme haut fonctionnaire durant 15 ans pour des magistrats de diverses obédiences. Appelé le sage au sein du parti, fin connaisseur de la politique locale, il est un guide, une référence, une mémoire vive.

Ce livre est en fait un carrefour, de générations, de récits, de regards. Albert est un sage, Olga une combattante, et Genève méritait bien cet hommage de deux migrants devenus des références.

Nous ne croyons pas au grand soir mais à tous les petits matins

Je ne suis pas convaincu que, pour les Suisses, la perception d'être un peuple ou des peuples parmi d'autres de cette planète, solidaires qu'ils le veuillent ou non, soit bien ancrée dans leur tête. Albert a raison. Nous avons besoin de ce petit livre qui permet de comprendre un parcours, des communes, un canton, et un peu de cette complexité helvétique dont on est fier sans toujours la saisir.

Car rien n'est acquis, ni à l'abri, que l'on soit né d'ici ou d'ailleurs. Et c'est l'engagement dans le présent qui oriente les pas, change la donne, pas le pedigree, ni la naissance. Comme des éclusiers de la porte étroite, démocrates, réformistes, nous ne croyons pas au grand soir mais à tous ces petits matins où les espaces de liberté sont sans cesse élargis en dépit de l'économie de marché.

J'ai pour ma part trouvé dans ce livre des raisons d'espérer et de mieux comprendre notre Genève où l'engagement quotidien pour une société plus juste se poursuit.  

 

 

[1] Albert Rodrik, Olga Baranova, les éclusiers de la porte étroite, Editions Slatkine, Genève, 2016.

 

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17/04/2016

La poésie est une langue de résistance

On m'a posé une question  : la poésie a-t-elle à voir avec le sacré ?[1]

Pour ma part, je vois plutôt la poésie du côté de la résistance que du sacré, de la transgression plutôt que de la vénération. Le sacré serait un espace trop précautionneux, presque ouaté, dans un présent trouble et tendu. La révérence et la sainteté ne me semblent pas aptes à répondre à ce qui nous secoue. Elles ne comblent pas la nécessité d’une parole qui se déploie libre au milieu du chahut, du chaos -pas pour les résoudre et les régler, non-, pour y faire entendre un son autre que les cliquetis monomaniaque des claviers et vaincre l’autisme des casques audio.

La poésie n'est pas l'opium du peuple mais son éphédrine.

Il faut relire  les carnets clandestins du philologue Victor Klemperer: "LTI (lingua tertii imperii), la langue du IIIe Reich" qui s'ouvre par ces mots de Franz Rosenzweig: "la langue est plus que le sang". Ce livre écrit entre 1933 et 1945, publié tardivement en Allemagne en 1995 seulement, analyse les manipulation de la langue par les nazis, comment l'emprise et la destruction ont commencé dans celle-ci. 

Mais si l'emprise et la destruction commencent là, c'est bien de là aussi que peut prendre forme la résistance la plus forte.

La poésie est un acte de résistance
Que la poésie soit une respiration, un soulagement ou un poing levé, oui. Qu’elle puise son énergie au silencieux, au dissimulé, d’évidence. Que l’intime y ait sa part et la sensibilité la nourrisse: clairement. Elle est en cela un lieu de résistance à la vitesse, à la bêtise et à la vulgarité, au discours économique, et à sa force de frappe ; à l’abêtissement par matraquage médiatique ou conformiste. Pourquoi avons-nous faibli jusque dans la langue? La parole a été colonisée par les nababs du bankable. Avant d’être un lieu de vénération, la poésie est un haut-lieu de résistance. La domination du langage "d'implementation, de gouvernance, de sur-sécurisation" doit être subverti. 

La langue qui échappe au discours de l'efficience
Cette résistance dans la langue fait-elle alors de l’écriture poétique un domaine relevant du sacré ? La conduit-elle au religieux ? Non. Voilà longtemps aussi que le sacré et le religieux, tels que nous les entendons, ont cédé dedans la colle de l’engluement. Pourtant, dans la poésie, quelque chose d’un ordre mystérieux et innomé trouve refuge. Qu’un silence s’installe entre deux voyelles, que claque le bris de quelques consonnes, c’est un miracle déjà. Et que dans ces assemblages de paille et de débris, ces nids et terriers, il y ait la vie, se disant avec des moyens pauvres et une nécessité vitale, c’est le signe indéniable d’une puissance, fortifiante.

Bienvenue la parole vivifiée
De la poésie découle une émotion sensible nous immergeant dans une langue neuve, et pourtant donnée et reconnaissable de toujours. Serait-ce qu’elle nous préexiste ? Bienvenue à l’écriture sensible, à l’écriture fragile. Que l’on ne se presse pas trop à lui refermer au museau le couvercle des catégories, des classifications, des chapelles, en l’appelant : écriture du sacré, écriture religieuse ou spirituelle, ou Dieu sait quoi encore. Ne l’organisons pas trop vite en salons ou festival, ne cherchons pas à la rentabiliser. Laissons-la gambader sur les pages, les murs, les écrans, dans les bouches et les corps. Laissons-la à son lent travail d’être et de devenir. Dit-on d’une herbe qu’elle est religieuse ou spirituelle ? Le dit-on d’un toit de tuile ou du bras d’une rivière, du vent et de la pierre ? Pourquoi ferions-nous alors entrer de force un poème qui est présent simplement, agencement de sons, de lettres et de souffles, dans les carcans de la convenance ou de formes identifiables? Pourquoi devrions-nous dire, toujours, comme des enfants : c’est toi qui l’a dit, alors c’est toi qui l’est ? 

Ni carcans ni arcanes

La poésie se sauve sur les sentiers de traverse et évite les assemblées et maison que l’on prépare pour elle. Elle est surprise et effacement, sur le mode ce que Dubuffet énonçait pour l’Art brut. Il est beau de sentir que la graine poétique pousse dans des terres autres que celles des champs ratissés, abondamment traités, et qu’elle refuse de produire une plante standardisée bonne à l'ingestion de masse, dans des sillons gravés. Il est merveilleux de ressentir que la poésie croît dans des terres arides, ingrates, des terres libres ou dont plus personne ne veut, bradées pour deux francs six sous au marché, ou offertes à pleines brassées à qui veut bien les aménager par petits groupes.

Poésie: Sacrilège !
La poésie se nourrit de la différence, de la singularité, de l’intime, de l’unique et de l’éphémère. Elle est, en époque de standardisation, une transgression, une résistance, face au dogme dominant. Elle refuse la rentabilité, la capitalisation du vivant, la standardisation généralisée.

Les premiers hommes se sont nommés ainsi parce qu’ils fleurissaient leurs tombes, couvraient des grottes de pigments de couleurs.

C’est l’acte poétique qui fonde l’humanité, pas sa technologie.

Tout poème est une graine ou une liane.

 

 

[1] http://www.poesieromande.ch/wordpress/

 

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02/04/2016

A celui qui ne touche pas terre et commence à s'élever

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A cela qui commence en avance.

A ce qui débute sans bruit.

Aux insomniaques qui se trompent de porte.

Aux rêveurs éveillés.

 

À celui qui gagne au loto et ne retire pas son lot. Au pompier qui cesse de fumer. Au médecin qui se soigne en silence. A la sage femme alerte.

Aux heures sup' des syndicalistes. Au pasteur au désert du doute. A l'écologiste qui reprend son souffle. Aux lanceurs de graines.

 

A ceux qui se trompent de cheval. Au jet d'eau pour le geste. A la tendresse des glaciers. Au passage à l'acte sans personne. Aux accidents de personnes sans mal. Au résistant qui rompt le pain. Aux genevois heureux.

 

A la cause publique. Prix Nobel aux animaux de compagnie!A celui qui désire plus que son nom. Aux mendiants altruistes. Au retour des oiseaux migrateurs. Aux noces jubilatoires. A la fidélité de l'amant. A la précision de l'heure d'été. 

Aux heureux compulsifs. A l'élastique qui tient. A la visite qui vient. A l'alliance renouée. A la redistribution des places. A la revanche des bêtes. Aux crues et aux gués. Au chevreuil et au chat, à la fermeture des abattoirs.

 

A ceux qui appellent dans la nuit. Aux machines fleuries.

A l'effort sur soi.

 

A la main qui se tend. A l'écho. A la langue qui se pend. A Camus à Lourmarin. Au lait cuit, au sel et au pain. Aux déjeuners des sportifs. Aux racines du cri. Au rameau, à la craie. Aux farines des fleurs, au fil des grands discours. 

Au rire de Rilke. A la mort du libéralisme. A la persévérance de l'être.

Aux pompes à chaleur à la vie des nuages aux bricolages d'enfants.

A la fin des fonds.

A celui qui demeure à la hauteur de son abaissement.

 

A l'habitation large, à la mise en commun.

A celui qui n'est plus redevable, à cela qui n'a pas de fin, aux remises de dettes.

A la fin des attentes, au don sans retour, aux sources des racines.

Au désir sans fin.

Au retour des appels, au partage direct, à l'énergie de l'espoir.

Au non-jugement des sentiments.

 

A celui qui ne touche pas terre et commence à s'élever.

 

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https://www.youtube.com/watch?v=x5DpM2narOU

https://www.youtube.com/watch?v=ibaoNRS1IZA

 

 

 

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29/03/2016

Dans la jungle, sublime jungle

livre_affiche_2357.jpgAgnès Vannouvong, Après l'amour, nous avait touché avec Gabrielle[1]. Elle nous entraîne Dans la jungle avec son troisième roman.

May a hérité d'une somme d'argent d'un ami mort, Stéphane, disparu en Thaïlande d'un accident de moto. Stéphane vivait vite, Stéphane vivait fort, sa disparition est un mystère, mais nullement une surprise.

May décide d'utiliser la somme de  cet héritage pour se mettre en route et retrouver la trace de l'absent, chercher ses propres racines. Retour à sa terre d'origine entre Laos et Thaïlande, elle y emporte Sur la route de Kerouac mais aurait voulu avoir sous la main Voyage au bout de la nuit de Céline.

Elle oscille entre désir, hasard et fatalité, a laissé famille et enfants pour partir. Elle a remisé sa vie d'avant. Une vie domestiquée, passée à s'oublier, à servir les autres. Son mari est désormais un ex. Elle a cinquante ans et depuis la ménopause, la baisse d'oestrogènes fait de son corps un terrain sensible... elle sait qu'elle n'est plus jeune. Elle sent que sa vie devient de plus en plus intérieure. Elle se réveille. Elle a si souvent fait contre mauvaise fortune bon coeur. C'est une femme qui se libère.

 

Ce qui croît, entre la racine et les fruits

Ce roman sensuel tient de l'origine et de l'accomplissement en même temps. Il porte deuil et renaissance, intériorité et extériorité, désir et ennui. Qu'est-ce que May retrouve, ou quitte, à l'autre bout de la terre? Elle parcourt son passé comme une étrangère... comme une intime aussi. La jungle n'a rien d'hospitalier. Milieu hostile où l'on ne survit pas seul. Elle contient pourtant une trouble familiarité. C'est en elle que May, ankylosée, retrouve le mouvement, découvre le plaisir du risque, des chairs, le sortie de l'hiver. L'eau est partout. Liquide amniotique, symbole de renaissance. La vie a un parfum doux et sucré. Les bouddhas la surplombent. Un nouveau ciel.

 

Méandres des mémoires

May est accompagnée dans sa quête par Say, guide attentionné qui l'oriente, figure de réassurance. Elle est remplie de questions et de doutes. Il fait silence. Elle glisse, pleure. Il s'inquiète. Elle s'affranchit. Il pense la perdre, elle n'est pas étonnée de le revoir. Comme si la confiance et le désir étaient les deux faces d'un même animal se balançant sur une branche. Comme si l'attente avait toujours besoin d'un autre pour se déployer. Comme si seul le mouvement comptait, s'il n'y avait que le point de fuite qui était promesse d'une quelconque complétude, ou le temps d'une étreinte, quand tous les crapauds gueulent plus forts et que les oiseaux de nuits scellent les retrouvailles... avant la séparation. 

Dans la jungle ne reproduit pas une image d'Epinal ou Rousseauiste de la nature. Tout ici est périlleux, voilé, mais comme apaisé. On n'est pas au coeur des ténèbres comme avec Conrad. Les liens et les mots permettent de consolider une présence fragile, presque douce, dans un écosystème complexe. Mais par contraste, la Ville est brutale, sans pitié, cruelle, explicite et... mortelle.

Ce n'est pas dans la jungle que l'on se perd, c'est en en sortant.  

 

Un paysage à quatre saisons

Roman du plaisir d'aller, de contempler; roman d'une quête intérieure et d'un émerveillement mélancolique, où le temps est un allié, Dans la jungle porte dans sa langue la saveur de l'affranchissement et la liberté de la découverte. May porte le nom d'un mois printanier et traverse jungle, village, ville et île, comme on traverse quatre saisons pour se retrouver au même endroit, mais définitivement changé.

On sort de Dans la jungle (ou alors on ne fait qu'y entrer), un peu étourdi, sonné, comme on échoue sur une plage après avoir nagé trop longtemps et bu la tasse dans les vagues. Heureux, soulagé d'être encore en vie, conscient d'avoir échappé à une catastrophe de peu, de l'avoir contemplée à distance... déçu peut-être de n'être pas allé assez loin, vite, et impatient d'y retourner encore.

On contemple alors celui qui est allé au bout du voyage, ce mystérieux Stéphane, sans savoir ce qui lui a empêché de faire retour;  sans connaître les non-dits qui lui ont permis de s'échapper, avec le sentiment que l'énigme demeure, que ce n'est pas la compréhension qui compte, mais le sens;  que ce qui est dit est moins important que ce qui est tu, et ce qui est révélé moins fort que ce qui se cache...

comme dans la jungle. 

 

 

 

 

Agnès Vannouvong, Dans la jungle, Editions Mercure de France, 2016, 113p.

Sortie le 1e avril.

 

[1] http://commecacestdit.blog.tdg.ch/tag/vannouvong 

 

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28/03/2016

Qui roulera la pierre ?

Qui roulera la pierre, qui dégagera l'entrée, qui donnera de l'espace pour l'herbe sur la terre.

Qui ramènera le disparu, rassemblera les bandelettes, les bandages et le bois.

Qui allumera le feu ?

 

Qui fera décoller l'avion, ramènera le peloton.

Qui remplira le distributeur, nourrira les cochons?

Qui vendra son journal, qui gonflera ses ventes, dira non le premier?

Qui cassera la clé dans la serrure?

Que retiendra l'annonceur?

 

Qui trichera sur les mots, fera sauter le fusible, désignera le bouc émissaire?

Qui protégera le système?

Qui fera corps avec lui,  en fera du compost?

 

Qui saura se chauffer? Qui fera sauter la chaudière? 

Qui reconnaîtra le maître, qui jugera Judas, qui votera Pilate,

les imbéciles du Conseil d'Etat?

 

Qui criera : Expulsez-les ! Et libérez l'escroc?

Qui ira chercher l'homme à l'aube pour le séparer de sa femmes et de ses enfants?

Qui fera de l'homme un sans-domicile fixe?

Qui interdira la mendicité et persécutera les pauvres? 

Qui fera de la police une idole asservie ? 

 

Qui sentira le pouls de l'arbre, qui palpera la pierre, qui trouvera la source?

Qui éveillera la conscience, qui cèdera à la colère, que nourrira l'ego ?

Qui gagnera l'eurofoot, remplira le frigo ?


Qui roulera la pierre, qui autorisera les pleurs ?

Qui fera bondir les ventes? Qui toussera sans respirer? Qui polluera sans gêne? 

Qui nourrira les diviseurs, ouvrira un crédit à 4 milliards pour bétonner de l'eau ?

 

Qui servira le pouvoir de l'argent?

Qui roulera en Harley, sponsorisé par le Qatar?

 

Qui détachera les ceintures d'insécurité?

Qui roulera la pierre qui bloque l'entrée? 

 

Qui affirmera sa liberté sans nuire à personne ? 

 

 

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27/03/2016

Si j'avais moins d'attentes je chercherais la vie

Si j'avais moins d'attentes je te regarderais dans les yeux, je parlerais aux lièvres. Je dormirais mieux. J'observerais moins ma montre.

Si j'avais moins d'attentes je ne lirais pas sur tes lèvres. Je rêverais plus pour gagner moins. Si j'avais moins d'attentes je perdrais moins de temps. Si j'avais moins d'attente, le temps ne serait rien. J'aurais jeté la pierre comme les autres.  

Si j'avais moins d'attentes, je ne ferais rien pour plaire. Je traverserais le pont. Je dormirais dehors.

Je parlerais aux oiseaux, j'écouterais le vent, je saurais faire silence.

Si j'avais moins d'attentes, je saurais que je suis nu. Si j'avais moins d'attentes, je laisserais tomber les crèmes, l'épilation et le roseau. 

Si j'avais moins d'attente, je serais beaucoup plus clair.

Et barbu.   

Si j'avais moins d'attente je n'aurais pas peur de perdre, je n'aurais pas ces kilos à prendre. Je peindrais sur les murs, des huit et des noeuds.
 
Si j'avais moins d'attentes, je colorierais mes cheveux de bleu. Si j'avais moins d'attentes, je ne ferais rien. Un piercing, peut-être. Pour rire.
 
Je jouerais seulement de la guitare.
Comme Banksy ou Johnny.
Deleuze ou Guattari.
 
Si j'avais moins d'attentes, mon langage ne sonnerait pas creux. J'embrasserais mieux. Si j'avais moins d'attentes, je n'aurais pas peur de qui je suis. Si j'avais moins d'attentes, je serais libre. Je serais Dieu. Je saurais que je ne suis rien. Je ne ferais pas de Pâques un festin familial de charcuteries et d'oeufs.
 
Si j'avais moins d'attentes, je saurais accepter les cadeaux. Je pourrais être en dette. Je mangerais le pain en souriant.
Je bénirais le grain, pas Subway ou Mac do. 
 
Si j'avais moins d'attentes je n'irais pas pieds nus. Je ne prierais pas mon Père. Je me tirerais du Golgotha. Je descendrais de la croix. Je rendrais le tablier. Pourquoi mourir pour eux ? J'éteindrais mon écran. Je passerais sur répondeur.
 
Je ne compterais sur personne pour rouler la pierre, rincer le linceul, sécher les larmes, essorer le linge.
 
Je ne compterais sur personne pour allumer la lumière, souffler les bougies. Je dirais que la résurrection est une blague, une bande de Möbius pour crédules. Je dirais que le nucléaire a de l'avenir, pas l'amour. 
 
 
Si j'avais moins d'attentes, je chercherais la vie.
 
 
 
 
 
 
 
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25/03/2016

Le pape agenouillé montre l'exemple

 

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Le pape François a lavé les pieds de douze migrants de confession hindoue, musulmane et chrétienne et d'une femme employée d'un centre d'hébergement, jeudi à Rome, provoquant l'ire des milieux conservateurs et les grincements de dents des tenants de la théorie de la soumission et des rapports de force, qui y voient une forme de reniement ou de capitulation du Saint-Père.

 

Ce geste de lavement des pieds est un symbole très fort.[1] Il fait mémoire de celui du Christ qui a lavé les pieds des apôtres la veille de sa passion. C'est une marque d'honneur, d'hospitalité, et d'humilité pour celui qui le fait comme pour celui qui le reçoit. C'est aussi une marque de lien. Ce geste fort invite à l'échange, à faire du serviteur un servi et du maître un obligé.

 

Saint patron d'une église qui s'est en général calquée sur les pouvoirs en place : monarchique avec la monarchie, républicaine sous la république, fasciste sous le fascisme et de tout temps patriarcale; le pape, au moment le plus fort de l'angoisse liée au terrorisme, et à la crainte de l'autre, fait un geste simple et courageux signifiant à l'étranger sa sainteté, en lui attribuant un rôle d'apôtre, porteur de confiance et de respect.

 

Ce geste revitalise ainsi la charge subversive et déstabilisante de la parole du va-nu-pied prophète crucifié il y a plus de 2000 ans pour avoir ébranlé les pouvoirs en place. Le pape redonne des couleurs à un christianisme engagé, courageux, pour autant qu'il ne se laisse pas figer dans les herbes soporifiques du pouvoir ou la glace de l'air ambiant. Il nous invite à la nuance et au discernement, à expérimenter par nous-même et à aller à la rencontre de l'autre. Au contact.  

 

Que le Pape se soit mis à genoux n'est pas un abaissement. Que ces migrants, touchés, aient pleuré et l'aient embrassé en retour, est une leçon de vie. Réaliser ce geste fondamental du lavement des pieds, qui est celui de l'hospitalité et de l'accueil, une profonde marque d'humanité, source d'espoir.

 

Si la religion instrumentalisée peut être un facteur de division et de meurtre, elle est surtout un élan pour le lien social et la rencontre de l'autre au-delà des étiquettes sociales, des peurs et des replis angoissés.  

Que les les aigris, les violents, qui voudraient élever partout les murs, les herses de la méfiance, la division et la guerre, pour placer dans un même panier le migrant et le terroriste, l'innocent et le tueur, partent donc à Raqqah, vivre avec ceux qui leur ressemblent dans la négation de la différence, et cessent de se réclamer d'une quelconque civilisation judéo-chrétienne dont ils fabulent une légende et bloquent même tout devenir en invoquant les croisades ou les purges comme seul horizon.    

Je ne suis pas papiste, je ne suis pas catholique, je ne suis pas musulman, je ne suis pas athée, mais quand je vois un être humain se mettre à genoux devant un autre pour l'accueillir et en être accueilli, laissant de côté les guerres de chapelles, les clichés et les craintes, je trouve là une raison d'espérer dans un temps où une ribambelle d'hypocrites, d'incendiaires et de faux culs désignent avec malignité ou irresponsabilité des boucs émissaires afin de dissimuler leurs propres avidités, peurs, et incompétences.      

 

Se soigner ensemble, vivre et survivre ensemble, avec des différences et de multiples appartenances, ou mourir divisés, le défi de notre temps.   

 

 

 

[1] http://www.liberation.fr/planete/2016/03/24/jeudi-saint-le-pape-francois-lave-les-pieds-de-migrants-de-diverses-confessions_1441889

 

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Heureux ceux qui

bonheur,ellul,cruyffHeureux les fiévreux de cœur. Heureux ceux qui ont leurs jambes pour bouger. Heureux ceux qui bougent. Heureux les rescapés des hedge fund, ceux qui ne trahissent pas. Heureux les terroristes qui restent à la maison. Heureux les terrorisés qui sortent dans la rue. Heureux ceux qui n'ont pas peur de mourir. Heureux ceux qui se sont voilés, ceux qui savent parler. Heureux ceux qui vont tête nue. Heureux les chiens vagabonds, les oiseaux migrateurs, ceux qui savent se taire, les truffes humides. 
 
 
Heureux ceux qui savent recevoir. Ils peuvent donner.
 
Heureux ceux qui savent couper le son, qui savent siffler.
Heureux ceux qui osent mendier.
Heureux ceux qui ne cueillent pas les fleurs, ne passent pas à côté.
Heureux ceux qui mettent la table, ne tranchent pas les tiges.
 
Heureux ceux qui laissent venir, ceux qui vont à l'amour. 
Heureuses les paumes ouvertes, les porteurs de sève.
Ceux qui tirent les prises.
Heureux d'un printemps.
 
Heureux ceux qui peuvent aller de tous côtés, leveurs de barrières, dresseurs de barricades. Heureux ceux qui résistent, qui arrosent les plantes, qui désherbent la terre. Heureux ceux qui disent non, sont fidèles aux promesses.
 
Heureuse Agota Kristof, Monique Laederach, Simone Weil.
Heureux Johann Cruyff, Jacques Ellul, Epictète.
Ceux qui sont morts.
 
Heureux les désobéissants, ceux qui croient.
Heureux les trublions, les fantasques, les flambeurs.
Heureux les éperdus, les trompés, les capteurs solaires.
Ceux qui font faillite.
Ce poème est pour eux.   
 
Heureux ceux qui ne savent pas compter, ceux qui font des fausses routes.
Heureux les mauvais tacticiens, les leaders d'opérette, les plaideurs bégayants. Heureux les perdants, les trahis, ceux qui évitent le micro, ratent la photo, manquent une marche, loupent le coche. 
Ils connaissent la voie. 
 
 
Heureuse l'herbe.
Heureuse l'écorce.
Heureux le bûcheron.
La chenille.
 
 
Heureux ceux qui ont du temps, qui le perdent. Heureux ceux qui se grattent, se grillent. Heureux les chasseurs de lumière. Heureux les lapins, ceux qui font des bonds de côté. Heureux ceux qui échappent aux tirs, ceux qui pleurent. Heureux ceux qui attendent, qui pardonnent sans peine, oublient leur passeport. Ils en ont un.
 
Heureux ceux qui ne prévoient rien. Tout peut arriver.
Heureux ceux qui partent en vacances. 
Heureux ceux qui tirent à blanc, sonnent l'alarme.
Heureuse la Pâque juïve, musulmane, animiste ou chrétienne.
Heureux le passage.
 
Heureux ceux qui tombent. 
Ils se relèveront.
    
 
 
   
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16/03/2016

Aux douves du doute

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A l'homme capturé à quatre heures du matin. A celui que l'on sépare des siens. A celui qui entend: tu n'as rien à voir avec nous. A nous qui ne sommes rien

A la femme qui pleure. A l'enfant qui l'attend. Au chien qui se terre

A la paille. A la craie

 

A celui que l'on pousse dans la rue. Aux principes fondateurs. Aux mots qui ne disent rien. Au pouvoir de nommer. A la fin du capitalisme. Au monde qui vient

A celui qui se perd. A celui qui se place

A la liberté de croire

Au poreux des frontières. Aux murs de verre. A la gaze sur tes jambes

Aux sorties sans retours

 

 

A l'hospitalité reine. Aux frissons dans les reins

Aux vies qui se sauvent. Au bastingage qui tangue. A la corde sans relâche. Aux coudées affranchies. Aux pensées sans histoires. Aux poissons paresseux. Aux pupilles dilatées. Aux ports de détente. Aux attaches qui tiennent. Au khat et au chanvre. A cela qui résiste. Aux points de passages. 

Aux bras dans le dos. Aux gâchettes sous les doigts. Au bandeau sur la tête. A Leila Alaoui. Au sel sur la langue

A l'avion qui se pose. A celui qui s'en va. A la lampe d'Aladin. A la parole donnée. Au bouquet de jasmin. Aux poignées de riz

Au dumping lexical

Au dompteur

Au dompté

A celui qui a froid

Aux douves du doute.

 

A l'enfant qui se trompe de porte. A la femme qui entre. A l'inanité du rien. A celui qui retombe en amour. A l'enfance. A l'amour sans contenant. A l'apport sans limites. Au guetteur qui s'endort. A Hannah Arendt

A celui qui ne baisse pas les bras. Au transparent. A l'éthéré. Aux poèmes de Char. Aux chants de Taizé. A la fidélité des chiens. Aux films de Miyazaki

A la Pâques. Aux compteurs à zéro. Au pardon. Aux fragments.

A l'irruption du don. Aux rêves prémonitoires

Au sol meuble. A la sève sans nom. Au printemps. Aux palissades hautes. Aux murs des prisons. Aux graffitis ducon. Aux becs des pinsons

Aux trous dans les grillages. A Amanuel. A Ayop. A la foi

Aux partis sans leaders. Aux leaders sans armures

A Mirko Locatelli

Aux fragments et au tout

 

au langage du coeur

à l'arrêt

au retour du un

aux douves du doute.

Au visage vu comme la toute première fois.

 

 

 

Photographie : Eric Roset

Hommage à Mirko Locatelli par Yannis Youlountas : http://blogyy.net/2016/03/14/un-compagnon-de-lutte-nous-a...

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12/03/2016

L'intimidation, c'est simple comme un coup de fil

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Vous n'avez probablement pas lu la chronique dans le Temps du journaliste Olivier Francey: Bibi fricotin au pays des Mollahs. Et pour cause. Retirée 2h après avoir été mise en ligne et supprimée du print, elle a été gommée, mais demeure toutefois accessible pour les spéléologues du web dans ses strates souterraines, ou ici. [1]

Avec finesse et un esprit mordant dont il a le secret, le journaliste analysait le 3 mars la visite du président de la confédération Johann Schneider-Ammann avec le magistrat Pierre Maudet et le Fribourgeois Beat Vonlanthen à Téhéran: capitale de l’Iran, royaume des riz aux mille saveurs et des paysages contrastés mais aussi chef-lieu des grandes manifestations anti-occidentales et des pendaisons à la chaîne.

Le journaliste dressait alors un portrait non-complaisant et critique du Magistrat Maudet. Il révélait son tête à tête avec l'ayatollah Ali Khamenei  comme "un évènement un peu surréaliste lorsque l'on se rappelle que l'édile, quelques jours plus tôt, s'époumonait contre une employée de la Ville de Genève, voilée à son travail."

#jesuisolivierfrancey ?

Olivier Francey, avec son style libre et jubilatoire, nous rappelait que c'est quand la presse fait usage de sa liberté de parole qu'elle joue vraiment son rôle démocratique de contre-pouvoir. Est-ce alors le style ciselé et percutant de cet article qui l'a condamné aux oubliettes? Ou alors sa trop grande liberté de ton, voire, oh crime de lèse majesté, d'avoir mis en exergue les contradictions et hypocrisies du magistrat Maudet, qui l'a conduit à disparaître en 2 petites heures? 

Ceux qui se sont levés en lançant #JesuisCharlie et défendant la liberté de la presse seraient bien inspirés de ne pas réserver leur indignation aux atteintes qui se portent à des centaines ou milliers de kilomètres mais à celles qui se déroulent dans notre Genève réputée si libre et démocrate. Alors, à quand le hashtag #jesuisolivierfrancey ?

Le pouvoir de l'omerta

Il se dit que le journaliste Didier Tischler, ayant osé être critique envers le magistrat Maudet, pointe désormais au chômage de longue durée après s'être fait virer du Matin[2]. Comment nommer cela ? Le vrai pouvoir, c'est celui qui n'a même plus besoin de s'exercer pour que ses effets se fassent sentir. Faites des articles vitaminés sur comment Maudet fait de la course à pied, son activisme médiatique avec les djihadistes, mais un lien entre ses postures sur la laïcité et sa docilité devant un mollah qui pend des gens; ça, ça ne passe pas.

Le courage le pouvoir le rappel à l'ordre    

Ce qui est certain, c'est qu'Olivier Francey a franchi une ligne rouge. Et il semble que dans notre régime, si on peut prétendre à la liberté de parole, il n'est pas certain que l'on puisse l'exercer librement et surtout sans conséquences. En s'exprimant avec mordant, ce journaliste a dépassé une limite. Laquelle? Et qui l'a rappelé à l'ordre?

Il serait intéressant qu'un journaliste de la place se donne la liberté de faire un petit article sur ce sujet.

 

[1]  https://www.anony.ws/i/2016/03/12/LeTempsIran01.jpg

 https://www.anony.ws/i/2016/03/12/LeTempsIran02.jpg

[2]http://didiertischler.blog.tdg.ch/index-12.html

 

 

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07/03/2016

Pourquoi je marche ?

Pourquoi je marche ?
Marcher est tout d’abord une expérience de la liberté. Celle de pouvoir aller ici et là, sans retenue ni limites. Elle est liée au balancement des bras, au poids du corps et à la légèreté de l’esprit. La marche permet de choisir son rythme, décélérer ou s’arrêter. Personne ne tire, personne ne pousse derrière. Quand on marche, on a le temps avec soi. Dans une vie rapide, où en général ce sont le vélo ou le train qui m’entraînent, marcher est avant tout une expérience du ralentissement, de l’ouverture à la rencontre possible. La marche est la promesse d’une rencontre... avec soi d’abord.

 

Relier les oasis de la Ville
La grandeur de la marche, je la trouve dans le livre de Saint-Exupéry, Terre des Hommes, où il relate son accident dans le Sahara libyen en 1935 où il manqua de peu de mourir de soif. Il y a ce moment extraordinaire où il se met à marcher, sans savoir où il va, pour sauver sa peau. Ce qui lui permet de tenir, la certitude que quelqu’un viendra, qu’il n’est pas possible qu’il n’y ait personne. Dans les jungles urbaines, les villes surchauffées, c’est le même désert. Et la même question : quelqu’un viendra-t-il ? Serait-il possible que personne ne vienne ; que plus personne ne relève la tête de son téléphone portable, qu’aucun visage n’émerge de la multitude ; que ces rues restent désertes la nuit ? Un seul moyen de le savoir : descendre dans la rue, marcher encore, se mettre en chemin, et interroger l’autre, par la parole ou le regard. Questionner celui qui vient, celui qui cherche aussi. Oui, la ville d’aujourd’hui est peut-être le plus peuplé des déserts. Mais elle est aussi riche d’oasis. Comment relier ces différents lieux, et les nomades qui y transitent ?

 

Bienheureux ceux qui marchent

Quand je marche, je me déplace facilement. Le plaisir simple d’aller est déjà un luxe, une source de joie. Qui a fait l’expérience d’avoir des béquilles, d’avancer difficilement en supportant son poids ne me contredira pas. Bienheureux ceux qui marchent, rien ne peut les arrêter.


La marche est un usage révolutionnaire de la Ville. Elle n’a pas d’arrêt prédéfinis, ni de fonction autre qu’en elle-même. Aucun coût. Elle ne connaît pas les bouchons, ni les contraintes. La marche est un usage fluide, où le regard peut se poser où il veut, explorer son environnement, à 360 degrés. Telle couleur de toit, telles moulures sous une vieille charpente, ce petit restaurant… je ne les avais jamais remarqué auparavant. Je les découvre en marchant. Et puis la lumière change. Un léger vent se lève et tout est perçu autrement. D’où vient alors ce plaisir simple et gratuit de contempler, immobile, ce qui bouge alentour ?


La marche est une expérience de la vulnérabilité. La pluie vient, le froid me saisit. La fatigue monte. Le corps est présent. Il rappelle son existence, ses besoins. Et puis, il y a cet homme qui vient vers moi et me demande quelque chose : cinq francs ou une cigarette je crois, mais peut-être que ce n’est pas une pièce qu’il désire en fait, mais surtout de faire un petit bout de route ensemble…

Pourquoi je marche ?  Pour pouvoir m’arrêter. Pouvoir rejoindre et être rejoint.

Et à cette femme qui me demande : comment ça va ?

Je lui réponds, heureux, simplement : ça marche... donc ça va.

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25/02/2016

La politique, c'est comme le sexe

Voilà, nous arrivons au terme de cette longue campagne de votations dotée de 4 objets fédéraux, 8 objets cantonaux, et un vote municipal. Nous n'avons plus que ce jeudi pour voter par correspondance, et sinon il faudra se lever dimanche matin, sortir de la couette pour glisser son enveloppe dans l’urne.

Alors quoi, finies les joutes autour du Musée d’art et d’histoire ? La mauvaise foi crasse des opposants, les coups sous la ceinture, et la volonté malgré tout d’aller de l’avant pour Genève en votant Oui, un oui libérateur et joyeux à ce projet? Eh quoi tout aurait été dit ? Eh non, on n’y est pas encore, pas tout à fait. Alors, encore un petit argument pour aller voter, un petit stand, un mail, un dernier ballon gonflé! Encore une personne ou deux à convaincre, oui !

 

Oh OUI

Quoi qu’il en soit, dimanche on sera délivré. Souvenez-vous du vote sur la loi sur la police à Genève (le oui l'avait emporté par 42 voix, de la votation du 9 février 2014, accepté à 50.3%: 19'000 voix! De la Loi sur la redevance Radio/TV du 14 juin 2015. 3669 voix avaient fait pencher la balance dans le camp du oui). Cela encourage à poursuivre encore le débat, la dispute, l’échange, donner encore de l'énergie avant l’échéance de dimanche…

Car enfin, c’est notre héritage démocratique, citoyen, transmis par les grecs, d’entrer dans cette arène politique et d’y débattre. Et puis, la politique, osons cette comparaison, n'est-elle pas comme le sexe, à savoir : plus on le pratique et plus on en a envie, avec tout de même, une inversion, car si l’on dit du sexe que c’est ceux qui en parlent le plus qui le goûtent le moins, et qu’il est, en général savouré dans la sphère intime, en politique, le silence est onanisme et la retenue revient à s'abstenir de tout débat public. Au final, ce sont celles et ceux qui s'engagent et s'expriment qui l'exercent avec le plus de plaisir...

 

Plus que 3 nuits dormir

Dimanche, c’en sera fini ? Ouf disent certains ! Encore! murmurent d’autres ! Regrets, remords, entre ceux qui sont partis trop tôt, ceux qui se sont arrêtés trop tard : joie de l’aboutissement. Fatigue. Comment seront les uns et les autres dans la victoire ou la défaite ? Ce qui est certain, c’est que notre système démocratique en sortira gagnant.

Une certitude: je ne partage pas le point de vue de ceux, inquiets, qui pointent du doigt la surcharge démocratique, et la crainte, pour le peuple, de ne plus pouvoir suivre. Au contraire, le travail civique des citoyen.ne.s se trouve renforcé par des votations dotées d’enjeux d’importance, passionnants, voire passionnels, touchant au rapport à l’autre, au droit, à la culture, à la durabilité de notre société et à sa santé économique, éthique.

Des votations gourmandes

Les taux de vote annoncés relativement hauts pour ces votations du 28 février (37% à J-4), laissent entendre que les citoyen.ne.s se déplacent pour voter quand ils perçoivent que leur vote fera la différence. Les partis sortent aussi renforcés de ces votations gourmandes. Dans le doute, s'inspirer des mots d’ordre d’un parti permet de trouver repère et cohérence de vote. Dans l'abondance des choix, suivre une ligne permet d'y voir plus clair et de se faire une idée plus précise des enjeux.   

Si la politique est comme le sexe, il faut alors penser uniquement le 28 février comme un coïtus extaticus. Après, on se repose, on souffle un peu... et dès le 29 février on se remet en jambes en vue de la nouvelle ronde pour les votations du 5 juin. Car le menu s’y annonce tout aussi copieux avec plusieurs objets agendés (Initiative populaire en faveur du service public, pour un revenu de base inconditionnel, pour un financement équitable des transports, la modification de la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée, la modification du 25 septembre 2015 de la loi sur l'asile (Lasi), l'éventuel Personal stop, la traversée de la rade, les référendums sur les coupes dans le domaine de la culture et du social en Ville de Genève, etc.,) Miam.  

 

Votons, encore, et encore ! 

Alors, sitôt fini, on recommence? Mais oui ! C'est là la joie et jouissance de notre démocratie helvétique. Celle que l'on partage. Alors, pour conclure, ne boudons pas notre plaisir… votons et faisons voter. Il reste encore quelques jours d'ici dimanche pour faire durer le plaisir et profiter pleinement de ces dernières heures qui, si elles nous prennent entièrement nous rappellent que la vie continue, grande, pleine et belle.

Oui, la politique, c'est comme le sexe. Et peut-être même qu'au final, le plaisir qu'on y trouve dépend tout autant des partenaires avec qui on le pratique et du niveau de participation, que du "résultat".  

 

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17/02/2016

Dynamisme d'un musée

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Il est un petit livre intéressant qu'il faudrait parcourir avant la votation du 28 février sur la rénovation et l'extension du musée d'art et d'histoire. Museum of the future, aux Presses du réel, édité par Cristina Bechtler et Dora Imhof, et dont Lionel Bovier, actuel directeur du Mamco, dirige la collection. Ce livre donne la parole à des artistes, aux curateurs, aux directeurs et directrices de musées. Il permet d'envisager celui-ci autrement qu'en terme d'argent et d'architecture, sur un plan culturel, créatif, et participatif.  

 

Transformer, cultiver, évoluer

"Les musées sont en continuelles transformation et évolution. Le futur des musées dépend de leur flexibilité et de leur capacité à se transformer" (Gerhard Bott, 1970). Pendant trop longtemps, ils ont été considéré et envisagé avant tout comme des lieux de dépose d'oeuvres uniquement, de replis les jours de pluie, royaume d'un conservatisme sans âme ni perspective.

Questionner la place d'un musée dans la cité, c'est questionner le rôle de la culture en son sein. En ce sens : refuser un projet de rénovation de musée conduit aussi à refuser le rôle de rénovation de la culture, surtout si ce sont pour des raisons financières, de jalousie ou de conservatisme suranné, qui n'ont que peu à voir avec celle-ci. Rénover c'est évoluer, sans sacralisation, sans vénération excessive; dans le respect du patrimoine, certes, comme c'est le cas dans le projet du Mah+, mais surtout dans le respect du public.  

 

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l’église de Salemi, Alvaro Siza, 1982
la situation après le tremblement de terre en haut, le projet de Siza en bas

 

La culture toute la culture

En ce sens, le slogan "la culture, toute la culture" porte en son sein un dynamisme, celui de ne pas vouloir opposer les différentes formes d'expression culturelles, et surtout de placer celles-ci à un niveau plus haut que les considérations la réduisant à telle chapelle contre telle autre.   

Respect du patrimoine, entretien, soin pris à restaurer les oeuvres. Travail d'archivage, de catalogage, dans des conditions adéquates et digne des oeuvres que le musée a hérité des anciens; respect du personnel, de ses conditions de travail: le oui au musée d'art et d'histoire dynamisera tous les secteurs culturels : médiateurs, graphistes, danseurs, dessinateurs, etc. Tous les créateurs qui se sont exprimés dans le cadre des soirées culturelles du MAH, peuvent en témoigner. C'est tout le secteur social et culturel qui bénéficiera du nouveau dynamisme du musée d'art et d'histoire.  

Le musée sera plus vivant et accueillant quand il sera rénové et agrandi qu'actuellement alors qu'il suinte sous la chaleur et macère les jours de pluie. Ce coup de fouet culturel que permettra le nouveau musée, nous ne pouvons nous payer le luxe de l'attendre pour dans 20 ou 30 ans.

 

Dynamisme d'un musée!

"Si les circonstances ont fait que, dans le même espace soient réunis l'histoire et l'art, le passé et les espérances de l'avenir, il faut que cet édifice soit non pas un tombeau consacré seulement aux souvenirs du passé, il faut qu'il soit surtout une source de vie et de lumière" - Alfred Cartier, discours d'inauguration du musée d'art et d'histoire, Genève, 1910.

Cette phrase vaut son pesant d'art et d'émerveillement. Parce qu'un musée est un lieu ouvert, inclusif, qui forge des identités et des débats. Ceux qui voudraient nous faire croire que refuser et exclure est la bonne solution, et que l'unanimisme naîtra, comme par magie du refus, d'un hypothétique plan B, plus coûteux et hasardeux, se paient de mots et veulent nous faire avaler un bouillon pour les morts.   

 

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Ne nous rendormons pas

C'est parce que ce projet de rénovation et d'extension du MAH est si décrié et si férocement combattu, qu'il démontre peut-être aussi combien il touche à l'essentiel concernant les enjeux actuels pour Genève, la plus petite des grandes villes. Notre ville ne s'est pas vu grandir, au point de s'étonner aujourd'hui de découvrir ses vêtements trop serrés et trop courts. 

Ce projet de rénovation et d'extension, dont le sort est désormais entre les mains des habitant.e.s de la Ville, hésitant entre le passé et l'avenir, l'ouverture et la fermeture, la culture ou les économies, servira en quelque sorte, d'épreuve pour les ambitions de Genève et sa créativité future. 

Le vote du 28 février démontrera s'il est possible d'aller de l'avant, pour la culture, toute la culture, ou s'il faut prendre - et perdre?- plus de temps encore pour se mettre d'accord avec tous sur tout avant de commencer quoi que ce soit, au risque de la sacralisation de l'identique, d'une Genève qui se fige, par nostalgie ou romantisme d'un passé idéalisé.   

Je crois, pour ma part, fortement, que les habitant.e.s de la Ville sont prêts à faire un pas en avant le 28 février, par curiosité et désir de découvrir ce que ce musée pourra continuer à raconter sur eux et ce qu'ils pourront y vivre de neuf.

 

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16/02/2016

Un oui qui vaut son pesant d'art et d'ouverture

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Ce qui se joue le 28 février, avec la votation sur la rénovation et l'extension du Musée d'art et d'histoire, est bien plus qu'un enjeu architectural. Il s'agit véritablement de la manière dont Genève se voit grandir et dépasser ses limites, se projette dans une autre dimension. Voulons-nous rester un village avec notre petit musée encyclopédique où les bourgeois de la cité ont légué leurs oeuvres, ou passer dans une dimension cosmopolite, dans la contemporanéité, en empoignant ces enjeux passionnant des partenariats privés-publics, de la médiation, d'un nouvel outil muséographique pour le public, afin de repenser notre histoire et notre futur?

 

La culture n'attend pas 

Le 28 février, ce n'est pas juste un oui ou un non à la rénovation et à l'extension du MAH que le peuple prononcera, mais une réponse à la question de savoir si nous souhaitons rester dans la crainte du saccage ou de l'attente éternelle de l'éblouissement ou nous engager, d'une manière pragmatique, avec le meilleur projet possible, à actualiser un musée qui tombe en ruine.

Un musée n'est pas un lieu pour plaire, c'est un lieu pour provoquer, créer le débat. En ce sens, on est tenté de dire que le projet Nouvel dépasse déjà toutes les espérances. Quelles passions, quels échanges, que d'émotions et d'énergies entre les nostalgiques du conservatisme et ceux qui souhaitent voire l'architecture mise au service des oeuvres ; entre ceux pour qui un musée est un lieu mort, où les nouvelles formes de médiation et les soirée de type afterwork ayant secoué la vénérable institution n'ont pas leur place, et ceux qui placent le public au centre.

 

Débat sur les liens entre privé et public

Mais diable, pour une fois qu'un privé sort ses collections de ses caves ou de ses appartements particuliers, n'y a-t-il pas de quoi se réjouir? Le public aura accès à ce qui d'habitude dort aux ports francs ou dans des villas cossues et auquel il n'a jamais accès. Le musée, par l'ajout d'une collection privée, prendra une nouvelle dimension avec des oeuvres capables de dialoguer avec le fond genevois existant.

C'est donc aussi l'ouverture à l'autre que questionne ce projet, la capacité de se lier dans un partenariat qui n'est ni soumission ni absorption, mais tension, et dialogue. N'est-ce pas d'ailleurs pleinement là le sens d'un musée et de toute culture: réveiller, stimuler, exacerber les débats sur des enjeux de société? Ne pas laisser entendre que les choses soient figées une fois pour toutes, mais au contraire en évolution, dans la complexité du présent, en lien avec passé et avenir ? 

 

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Nostalgie quand tu nous tiens    

Ce qui est certain, c'est qu'un non le 28 février signifierait repartir pour une même campagne, dans 10 ans, avec un projet plus cher, les mêmes oppositions, les mêmes j'aime-j'aime pas d'experts auto-proclamés, la perpétuelle sacralisation de la cour, de la butte, des arbres, de chaque clou et caillou sacralisé d'une cour en friche. Pouvons-nous nous payer ce luxe ? 

A un moment donné, ne faut-il pas assumer le risque, le changement, et évoluer? Ou alors, et c'est peut-être secrètement ce que souhaitent les opposants, on fermera le musée, sa cour se remplira d'herbes folles pour nostalgiques, où les opposants de la première heure se souviendront des heures tendres et figées du temps d'avant, où ils venaient compter fleurette un doigt sur la touche play de leur walkmann chargé des premiers tubes des années 80 sur bande magnétique. 

Genève pourra alors rester le village du bout du lac qu'ils ont toujours rêvé. Et comme de bons provinciaux, pour ceux qui en ont les moyens, ils monteront voir des expos à Paris, à défaut d'avoir pu s'imaginer les réaliser ici. Et tant pis pour ceux qui n'ont pas 500 balles à mettre pour visiter un musée parisien... ils auront toujours la nostalgie grise de la cour d'un Musée d'art et d'histoire en ruine pour se consoler.   

Je ne crois pas que les genevois.es se reconnaîtront dans cette logique du refus, alors que leur oui vaut son pesant d'art et d'ouverture. 

 

 

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14/02/2016

MAH : ni sacccage ni éblouissement, une évolution!

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Faut-il laisser le musée d'art et d'histoire tomber en ruine, au nom de la sacralisation de la margelle d'une cour? Faut-il renoncer pour les 15 prochaines années à tout changement, par peur d'évolution ? 

Pourtant, les opposants s'arque-boutent autour de la margelle de la cour, parlent de saccage et figurent Jean Nouvel comme un démon venant tout détruire. Du délire.

Il faut tout d'abord rappeler que la Commission des monuments de la nature et des sites (CMNS) a validé le projet Nouvel comme ne portant pas atteinte au bâtiment. Ensuite, que Patrimoine Suisse, principal opposant, a obtenu 80% de ses demandes de modification sur le projet initial. Il est désormais acquis que les mezzanines, qui offriront des espaces d'exposition supplémentaires, ne toucheront pas au bâtiment; que la lumière naturelle continuera d'illuminer la cour intérieure, qui évoluera comme un plateau d'accueil central, permettant enfin la circulation dans le musée; le restaurant panoramique sera inscrit dans le gabarit du bâtiment, l'espace en sous-sol sera maximalisé (un nouveau forum de 300 places, et surtout 2000m carrés dédiés aux expositions temporaires qui manquent aujourd'hui cruellement pour développer ou accueillir des expositions de format international).

Le projet Nouvel, fruit d'un appel d'offre en 1998, est au final un projet que les opposants ont grandement contribué à améliorer. En fait, mieux que tout concours, il a bénéficié de leur participation directe à l'élaboration du projet. Ni saccage ni éblouissement, c'est désormais un projet mature, comme on en fait chez nous, fruit du compromis, des contraintes patrimoniales et politiques, bien dans les clous financièrement, sur lequel le peuple se prononcera. 

La haine des opposants ne saurait être récompensée 

Les opposants ont choisi de faire une campagne qui salit. Paranoïa, théorie du complot, haine, leur stratégie est de jeter le discrédit total sur ce projet. Ils voient des liens d'intérêts partout, travestissent Nouvel en Nosferatu, un mécène en tyran, et Sami Kanaan, magistrat démocratiquement élu, en potentat soustrayant des informations. Chaque semaine, les mensonges deviennent plus gros... et grossiers. Est-ce que cela marchera? Est-ce que les genevois se laisseront abuser ? Les opposants salissent aussi la Ville de Genève et ses employé.e.s, qui ont calculé au franc près le coût de réalisation de ce projet en les décrivant comme des amateurs, au motif qu'en calculant des volumes à la louche et au pif les opposants arrivent eux à des prix plus élevés. A la longue liste des griefs des opposants, il faut donc ajouter leur mépris pour la fonction publique, qui a travaillé pour ce projet, et oeuvre dans le musée aujourd'hui.

 

Revenir au temps des machines à vapeur ?

Pourquoi un tel déchaînement de négativité? Parce que la margelle d'une cour: c'est sacré! Sérieusement ? Pourtant, si vous êtes allé une seule fois de votre vie au musée d'Orsay, à Paris, vous ne pouvez pas oublier que ce musée autrefois était une gare [1]. Et personne aujourd'hui ne pleure le tabac-journaux qui se trouvait au bout des quais. Personne, aujourd'hui, ne regrette la pissotière qui se trouvait là où, aujourd'hui, on découvre l'entier du musée. Quand vous pensez au musée d'Orsay, demandez-vous si vous souhaiteriez revenir au temps des locomotives à vapeur, et en pensant au MAH, si Genève aurait dû conserver ses fortifications. N'est-ce pas dans l'ordre des choses que les architectures évoluent ? 

 

Nostalgie quand tu nous tiens

Sacraliser la cour du MAH, avec ses quelques herbes folles, et ses flaques d'eau noire, fréquentable 4 mois par an est un réflexe de nostalgie et de refus du changement. Il y a pourtant, au jardin botanique, de belles serres et de magnifiques jardins. Il semblerait donc plus raisonnable qu'un musée soit dédié à l'exposition des oeuvres et à l'accueil de collections, plutôt que de sacrifier une rénovation complète au profit d'une cour vide.

 

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[1] http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/de-la-gare-au-mu...

 

 

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10/02/2016

MAH : le choix de l'intérêt public

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Le moment de voter pour la rénovation et l’extension du Musée d'art et d'histoire a sonné. Ce moment, le MAH le réclame depuis des années. Notre vénérable musée de la vieille-ville tombe en ruine, et tout laisse entendre que si rien n'est fait, il devra être fermé à très courte échéance. L'heure du  choix a sonné également pour effacer la volonté pusillanime d’argumenter et contre–argumenter sans fin. Assez de palabres infinies et actons la volonté de ne pas sacraliser une ruine mais de la rénover!  

Les opposants rabâchent depuis des semaines le même article sur un appel d’offre qui aurait dû être un concours... il y a bientôt 20 ans! Ils ne semblent pas voir qu’ils y sacrifient le musée, ses collections, et son public dans une guerre procédurière dont les genevois.es sont les grands perdants. Et tout cela, parce que l’un d’entre eux n’a pas été retenu à cet appel d’offre. Désolant. Regardons plutôt où se trouve l’intérêt public prépondérant plutôt que de laisser aux aigris trop d'importance. 

 

Le grand gagnant sera le public !

Voter oui, c'est voter pour le doublement des surfaces d’exposition, le doublement des surfaces d’accueil, la création d’un restaurant panoramique, une muséographie repensée, avec un nouveau projet scientifique et culturel qui vient d'être présenté par le magistrat Sami Kanaan. C'est s'offrir un musée renouvelé et agrandit qui réouvrira en 2022. Il sera alors toujours en mains publiques, toujours gratuit, et permettra à chacun.e d'apprendre, de questionner, se renseigner sur l’histoire de Genève, de l'art, et lutter contre l’obscurantisme. De l’emploi sera créé. Ce musée sera un atout touristique de plus pour notre Ville, et les retombées pour celle-ci: majeures. Oui à ce nouveau souffle en vieille-ville et pour tout le bassin genevois !  


Un forum de 300 places sera créé sous le musée, une pompe géothermique alimentera le musée qui, a 80%, sera énergétiquement autonome. Le restaurant et le forum seront indépendants du musée. Ils pourront être ouverts même quand celui-ci sera fermé. Le musée de l’horlogerie sera établi et le musée des instruments anciens créé. Certains se demandent encore si ce projet est un projet de gauche ou de droite? Mais ce débat transcende les front politiques. L'extrême gauche s'est d'ailleurs alliée avec l'extrême droite pour le combattre. Il ne s'agit donc pas d'un front idéologique, mais d'un front qui sépare ceux qui regardent vers demain de ceux qui regardent vers hier.

Financé à 50% par les privés, ce projet préserve les finances publiques. Il permettra d'investir l'argent public ainsi économisé dans d'autres domaines (crèches, écoles, installations sportives), pour le bénéfice et le bien être de toute la collectivité.

 

Le débat démocratique a lieu

Malgré ce que prétendent les opposants (accusations paranoïaques d'opacité), ce projet a été étudié et décortiqué sous toutes ses coutures au Conseil Municipal et dans ses commissions. Un référendum a été lancé et a abouti. Des débats ont lieu désormais presque quotidiennement, le prochain ayant lieu ce jeudi[1], organisé par la Tribune de Genève. Que les opposants annoncent déjà des recours devant les tribunaux montre en fait le peu de confiance que ces derniers ont du peuple, de sa sagesse et de son vote. Leur côté procédurier à l'extrême illustre la faiblesse de leurs arguments.

 

Je voterai oui le 28 février pour le musée d'art et d'histoire. Car ce projet est bon. C'est le meilleur que nous avons en main. Il bénéficiera directement et concrètement aux genevois.e.s, à la culture, au vivre-ensemble et à toute notre région. 



[1] http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/saisir-vite-quatre-enjeux-grand-debat/story/20072159

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